CHAPITRE IV
Conduite des trois puissances copartagean (es envers la Pologne de 1815 à 1830. — Influence des révolutions de Paris et de Bruxelles en 1830 sur la révolution de Warsovie du 29 novembre. — Les Polonais sauvent la France eî la Belgique en brisant la coalition de la Russie^ de la Prusse et de TAutriehe. — > Manifeste de la diète de Pologne da 90 décembre 1890.
Kn créant ce simulacre de royaume de Pologne, en 1 annexant, l'incorporant à jamais à reuipire russe, du consentement des cabinets européens, Alexandre avait atteint le but suprènoe de sjta politique. Mais si dans les relations extérieures il ajoutait à son titre d'empereur celui de roi de^PotogM^ à Tintérieur il s'en défendait, se nommait seulement tzar de Pologne^ et dans Ténumération officielle de tous ses titres, celui de roi de Pologne ^it placé en troisième ligne, c est-à-dire après les tzarats de Kasan, d'Astrakhan, et suivi des Izarats de Sibérie et de Khersonèse- Taurique. Et rHuro|)e laissa faire!...
Si les traités de Vienne relatifs h la Poloirne avaient été exéculés loya!em(^nt par la Russie, la Prusse et TA ut riche, ce pays aurait pu encore espérer dans l'avenir ; mais malgré les promesses otiicielles des trois puissances copartageantes ces traités ont été violés dès les premiers jours de l'année 4846, Quanta Alexandre, il confia le pouvoir discrétionnaire des provinces polonaises à Nicolas Novossiltzoff, Tun des hommes les plus pervers, et au grand-duc Constantin Pavlovitsch, dont l'arbitraire moastrueux est connu de Funivers. Sous Taction délétère d'un pareil gouvernement, les Polonais donnaient au monde l'exemple de la concorde, de l'union et do la résignation, espérant que le jour do la réparation viendrait et qu'ils puniraient les forfaits des tzars et leurs violations des promesses pour le maintien de leur nationalité. Ces espérances qui germaient dans les coeurs des
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Polonais, devinrent tout 5 couj) plus vives par les révolutions de Paris et de Bruxelles qui éclatèrent en 4830. Mais bientôt ils apprirait que Nicolas préparait une nom elle coalition contre la France et contre la Belgique, et qu'à cet ^et il faisait venir en h^logne des munitions de guerre, et donnait ordre à la banque de Warsovie de tenir prêtes des sommes considérables. Malgré ces préparatifs belliqueux, Nicolas était dans la perplexité : Tarmée polonaise était forte de 40,000 hommes ; mais pouvait-il la lancer contre les deux pays en révolution, ou devait-il la laîsmr en Pologne pendant que la Russie, la Prusse et TAulriche se diriîîprnient vers le Rhin et l'Escaut? Le tzar se trouvait entre deux écueils également dangereux : ou de voir les Pulouais passer du côté des P>anrai=;, ou de voir la Pologne se soulever derrière lui; il fut donc décidé qu'on disséminerait l'armée polonaise parmi les troupes de la coalition. Après cette résolution. Nicolas or^ donna à Diebitsch d'exécuter cette mesure pour le 45 décembre 4S30; mais le dése^ir des Polonais devança cet ordre, et le S9 novembre 4830 la révolution éclata à Warsovie. Novossiltzoff st Constantin se sauvèrent Itcbemenl. La jeunesse dvile et mi* litaire accomplit eétte grande œuvre, et laissa aux plus expérimenté? la direction de la révolution. Peu de jours après, la diète se réunit, ficu laia la révolution nationale^ et dressa le 20 décembre 1830 un manifeste.
KoLis donnons cette pièce remarquable, comme suite des manifestes précédents, à commencer par relui (retienne Batory, de 1579. Si quelques illusions restaient encore sur les intentions de la Russie, elles ne seraient plus possibles à la lecture de ces actes. Mais si la volonté du mal est immuable chez les tzars, le patriotisme des Polonais est impérissable, et on les trouve tou« jours sur la brè^e pour la défense de leurs droits! Voici le ma* Qifeste du SIO décembre 1930 :
< Lorsqu'une nation, jadis libre et puissante, se voit forcée, par Texc^ de ses maux, d'avoir recours au dernier de ses droits, au droit de repousser l'oppression par la force, elle se doit à elle-même, elle doit au monde de divulguer les motifs qui l'ont amenée à soulcnir, les armes à la main, la plus sain le des causes. Les chambres de la Die te or t senti cetio nécessité, et, en adoptant l'esprit de la révolution du ^9 novembre, en la reconnais^ sant nationale, elles ont résolu de justifier cette mesure aux yeux de l'Europe.
t On ne connaît que trop tes inttmes machinations, les viles cdomnies, les violences ouvertes et les trahisons secrètes qui Oit eceompagoë les trois démeatibrements de l'ancienne Pologne;
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l'ijisloire, doiil ilssonl (l(*voiui> la propriiMé, les a flétris du sceau du crime poiiliquo. Lo deuil solennol (|ue ccUe violence a réparxlu dans loiil lo [)ays a été reliiiieusement gardé san? internij lion, rëleudard sans tache n'a jamais cessé de llolter à la tète de ia vaillante armée ; et, dans 80q émigration nûUtaire, le Po- Konaas, traospo riant de pays en pays ses dieui pénates^ criait vengeance contre leur vioiaùoa, se laissant bercer par cette noble illusion qui, comme chaque grande puisée, n'a pas été déçue, il croyait, en combaltant pour la cause de la liberté, combattre aussi pour sa propre patrie.
» Elle s'est relevée, ct'tte patrie; et, quoique restreinte dans j ses liiiiitos étroites, la Pologne a reçu des mains du héros du > siècle Sii iaii?iie, ses droits, ses libertés, doiis précieux relevés ; encort^ par de grandes espérances. Depuis ce moment sa ■ cause est devenue la nôtre, notre sang est devenu sa propriété; [ et lorsque ses alliés et le ciel même l ai3andonnerenl, persévérant , dans leur fidélité, les Polonais partagèrent les désastres du héros, et cette chute commune d'un grand homme et d'une nation j malheureuse arradia Testime involontaire aux vainqueurs eux- , mêmes.
9 Ce sentiment avait produit une impression trop vive, les I souverains de l'Europe avaient promis, au milieu des combats,
d'une manière trop solennelle, de donner au monde une paiï durable, pour qu'en se partageant encore une fois nos dépouilles, le congrès de Vienne ne fît au moins en sorte d'adoucir les nouveaux ontrii^es ÏMts aux Polonais. Une nationalité et une liberté de coiunierce niciproque furent garanties à toutes les parties de l'ancienne Pologne, et celle que la lutte européenne avait trouvée indépendante, morcelée de trois côtés, reçut le titre de royaume, et fut mise sous la domination immédiate de Tempereur Alexandre, avec une charteséparée et la fiiculté d'être agrandie. En exécution de ces stipulations^ il donna une constitution libre au royaume, et fit entrevoir aux Polonais soumis à la domination rosse Fespérance de se voir réunis sous peu à leurs frères. Ces dons, toutefois, n'étaient pas gratuits : il avait contracté des obligations antérieures envers nous ; de notre côté, nous avions fait des sacrifices. Avant et durant la lutte décisive, les brillantes promesses faites aux Polonais sou mi- au sceptre d'Alexandre, et les souj)çons élevés sur les inten lions de Napoléon, a\ aient empêché plus d'un Polonais de se prononcer en sa faveur. En se proclamant roi de Pologne, l'empereur de Russie avait été seulement fidèle à ses promesses* Mais cette nations- Uté, cesUbertéa quidevaieiit êtrelegmnt de kpaix âe TBa-
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rope, on nous les a fait acheter au prix de notre indépendance, f^tte première condition de l'existence politique des naiions, comme si une paix durable pouvait reposer sur Tasservissement d'une population de seize millions d'habitants; comme si les aanaiee du monde ne nous apprenaient pas qu'après des siècles d'intervalle, les nations soumises parviennent à recouvrer Tin* dépendance à laquelle le Créateur Suprême les a appelées de tout temps, en les séparant dos autres nations par leur langue et leurs coutumes ; comme si cette leçon était jKTdue pour les »ouvernenieni^, que les peuples opprimés fieviiMiiuMit les alliés naturels de quiconcpie s'élève contre leurs oppr('>>(Hirs.
» Mais ces conditions imposées arbitrairement n'ont pas même été remplies ; les Polonais n'ont pas tardé à se convaincre que cette nationalité et ce titre de Pologne donné au royaume par l'empereur de Russie n'étaient qu'une amorce jetée à leurs frères, soumis à d'autres États, qu'une arme offensive contre ces mêmes États, et qu'une vaine chimère pour ceux auxquels ils avaient été garantis. Us se sont convaincus qu'à l'abri de ces noms sacrés on voulait réduire la nation à un abaissement, à une dégradation servi le, et faire peser sur elle tous les 11 eaux qu'entraînent un long despotisme et la perte de la dignité de 1 Itoiniue. Les mesures pri^^e-^ contre Tarmée ont dé\ oiié pour la première fois ce plan mystérieux. Les outrages les plus sensibles, les peines les plus infamantes, les persécutions les plus recherchées, ordonnées par le commandant en chef sous prétexte de maintenir la discipline, tout avait pour but de détruire ce noble sentiment d'honneur, cette dignité nationale qui caractérisaient nos troupes. Les fautes les plus légères comme les plus graves, la seule prévention de culpabilité, considérées commodes crimes contre la discipline, et l'influence arbitraire du commandant en chef sur les conseils de guerre, rendaient ce dernier maître absolu de la vie et de l'honneur de chaque militaire. La nalion a \u avec indignalion des arrêts do ce couî^eil cassés plusieurs fois jusqu'à ce ([u'enfin ils eussent atteint le degré de sévérité qu'on leur avait tracé. Beaucoup ont donné leur démission ; beaucoup, insultés personnellement par le commandant en chef, ont lavé dans leur propre sang l'outrage qu'on leur avait fait, pour montrer que ce n'était pas le manque de courage, mais bien la crainte de compromettre l'avenir de la patrie, qui avait retenu leur bras vengeur.
» La première diète du royaume, et le renouvellement solennel de la promesse que les bienfaits de notre constitution s'é-
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tendraii ni à nos frères, qui tlevaient être réunis à nous, réveillèrent les es|>érances éteiiites. et tirent réi^ner dans les cliambres la inotlération, but unique de ces promesses. La liberté de la ])resse, la publicité des délibérations ne lurent tolérées que tant que se firent entendre les hymnes de reconnaissance élevés par un peuple subjugué en Thonneur de son puissant conquérant; mais lorsque, après la diète, on se livra dans les journaux à Texamen et à la discussion des affaires publiques, on introduisit aussitôt la censure la plus sévère ; et, après la diète suivante, qui s'était proposé le môme but que la première, on persécuta les représentants de la nation pour les opinions qu'ils avaient émises dans les chambres. Les États constitutionnels de l'Europe s'étonneront !ors(iu'ils af)prendront des circonstances qu'on leur a soigneu>eiiient caeln^es ; lorsqu'ils \eriuiU, d'une part, rnsa.ue modéré (pi'ont fait les I^olonais de leur liberté, la vénération qu'ils avaient pour leur souverain, sa rehgion, ses coutumes, toujours respectées dans leurs discours ; et, de l'autre, la mauvaise foi d'une autorité qui, non' contente de les dépouiller de leurs droits, ose encore imputer l'horreur de cette violation à la liberté effrénée d'un peuple malheureux.
)» La réunion sur une seule téte des couronnes d'autocrate et de roi constitutionnel était une de ces monstruosités politiques qui ne peuvent exister longtemps. Chacun prévoyait que le royaume do Pologne devait être pour la liussie un germe d'institutions libérales, ou succomber sous la main de fer de ses despotes. Cette ([uestion fut bientôt résolue. Il paraît que l'empereur Alexandre avait cru un moment pouvoir concilier toute l'étendue de son pouvoir despotiffue a\ee la popularité de nos lois libérales, et s'a.ssurer par là une nouvelle inlluence sur les atïaires de l'Europe. Mais il se convainquit bientôt que la liberté ne saurait jamais s'avilir jusqu'à devenir l'instrument aveugle du despotisme, et dès-lors, au lieu d'en être le défenseur, il en devint le persécuteur. La Russie perdit toute espérance de voir un jour alléger par son souverain le joug qui pesait sur elle, et ' la Pologne devait être successivement dépouillée de tous ses pri* viléges. On ne tarda pas à mettre ce dessein à exécution. L'instruction pui)!i([ue fut corrouq)ue : on organisa un système d'obscurantisuie ; on enleva au peuple tout moyen d instrucliuii ; à un palatina^ entier, sa reim'M iUaliun dans le cun^cii ; aux chaml)i-(\>^, la faculté de voter pour le I)iidget; on imposa do nouvelles charir(>s, on er»\i des monopoles propres à tarir la
»ourcd d0é iiditténii uationaied » et le tréSQfi groi«i par m
HISTOIRE DE POLOGNE
laesnros, devint la pâture d'une valetaille salariée, d'infâmes agents provocateurs et de vils espions. Au lieu des épargnes que la nation avait si souvent sollicitées, on augmentait continueUoment d'une manière scandaleuse les pensions des employés^ on y ajoutait d'énormes gratiHcations, on créait de nouvelles places^ le tout dans l'unique but d'augmenter le nombre des satrapes du gouvernement.
» La calomnie, l'espionnage avaient pénétré jusque dans Tintérieur des familles, y avaient infecté de leur venin la liberté de la vie domestique, et Tantique liospitiilité des Polonais était devenue \in piège pour rinnoc(>nce. La lil>erté indiN itlui'lle, sok-nin'llement garantie, était vioh'e ; lis prisons enronibrees; des conseils de guerre, nommés pour prononcer dans des cas civils, soumettaient à des peines infamantes des citoyens dont toute la faute était d'avoir voulu soustraire à la corruption l'esprit et le caractère de la nation. C'est en vain que quelques autorités et les représentants du peuple traçaient au roi le tableau des abus commis en son nom; non-seulement ces abus n'étaient point réprimés, mais encore la responsabilité des ministres et des autorités administratives était paralysée par l'action immédiate du frère de l'empereur, et par Teflét du pouvoir discrétionnaire qui lui était conlié. Cette autorité muiistrueuse, source des plus grands abus qiri puissent blesser la dignité personnelle do chaque iiidi\i(iu, était (Je\enue >i Irént'tique, qu'elle osait fain* coiuparailre devant elle, pour les accabler d'outrages, des citoyens de toutes conditions, et qu'elle allait même jusqu'à les assujettir publiquement à des travaux déshonorants et réservés aux for- Cats ; comnie si la Providence, en lui permettant de mettre le comble aux outrages faits à la nation^ destinait cette même autorité à être l'instrument de notre soulèvement.
» Après tant d'affronts, après une violation si manifeste des garanties jurées, violation qu'aucun gouvernement légitime, dans aucun pavs civilisé, ne se serait permise impunément, et qui, à plus forte raison, peut justifier notre soulèvement contre une autorité imposée par la force, qui ne pensera que cette aului ité a rompu toute alliance avec la nation, qu'elle a fait peser sur elle le joug de resclavago, qu'elle lui a donné le droit de rompre à chaque instant ses cliaines, et d'en forger des armes? Le tableau do nos désastres et rie cvu\ de nos frères peut être superflu; mais la vérité nous défend de l'omettre.
» Les provinces anciennement incorporées à la Russie non- Beûlemént né fuirent point reunies au royaumoi non-seulement
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nos ancien^ ffvros n'ont point été ad ml- à la jouissance de- institutions libérales stipulées par lo con^avs tle Vienne ; bien au contraire, les souvenirs nationaux éveillés en eux, d'abord par des promesses, par des encouragements, puis par une longue attente, devinrent «m crime d'État, et le roi de Pologne Ht poursuivre, dans les anciennes provinces de cet État, des Polonais qui avaient osé s'appeler Polonais. — La jeunesse des écoles fut particulièrement en butte aux persécutions : on arrachait de Jeunes enfants du sein de leurs mères, on transportait en Sibérie les rejetons des premières familU >. ou bien on les faisait entrer dans los ransrs d'une soldatos([uo corrompue. Dans les actes administratifs et dans i irislruction publique, la langue polonaise fut supprimée ; des oukases anéantissaient los tribunaux et le droit civil polonais; les abus de l'administration ré lui-aiont à la misère les propriétaires fonciers, et, depuis l'aM ii< nu m de Nicolas au trône, cet état de choses avait été toujours en empirant, et l'intolérance mettait tout en œuvre pour extirper le rit grec uni, et subjuguer de plus en plus le catholicisme.
» Dans le royaume, bien qu*aucune des libertés garanties par la constitution ne fài observée, ces libertés supprimées de fait n'existaient pas moins de droit ; c'était justement cette existence de droit qu'il fallait saper. Alors on vit paraître cet article additionnel à la constitution, qui, atVichant une sollicitude spécieuse pour le maintien de la charte, détruisait une de ses principales dispositions, en enlevant aux chambres îa pnljlicité de k^ui s délibérations et l'appui de Topinion publique, et qui devait surtout consacrer le principe qu'il est permis de morceler à son iiiv le pacte fondamental, et par cela même d'abolir en entier la charte, comme il en avait aboli un article. C'est sous ces auspices que fut convoquée la diète de 4825, d'où l'on chercha, par tous les moyens, à écarter les plus intrépides défenseurs de nos libertés. Un nonce, qui venait prendre part à nos délibérations, fut enlevé de vive force, et, entouré de gendarmes,'il fut retenu captif pendant cinq ans, jusqu'au moment où la révolution a éclaté. — Privée de ses forces, close, menacée de perdi-e la charte, séduite par les nouvelles promesses qu'on lui fit de réunir au rovainn(> les anciennes provinces polonaises, la diète de 482:i sui\ it i exemple de celle de ISlS ; mais ces promesses restèrent encore sans effet, et les pétitions qui sollicitaient le recouvrement de nos libertés furent repoussées.
» L'indignation générale des gens de bien, l'exaspération de la nation entière amenaient depuis longtemps l'orage, dont l'ap-
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proche commençait â se manifester lorsque la mort crAloxandre, l'avènement de Nicolas au trône, ot le serment qu'il lit de maintenir la constitution, semblèrent nous ju omettre la cessation des abus et le retour de nos libertés. Cette espérance fut bientôt déçue' ; car, non-seulement les choses restèrent dans leur ancien état, mais même la révolution de Pétersboarg servit de prétexte pour emprisonner et soumettre à des enquêtes les citoyens les plus distingués du sénat, de la chambre des nonces^ de l'armée et des autres classes. En peu de temps, les prisons de la capitale furent encombrées; tous les jours de nouveaux édifices étaient destinés à recevoir des milliers de victimes, transportées de toutes l(?s parties de Tancienne Poloirne, de celles même soumises aux i^'ouvernements étrangers. — Sur le sol natal de la liberté on introduisit des tortures qui font frémir l'humanité, et la mort ou le suicide diminuait toujours le nombre des malheureuses victimes, quelquefois oubliées dans des cachots étroits et humides. Au mépris de toutes les lois, on créa un comité d'enquête composé de Russes et de Polonais, en grande partie militaires, qui, par la prolongation des tortures, par des promesses de pardon et des interrogatoires insidieux, ne cherchaient qu'à arracher aux prévenus l'aveu d'un crime imap^inaire. — Ce ne fut t[ a après une détention d'un an et demi que fut établie la haute cour nationale : car puisque, au mépris de toutes les lois, oa avait commis le crime de prolonger les emprisonnements, au point que plusieurs victimes y avaient trouvé la mort, il fallait nécessairement rendre cette mesure légale. La conscience du sénat trompa cette attente, et les prévenus qui gémissaient depuis deux ans dans les cachots furent, presque à l'unanimité, reconnus innocents du crime d'État. Cet arrêt fit disparaître dès lors toute différence entre les prévenus et les juges; les premiei*s, malgré la sentence qui proclamait leur innocence, loin d'être élargis, furent translérés à Saint-Pétershourc:, où ils eurent à gémir dans les cachots des forteresses, et jusqu'ici ils ne sont pas tous rendus à leurs familles ; les seconds furent retenus pendant près d'une année à Warsovie, pour s'être montrés juges indépendants. On arrêta la publication et Texécution de la sentence, qu'on soumit à l'examen des autorités administratives ; et quand enfin, par un reste d'égards pour l'Europe, on se vit torcé de la publier, un ministre porta l'audace jusqu'à dégrader la majesté nationale en réprimandant, au nom du souverain, la plus haute magistrature de FÉtat dans l'exercice de sa plus haute attribution.
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» C'est après de tek actes que 1 empereur Nicolas résolut de se faire couronner roi de Pologae. Les réprésentants de ia nation, convoqués, furent les tinnoins muets de cette cérémonie et des nouveaux serments qui furent bientôt encore violés; car aucun abus ne fut supprimé, pas môme le pouvcûr discrétionnaire. — Le jour même du couronnement^ le sénat fîit rempli de nouveaux membres (]ui ne possédaient point te qualités requises par la constitution, unique garantie de l'indépeiidance de lemrs votes. Un emprunt illégal et Taliénation des domaines nationaux avaient pMiu but de m«»l)ili>er et do rendre disponibles les immenses piu|iri<''hs riiuciens fie TÈtat; mais la ProNiflence a voulu que les sommes t (tiisi(hM"al>h\s provtMiant de re\(H'ution })artielle de ce plan tussent soustraites à la dilapidation pour servir aujourd'iiui à l armement de notre nation.
» Enfm, la dernière consolation qui, sous le règne d'Alexandre, faisait supporter aux Polonais leur infortune, l'espérance de se voir réunis à leurs frères, leur fut enlevée par l'empereur Nicolas. Dès ce moment, tous les liens furent rompus; le feu sacré, qu'il était défendu depuis longtemps d'allumer sur les autels de la patrie, couvait secrètement dans les cœurs des gens de bien. Une seule pensée leur était commune : qu'il ne leur convenait pas de sup|)orter plus lonjrtemps un tel asservissement I 3Iais c'est l'autorité elle-même (jui a rapproclif' le moiiiiMit de l'explosion. — A la suite de bruits (pii se eoulirmaient de plus en plus au sujet d'une Lnierre contre la liberlé des peuples, des ordres furent donnés pour mettre sur |)ied de guerre 1 armée polonaise, destinée à une marche prochaine, et, à sa place, les armées russes devaient inonder le pays; les sommes considérables provenant de l'emprunt et de l'aliénation des domaines nationaux, mises en dépôt à la banque de Warsovie, devaient couvrir les frais de cette guerre meurtrière pour la liberté. Les arrestations recommencèrent; chaque moment était précieux; il y allait de notre armée, de notre trésor, de nos ressources, de notre honneur national. (|ui se refusait à |)orleraux autres ])eupl(»s des fers dont il a hù-mème horreur, et à combattre contre la liberté de ses anciens compagnons d armes. CliacAin partageait ce MMitimeiit, mais le cœur de la nation, \r foyer de reiitliousiasme, cette intrépide jeunesse de l'école militaire et de l'université, ainsi qu'une grande partie de la brave garnison de Warsovie et beaucoup de citoyens, résolurent de donner le signal du soulèvement, t ue étincelle électrique embrasa dans un moment l'armée, la capitale, tout le pays» La nuit du %9 novembre fut
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t'clairée par les Iriix de la lil)êrté; dans un seul juui\ h\ capitale délivrée ; dans (]uelques jours, toutes les divisions de I armée unies par la même pensée ; les forteresses occupées, la uation armée, le frère de l'empereur se reposant avec )es troupes russes sur la générosité des Polonais, et ne devant son salut qu'à cette seule mesure : voilà les actes héroïques de cette révolution, noble et pure comme Tenthousiasme de la jeUne^^se qui l'a enfantée.
» La nation polonaise s'est relo^ ée de son abaissement et de <a (l(\izra<lalion avec la ferme nv-Dlulion de ne j)lus se courber sous le Joug de fer qu'elle vient de briser^ el de ne dépos(»r les armes do ses ancêtres qu'après avoir reconquis son indépendance et sa puissance, seule garantie de ses libertés; qu'après s'être assuré la jouissance de ces mcVnes libertés, qu'elle réclame par un double droit comme un héritage honorable de ses pères , comme un besoin pressant du siècle ; enfin , qu'après s'être réunie à ses frères, soumis au joug du cabinet de Pétersbourg, l(^s a\ oir déliM és et les avoir fait participer à ses libertés et à son indépendance.
» Nous n'avons été influencés par aucune haine nationale contre les Russes, qui, eonoiu? nous, sont d'oriiiine slav(> ; au contraire, dans les premiers moments, nous nous plaisions à nous consoler de la perte de notre indépendance, en pensant que, bien que notre réunion sous un même sceptre fût nuisible à nos intérêts, elle pourrait néanmoins fairse participer une population de quarante millions d'hommes à la jouissance des libertés constitutionnelles, qui, dans tout le monde civilisé, étaient éi;alenit»nt devenues un besoin pour les gouvernants comme pour les gouvernés.
)) Convaincus que notre lil)erté et riotn» iii(léj)endance, loin d'avoir jamais été liosliîes \is-à-vis des États iiniilioplies, ont, au contraire, servi, dans tous les temps, d'équilibre et de bou- ( lier à l'Europe, et peuvent lui être aujourd'hui plus utiles que jamais, nous comparaissons en présence des souverains et des nations avec la certitude, que la voix de la politique et de l'humanité se feront également entendre en notre faveur.
D Si même, dans cette lutte, dont nous ne nous dissimulons j>as les (lanciers, nous dev ions combattre seuls pour l'intérêt de tous, pU'uis de confiance en la sainteté de notre cause, en notre pri'pre valeur et en ]'as->i.-lcim:e de FÉternel, nous combattrons jusqu'au derniei' soupir pour la liberté! — Kt si la l'ruvidence
A dedliné celt^ ,terro à un aâ^^rviâsement perpolueli êif dmê
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cette dernière lutte, la lihorté de la Pologne doit succomber sous les ruines de ses \illes et les ( inlavres do ses défenseurs, notre ennemi ne réirnfT:! que sur des désert.^, v\ Lout bon Polonais emportera en mourant cette consolation, que, si le Ciel ne lui a pas permis de sauver sa prc^re patrie, il a du moins, par ce combat à mort, mis à couvert pour un moment les libertés de TEurope menacée. »
Les vérités prophétiques du manifeste rappelaient les mots des antiques victimes menées aux cirques de Rome, et qui disaient aux Césars : Marituri îe saluîant : ceux qui vont mourir te saluent î Les sentiments des Polonais furent compris des nations de l'Europe, mais les cabinets qui auraient dù seconder la Poloirne restèrent sourds à 1 appel d'un peuple ami.
Pendant que le tzar Nicolas re|)Oussait lout accommodement, et se refusait à toute concession, les cabiniHs eurofn'MMis, pour couvrir leur pusillanimité, disaient aux Polonais qu il n y avait pas moyen de les secourir, car on ne pouvait pas négocier avec une nation en puissance d'un roi qin en même temps était empereur de Russie ; mais que, si la Pologne devenait indépendante, sa position serait plus nette, et qu*alors on pourrait intervenir. En conséquence du refus de Nicolas et des encouragements venus de POccident, les Polonais déclarèrent la déchéance des tzars du trône de Pologne, et cette auguste et nationale résolution fut proclamée par la diète tout entière, composée de sénateurs-palatins. séMatours-castellans, évêquessénateurs. mmces terriens des districts, et députés des villes et arron(lis.s(Mnenis de chaque palatinat. '
Voici l'acte de cette déchéance, sanctionné à Warsovie, dans k séance du 25 janvier 4834 :
« Les conventions les plus sacrées sont autant inviolables qu'elles sont mutuellement et fidèlement observées par les deux parties. Nos longues souffrances sont connues du monde entier. Les franchises jurées par deux souverains, violées tant de fois» délient en ce jour la nation polonaise de la fidélité qu'elle devait au monarque régnant. Les paroles de l'empereur Nicolai disent que le premier coup de canon que nous tirerons sera le sis^nal de la destruction totale de la Pologne. Ces paroles, en nous oiant tout espoir d'obtenir justice, ne nous laissent qu'un noble désespoir.
» En conséquence, le peuple polonais, représenté par la diète, déclare : qu'il est indépendant, et qu'il a le droit de disposer de la couronne en faveur de celui qu'il jugera digne de la porter,
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et qui loi présentera les garanties les plus solennelles et les plus rdigieuses pour le maintien de la foi et du pacte jurés.
Adam Georges CZÂRTORYSRI, WladislasBawicz OSTROWSKI« tènateur'pahtin, présidant le nonce de Piatrkaw, du palatir Sémil» nat de KalieXy marèduLl de la
ekambre des noneee.
Julien-Ursin Niemcewicz, êéna-' Xavier Czarnocki, député de
teur-coêteUan, eecrétaire du SkinislttwoWt du palatinat de
iénai. Mazook, Hcréiaire de la
chambre dee noncee.
AuGusTowsKi Jean, nonce de Doi;)abrowa, du palalioat d'Augusiow.
Pacitnski Cyprien, nonce de Sandomir, pal* de Sandomir» Dartochowski Kasimir, nonce d'Ostrzeszow, pal. de KalissK. Barzykowski Stanislas, nonce d'Ostrolenka, pal. de Ploçk.
B2RNATOWICZ Alexandre, nonce de Jampol. pal. de Podolie. BiEDRZYÇiU Xavier, député dePiotrkovv, pal. de Kalisz. BiELiNSKi iean-Wiadislas, sénaleur-castellan. Bklssi Ignace, nonce de Krasnoetaw, pal. de Lublin. BiENiEÇKi Louis, nonce de Wengrow^ pal. de Podiaquie. BiENKOWSKi Antoine, sénat eu r-casiellaii.
BttRNAÇKi AIoïs, député de Siéradz, pal. de Kalisz. Bninski Alexandre, sënateur-castellan.
BaszA Eugène, nonce de Slonim, paK de Grodno. Brinken Joseph, député de Warsovie, paK de Iteovie* BaoMKOWSKi Adam, sénateur-castellan.
BoKowsKi Jean, nonce d'OIkusz, pal. de Krakovie. Bykowski Antoine» nonce de Lomza, pal. d'Augustow. Cbarzewski Jean, député de Warsovie, pal. de Mazovie. Chklmiçki Vincent, nonce de Prasnysz, pal. de Ploçk. Chobii/v\?ki Alljprt, dëputë d'Ostrolenka, pal de Ploçk. CttonEC&i Albert, député de Lenczyça. pal. de Mazovie. Cnoif BNTOWSKi François^ député de Sandomir. pal. de Sando-» mir«
Cnn^omii Joseph, nonce de Tomaszow, pal. de Lublitt.
HISTOIRE DB POLOGNE
CiBSZKOWSKi Paul, d^lé de Krasnystaw, ptl. de Li4dMi. GtseowsKi Martan, noqise de Li^io^ pdl. ée Pleçh» Dbmrowski Léon, sënateuF-castellan.
Dembowski Ignace-Ielita, dëputé de Plogk, pal. de Ploçk. Deskur André, nonce de Kozienice, pal. de Sandomir. DoTJNSKT Félix, nonce de Krasnik, pal. do Ijihlin. DoMBKowsKi Franrois, nonco de Lenczyça, pal. de Mazovid Dzie-\cii:lski Marcelin, é\ èi(iic de Lublin, sénateur. Faltz Ernest, député de Kalisz, pnl. de Kalisz. FjuoavANOWicz Jean, député deMaryampoi, pal. d'Augudtew. FaTTSCQ Adam, dëputé de Lublin, pal. de Lublin. GAwaoNSfti Vincent, nonce de Kalwary, pal. d*Augu8tow. GuszcsnntifliLi .Antoine, 8énateuiH»steilan.
Gliszcztkski Jean-Nepomuç» nonce de Konin, paL de Kalisz. GoDBBSKi Xavier, nonce de Luçk, paL de Wolyme* OotTNSKi II}'actntbe, nonce de Ramienieç, pal. de PodoHe. G osTKOwsKi Joseph, nonce de Krakovie, pal. de Krako\ie. GosTKowsKi Michel, nonce de Stobniça, pal. de Kraku\ic\ Grabowski François, sénateur- jialal m.
GBATkowsKi Jean, nonce de Kut»skié, pal. do Sandomir. Grombczkwski Paul, nonce de Pultusk, pal. de Piock. GuMowsKi Félix, député de Lukow, pal. do Podlaquie. Hlvsznibwicz Antoine, nonce de Borysaow, pal. de Minsk. Jablonowski Joseph, nonce de Lubartow, pal. de LubUn* Jablonowski Maximilien, sénateur-palatin.
Jablonski François, député d'Oikusz, pal. de Krakevie. Jakszbwicz Antoine, député de Kalisz, pal. de Kalisz. Jasikski Théodore, nonce de Wlodawa, pal. de Podlaquie. jBLOWiÇKf Alexandre, nonce de Hayssyn, pal. de Podolie. Jrzierski C.onstantin, nonce de Blonié, pal. de Mazovie. Jeziehski Stanislas, nonce de Sienniça, pal. de Mazovie. Jeziehski Jean, nonce de Garwolin, pal. de Podlaquie. Kaczkowski Stanislas, nonco de Sieradz, pal. de Kalisz. ILahwowski ieao-Joacbim, oouco de Biaiy$tok, paL daBialfttok.
Kaszyç Joseph, nonce de Nowogrodek, pal. de Grodno. KiBNiEWicz Félix, nonce de Mozyr, pal. de Minsk. KisiBLNiçKi François, nonce de Biebrza, pal. d'Augustow. Klimontowicz Jacques, dépulé d*Augustow, pal. d'Augastow. KoGHANowsKi Mîchel, sénateur-castellan.
KoLTSKO Adam, nonce d*Upîta, pal. de Wilno.
KozLowBU Gaétan, député de Ploçk, pal. de Plogk.
HISTOIRE DS POLOGNB
Koz.yiA-N Gaëlan, séiiatoiii -casleiian.
Krnsinski Joseph, sénatcur-casteîlan.
iÙLEXKOwsKi Joseph, nonce de Kowal, pal. de Mazovie. KkuszEWSKi Antoine, député de Lomza» pal. d'Augustow. RioszBWSKt Vincent, député de Seyny^ pal. d'Augustow, KaTsiNSKi Dominique, dëpulë de Warsovie, pal. de Mazovie. KfrczBWdKi Jean, député de Lublin, pal. de Lublin. LiioocHomcf Jean, nonce de Jendrzerow, pal. de Krakovie. Ledochowski Joseph, nonce de Slaszow, pa!. de Sandomir. Lelewel Joachiin. nonce de Zelechovv, pal. de Podlaquie. LEMPiçKi Louis, sénaleur-caslt4laii.
LEWfNSKi François-Xavier, sénateur-castellan. LiBisz£WSKi Antoine, nonce d'Opatow, pal. de Sandomir, LoPAciNSKi Alexandre^ uonce de Dzisna, pal. de Minsk. Ldbibnski Pierre, sénateur-castellan.
Lons^iSKi Thomas, sénateur-castellan.
LuBOMiRSKi Joseph, sénateur-castellan.
LuBowiosKi Joseph^ député de Warsovie pal. de Mazovie. LuNiEV^SKi Victor, nonce de Szydlow, pal. de Krakovie. LuszczEwsKi Adam, nonce de Sochaczovv, pal. de Mazovie. LuTOSTANSKi Louis, dé[)ulé de Warsovie. pal. de 3îazovie. Malacho\smva Gustave, nonce de Szydlowiec, pai. do Sando* inir.
Malaciiovvski Joseph, nonce de Radzyn, pal. de Podlaquie.
Malachowski Louis, sénateur-castellan.
Malachowski Stanislas, sénateur-castellan.
Malinowski Jacques, nonce de Radomysl, pal. de Kiiovie.
Manogiewicz Nicolas, évéque d Augustow, sénateur.
Mabkowski Félix, nônce de Siedlcé, pal. de Podlaquie.
MAzuAKiEVfncz André, député de Zamosc, pal. de Lublin.
Hbncinski Albert, sénateur-castellan.
MiERZEiEwsKi Caliste, député de Biala, pal. de Podlaquie.
MioNczYNSKi Ignace, sénateur-palatin.
MioNczvNSKi Stanislas, député de Konin, pal. de Kalisz.
MoDLiNSKi Joseph, nonce de Radzieiow, pal. de Ma/ovie.
Morawski Théophile, nonce de Kalisz, pal. de Kaiisz.
MoRAvvsKi Théodore, député de kaiisz, pal. de Kaiisz.
MoRozEvvicz Caliste, nonce de Lublin, pal. de Lublin.
MoBzsowSKi Augustin, député de Rawa, pal. de Mazovie.
MoRZKOwsKi Ignace, nonce de Radomsko, pal« de Kaiisz.
MosTowsKt Thadé, sénateur-palatin.
HozàLSKi Jean Kanty, député4e Kietee^ pal. de Kridkovie. - ^
soa HiSTOias de polognb
Nakwaskt François, sënatoiir-castellan.
NAk^vASKI Henri, nonce de Braçlaw, pal. de Podolie.
NiEMciiwicz Charles-Ursm, nonce de Brzesc-Litewski, pal. de
Grc'Ino.
NiEMoiow5»Kf Bonaventure, nonce de Warta, pal. deKaiisi*
NiESiOLOWSKi Xavier, sénateur-caslelian.
NowAKowsKi Stanislas, nonce de Stobniça, pal. do Kiakovie.
Obnimi François, député Siedlcé, pal. de Podlaquie.
Okbnçxi Jacques, nonce de Rawa, pal. de Mazovie.
OuKAi Narcisse, sénateur-castellan.
OsTaowsEï Albert, sénateur-castellan.
OsTaowsKi Antoîne-Rawicz, sénateur-castetlan.
Paç Louis, sénatour-caslellan.
PiETKiEvvicz Louis, noncedo W ilkomierz, paL de Wilno. V ETKiEwicz Valërien, nonce de Sluçk pal. de Minsk. PioTRowsKi Jaç(]ues, député de Warsovie. pal. de Mazovie. PioTRowsKi Miciiel, député de Warsovie, pal. de Mazovie. PLATEa Louis, séuateur-castellan.
Platbr César, nonce de Wilno, pal. de Wilno.
Plâtre W ladislas, nonce de Wileyka, pal. de Min^. pLicHTA Antoine, nonce de Brzeziny, pal. de Mazovie. PoLBTTLto Alols, nottcc de Gbelin, pal. de Lublin. PoLBTTLLo Josn, sénatcur-castollan.
PosTOEEYNSEï Jean, député de Radom, pal. de Sandomir. PoTOÇu Herman-Pilavvita, nuuce de Machnowka, pal. de Kiiovie.
PoiuçKi Joseph, nonce de Hielsk, pal. de Biaiybtxjk. PoTOÇKî Miciiel, .senateur-caslclUin.
pRAZMuw'^Ki Adam, évéque de Ploçk, sénateur.
PRZEC1SZEW8K1 Autoine, nonce de Kosienië, pal. de Wilno. PsTROKONSEï Raphaël, nonce de Szadek, pal. de Kalisz. Pl'SZTTZOKA Jean, député de Radom, pal. de Sandooiir. Radonsei Martin, nonce de Pyzdry, pal. de Kalisz. Radziwill Michel, sénateur-palatin.
Rbmbiblinski Victor, sénateur-castellan.
Rbmbowski Antoine, d^uté de Kalisz, pal. de Kalîsz. RosTWOROwsKi Jean-Neponiuç, nonce de Czersk, pal de vie.
KûzENWERTii Joscpli, noncG de Tarnocrod, pai. de Lublin. RuLiKowsKi Vincent, sénateur-castellan. SABBATY.N Xavîcr, noHce d'Olpopol, pal. de Podolie. SiEAAEowsEï Gaëian, séaatour-casI^Uaiu
HISTOIRE DE POLOGNE
Skorkowski Charles-Sarius, ëvéque de Krakovie, sénateur.
Slaski Tliéodoro, nonce de Kielcé, pal. de Krakovie.
Slubiçki Augustin, sénateur-castellan.
SLumçKt £ugèn6, nonce de Bnsesc-Kuiawskî, pal. de Mazovie.
SoLTTK Stanislas, sënatettr«ca9tel1aQ.
SoLTVK Koniain, nonce de Konskié^ pal. de Sandoniir.
SuLi VK François, nonce de Radom, pal. de Samlomir.
SoLTïK WladUlas, député de ^liechow, pal. de Krak()\ ie.
Starzensm Joseph^ nonce de Tarrondissement de Tykociny
palatinat d'Augustow.
Starzynski Ignaèe, nonce de Zgierz pal. de Mazovîe. Stuiowski Jean, nonce de Lelow, pal. de Krakovie. SuciiEÇki Florian, nonce de Wiélun, pal. de Kalisz. SvcHODOLSKi Antoine^ nonce de Solec, palatin de Sandomir. Swm2iN9Ei Constantin, nonce d'Opoczno^ pal. de Sandomir. SwiNiAMSKi Étienne, nonce de Stanislawow pal. de Mazovîe. SwiHSKi Joseph, nonce de Ilrubies/ow, pal. de Lublin. SzAMEÇKi Jean-Olrych, député de Slubniça pal. de Krakovie. SzuMBORSKi Félix, évèqno de Chela, sénateur. SzYiiANowsKi Alexandre, nonce de Warsovio pal. de Mazovie* SzTMCZYKiEWiGZ Jean, nonce de Piliça, pal. do Krakovie. SzYMONSKi Sébastien, député de Piuu kuw , pai. de Kalisk. Tarnowski Jean-Ainor, séaateur-casLellan.
TcQORZEWSKi Daniel, nonce de Human, pal.de Kiiovie ToMASZEWSKi Jo8eph*Boncza, nonce de Lipowieç, pal. de Kiiovie. Trzcinsei François, nonce d'Orlow, pal. de MnÊovie. TuRSKi Jean, nonce de Ploçk, pal. de IMoc;k.
TvMovvsiU Xhomas-Kantcrbury, nonce de Czenstochow, pal. de
Kalisz.
Ttszeibwicz Thadë, sénateur-castellan.
Ttszkibwigz Vincent, nonce de Skwira, pal. de Kiiovie.
Walchnowski André, nonce de Szydlow, pal. de Krakovie.
Walewski Ferdinand-Koiuima, nonce de Miechow, pal. do Krakovie.
WALEMTSKi Michel-Kolonna, nonce de Skalmierz, pal. de Krakovie.
Waszkiewcz Vincent, député deBrzeso-Kuiawski, pal. deMazovie.
Wt.NULi.Nbki Albert, député de llrubioiszow, pal. du Lublin.
HISTOIRE DE POLOGNE
WsNouaiCKi SiBDîalaa, aénateur-casteUan.
Wbnztk François, sënateur-castellaii.
Wenzyk Ignace, nom c de Losiça pal. de Podiaquie.
WicuLiNSKi Pierre, séaaleur-castellan.
WiBLOGLOwsKi Gaspard, sénateur-caste! lan.
WiELOPOLSKi Alexandre^ noDce de GrodnOi pal. de Grodno.
WiELOPOLSKi Jean, sënateur-castellan.
WiEszczYÇKi Ro(lul|»Iio, nonce (le Goslynin pal de Mazovie.
\Vi8ZM£wski Simon, sënateur-casleiian.
WiszNiEWSKi Joseph, député de Kalwary, pal. d'Auguâtow.
WiTKOws¥i dément, député de Mlawa, pal. de Ploçk.
WiTKOwsci GoDStaDtin, noDce de Mla^ a, pal, de Ploçk.
\\'oDziçKi Stanislas, «énatour-palatin.
WoDozLNSKi Matiuas, sénaLeur-castelian.
WoLOWSKi François, député de Warsovie, pal. de Mazovie.
WaacELL Stanislas-Gabrielf nonce de Rowno^ pl. de Wolynie.
WozNiçKi Michel, sénateur*castellan.
Wyszynski Thomas, nonce de Zamosc, pal. de Lublîn.
Zaleski Bugdaii, nonco de Taraszcza, pui. de Kiiovie.
2ALESAI François, nonce de Lukow, pah de Podlaquie.
ZAMaazTçKi Louis, nonce de Braslaw, pal, de Wilno.
Zarczthski Aimé, nonce de Winniça, pal. de PodoHe.
Zawvdzki Antoine, député de Sochaczew, pal. de Mazovie.
Zawadz&i Wladislas, nonce de Biaia, pal. de Podlaquie.
ZfiLENSKi Ignace, député de Sandomir, paL de Sandomir.
ZiBHiENÇKi Joseph, député de Wielun, pal. de Kalisz.
ZtENKowiGZ Josej 11, nonce d^Oszmiana, pal. de Wilno.
Z\vA\ Valentin, député de Gostynin, pal. de Mazovie.
ZwiERKOwsKi Yalentia, député de Warsovie, pal. de Mazovie*
Ces noms, que nous avons rangés par ordre alphabétique, contiennent les signatures ou les adhésions plus ou moins sincères non-signées. Mais les membres de cette diète qui se sont sciemment et ouvertement abstenus de signer ou d'adhérer à cet acte, . ont été éliminés par la décision des deux Chambres, le !!0 juillet 4834. Ce sont:
BoRKOwsKi MicheUDunin, député de Radzyn, pal. de Podlaquie. CzARNECEi Félix, sénateur-castellaa.
HISTOIRE DE POLOG.NË
Sfl
GftâBOwsEï Stanislas, sénateur^alatin.
Grarowski Thomas, sdnateur-castellan.
GiTkovvsKt Jean-Marcel, ëvéque de Podlaquie, sénateur. KRASii>iSKi Vincent, sénateur palatin.
PoToçKi Alexandre, sénateur-castellan.
Walewski Alexandre-Golonna, Sénateur-castellan Zamov?kt Stanislas, sc^nateur-palatin. Président du sénat avant le Ài) iiovenabre 4830.
L'acte de la déchéance de i831 fut communiqué aux cabinets de l'Occident; il n'y avait donc aucun prétexte à temporiser, à hésiter; alors ces cabinets prétendirent qu'ils entendaient par intervention, intervention purement diploniatique, que c'était tous leurs moyens d*action auprès de la cour de Pëtersbourg; mais que cette voie de conciliation leur était fermée, puisque les^PoloiMiis avaient prononcé la déchéance des tzars I...
Malgré le mécomptes, maltrré l'absence de tout secours, malgré les hostihtés plus ou moins patentes de la Prusse et de l'Autriche, les Polonais soutinrent une lutte victorieuse pendant dix n^ois consécutifs; ils prouvaient au monde qu'ils méritaient l'aide ^t la protection des puissances amies. Abandonnés de tous, ils liaient triompher après des combats sanglants, quand la Russie effrayée pensa que le moment était venu d*entamer des négociations qui avaient pour but de promettre, de tromper et de trahir. Ainsi la Pologne ne succomba pas sous les forces mi libres de la Russie, mais sous la triple action de la diplomatie lïioskovite. En effet, lorsqu'en septembre 1831, la Pologne tomt>ait, elle avait 80,000 hommes de troupes et un liésur considérable, tandis que la Russie n'avait que 400,000 hommes et un trésor épuisé I...
A l'attaque de Warsovie, lesMosckovites eurent près de trente iQille hommes hors de combat; on voit donc que cette capitale aurait pu se défendre si le généralissime polonais n'eût comnumdé la retraite pour faire régner tordre à Warsovie t Ainsi la
trahison était consommée 1
i'aruii les traits de courap:e qui se multiplièrent dans la révolution du 29 novembre, un des plus beaux faits est certainement la mort héroïque du général Joseph Sowinski. Quand le fort de Wola fut enlevé par les Russes, Sowinski se retira dans la chapelle, s'adossa au maltre-autel et se défendit avec un fusil, mais Sentit il succomba sous les baïonnettes moskovites. Cet illustre
sit
RISTOIRB M POLOANB
vétéran des guerres de Napoiéofi avait perdu une jambe à la bataille delà Moskova, à Bornduu^ le 7 septembre 181?, et il mourut glorieusement dix-imil ans après, jour pour jour, en déieo* dant la plus ?ainte des causes.
Depuis 483îi le tzar Nicolas n'eut plus qu'une pensée : dénationaliser d'abord, et ensuite assimiler la Pologne à Tempire russe, L*éniigration fut la conséquence de ces menaces, et tes Polonais se répandirent sur tout le globe pour protester et pourattendre le moment de reconquérir leur patrie* En 4833 et en 4Si6 ils tentèrent de nouvelles insurrections; il y eut des victimes et des mai lyrs. En <848, la chute de Louis-Miilippe et la proclamation de la république à Paris semblaient ouvrir une nouvelle ère à la nationalité polonaise. Les Polonais se dévouèrent encore, une fois ; mais la république du 24 février abandonna les peupla qu'elle avait surexcités.
Au'grand parlement de Frankfort, les Allemands semblaient d'abord être favorables à la Pologne. Les Polonais du pays et ceux de l'émigration en France y envoyèrent des reprë^ntants pour plaider la cause de leur patrie. Parmi les premiera» Wiadidas Niegolewski se fit remarquer par ses talents, son patriotisme et son activité; il parvint à attirer Tattention de l'Allemagne sur la question polonaise en la faisant voir sous sonvëriuble jour, et il niérila le titre honorable d'advocatus patiiœ; mais le parti libéral allemand dut s'efTacer sous les efforts de la réaclionj contraire aux intérêts de la Pologne.
Ailleurs, c'est-à-dire en Italie, en Hongrie et en Transylvanie, les Polonais défendirent les peuples opprimés contre la soldatesque des deux puissances copartageantes. Pendant que la légion polonaise combattait vaillamment en Hongrie, le général Joseph Bem acquérait en Transylvanie une réputation européenne, et son nom seul était la terreur des Autrichiens et des moskovites. Le tzar mit sa téte k prix sans Toblenir, lorsqu'à la suite de la trahison, la lionne succomba, et Bem fut obligé de chercher asile en Turquie; et lorsque la Russie exigeait son extradition, le sultan déclara (juc Bem s'étanL fait musuiman no pou- Vint plus être livré à la Russie. Bem ri'élait devenu musulman que de nom, et pour calmer les sii>( i [ilihiliiés de Nicolas, le sultan consentit à assip^ner à ce général, Aiep pour résidence. A ce moment le tzar élaborait déjà ses projets envahissants contre la Turquie; il redoutait que Bem reparût sur le Danube; il cherchait donc à paralyser Faction future d*un ennemi |ilns redoutable qu'une armée, quand tout à coup le monde apprit qxd
HISTOIRE DE POLOGNE 313
Je héros poloDais était mort subitement dans la journée du 4 0 (Ihcembre 18501
Dans ce tableau de la Poloirno politique, ciNilc et militaire, nous ne pouvons pas oublier comme complément la Pologne mduttrielle, c'est-à-dire les aptitudes, les riciiesses et le rôle que la force des choses assigne à ce pays à l'Exposition universelle de 4855 à Paris. A cet effet, nous reproduisons l^articie dû à la plume patriotique de M. Christian Ostrowski, article inséré dans le Siècùy journal dévoué à la défense de la cause polonaise, par l'organe de M. L. Havin, directeur politique, et M. Léon Plée, rédacteur en chef. M. Léon IMée s'est déjà attiré la reconnaissance de la Poloi^ne dans un ouvrage intitulé le Passé d'un grand penpk. ])ublié en 1847, et qui est rempli des |ilu» nobles et des {•lus iiénéreuses sympathies. Nous donnons de ce livre un passage remarquable, qui porte le caractère d'une prophétie accomplie':
« ...Qa'est-ce au fond que l'empire russe ? C'est l'ancien et vague empire des Scythes, pas davantage ! Cyrus a trouvé le terme de ses expéditions dans ce dernier, Napoléon dans le premier. Les choses n'ont pas changé. La Scythie ne peut pas être conquise. Mais, à peine de mourir, TOccident ne doit pas supporter qu'elle déborde sur elle.
» Dëborde-t-elle, oui ou non ? Qn^^^t-ce qui la sépare de l'Occident? Rien. Ellotoui hc d rAllemaLnie; elle convoite Constantiiiople; elle va peser par deux points sur les pays cnili»es; elle va nous envahir sm denv lii^nes immenses. Est-c<^ vrai, oui ou non? Est-ce vrai en Europe, est-ce vrai en Asio, ou elle touche aux possessions de la Carthage moderne? Est-ce vrai en Amérique, où elle s'avance et va trouver aussi la race anglaise. Possède-t-elle, oui ou non, la plus forte part du globe? Demandez à tous les précis de géographie. Estr-elle ambitieuse, est-elle modérée? demandez à son passé. Porte-tp-elle avec soi la civilisation? demandez à la Pologne.
» Une question de vie ou de mort se dresse donc pour l'Europe occidentale, pour l'Europe civilisée. L'aUenlat de 1846 sur Krakovie n a pas fait faire de progrès à cette question. 11 a fixé 1 attention sur elle : il s'agit d'être ou de ne i>as ^tre; non pas demain, après-domain, dans un siècle, mais à un jour qui vient, qui viendras! oa ne l'éloigné indétiniment.
aiSTOIHB DB POLOGNB
î> La nécessité inoUra donc les armes aux mains de TEurope occidentale, el fera ce que n auront pu faire les grandes id^fi^ Le premier soin de 1 Europe occidentale, en prenant les armes^ sera de relever la Pologne ; le premier soin de la Scythie, on se préparant pour la défense, ce sera d'essayer de se faire des alliés de ses esclaves d'aiyourd'hui, en brisât leurs chaînes.
» Or, la victoire peut-elle étrp douteuse? L'Angleterre, l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, le catholicisme, la civilisation, le droit, la justice, Tordre, l'humanité, la philosoplûp, liberté se lai>seront-eIlcs battn» par la Scythie ?
» Par la raison (iut> nous sommes chrétiens, et da^s aptre boii sens, nous ne le croyons j)as,
ï) Emigrés })()lonai<, vou< j)ou\ez donc espérer comme vous i'espérpz, sentir votre palne comme vous la sentez, Ja tquc^ier du regard et du cœur comme vous la touchez. Yqus pouvez préparer la reconstruction du temple et le reno|lvellpq^^nt 4es anciens livres, car la nécessité, le s(Uus «upreqta jex esto^ veulent que le temple soit reconstruit, que les livres iip soient plus u|i souvenir. Entre vous et la Scythie, entre être ou ne pas être, ^Europ^, qui sera appelée à décider, choisira n^pessairement pour elle et pour vous. Que dis-je ? Elle a choisi, et si la guerre contre les ennemis de l'Occident n a pas encoie lait entendre la voix du canon, elle n'en existe pas niuins sourde et implacable. La Pologne est n'iablie dans tous 1rs cœurs justes, libres et sensés. Encore un pas, elh^ le s(M'a sur ce (eri iloire, dont chaque place a été marquée par un .sacrilice au devoir et à la liberté. »
Voici maintenant les principaux passages de Tarticie de M. Christian Ostrowski sur VexposUiou polonaise*
« Quelque modeste que soit, le contingent fourni par l'industrie polonaise à Texposîtion d^ P^rjs, nous devoiis cependant y constater sa prince, soit que ses produits portent la désigner tion autrichienne, pour la Gaîicip, ou la désignation prussiepn^, pour le grand-duché de Posen. La Russie seule, parmi tous les États de l'Europe, a brillé par son absence conn)lète à ce grand concours de la civilisation moderne, et la iualh(nii eu^e province, échue depuis 181îj h sa tutelle. ( V-t -à-dire au moins les trois quarts de la Pologne démcmbn?e, a du nécessairement s'abstpnir à l'exemple de la métropole. Cp n'est donc (^i^ pq^r ui|e pprtiQf^ très-mininie (le SQn territoire, qi|p )a Polog^ a pu se f^re ffprésenter, et epcore spus un nom apocryphe qui lui est tout aussi étranger et peif sympat))ique que celui de la Russi^. Aioutonsr*y que les drcpnst^pces aptuelles, dQut le poids S9
HISTOIRE DE POLOGNE
rêssifiitir dans tcwteson (^tendue, ont côhsidërableihenl amoindri son mouvement industriel, en l'excluant presque tout entière de ce concours fraternel des nations; que ses grandes fal)ri((ui's, fondées duiaut sa période d'indépendance restreinte, do à 4830, sont pour la plupart tombées ou même fatalement anéanties : comme par exemple la ville de Zgierz, naguère florissante, qui envoyait des draps polonais jusqu'aux frontières de la Chine, aujourd'hui ruinée, dépeuplée; car le tzar a fait déporter toiis les fi^ricants dans l'intérieur de la Russie, et enrôler tous les ouv^ië^8 datis les réginients du Raukase... Quant aux draps de prix, les bures grossières fabriquées par les mougiks lui suffiront amplenieht pour vêtir ses soldâts et ses officiers, tl en est de même des fabriques dé drap d'Ozbrkow, de Tômaszow, de Rawa ; des usines de Bobrza, de Bialogon, de Rielcé, etc.
)) Il ne faut donc pas s'étonner si ce pays, jadis un des plus prodiiciifs du monde entier, désigné dès le xv« siècle du nom de yvenicr de l'Europe, n'ait pu révéler -on existence ijue par quelques échantillons attestant sa grandeur déchue et sa fécon(iité tarie par l esciavage. La Pologne entière, unie, ne se trouve pas parmi les peuples de l'Europe, elle ne peut donc se trouver à l'exposition universelle. Quoi qu'il en soit, recueillohd avecsoiti, avec dévotion, cette étincelle dè sa vie inextinguible, cdmme tiii indice certain de ce qu'elle deviendra dans l'avenir, dès qu'elle fiera rendue à la liberté, à la civilisetion, à elle-même; dès qu'elle aura cessé d*enfanter pour la mort, de nourrir ses ennemis, d'enrichir ses spoliateurs et ses bourreaux...
» Nous voyons d abord les magnifiques éclianiillons envoyés par les deux provinces de Galicie et de Posen. et que nous regrettons de ne pas voir assenibiés en faisceau, ciMMiiie on l'a fait pour les ï)roduits de rAlgérie. afin de pouvoir apprécier d'un coup-d œil leurs qualités et ies comparer avec ceux des autres contrées. Nous les réunirons toutefois dans cette rapide énumération.
» Ce sont d'abord les minerais de fer, les fontes et les fers ibrgés de l'est des Karpates, envoyés par là chxmbr$ de emmette de lééqpol; le soufre brut et raffiné des mines de Swosxowice, près de Krakovie ; le naphte, le goudron et i'aspbalte de Fustdnowicé ; lé bois d'orme de la Société iV économie nirale de Léopol ; la tlH'rébenlhine de Rzemien, près de Taniow ; celle de Milkow, près de Zolkiew; les fèves, le chènevis et les grains de trèfle de Biduzuwicé, près de Stauislawow ; le tabac de semence hollandaise de Cbomiakowka, près de Czortkow, la laine fme de la
HISTOIRE DE POLOGNE
Soiiètè rurale de Léopd; le miel et la cire de Boryszkowicé, près de Gzortkow; les liqueurs de Lëopol; le Un de Borid. PuiSf en fait de produits manufacturés^ l'appareil pour Tévaporation du jus de sucre par retour de ki vapeur, de Dolainski, à Vienne; les machines agricoles et Taffût pour marine, d'Ernest Bludowski; les fils de laine teints et non teints de Lisovvicé, près de Czortkow ; les treillis à sacs de Przevvorsk, près de R7('-/i)\v, et enfin ces v(^tenients. «|ui attirent à la fuis nus reii-dvi\> et nos cœurs, (l(*sii^n(s d.iiis le Catalogne sous le ruméro 1)16, comme suit: « Habit national de paysan, dit sukmam, fait de drap ordinaire de Galicie. » Drap ordinaire, si Ton veut, mais quel merveilleux travail 1 quel luxe de broderies en ruban de laine colorée sur fond blanc ou brun foncé !..•
)> Remarquons (jue la h anche méridionale de la Galicie, celle qui longe les Karpates, a exposé bien plus de produits que Taulre, a\ ('i^iiiani !a Wistule et le San, comme si le souffle empesté de la Russie inculte et déserte tarissait jusque chez ses voisins les sources de la production, secondée par le travail et l'intelligence humaine. « Où mon cheval a passé, l'herbe cesse de croître, les champs deviennent stériles I » disait Attila; et le barbare avait trois fois raison. Le despotisme russe tient en même temps du simoun du Sahara et de Tbiver de Sibérie : il renverse les villes, tue les habitants et pétrifie les cadavres.
» Les produits du i^i and-duché de Posen, sans doute à cause de la situation particulière de la Prusse en face des puissances de rOccident, sont beaucoup moins nombreux et moins variés que ceux de la Galicie; il serait diliicile de k\s classer dans un ordre systématique ; on les croirait plutôt jetés au hasard et à la dérobée sur les étalages de l'Exposition comme les épaves d'ua naufrage. Signalons toutefois les douves de cbônes de Posen, le froment blanc, les laines brutes et lavées de Laszyzywieç, le sulfate d'ammoniaque extrait de la tourbe, et le guano de Pwn^ extrait des cheveux, de la corne, des cuirs, des chiffons, etc., etc.; la bière d'orge de Danzig, les pontons portatife de toUeà voile gommée, de F. Oswiecimski, à Berlin ; les soies grèges et dévidées de Paradyz près de Miedzyrzee (Meseritz) ; les Lapis de pelleterie de Leszno (Lissa), et enfin i ainbre jaune de Danzig, travaillé en bijoux, colliers, bouquins et autres objets dont nos villageoises font un si grand cas..é
» Les arts d'agrément n'ont pas été non plus oubliés : beaucoup d'excellents pianos, signés par des facteurs polonais, ont
HISTOIAK D£ ^ÛL06^'£ 317
été envoyés à l'exposition. Ci tous eu pi euiière ligne celui de Wiszniewski jeune, de Danzig...
» Voilà pour les produits des deux provinces polonaises, énumérés d'une manière toute sommaire et nécessairement incomplète. Âjoutons-y que les faux polonaises, qui occupent le sommet de la pyramide des instruments aratoires dans l'annexe, quoique les plus courtes, sont réputées les meilleures ; que les farines, les blés en gerbes, et surtout les laines provenant de notre industrie agricole, sont, de Taveu de tous, de premier ordre, et ne souffrent aucune comparaison.
)) A côté de ces envois de la Pologne elle-même se trouvent les produits exposés par les réfugiés établis sur tous les points do 1 Europe, et qui nont pas voulu rester étrangers à son mouvement industriel. Ce sont d'abord les pianos de M. Jastrzembski, lacteur du roi des Belges, parmi lesquels nous avons remarqué un piano droit transpositeur en palissandre, de six octaves trois quarts, richement sculpté et garni de bronzes d'un goût exquis, ^ qui lui a déjà valu la priee-medal à l'exposition de Londres,
» L'horlogerie de Patek, de Genève, est digne de sa réputation européenne. Ses niuatres microscopiques pour lorgnons, brace- It'ls, colliers et flacons de senteur, sont des chefs-d'œuvre de précision, de délicatesse et de bon goût. Ses clirunomètres dé poche ont toute la régularité des grandes mont i es de marine.
« M. Netrebski, ancien élève de l'école Centrale de Paris, a iAventé une machine à vapeurà cylindre mobile et oscillant d'une ttmplicité remarquable.
» Les modèles d'estampes, de gravures sur bois, d'imprimés et de lithographies sur papier non préparé, de l'invention d'Adam Pilinski, à Pciris, sont, pour la composition comme pour le fini, dignes des plus grands éloges, ainsi que les de^ns de Lubienski pour iuii>ressions sur étoffes. La verrière de madame Hermauovvska, de Iroyes, peinte eu émail, est d'un dessin irréprochable.
« Parmi les produiU de l'Algérie, les oranges, les fèves, les pa- ^ ts, les farines de blé tendre et dur, etc de M. Kaczanowski, ^ppent tous les yeux par leur magniQcence, leur éclat, leur maturité. Un fils d'agricylteur polonais ne pouvait plus noblen»enl emplo^ er son temps, son activité, son intéUigence, que d'offrir en limnmage à la Fiance des fruits tirés du sein de cette terre conquis© sur le désert» et fécondée aussi par le sang polonais.
» Citons encore pour mémoire le plan de drainage de Koscieski,
BlStOIllB DE l»OLOGNB
au Bois-le-Houx ; le compteur à l'usage des usines, de M. Gaiewski, à Corbeil ; l(\s tissus imperméables et les mesures linéaires sur rubans, de M. Dibowski, à Charonne; les impressions sur châles, mérinos, foulards, crêpes de Chine, de Stanowicz, à Paris; les chocolats et dragées, de Lemanski, à Reimâ; les fils de laine, draps de castors et cuirs, de Witkotçski, à Yire ; les armures, coffres et omemeatd anciens, reproduits en fer ët ëii acier pàr Wendèski; les papiets de luxe et de burëau, les ëlîtfiiettè.^ !?aufrëës, de F. Appelt, et enfin les machines mgéuieuscs à coiùpter de M, Joseph Bonorowski, à Paris. »
ChAt>lTRli t
Hort de Nicolas I". — Avènement d'Alexandre IL — Confin la guerre d'Orient. — Congrès de Paris et paix du a mars ISoti.
Tromperies russes. — Discours de l'eu Nicolas l'^'', prononcé à i YarsoTie le 4/ 16 octobre 1856 servant de modèle aux discours pro- ' nohcés à Varsovie par Alexandre II, ati mois de mai l83o. — Acte dè la prëte^due âtiiiastië ^iiS80-|joii>ljaisè et sés acihexes. ^ t^rotèsuiiOll de^ l^oloàaiâ er leurs appféfciàtibUs aU j[»aHetite&t cl*AiigleteHe,
Nicolas le»" rc^gna trente ans, du 26 décembre tf^?5 au 2 mars 4855. Au débat de son tè^ne il dut comaieUre des acte? de 1 cruauté, et, si le sang russe inondait la Russie, le tzàr st repais- I sait du sang polon<iis et des larhies des mèrès polonaises, et ses crimes avait nt poùr but de dénationaliser la Pologi^e. On sait ^Ù'il perdit la Rassie âari$ déthiire la Pplogne, et ce règne sera i^ai'dé cdinmè îe pïiis épàurâniàblë dàris les anbaleâ dé TEahïpe.
AprgJï avbîi' iiïljïolitlquenient provoqué la guerrë d'Orient ea 4853, il vit ses troupes échouer, sur les bords du Danube, contre ; Yhérbïqiiii défense des Turks; il les vit succomber, dans la Mer- : Noifë H Hàns la Mer-Baltique, contre l'alliàhcè francô-angloitalienne, et cependant son orgueil éiml tel qu'il r^I)oussa tout accommodernont et il aimn mieux abréger ses jours que de prononcer un oui cd/ïrîuisant à une paix possible.
Son fils Alexandre H essaya de contiùuèrla guerre, mais, lorsque le 8 septembre ^83o, Sébàstopcfl ôûccotobd, il eut ré^rs aux négociations diplomatiques, et elles sauvèrent la Russie tmiàe elles l'a^aièdt sauvée à pldsieurâ reprises gouS Alèsandrè h
HISTDIRB DE POLOGNE
Dans la gut^rro de Kriinée, il no s'n?i<rîait plus cle [aolrirer la Ttihqtïie. mdi^ do contrecarrer l'inlluence ^u^:?o on (îricrit et do détruire sa flotte. La i'Vance sentit bien que ce n'était pas assez ; elle aurait voUlu profiter dè l'otrasinn et s'occuper du sort de la Pologne; ioaid l'Angletérre, rAUtriche et la Prusse ne voulurent pas seconder ses généreuses pensées. Aussi, quand Aleiàndre il Tit qtte le^ interihëdlàlrés cbdhgës dëS propositions de paix négiigeàient les ihtéi^te de la Pdiogrie, le t2ar èonseîitit à tbiit. Daiis lè cotigrèè de PAHs,, réiihi eh février-rtiars \à t^rarice désira qu'on mentionnât la Pologne, mais l'Angleterre, l'Autriche et lâ Prusse surent écarter fcette question, vl on liiiit par signer la paix lo 30 mars 1856; mais ce irt-tait (lu iin at«Minoiemont, Côifinl^ tous los trait('s (pii so conclureat en Eui\)po (lo[)iiis le premier partairo de la PuIoimio, en 177?. Aussi, (iopuis tpiatrevirtgt-dix ans l'EatOpé a-t-elle toujours été sous la menace des plus graves événements.
Ce fut souâ l'influence dù traité de Paris, si favorable à la Rdssiè, qu'Alexandre 11 ëhtreprit le voyagé de Pologne. Pour léU^^ër les Pdldriafe ët pbhir obtenir d'eux linè réception énttioiisiadté, lèd Ruââed i épaddàlëiit éti Faif de trompeiisès ëspérances, iien d'dUfagëi* lës Polbnais. Lës jddhnaùx j*uèsës et ceux de Fëtrarlgér (|ui étaient vendus narguaient rOccidcnt, ol i ép'étâieht que la l^ologne ne peut pas et ne doit pas compter sur la Fi ance et sur l'Angleterre, parce que ces f)uissaiîces n'avaieht [>as cru devoir montionner la Poloirne dans les prolocoles du conirrôs de Pa^i^«: en cunséquonce, les Polonais devaient s'cmi remettre à la Russie du soin de leur destinée. Lés Russes annonçaient que le tzsir proclamerait Une adinistiè générale, qu'il rendrait les bierts èottfidqtlés aUt PdldUàlè, quil rétablirait là cdnstitutioh de 1815; et, qu'en un mot, le nouveau règne d'Alexâtidré 11 èffàcerait du répa^ér^t leâ îtlalhéiil^ caUsës par Nltolds
Bli effet,- lé voyage â*Alëxittidl-e H à ti^vëfs tbute là Pôlbgije liit saltié avec trmisplbrt ; la pressé Idcale ét étrangère vdntail le libèrdlime^ la magnmiimité et là générosité du tzar qui devait égaler uu mùmo surpasser la renommée des plus grands mouarijiies de l'univèrs î
La ville de ^Yarso^ie, é[)rùu\ee par les (roiUe ann<Vs de cruautés de Nicolas le»* crevait entrèvoir le commenccnicnt d'dne nouvelle ère d adoudssement. Les Warsoviens iToubliaient pas les oïenaces tataro-mosko vîtes proférées dans le discoiirs suivant, par Nicolas I*', devant la Âb[Ùtiîci|)alité de Warsovie, le tetbbre 4d3â t
f Je sais, messieurs, que vous avez voulu me parler, je connais môme le contenu de votre discours, et c'est pour vous épargner un mensonge 'que je ne désire pas qu'il me soit prononcé. Oui, messieurs, e'e^i pour vous épargner un mensonge, car je sais que vos seaiimeiiis ue sout pas tels que vous vouiez me le iiaire accroire.
» Et comment pourranje y ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce môme langage la veille de la révolution ! N'esta pas vouà-mémee qui me parliez, il y a cinq ans, il y a huit ans, de fidélité, de dévouement, et qui me bisiei les plus belles protea* tations T Quelques jours après, vous avez violé vos serments, vous avez commis des actions horribles 1
» L'empereur Alexandre h*'", qui a\ait fait pour vous plus qu un empereur de Russie n'aurait dû faire, qui vous a comblés de hieufuils, qui \uus a fa\orisés plus que ses ])ropres sujets et V(tii- a rendus In naliofï la plus tlorissante et la plus bemeuse, l'em])erenr a été payé de la plus noire ingratitude.
» Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse, et vous avez (ini par briser vous-mêmes votre bon» heur. Je vous dis ici la vérité pour éclaircir notre position mutuelle et pour que vous sachiez bien à quoi vous en tenir; car je vous vois et vous parle pour la première fois depuis les troubles.
» Messieurs, il faut des actions et non pas des paroles ; il faut ' que le repentir vienne du cœur. Je \ ous parle ^ans m'échauffer; vous voyez que je suis calme; je n'ai pas de rancune, et je voii? ferai du bien malgré vous. Le maréelial que voici remplit iue^ intentions, me seconde dans mes \ ues et pense aussi à votre bien-être. \A ces motSj Us membres de la députaiion saluent k maréchal Paskêwitsch),
ib Ehbien I messieurs, que signifient ces saints? Avant tout il faut remplir ses devoirs, il faut se conduire en honnêtes gens. Vous avez, messieurs, à choisir entre deux partis ; ou persister dans vos ittusians d'une Pologne indépendante, ou vivre tranquillement et en sujets fidèles sous mon gouvernement.
» Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de iialioiialile distincte, de Pologne indépendante et de toutes ces chimères^ vous ne pouvez qu'attirer sur vous degriiiuls mallKHirs. J'ai fait ëlever ici la citadelle, et je vous déclare qu'n la nioirulrc (MiitMite, je ferai foudroyer la ville, je détruirai Warsovie, et certes, ce ne sera pas moi qui la rebâtirai.
» Il m'est bien pénible de vous parler ainsi ; il est bien pénible
HISTOIRE DE POLOGNE 3fl
i un souverain de traiter ainsi ses sujets, mais je vous le dis pour votre propre bien. G'està vous, messieurs, de mériter l'ou« bli du passé : ce n'est que par votre conduite et par votre dévouement à mon gouvernement, que vous pouvez y parvenir.
» Je sais qull y a des correspondances avec Tétranger, qu'on envoie ici de mauvais écrits et que l'on tache de pervertir les es()rils. Mais la lueilleuro police du monde, avec une frontière comme vous en avez, ne peut empêcher les relations clandestines ; c'est à vous-mêmes à faire la police, à écarter le mal.
» C'est en élevant bien vos eiifants, en leur inculquant des principes de religion et de ildëlité à leur souverain, que vous pouvez rester dans le bon cliemin.
» Et au milieu de tous ces troubles qui agitent l'Europe, et de toutes ces doctrines qui ébranlent r.édiûce, il n'y a que la Russie qui reste forte et intacte.
» Groyez-^oi, messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de jouir de sa protection. Si vous vous ^conduisez bien, si vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'étendra sur vous tous, et malizré tout co qui s'est passé, mon gouvernement pensera à votre bien-être.
» Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit. »
Durant vingt ans, la Polo<jne, et avec elle l'Europe, vivaient sous répouvante de cette menace. Aussi tout le monde espérait qu'Alexandre II réparerait le mal ; qu'il n'évoquerait point un passé si terrible, qu'il ne s'occuperait que du présent et de l'avenir. Mais quel fut le désenchantement de la Pologne et de l'Europe, lorsque le 44/23 mai 48â6, devant les maréchaux de la noblesse, les sénateurs et le clergé polonais, il proféra les paroles suivantes :
« Messieurs, j'arrive au milieu de vous avec l'oubli du passé, animé des meilleures intentions pour le pays. C'est à vous à m'aider à les réaliser. Mais avant tout je dois vous dire que nos [jositions respectives des uns vis-à-vis des autres doivent s'éclaircir.
» Je vous [lorie dans mon cœur comme les Finlandais et comme mes autres sujets russes; mais j'entends que ïordre établi par mon père soit mamtenu. Ainsi, messieurs, et avant tout, point de rêveries^ point de i^éverieg l Ceux qui voudraient continuer à en avoir, je saurai les contenir, je saurai empêcher que leurs rêves ne dépassent point la sphère de leur imagination. Le bonheur de ia Pologne dépend de son entière fusion avec le peuple de mon empire. Ce que mon père a fait est donc hien fait : je le fHaiMiendrai,
332 HtStOtlIB POLOGKfi
vDaiB iidcirnièrëgiieite d Orieiii, les vôtres ont cotnbattii àl'égal de Untft les atitred; Told le i^rinoe ttichel GorUcbakoff qui ea a été léhibin el leur rend eette justice qu'ils ont braTemeni versé leur sang pour la défense de leur flatrie. La Finlande et la Pologne me sont également chères, comme toutes les autres parties de mon empire. Mais il faut que vous sachiez, pour le bien de» Polonais eux-inrim^s. que la Pologne doit rester unie, pour toujours, à la grande famille des empereurs de Russie. Croyez, lne^- MtMirs, que je suis animô des meilleures intentions; mais c'est à vous de me faciliter ma tâche, et je vous le répète, messieurs, point de rêreiies^ point de rêveries !
» Quant à vous, messieurs les sénateurs, lâis^ez-vous diriger par iDOti lieutenant ici présent, pâr le prince Gortâchakdff ; et TOUS, messieurs les évéqiies, ne perdez jamds de vue qùè la base de toute banne morale est la religion, ël il est de totredeirdf d'incdlquer aux Polonais que leur bbilhëUr dépeiid uiiiquement de leur entière hision avec la sâinte tluésié. »
Quand les Polonais manifestaient leurs inquiétudes, les Russes les rassuraient en leur disant qu'il fallait compter Sur la lihi'i ulitè et la nmjnanim 'itt d'Alexandre lî, parce que son cœur était noble ^ qu'en cunsé(|uence, il était dans l'intiTèt des Polonais de faire à rempernir une bonne réce[>tiun au bal que la ville de Warsovie allait lui otlrir. En edet, le bal fut magnifique; les Polonais étaient confiants; Alexandre It fut attabië et montra beaucoup de recbnnslissalnfce.
£b bien, le naturel anti-slavè du descendant de Holstein- Gottorp et d'Anlialt>£erbst ne devtlit pas tarder à niohtrer ses véritables itlteiltlond ; il ne lui éUtt pas t>oëSible dé faire taire ses instincts gërtnahd-taiai*o-hidskovites, et, dans un nouveau discours, prononcé le 25/26 mai ^856, dcvaiit la députation de la noblesse polonaise, (pii avait organisé le bal, il laissa éclater ses principes et le >} >lènie oppressif qu'il devait mettre en vigueur vis-à-vis de la Puloi^ne. Ainsi il prononça ces paroles :
a Je suis bien aise, messieurs, de vous dire f|ne j'ai été iressatisfait de me trouver au miHMi de vous. Le bal d hier était un très-beau bal; Jamais il tie sortira de ma méînoire : jë vous en remercie.
» Je suis certain ttu'dh vous a répété iés paroles que j'ai adressées âtix dé^futéd de lal hoblessë qiidnd je les ai reçlis, il y a cinq jours de cela. Sb} ez, messieurs, danS la réalité, soyez diiis à la Russie, et abandonnez toutes les rlt>eHw d'indépendance, impossibles désormais, à réaliser et à maintenir.
1» Aujourd'hui, je tous le répète de nouveau : Ha oonviction
est que le bien de la Pologne, que son propre salut, exige quelle reste unie, pour toujours, et par une entière fusion, à la glorieuse dynastie des empereurs russes : qu'elle forme une pai lie intéirrale de la 2:rande famille de remnire de toutes les Russies. En conservant à la Poloi^ne ses droils et ses institutions telles que les lui a données nioii père, j'ai la volonté inébranlable de iaire du bien et de favoriser la prospérité du pays. Je veux lui garantir tout ce qui peut lui être utile et tout ce que mon père M a promis et accordé : je ne les changerai en rien : Tou^eeque mon père a foit est bien faii. Mon règne sera la continuation du âen ; mais il dépend de vous, messieurs, de me rendre cette tâche poesiÛe ; vous devez focfliter mon œuvre. Tous seuls serez responsables, si mes intentions devaient échouer devant les chimériques rcsislances.
» Pour vous prouver que j'ai pensé à apporter des adoucissements, je vous préviens que je viens de siizniM- Tacte d'amnistie: je permets à tous les émigrés qui le demanderont leur retuur en Pologne. Ils seront certains qu'on les laissera en repos. Leurs droits ci\ils leur seront rendus et on ne les traduira pas devant des comités d'enquête. Je n'ai £ait qu'une seule exception : j'ai exclu les anciens incorrigibles et ceux qui, dans les dernière^ années, n*ûui cessé de conspirer ou de combattre contre nous.
» Tous ceux qui reviendront pourront même, après trois anrié^s de repentir et de bonne conduite, se rendre utiles en rentrant au service de l'État. Mais avant tout, messieurs, agissez (ie fagoa à ce que le bien projeté de\ ienne possible, et à ce que ie ne me voie pas réduit à la nécessité de brider et de punir; car, si lualheui eii'iemenl cela devenait nécessaire, j tMi aurai la volonté tout comme la force : que jamais donc je ne sois forcé de le faire.
{Jcij en se tournant vers m des maréchaux de la noblesse, Jean Jezierki^ qui semblait avoir l'intention de parler, l'empereur cantinm) :
« ITavez-vous compris? J'aime mieux être à même de pouvoir récompenser que de punir. 11 m'est beaucoup plus agréable, ainsi que c'est le cas aujourd'liuî, de dispenser des éloges, de donner des espérances et de provoquer la reconnaissance. Mais sachez aussi, et tenez-le pour dit, messieurs, que quand cela sera nécessaire je nkUkdi lëpiimer et punir, et on verra que je puairai sévèrement.
» Adieu, messieurs! »
8t4 HISTOIRE DE POLOGNE
( hiant à ramnistiei et aux annexes y relatives, elles portent œ
qui suit :
« Yanone, le 15-27 mai iâ56.
1» Nous, par la grâce de Dieu, Alexandre Nicolaéwitscb, empereur et autocrate de toutes les Russies, roi de Polf^ne, grand-duc de Finlande, etc.
» Les nombreuses demande)? adressées par des personnes qui
ont quitté le royaume de Pologne de leur propre mouvement, pour obtenir 1 autorisation d'y rentrer, et les témoiiînages de repentir de leur égarement momentané et do leur dis|ia>ition de se .-nu mettre à la Noionté de notre gouseriiement, proin eut qu un . grand nombre de réfugiés, et surtout ceux qui unt (juillé le pay?î après l'insurrection, n'hésitent de présenter de pareilles demandes qu'à cause de l'incertitude de leur sort luturen Pologne.
)) Nous livrons donc à l'oubli leurs erreurs passées, et nous autorisons nos ambassadeurs près des cours étrangères à recevoir les demandes d'autorisation de revenir de ceux qui monti;ent un repentir sincère, [)Our les soumettre, par notre lieutenant, à notre décision définitive, et nous ordonnons :
» 40 D'exem|)ter tous ceux qui obtiendront celte autorisation de retour dans le royaume de Pologne, de toute enquête sur le passé et de toute poursuite judiciaire sous le ra[)port politique;
)) De leur rendre à tous la jouissance de leurs droits civils, à partir du moment ou ils auront renouvelé le serment de foi et d'hommage ;
)) 30 De reconnaître à ceux dont la conduite, du moment de leur retour, aura été irréprochable durant trois ans, le droit d'entrer, selon leur capacité, dans les emplois civils, afin qu'il leur soit fourni l'occasion de se rendre utiles et de donner en même temps une preuve de la sincérité de leurs bons senti* ments.
jo Cette grâce, que nous accordons à ceux qui montreront un repentir sincère, ne s'étend cependant pas à ces réfugiés qui, par leur coiuiuite, font preuve d'une haine constante contre notre gouvernement.
» Alexandab.
» Par Vtmpenur et rai, k minitire secrétaire ^ Était,
» Ignace TuBKULL. »
UISTOIHE Dèù PQLUGAE
Dèdaraticn russe, expliquant la manière dont doit compris et
expliqué lacté d'amnistie»
« Varsovie, lo mai i856.
« S. M. l'emperc^ur et l oi, (Irsirant prou\er sa clémence naturelle à ceux qui, après avoir ([uitté illéj2:alonient ie royaume de Pologne ou les gourbernies occidentales do l'empire (c'est-àdire les provinces polonaises litvano-ruthéniennes), regrettent maintenant leur faute et voudraient revenir dans leurs pays ; voulant en même temps leur prouver que leurs délits sont ou- UiéSf il daigne autoriser ses missions à l'étranger à recevoir leurs pétitions pour obtenir un permis de retour. L'autorisation de rentrer sera aussitôt-accordée aux pétitionnaires ; ils ne seront plus sujets à aucune investigation ultérieure ni à aucune responsabilité (le\ ant les tribunaux, liien au contraire, ils rentreront tous, à {)artir du moment de ce retour, dans l'exercice de leurs droits civils et de ceux de leur état, et, après trois années d'une conduite irréprochable, ils pourront être admis au service public, et seront à môme de devenir utiles au pays et de donner des preuves de la sincérité de leurs sentiments.
)» Sont exempts de cette grâce de Sa Majesté Impériale^Royale ceux d'entre les émigrés qui, par leurs procédés, ont prouvé, ou ne cessent de prouver leur haine incorrigible contre le gouvernement impérial. »
Note diplomatique du prince Alexandre GorUckakoff, ministre des affaires ètrantjères^ adressée aux légattuus russes à l'étranger, sur ta portée de l'acte d'amnistie,
. « Varsovie^ le i6*S8 mai 18%
d Monsieur, revenus de leurs erreurs, beaucoup de réfugiés polonais se montrent animés du désir de rentrer dans leur patrie ; mais, dans l'incertitude du sort qui leur est réservé, ils
hésitent à en solliciter la faveur.
» L'empereur, notre auirusle maître, ne veut pas repousser les iispOî^i lions dictées par un sentiment, qui, pour eUe tardif, n'en constitue pas moins un titre à sa clémence.
BISTOlftE DB ROLOGNB
» VoiiMit à un généreux oubli la vu» pa--ôe des réfugiés \ onglemM égarés OU coupables, qu'ils soient originaire^ do Pologne ou des provinces occidonUles de l'empiro, Sa Majesté Impériale daigne consentir à accueillir leur soumission, et, par suite, a autoriser leur retour dans leurs foyers, sans (pi'iis aient a y subu une poursuite judiciaire ou une enquête quelconque. Elle permet é-alement, qu'une fois rentrés, ils soient réintégr^ dans; leurs ciroit> ei\ ils, et que ceux parmi eux qui, pendant trois ans, , auront tenu dans leur pays une conduite irréprochable, soient admis au service dr l'État, où ils trou\eroiii i occasion, en se; rendant utiles, de iaire preuve de la sincérité de leurs senti-,
"t'usent exclus seulement de ces faveurs les réfugiés qui, par leur conduite, témoignent une Uobldité incorrigible contre le, ffouvernement impérial.
« Vous êtes autorisé, Monsieur, à faire coanaitre cette décision souveraina aux réfugiés pokmis séjournant à et à accueillir les wcoui» en grâce de ceux d'entre eux qui ne serawiit pas couq)ris dans la catégorie ci-deasus indiquée.
« Vous voudrez bien, Monttevr, donner suite aux requèiM qui nous seront remises conformément à la marche étidt>Ue, en it s tai-ani parvenir, pour tMre soumises a ia haute décision de Sa Majeslé l empereur, au\ autorités compétentes de l'empire ou du royaume de Pologne, dciou ia provenance des pëtitionnaîrea«
« A. GoaxscuAiwOi'F. ^
Tous ces actes dessillèrent les yeux do l'Europe. Les Polonais Virent qu'il ne leur était plus possible de conserv er leurs illusions ; et, dans le reste de l'Europe, il n'y eul de trompés que 1« esprits entêtés, et de parti-pris.
L'émigration polonaise, pouvant librement parler, a pu repousser publiquement, en son nom et en celui de la Pologne forcément muette, les tromperies moskovites ; voici deux protestations, dont Tune appartient au parti démocratique, et l'autre au parti mouarchique :
> Paris, 6 juin 1856»
a Une amnistie vient d'être accordée par le tzar Alexandre D aux émigrés polonais qui témoigneruieiil leur repentir et leur soumission au gouvernement russe.
» Le6 émigrés polonais soussignés^ font un devoÎT de pro-
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tester publiqueiaenl contre cette amnistie. L'émigration polonaise Il a j)as d'anini-tie à recevoir, elle n'a rien à se reprocher, rien à regreller ; elle a juré (ie per!?4vërer daoâ le rùie qu'elle a accepté, en se vouant elle-même à l'exil.
» La Pologne, provoquée par les tyrannies mosko viles, s'est insurgée en 4830 pour reconquérir son intégrité cl son indépcn* daace. Lorsque Tinsurrection a été étouffée dans le sang, l'élite de la nation, toutes les autorités civiles et militaires ont quitté le sol envahi par l'étranger ; plusieurs milliers de Polonais sont sortis de leur pays, pour demander justice an monde, et protester contre la violation des droits imprescriptibles de leur patrie ; ils ont emporté dans l'exil l'obligation de perpétuer la lutte à outrance que la Pologne soutient depuis un siècle contre ïes spoliateurs.
» A plusieurs reprises, rémiirration polonaise a \m izron^ir ses rangs par de nouveaux émigrés, parce qu'elle est la représeulation vivante de la patrie enchaînée, parce qu'elle remplit un devoir sacré devant Dieu et devant les hommes.
» Les émigrés polonais déclarent, en conséquence, à la face de leur patrie et du monde dvilisé, qu'ils rejettent Tamnistie da tzar Alexandre n, aussi bien que toute autre qui pourrait leur être offerte par l'un des trois oppresseurs de la patrie, et qu'ils ne rentreront sur le sol natal que lorsqu'ils pourront en expulser les envaiiiôseursi que lorsque la l'uiogne sera libre et indépendante.
» Ils déclarent qu'ils ont une foi invincible dans la résurrection de leur patrie, et, dussent-ils succomber sur la terre d'e&il, ils attendront rheure suprême comme des victimes, dont les cendres peuvent foire germer toute une génération de vengeurs. »
(SiUvevU le$ êi§fnature$.)
* Pans» 9 juin 1886.
c On acte récent du gouvernement russe, reproduit pftr b
circulaire du niirnstre des affaires étrange res du 15/27 mai dernier, proclauie la cléuience de l'empereur Alexandre 11, à l'éirard des émigrés fiolonais, et fuM-mct la libre entrée dans leur patrie à Ceux d'entre eux qui, se repentant de leurs erreiirs passées, en feraient la demande. Cet acte est parvenu à notre connaissance, en même temps que les discours que l'empereur vient de prononcer à Warsovie.
BISTOIRE Dfi POLOGNE
)> La pm i«H' it'ciic (io cps doruments est appréciable pour cliacun de nous ; aussi, sans mtention d'influer sur les résolutions iodividuelles, ni de peser en aucune manière sur les consciences de nos frères d'exil^ nous soussignés, avons voulu seulement, par une déclaration publique, faire connaître aux gouvernements et aux nations, qui nous accordent une généreuse hospitalité, les motifs dont 1 ensemble nous oblige à rester patients et soumis à la volonté de la divine providence, dans la position que ses décrets nous ont assignée.
» L'empereur de Russie eût été, à coup sur, mieux conseillé et eut rallié à lui i^lus de cœurs polonais, si, an lieu de menacer et dédire : J'eutmds que i ordre établi par mon père soit mamtena, il cùl dit cwoc son oncle Alexandre ï^'" : La Russie pons tend Imlentellement les has^ et parmi ions les avantages que Un donne la victoire (aujourd'hui la paix) elle en préfère un seid : l'honneur de relever et de restaurer une nation vaillante et estimable, j>
» Les Polonais que les événements politiques ont jetés hors de leur pa\ s doivent être considérés sous deux aspects. Pris individuellemeut, nous ne sommes que des victimes plus ou moins compromises par une guerre malheureuse, les débris d'un nauiia.;e i^lorieux, des proscrits. Dépouillés, condamnés contumace-, notre retour dans la patrie est nécessairement subordonné à des consi(l(M'ations personnelles de sécurité et d'intérêt de famille dont chacun reste juge et décide selon sa position. A ce point de N ue, une amnistie <qui parle d'erreurs coupahle<, de repentir tardif, d'hostUité inrorrigiblè, qui daigne permettre le retour dans des foyers qu'elle ne rend f)as à leurs propriétaires ; qui impose comme une des conditions de pardon, à des hommes au déclin de leur vie, trois ans de défiance et d'épreuve, dans une position précaire, dénuée de ressources ; qui enfin se tait sur le sort de tant de nos concitoyens gémissant au fond de la Sibérie pour avoir trop aimé leur pays : une telle amnistie ne diffère Lj;uèredes actes analoi^ucs (^ui Tont précédée depuis183i. qu'en cela seulement elle rend aux rentrants les droits civils et les attVanchit des [)Oursuites judiciaires, sans toutefoi? les sauveirardcr de celles toujours arbitraires et brutales, qu'une police soupçonneuse et inintelligente à l'excès peut, à chaque instant, et sous le moindre prétexte, exercer contre eux.
» L'histoire moderne a enregistré des actes d'amnistie généreuse et complète qui, sans aucun retour sur le passé, n'imposaient aux amnistiés que l'engagement de reconnaître le gouver-
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nement existant. Tel n*est pas celui qu*on nous offre, et quelque oon6ance que puissent inspirer le caractère et les sentiments personnels du jeune souverain de Russie, l'acte par lui-même eu inspirera peu parmi nous, tant que le système gouvenionieulal qui doit le mettre en exécution, et que nous avons le triste avantage de connaître de îoniiue date, n'aura pas été modiiié.
« L'autre aspect du caractère, que portent en eux les émigrés (le 4854, et que les étrangers méconnaissent trop souvent, c'est de représenter collectivement une cause sacrée, d'être les organes, auprès de TOccident civilisé, des souffrances, des besoins et des droits imprescriptibles de la Pologne réduite en silence. Cette mission toute politique que les malheurs de la Poloi.me avaient déférée à notre patriotisme, nous imposait des obliirations que l'issue inattendue de la guérie a interrompues, mais dont les actes et les paroles récentes du elief i'ernpnv de Uiissîe, Ton doit le reconnaître, ne sont pas de nature à nous délier entièrement.
» En entendant préconiser les adoucissements et les bienfaits qu'un nouveau règne et la paix allaient répandre sur la Pologne, les émigrés se préoccupaient le moins des avantages personnels clu'ils retireraient de ce changement de régime. Notre pensée s'attachait surtout à espérer pour notre pays des réformes et des amf'liorations morales et matérielles, tristes dédommagenionts de la jun te de ses espérances, mais qui au moins lui auraient porniis (le vivre. Or, à part des bruits xai^iios, proiia^i's à dessein peutêtre, à part quelques assertions de la presse, ne sommes-nous pas que trop autorisés à croire que, s'il y a des ri'formes, elles ne seront malheureusement qu'apparentes et faites en vue de ] Europe, et non pour satisfaire aux vœux légitimes de la Pologne ? Où sont, Jusqu'à ce jour, les garanties pour notre langue, notre culte, pour l'éducation de nos fils? Où est la probité d'une administiation intérieure ])Uis pure, pins nationale, d'un système plus rassurant pour les droits de cIkk un ? Où (\st l'espoir (lu rolalilisseuionl (les universit(»s ])olonaisos de Warsovie et de Wilno? Ne vovons-non< pas, au contraire, un des ori^anos soniioiBciels du gouvernement russe, s'appuyer sur le silence du congrès de Paris pour libérer son souverain de toute obligation envers la Pologne î Ne voyons-nous pas traiter de rêveries, nonseulement les vœux des Polonais, comme nation, pour une existence indépendante et libre, mais jusqu'aux stipulations de 4^15 exigées par l'Europe et consenties par la Russie elle* même ?
HISTOIEB DE POLOGNE
i> Polunais. nous avons voulu la dëli\Taiice de notre patrie, et nous ne j)ou\(>iL-> lofrcetfor ( i iumo une faute ce que nous considérons comme un devoir religieuscnieut rempli. Nou> avons épmuvé deâ revers, mais nous ne saurions jamais éprouver des remords.
^ Nous !?omme;> sans haine et sans rancune contre la Russie. Dans la situation qui nous est faite, le calme et une résignation chrétienne sont la seule attitude qui nous convienne. Mais il ne nous appartient pas, jusqu^à ce que justice soit faite à notre pa\ s, d*abdiquer la tâche qui nous a éïé léguée par nos pères; et tant qu'il restera une voix de proscrit libre dans l'univers, elle dira aux gouvernouuMits et aux peuples: Au nom de VÉrangile et âc lltistuire, la Polufpie a droit de vivre d'une vie nationale et inili'pctiil'iufp : elh espire en DieUj dans seft propres intcrvfs ei dum la Louscience des Iwmtaes impai tiauj: de toutes les natiom,
(Suivent les signahirtê,)
Ces actes répandus avec profusion, attirèrent l'attention de l'Europe. A cette occasion, lord Lyndhurst en interpellant le gouvernement de la reine d'Angleterre, Victoria, s'exprimait en ces termes, devant la Chambre des lords, le 44 juillet 1856.
« Milords, vous savez tous, les violations successives, par la Russie, des institutions nationales garanties à la Pologne par le Congrès de Vienne en 1815.
» Le nouvel empereur Alexandre îî. dans ses deux allocutions à Warsovie. vient de déclarer : que rien ne le déte) minera à dévier de la voie suivie par son prédécesseur à Vèqard de la Pologne; il «youte que, dans l'intérêt de la Russie, la Pologne doit appartenir aux Etats de la dynaetie impériale. Ce langage de TEmpereur ayant provoqué des murmures parmi les assistants, à Warsovie^ il continua en ces termes : iVi; vous bercez plus ^iV- [tutoiUi car si voue continuez à les nourrir, moi qui sais récompenser^ je saurai aussi châtier. L'empereur termina enfm m discours par cette exclamation : Plus de rêveries, plus de rê^ veries !
» Je ne puis admettre que le noble comte Clarendon n'ait point exigé, au sein du dernier coni^rès de Paris, une amnistie pour les Polonais 1 On a réellement accordé une espèce damni>tie qui a un son pour l'oreille^ mais qui oie toute espérance. En etlet, uno amnistie méritant ce nom doit être formelle, générale; ses çouditions doivent être claires, et les exceptions aussi peu
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nombrenses que parfaitement déterminées, et de telle ÉMrte que
Topinion publique ]niisse les justifier.
ï> Examinons si ratnni^tre russe réfinit ces caractère? ? Chacun dos crirL'iM - 'loit préalablernont adres-^or an p-oiivorneinont russe une cîeiuande de rentrer dans la patnc ; cette demande peut être rejetée* Vous savez sans doute, milords, que le gouvernement russe avait confisqué les biens des émigrés ; le décret d'amitistie ne dit pas que ces biens seront restitués. Ainsi l'émigré polonais ne retrouvera dans sa patrie que la misère... Sans moyen d'existence, sans position, presque sans fàmille^ sans •mis, vingt-cinq ans ont du les dis[)erser, Tinfortuné sera devenu étranger parmi les siens, s'il n'en est pas même rebuté.... L'amnistie exclut tous ceux qui ont inontn'' ou montreront dos dispositions hostiles à l'égard du irotivcrneiuent russe, et ce senties ionctionnaires russes qui seront les juges de ces dispositions àoâtilesl L'(^migré est ainsi livré à la discrétion du fonctionnaire, et si celui-là est malveillant, qui jugera entre rémigré et le fonctionnaire ? — Un autre fonctionnaire russe 1
« On s'étonne que les plus notables dans Tëmigration polonaise refusent d'accepter l'amnistie ; lee motifii de ce refus sont consignés dans l'acte que je dépose ici au Parlement. Cet iiete renferme en substance ceci : JS'oits ne protestons p^is eontre raninistie à cause d'opinions ou dHnterêts personnels^ mais parce qn'en F acceptant vofts re( onnartrions comme fautifs notre lutte cl notre dévouement à l'indépendance nationale; par çe fait^ nou^ admettrions h justice des oukases promulgués contre nom* Ceux qui, sur cette base, ont rejeté Tamnistie, ont rempli un devoir sacré I
» Si mon honorable ami lord Clarendon s'est occupé de la Pologne au dernier Congrès de Paris' le résultat doit être pour
lui aussi humiliant qu'il est offensant à l'égard du ^gouvernement anglais, dont il était l'un des représentants. J'exprime ma propre opinion, et je crois être l'organe de tous les hommes modén's, Mun-seuîement de l'Angleterre, mais de toute l'Europe civilisée (Applaudissements), Il est du devoir de l'homme dont la voix pout être entendue de s'indiiiner coîitre tant de cruautés, èant de violences et tant d'oppressions 1 (Les cris d*indi^ination gaspnent toute la Chambre.) Disons-le hautement : c'est être le complice de toutes ces horreurs que de les couvrir d'un silence complaisant officiel ! Voilà le mobile qui m'a déterminé à élever la voix en faveur de la Polo^i^ne. »
Lord Clarendon, ministre des aQaires étrangères et ci-devant
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plénipotentiaire au Congrès de Paris^ en répondant au discouis do tord Lyndhurst, dut déclarer que Tacte d'amnistie russopolonais du 45-27 mai 4856, ne pouvait abuser qui que ce soit
en Europe, et qu'il causait une profonde déception aux amis de
la cause polonaise: t|u'on conséquence, les protestations des Polonais sont fondces. et que la Russie a trompé le Congrès de Paris, ne icnanL niiHi inpiu ses proinessos d'alors. Voici le discoiirs (le lord Clareudoû, prononce .à lu Chambre des lords le 41 juillet 4856:
« Lorsque l'amnistie russe a été proclamée, nous n'avions pas d'agent diplomatique ou consulaire en Russie. C'est pour ce motif que le gouvernement de la reine n'a reçu aucune copie de cet acte. Tous les journaux de l'Europe ayant reproduit le 6é-
cret d'amnistie, il doit être tenu pour officiel aujourd'hui par tous les iroiiviTneinents.
» Maintenant je prierai mon honorable ami de [)rendre en considération que ma position de membre du Cabinet ne me permet pas de qualifier sans rése)rve les actes et la conduite d*un gouvernement étranger. Personnellement, je m'abstiendrai, d'autant plus que je puis craindre de nuire aux Polonais euxmêmes en suivant lord Lvndhurst dans ce débat.
» Cept niiiiiii puis as>uror mon savant ami que, connai>saiit tous It^ laits de iiu>UHi'e de Poloîïne, et profondémi'nt touché (lu soi t dos c^migrës de cette malheureuse nation, le? plénipotentiaires anglais, de même que ceux de la France, avaient dëcidë de soulever la question polonaise, de même que les autres grandes questions, après la conclusion de la paix.
» Je ne crois pas qu'il m'appartienne de révéler à cette heure et ici-méme ce qui s'est passé à cet égard au sein du Congrèi
de Paris; mais je crois néanmoins pouvoir dire que les plénipotenliajr(s, et moi-même peisonnellement, nous a\oiiseudes motifs sérieux de croire (iu(^ les projels do riMnperenr de Russie à l'éi^'ard de la Poloijne étaienl iiiui'rciLr ci bienfaisants. Nou> a^ons dû admotire tjue IVnipereur était non-seulement disposé à décréter une amnistie générale, mais encore à rendre aux Polonais quelques-unes de leurs institutions nationales ; qu'ils recevraient des garanties pour l'exercice de leur religion ; que l'instruction publique en Pologne allait être établie sur un pied plus libéral et plus national. Nous avons enfin cru être fondés à espérer que la Russie allait renoncer [)our toujours au système des sévérités qu'elle avait jusqu'alors pratiqué. Mus par ces
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convictions, nous avons alors reiioucê à discuter cette question dans le soin du Congi ès de Paris.
» NuiK avons cru qu'il fiillait aviuit tout examiner, peser mûrement ([uel résultat pourrait produire une action oflicielle de notre part ; car il ne faut pas perdre cette grave considération de vue : les plénipotentiaires russes pouvaient nous dénier ie droit de nous immiscer dans l'administration intérieure de l'empire. Disons cependant toute notre pensée sur ce point : il nous a semblé que la politique russe aurait pu faire connaître à i'Burope ses projets à cet égard*
» Mais lorsque l*on nous a prouvé qu'une telle demande de notre part serait en Russie l'objet d'interprétations irritantes ; que l'on pourrait nous attribuer l'intention d'inspirer au tzar des actes de grâce à l'égard de ses sujets, en nous prévalant de la situation faite aux hautes puissances respectives et contractantes par les événements ; l(>r<(|!ie Ton nous (it comprendre (le général comte OrlofT et le barun lirumiow) que si nous donnions suite à notre projet de discuter les att'aires de la Pologne, nous pourrions plutôt faire du tort à la cause que nous voulions ser-* vir; c'est alors que les plénipotentiaires de la France et d'Angleterre renoncèrent à leur projet. Mais, je le répète, que Ton ne croie pas que notre silence fût de l'indifférence : la considération de la Pologne et des réfugiés a seule enchaîné notre action.
» Dès le début de la guerre de Krimée, j'ai personnellement désiré raccoin{)lisseiiient de iios \nRux pour la Pologne. Plus tard, j'ai partagé le sentiment p(Miil)le de (Iheption que l'amnistie, ainsi restreinte, a généralement fait naître. Je ne comprends pas, je l'avoue, ce (fui a pu déterminer le tzar à décréter un acte empreint de telies restrictions, car il est à ma connaissance que la seule nouvelle d'une amnistie large, générale surtout, aurait été accueillie à Warsovie avec un enthousiasme, avec des marques de joie qui auraient ému certainement l'empereur. Je suis persuadé aussi qu'une amnistie générale, en* tière, aurait provoqué dans le coeur de tous les Polonais des sentiments de gratitude et d'attachement.
» Au lieu de cela, les Polonais resteront pour le gouvernement russe un (/hjet penaanenL d'embarras et de crainte; et cependant je crois feruKMnent que les sentiments manifestés à \S'arsovie autour de hi |le^^oIi^e de l'empereur, lui furent trèsaL'réables. Si nous ne nous trnm|)ons {)as, milords, dans l'appréciation du caractère de l'empereur Alexandre II, nous ne pou-
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vons admettre que la Pologne n'ait à espérer quelcpe chose de plus que ce que reufenne le décret d'amnistie que vous connaissez. Mais permettez-moi d'flyouter, car c^est le fond de ma | pensée : Si Tempereur doit opérer une amélioration à Tëgard j de la Pologne, il faut que cette impulsion vienne de lui-même; i dans mon opinion, la Pologne ne peut obtenir aucun bon ré- | sullaL des discussions parlementaires. » \