CHAPITRE III
Campajrne d'Allemagne et de Polo^nie en 1809. — Vicloiros <les Français et des Polonais sur les Aiifrichiens — Traité <Io Scljœubrunndu 14 octobre i809; Polonais >ant sacrifiés. — C impa^^ne de Moskou en 1S12. — La PoIolhîc est encore une fois sacrifice» joie d'Alexandre. — Retraite de Mo>kuii; services n'ndiis par les Polonais. — Campagne de 1813. — Mort de Joseph Poniatowski, — Campagne de lï>i4 et 1815. — Waterloo. — Crcaiion du ro^aum^ de Warsovie.
Ce que rAngleterre, la Russie et ] Autriche avaient preméâi* té en 1808 devait s'accomplir en 1809. En effet, ces puissances iKjyant Napoléon occupé avec l'Espagne, voyant les meill^res troupes françaises et polonaises engagées dans ce pays, l'Àutiiche leva le masque de sa constante perfidie, et déclara la guérie à la France. Mais le génie de Napoléon sut remédier à tout; il* quitte PEspagne, ramené nne partie de ses troupes, et avec lui les chevau-lëgers polonais, et à la suite de victoires plus admirables les iinps que les autres, il occupe Vienne et écrase Ifô Autrichiens à Eckmulil, à Essling, à Haab, à Wagram. - A la mémo époque, l'archiduc Ferdinand d'Esté envahit le duché de Warsovie, sans déclaration de guerre préalable. Joseph Poniatowski, ministre de la guerre et commandant en chef, n avait que 45,000 Polonais à opposer à 40,000 Autrichiens. Il prit position à Raszyn, à quatre lieues de Warsovie. Une bataille sanglante fut livrée le 49 avril 4809 ; le brave Cyprien Godebski y OKHirut glorieusement. Trois fois les Autrichiens renouyelèreot en vain leurs attaques pour débusquer les Polonais; ceux-ci testèrent sur le champ de bataille jusqu'à dix heures du soir, mais il fallut songer au salut de la capitale.
A la suite d une convention conclue avec l'archiduc, les Autrichiens occupèrent cependant Warsovie, et les Polonais, après avoir emporté toutes leurs munitions de guerre, s'établirent à Praga. Poniatow:^ki porta son quartier gdnfVal à Seroçk, et à la suite d'un conseil de guerre, les Polonais marchèrent vers le sud, et les plaines de Grochow, Radzymin, et surtout Gora sur la Wistule, furent témoins dea succès qu'ils remportèrent sur les Autrichiens.
La victoire de Gora du 3 mai 4809, où Michel Sokolnicki et Julien Sierawski se couvrirent de gloire, ranima Tespoir des habitants de la Nouveilo^alide) envahie par TAutridie depuis
HISTOIRE DE POLOGNE
1795. Dix jours après, le prince Josepll fit son emirëe à Lublin
Les forteresses de Zamosç et de Saiiduiuir furent oiiiportees par les Polonais. Le 2S mai Lëopol, c^ipitale de la Vieille-Galicie, envahie dès l'année 1772 par rAutriclie, retourna aux Polonais. Loccupation de cette province se fit au nom de Napoléon, et plusieurs nouveaux réginieuls s orgaoisèreui comme par endiantemeot.
Dans la Grande-Pologne^ le général Dombrowski prit des mesores si énergiques, que les Autrichiens furent forcés de chereher leur salut dans la fuite, et abandonnèrent môme Waraovie dans la nuit du 4*' au S juin; leur retraite fut tellement subite, qtn\s n^eurent pas le temps de relever leurs postes : les femmes de la halle les désarnfièrent le lendemain. Les dames polonaises * quittèrent alurs le deuil, qu'elles avaient porté constamment pendant les quarante jours de roccupatiou de WarMovie par ' 1 ennemi. Le 8, le couseil d Étal et celui des mimstres retirèrent dans la capitale.
Après ces événements, les Autrichiens pensaient à s'assurer une retraite en Hongrie et se sauvaient dans toutes les directions. Le prince Joseph entra à Krakovie le 45 juillet. L^avantgarde polonaise s*était déjà portée sur la route de Vienne, pour donner la main aux Français, et écraser complètement les Autri« chiens, lorsque arriva la nouvelle de Tarmistice signé à Znafm le <2 juillet, entre Napoléon 4 et François 4 «r, armistice fatal, parce qu'il sauvait 1 Autriche!
Stanislas-Nalencz Maiachowski et Ignace Potoçki se rendirent sur-le-champ à Vienne pour plaider la cause de leur patrie; mais le traité de Schoœbrunn du 14 juillet 1809 fut conclu aux dépens des Polonais, et on leur arracha Léopol et toute la Galicie. Le tzar Alexandre, le prétendu allié de la France à cette époque, obtint pour lui Tarroudissement de Tarnopol : ainsi s accomplit le cinquième partage de la Pologne ! Le duché de Warsovie s'agrandissait, il est vraiy de deux millions d'habitants; mais il pouvait et devait s'agrandir de cinq millions de plus 1 Malgré ces appauvrissements, le duché put encore lever une armée do 60,000 hommes, car aucun sacriûce ne coûtait aux Pului.ais pour la régénération de la patrie.
De pareilles espérances saluaient te commencement de l'année 1812. L'Eurupe entière se préparait à des événements décisifs, et dans le conflit qui allait surgir, l'attention se tournait particulièrement vers la Pologne. Les Polonais devaient croire au ré- Ubliâsement de l^ patrie, et la force des cl^oses devait ame«
t»i HISTOIRE DE POl^OGKfi
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Napoléon quiila Paris animé d'excellentes intentions pour la Pologne : mais à Dresde, l'Autriche et la Prusse traversèrent ces intentions, et Napoléon fléchit. Au Vwu do passer par Warsovic, il prit la r (i!iîe do Kœnigsberj;. Au mumi nt do franchir le Niémen, il déclara que ses armées entraient sur un territoire ennemi. Les Litvaniens furent atterrés cette déclaration, et cependant une confédération générale du roymune de Pologne, formée à Warsovie le ^ juin 484 S, et présidée par Adam-KasiiDir CEartoryskI, avait envoyé une députatioo à Napoléon» qvi sa trouvait à Wilno. L'empereur fit le 4 4 juillet une répoose décoa» rag^eante; alors le désespoir des Polonais et des LitvaBiens foi d'autant plus grand, qu^ils apprirent la joie que res^tit Alexandre en lisant le discours de Napoléon. Ku eOet, ajirès c^tte lecture, le izar s'écria : « Maintenant je suis tranquille, et la Russie ost sauvée! » Malgré ce grave échec, les Pol()l)<u^ ne reculércnl devant aucun sacrifice ; ilsniiront >ur pied 91), 000 homme>: do nouveaux régiments se formaient en Litvanie, portant la suit^ des numéros àes régiments du ducbé de Warsovie. Us étaieat commandés par Adam Biszpink, Alexandre Chodkiewicz, Anteiae Ghrapowicki, Stanislas Giapski, Konopka, Kosielski, Oi»ehoviricx, Gabriel Oginski, Charles Przezdziecki, lûtedd, Michel Tysdriewicz, Constantin Tyzenhauz» Rodolphe Tymbaux, Joseph Wawrxecki. Le général Romuald Giédroyç, ce digne vétéran de la confédération de Bar et de l'insurrection de 4794, i sous Kosciuszko, présidait à cette formation comme inspecteur et organisateur de toute la force armée. Les troupes iiaLiunalcs, sous les ordres de Poniatovvski, combattirent vaillamment à Mohylew, à Smolonsk, à Borodino, et entrèrent à Moskou, qui avait été Jadis occupée à plusieurs reprises par les Poionaiâ victorieux.
La question polonaise n*ayant pas eu sa solution laïque» et ; Alexandre repoussant la paix, Napoléon dut opérer sa retraite. Dans ce désastre immense les Polonais ont multiplié les preuves de leur infatigable dévouement ; la division Dombrowsld arfta
Tschitschagolf à Boryssovv, sans quoi le passage de la Berezyna , aurait été infranchissable. Les Polonais seuls riuiicaeieiil iear artillerie jusqu'à Warsovie.
Quand les trahisons de l'Autriche et de la Prusse eurent permis à la Russie d'envahir le duché de Warsovie, les trois puissances co-partageantes lurent les oiTres les plus séduisantes km
UISTOlBfi DE POLOGNE
Poniatowski, retiré à Krakovie, pour qu*il abandonnât la cause delà France: mais il refusa tout; et avec 15,000 Polonais il rejnifrnit Napoiéon à Zidan. Ce corps, plac(^. à Tavant-î^anle, et malgré ses pertes, avait encore à la bataille de Leipzig 8,000 combattants; mais après trois jours de combat sanglant, il fut réduit à 800 hommes. Le 16 octobre 1843, Napoléon iit annonear que dans le but d'attacher plus étroitement Poniatowski aux destinées de la France, il le nommait maréchal de l'empire. Le <8 octobre, les' Français commencèrent à se retirer. Napoléon fit venir successivement les chefs de corps pour leur donner des ordres définitif», i'oniatowski dépf int à rein[)ereur sa position, et dit que de huit mille hoiiunes (pi il avuil sous ses ordres, il no lui en reste que H 00. « Huit cents braves valent huit mille honi- » mes ! répondit [)récipitaininent l'empereur; eh bien, c'est à » vous et aux vôtres, prince Poniatowski, que je confie le soin » de couvrir mon arn^I d Et les Polonais, fidèles à l'honneur, remplirent cette suprême mission.
En quittant l'empereur, Poniatovi^ski répète à ses soldats les puoies qu'il -vient d'entendre et commence le comlMt. A ce moment Napoléon quitte la ville, franchit le pont de TElster, (fu'on fait sauter derrière lui. Les Polonnais sont écrasés {)ar les buulets ennemis. Poniatowski aruvc sur les bords de la Pleisse; alors quelques voix lui crient de se conserver pour l'avenir, mais Poniatowski répond avec calme : « Dieu m'a i ontië l'honneur » des Polonais, c'est à lui seul que je le remettrai l » Sur ces eotre&ites, il reçoit une balle dans la poitrine, et une autre au bras gauche ; cependant il franchit la Pleisse. Arrivé sur les bords le l'Elster, accompagné de son aide de camp Hippolyte de Blé* champ, ils se jettent tout deux dans la rivière, et les flots les engloutissent ! Quelques jours plus tard, le corps du prince Joseph fut retrouvé. Transporté d'abord à Warsovie, ensuite à Krakovie, on le déposa auprès des cendres de Sobieski.
Les Poli riiiciis prirent uiie part acti\e à la campagne do 1814, et, à la su île du traité de Fontainebleau, un escadron polonais, commandé par le baron Paul lenunauowski, accompagna Napoléon à l'île d'Elbe.
Pendant que le congrès devienne se partageait l'Europe, Napoléon débarquait en France. Alors Alexandre créa le 3 mai 4815 un nouveau royaume de Pologne, essentiellement utile aux inté* rtts de la Russie ; c'était le duché de Warsovie mutilé, moins la république de Krakovie, les salines de WîéKczka, que TAutri* ehe obtint, et le grand-duché de Posen envahi de uuuseau par
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Ja PnisBe. Après ces actee iniques du mîime partage de la Pologne, le congrès de Vienne fui dissous et les armées de la eoalilion se ruèrent de nouveau contre la France. Napoléon dut encure les combattre; mais arri\a la latale bataille do Waterloo, où lesPolonnais, fidèlos iiis(|irà l'infortune dans leur attachement pour la ]■ r.iiK e, coniUatiii ent jusqu'à la dernière extrémit.'^. Napoieuii abdiqua et fut mené captif à Sainte-Hélène. Le 27 novembre ÎHlo, Alexandre signa ta charte constitionnelle, et le 24 décembre le royaume de Warsovie fut définitivement organisé.