DYNASTIE DES JAGELLONS
Gedymia, graii(i-|>ère de Wadiî^las-Jai^ellon, éleva la Lilvanie au rang des Etats prépondérants de TEurojw. Il maria sos filles aux Piastde Mazovieet de Krakovie, et ses fils à des duchesses Rulbéniennes. il éleva des villes et des forts, il reprit les ancien* oes possessions polono-slaves arrosées par la Dzwina et le Dniéper, et en 4321 reconquit Kiiow sur les usurpations des ducs ranogo-ruthéniens qui, dès 44 47, s'étjtent réfugiés dons les dé* serts du Wotga et créaient le tzarat de Moskovie. Gedymin combat à outrance les Teutoniques félons. H accorde des privilèges aux cit( ^ ([ii'il élève, établit des relations un ce la cour de Home et i\ ce les villes ansé^tiques. Il fonda une nouvelle capitale, Wilno, il y permit de prêcher la rcliLnon catholKjno; aussi les artisans, Ip.Mndustrieis étrangers viennent on fnulp, et se colonisent sur les bords du Niémen et de la Willia. Les soldats litvaniens, alliés des Polonais, cx>mbattenl jusque sur les bords de TOder. Ënûn, en 4 339, il succombe sur le champ de bataille contre les Teutons.
Parmi les sept fiis de Gedymin, Olgerd, son successeur, et i Keystut, son frère, se distinguent particulièrement. Dans l'espace I de trente-six ans, les deux frères combattent les Teutons, les T^tars, et lesMoskovites. Les ducs de Smolensk et de Tver servent sous les ordres d'Olgerd, et fournissent à son armée leur contingent. Il parcourt la krimée en vainqueur en 4363, et pour 1 ^venger des in\asions des i^rands-dncs de Mosktnio, il marche 'rois fois contre eux; trois fois il assiège Moskouet s>n empare , 1368, 1370. 137i). Les républii|ii('> de Pskow et de No\ogorod la Grande, pour se soustraire à la raj)acité moskovitc, s'unissent 3vec la Litvanie, a ses lois, àsa civilisation, et sont gour\'ernées jar les lieutenants iitvaniens pendant plus de cent trente ans (134M479). De cette manière la puissance litvanienne, au nord- 8*ëtend aux bords de la mer d*A7.of et de la Mer-Noire. Les
HlSTÛiafi D£ POLOa^fi
possessions d'Olgeni tîlaient assez vastes pour salisfairc 1 ambition de ses douze tils ; mais 01i:erd a\ail une prédilection particuiiero pour son fils Jairollon, et ce fut à lui (}u"il confia le ])ouvoir suprême. Ce fut donc en cette qualité qu il épousa la reine lledwige, et que s'accomplit en 4386 la grande^ solennelle et volontaire union politique des doux nations. Désormais le royaume de Pologne et le grand-Kiuché Utvano^rutbéitien ne formeront plus qu*un même peuple, et si les Moskovites4^herclient toujours à les désunir, rien ne pourra jamais les séparer ; ils combattront ou succomberont ensemble, comme ils cherchent toujours à renaître en* semble.
\\ iadislas eut à soutenir plusieurs guerres cnotre les Teutoniques, le^ Talars et les Moskovites; mais en cela il fut aidé par son cousin-i,Trniain Wituld l'un des plus cél»"»l>re^ ixuerriers de l'époque. QuaTit juix Tentf)iii([ues, ils funMil tellement battus le 40 juillet 4 41U entre Tanenlierg et Grunewald (situé au midi d'i^ylau et de Fnedknd), que dès lors leur puissance fut sapée dans sa base. Cinquante mille Teutons (parmi lesquels il y mit beaucoup de Brandebourgeois) furent tués ou blessés, et quarante mille prisonniers tombèrent au pouvoir des Polonais. Cinquante et un drapeaux et deux pièces d'artillerie, les seules qu'eussent les Teutons, leur furent pris et envoyés à Krakovie : tes Polonais n'avaient [)as encore de canons. Le grand maître des chevaliers fui tué. A la suite de cette victoire, la jilus p:rande partie des pays uburpés par les Teutons rentra sous la domination de la merc patrie.
DiM ncùté, le giand-duc Witold repoussait victorieusement les ennemis de la Lilvanie, la puissance polono-litvano-ruthénienne devenait si compacte et si prépondérante, que Tempereur d'Allemagne Sigismond chercha à l'amoindrir en la divisant. A cet effet, il promit son aide à Witold pour le faire roi abedu de la Litvanie, en séparant cette dernière de la Pologne. L'ambitieux Witold fut sur le point de tomber dans le piège. L'empereur, con-. fiant dans ses intrigues, proposa d'assembler un congrès où os^ tensiblement on devait traiter de la formation d'une ligue contre les Turks, qui devenaient tous les jours plus puissants ; mais réelleuical il \isaità la tiésuni(m entre le roi Wadislas-JajLTllon et Witold. Ce eoniirès s'ouvrit le 6 janvier 4 429 à Lin k en Wol\ nie. Cett(^ réunion de souverains e>l unr dos plus notnlm lises (pie elle riiistoire du monde. L empereur Sigismond ei I Unpératrice sa femme, le roi Wadisks-iagellon, le roi Erik Xlll do Danemark, les ducs de Maflovie, le grand-duc de Mosicovie,
HISTOIRE DE POLOGNE
Bazile m, le duc de Tver, de Rezan, les princes de Suède, les grands maîtres des chevaliers porte-glai\ et des rlio\ nliers teutons, les kliaiis dos Tatars, les anibassadoui s do l>in|>oreur Paléologue, les bo) ars moldo-valaques, les iziands de Pulu^^ne, de Litvanie et des terres ruthénieones, remplissaient avec leur suite la ville de Luçk et les villages environnants. Les uns étaient venus an congrès pour faire de la diplomatie, les autres pour voir Witold ; ce guerrier dont le nom répandait la terreur dans tout le Kord et dans TOrient. Witold traita les monarques avec une libéniité inouïe ; chaque joor on consommait sept cents tonneaux de liquides, sept cents bœufe ou génisses, quatorze cents élans et brebis, ei cent sangliers. Ces repas homériques se rt^jïëtèrent pendant sept semaines, et aux frai^ de Witold. Witold espcraiL qu'il siMait proclamé roi de Litvanie, il prolongeait le con- >i< s dans ce dessin ; mais les Polonais et surtout Zbigniew- Oiesni^ki et Jean Tarnowski, surent déjouer les intriguer» autrichiennes.
Witold, désolé de sa déception, pria Wadislas de venir voir à ^'llno, et de lui accorder momentanément au moins la couronne de Litvanie pour le sauver d'un affront qu'il avait subi aux yeux de l'Europe; mais la fermeté du roi résista devant les intérêts <nEtat. Cependant Sigismond ne renonçait pas 4 son projet; envers et contre tous, il envoya ses ambassadeurs à Wilno : ils levâent précéder Varrîvée de la couronne et du sceptre dont il voulait gratifier W' itokl. Mais encore une fuis les Polonais cléjouè- Teal le complot de l'empereur, et Witold mourut à Troki le Î7 octobre 4330, âj^^éde [)lus(le quatre vigt^ans.
Quanta Wladislas-Jagell on. il termina sa glorieuse carrière on * i34 à râge de ( juatre-vingt-six aii$, et dans la quaraiile-huilicmo «înnée de son règne.
JMadislas laissa deux fds, WLADISLAS et Kazimîr. Le premier ^'^^ait pas âgé que de dix ans, mais la noblesse polonaise l'éieva ^^^1 tnme, le couronna le !^ juillet 4434 à Rrakovie, et forma une tutelle composée de sa mère et de plusieurs dignitaires religieux <^8éGuliers; lorsqu'il eut atteint sa quinzaine année, en 4439, IV^qoefixéé pouf sa majorité, il gouverna seul.
talents et le courage du jeune Wladislas étaient si transccni fctts. que les Hongrois l'éliireni pour leur roi en 1440. Le célô- 'pJean iluiuade se dévoua aiors à Wladislas. A cette époque, ■s Osmanlis s'étaieni déjà emparés de plusieurs provincos de ÎPmpirc» sfrcc. tant en Asie qu'en Europe. Le Bas-Empire ne î>osi^ait plus que Gonstantiuopie, sa capitale, et quelques contrées
II1ST0IRI-: l>E POLOGNE
environnantes. Le? ompereurs PaléuJu^uo avaient besoin de secours. La cour de Koiiu' pnunil de leur (»n obtenir, sous la condition qu'il donneraient leur adhésion, à i Eglise latine. Le {>ape Eugène IV, ne pouvant rien obtenir des uionarquesde l'£urope, tourna ses yeux vers la Pologne et la Hongrie. Or, pou d années avant, en 4436, la mort d'Alexandre, hospodar de Walaqute, et le partage de ses Btats avaient donné lieu à de \ives comtestations entre ses deux fils Elle et Etienne. Le roî Wladislas était intervenu comme suzerain, et avait terminé le différend en donnant la Walaquie à Elie et la Moldavie à Etienne. Dans les conjonctures actuelles, les deux proN inccs danubiennes étaient d'une importance extrême pour la elnétieuU^, et le soin de leur défense détermina Wladislas à prendre part à la guerre. 11 s'adressa dal)ord à renipereur Frédéric, et demanda son appui; mais ee dernier refusa, cpioitpril eût élede son intérêt de s'unir au roi de Pologne et de Hongrie. Les chevaliers teutons s'excusèrent aussi, eux (jui, parleur mission et leur exemple, auraient dû animer toute l'Europe à prendre les armes contre les infidèles. Ainsi Wladislas ne dut compter que sur les Polonais et sur les Hongrois.
Jean Hunyade , palatin de Transylvanie, qui s*était couvert de gloire dans les expéditions précédentes, s*unit à Wladislas. Le
gros de l'armée confédérée partit d'Ofen le ti juillet 1443, et passa le Danube près de de Semendra. Hun jade, à la téte de 42,000 ca\aliers d'élite, en\aliit la Serbie, et s'a\anca jusqu'aux murs deNissa. Le roi Wladislas et le cardinal (le.^anni, légat du pape, suivaient avec 20.000 hom iK s. Après les deux batailles livrées à Nissa le 3 novembre et à Siaiitza le 24 décembre, les Ottomans de Mourad furent l>attus, et les vainqueurs saluèrent, de^ hauteurs de l'HâBmus (les Balkans), les riantes campagnes qui se déroulaient sous leurs yeux. Les Polono-Hongrois livrèrent une nouvelle bataille au pied du mont de Kunobizza, et les Turks furent encore battus. Après cette expédition, les troupes victorieuses de Wladislas rentrèrent à Ofen. Le 15 juillet 4444 fut conclue une paix utile à la Hongrie et plus encore aux Polonais, qui, se trouvant inquiétés par les Talars, pressaient vivement le roi de \enir à leur secours.
Mais nécessaire et sacrée que fut la paix avec le sultan, elle déplut au yvape. Le cardinal Cesarini conjurait le roi de la rompre; il soutint la thèse qu'on n'était pas obliizé de tenir une parole donnée à des infidèles; que, d'ailleurs, la Hongrie n'avait pas le droit de rien conclure avec les Turks sans le
lilSTOlAJÙ DE l»OLÛG^£ il
consentement du Vatican et des autres puissances de la chrétienté. Le roi a\ail beau répondre qu il \miiait Fvsier iidèk; au serment (ju'il avait prêté sur rfivani^ile en signant cette paix; laniajonté du conseil fut d'un autre avis.
L'armée polono-lion^Toise fut commandée par Wladislas et parHunyadc. Pour éviter les défilés des Balkans, on résolut de bP dii i-er vers les bords de la Mer-Noire en passant par la vallée du Danube. A Nikeboli, Drakul, prince de Walaquie, se joignit à l'expédition chrétienne. Cet habile guerrier inclinait pour la prudence. Il tirait moins ses arguments, contre cette campagne, des forces supérieures du sultan que d'une sinistre pr^iction d'une femme bulgare qui annonçait la mort de Wladislas et la destruction de sou armée, et du tremblement J terre qui, presque aussitôt après la ruj.tui e du traité, s'était feit sentir dans toute la H()n«:ri(\ romiiif si les élénements s'étaient indignés de cette violation d un serment prêté au nom du ciel.
Les nouveaux croisés s'établirent près de Varna. Le sultan Mourad était venu à marches forcées et avait assis son camp à quatre mille pas de celui de Wladislas. A l'aile droite des Hongrois on voyait flotter le grand étendard noir de Hongrie; les Polonais avaient arboré l'étendard de Saint-Ladislas. Mourad Wîcupait le centre des janissaires. Sur le bord des palissades était placé au bout d'une lance le traité de paix violé par lordre du pape. Immédiatement aNant le coriuiiencement du Wmbat, il s'éleva un tourbillun si violent que les drapeaux hongrois furent déchirés, à re\cej)tion de celui du roi ; et cet accident fut considéré comme un sinistre présage pour l'armée chrétienne.
La bataille commença j)ar les archers, et l'air fut un instant obscurci i)ar les flèches qui se croisaient en tous sens; puis les combattants se mêlèrent, et on se battit à l'arme blanche. Le carnage fut épouvantable, les Turks commençaient à se déban- <ier ; et il y eut un instant où il ne resta près du sultan qu'un petit nombre de janissaires et quelques beys . très-âgés. Le roi Wladislas, à la tète d'un détachement de Polonais emportés ^me lui par leur ardeur, fondit sur la tente inip(M iale. Mou- ^ cria à ses janissaires : « Séparez ce présomplueux damné oeson corps, et son attaque personnelle sera c ause de sa perte. Quand il se trouvera à nuire portée, il tombera sur nous comme un san-lier blessé furieux; alors écartez-vous, et en un clin d'œil faites un mouN.ement pour l'enfermer dans votre
HISTOIES DE POLOGNE
cercle ; tuez-le, et vous forez une action belle devant Diçu et son prophète. »
Le roi avançait toujours, combattant avec un courage hé~ rofque» lorsque son cheval, blessé au pied d'un coup de hache, le renversa au milieu de la mêlée. Un vieux janissaire, nommé Khodja-Kbazir, lui coupa la téte et la piqua sur une lance, imitation terrible de cette autre pique au bout de laquelle Mourad avait mis le traité violé. Ce spectacle jeta la consternation dans Tarmée hongroise et fut le signal d'une déroute complète. Huinade^ revenu de la poursuite de l'ennemi, lit eu \aiii des prodiges (ie courage pour arracher aux vainqueurs le corps de rinfortuné monar([ue et riiorril)le trophé ([u'ils étalaient ; mais enlia il ilut désespcroi' du soi"l de la bataille et put se sauver vers le soir avec les troupes walaques.
Après cette victoire, Mourad alla visiter le champ de bataille accompagné d'un de ses conûdents, et il s'écria : « N'est-ce pas une chose étonnante ! Voilà toute une armée de jeunes gens, et parmi eux pas un seul vieillard? » Et le confident répondit : « S'il y en avait eu un seul, Os n'auraient pas tenté une ai folle entreprise! »
Le sultan annonça immédiatement sa victoire au sultan d'Égypte, et pour mieux lui faire comprendre quels huuuncs do fer il avait vaincus, il lui envoya vingt-cinq hussards hongrois et autant de pancernes (cu^*as^iers; polonais d une taille i^ii^antesque armés de pied en ca}) ot portant dos ailes fixrVs au-dessus des épaules, tradition militaire qui se transmettait chez les Polonais depuis le règne de Boleslas-le-Grand. Les populations de TAsie et de TAfrique accouraient de toutes parts pour contempler ces êtres extraordinaires pour elles. Outre cela Mourad envoya la téte du roi conservée dans du miel au gouverneur de Brousse, alors capitale des Ottomans. Les habitants de cette ville, instruits de ce passage, se portèrent enfouie à la rencon*> tre de l'envoyé du sultan, et après avoir lavé la téte de Wladislas dans les eaux de Niloufer, ils la portèrent eu ti lompho i)ar toutes les rues au bout d'une pi(4ue, comme firent autrefois les Parthes de celle de Crassus.
Cette mémorable bataille fut livré le 11 novembre^ î lii, jour de la Saint-Martin ou le 9 du mois de redjeb, Tan 848 de l'hégire. Depuis resta appliqué à Wladislas le surnom de Farnènien. Avec cette mort s'évanouit le dernier soutien de l'empire grec. Dix ans après Constantinople tombait sous le sabre de Mouhammed IL Dès lors les Turks commencèrent à exercer
mSTOIRE DE POLOGNE
leur empire sur la Mer-Noire. Les Tatars deP^n^kop se ?mimî^ rent à la Turquie et cessèrent d'appartenir ù la Lilvanie. La Moldo-Waiaquie fut menac(^e et les fronlières poloito-ruUu'nirnnes elies-mèmes exposées à des invasionft incessantes. Le désastre des chrétiens à Varna et la perte d*un monarque vaiUant jetèrent toute TBurope dans l'accablement et rëpouvante ; et eette épouvante, qui dura pendant deux cent quarante ans, ne cessa que devant le courage d'un autre monarque polonais, le {^rand Sobieski !
KASLVllH IV, frère de Wladislas-le-Varnéiiien. lui succéda. Son rè|rne, qui dura (juaiaute-six an*?, se fait remaniucr par des guerres contre les Muskoviteîî, les Talars surtout contre les r!n'\.alicrs teutons. Ces derniers cherchaient par tous les aïoyen» de prouver la justice de leurs prétentions sur les pos- Mfêions polonaises, niais ils furent toujours victorieusement combattus par les faits historiques irréfutables. Les hostilités contre les Teutons furent pousi^ si vigoureusement, que les ebevaliers en furent alarmés et demandèrent k entrer en arran« gement. Les envoyés des deux parties belKgérantes se réuni* rent à Thom sur ta Wistule le 3 juillet 4464. Jacques de Szailek, savant et versé dans l'histoire, prit la parole au nom du roi Kasimir IV et prouva les (juinze propositions suivantes :
a 4o Que la Poméranie, les terres de Culm et de Michalow étaient liabitées et gouvernées par des Polonais (jui avaient donné en leur lanizue des noms auv monta.^'ues, rivières, villes et villages bieQ avant rexisteoce et l'établissement de 1 ordre Teutonique ;
|o Que le premier souverain de la Pologne, Lech et ses successeurs avaient peuplé ces contrées^ et qu'elles étaient soumi* ses en tont à la domination polonaise;
3o Qu'il résulte delà position et de la transfiguration géograi* phique de ces provinces qu'elles ont nécessairement et de tout temps lait partie du rovciunie de Çologne ;
4o Que les rois et ducs de i'oloîrne, jusqu'au moment oii on leur ravi! ces proviacfvs, y avaient leurs cours et tribunaux, et y nommaient aux emplois administratifs de tout îjrade ;
5o ()iie les souverains de la Pologne y fondèrent des éizlises cathédrales et collégiales, des couvents et des paroisses, tant à Cuim qu'à Wbçlawek et Kamin, comme le prouvent des actes itttbentiquea déposés aiux archives ;
3» Que lesdites terres, dès le commencement de Fintroduction du christianisme, avaient toujours payé les impôts de l'Église
UISTOIUK DE l*0L04i.\E
dits dénient de SnhU-Pierre^ à l'inslar d'auticft provinces du iu\dume de Pologne;
. 7o et 80 Oue le irrand maître des TtHituniques et son ordre bVîïijtarcrenl \iuieuiiueat < î traîtnMisomont de ces terres;
90 et 4 Oo Qu'en consé([uence de la (itn i^ion dt^sfleux papes Jean XXll et Benoit Xli, deux décrets sulennelleaieiil procla— més adjugèrent sans aucun appel la vieille et incontestable possession des susdites terres aux monarques polonais ;
440 Que la terre prusienne orientale et les contrées voistnes de la mer, étant comprises dans les {frontières du royaume de Pologne « lui avaient toujours payé les impôts et fourni les prestations particulières auxquelles étaient soumis les sujets polonais ;
42o Que le grand-inaitre teutonitiue, a[>rès s'(^tre emparé des terres prusiennes, non-seuleaient n'avait pas m)u1u |»a\er d'impôts an\ rois de Pologne, mais onvaiiissait et ravageait continuellement, avec ses troupes mercenaires, les possessions polonaises intérieures, et cela au moment où les rois de Pologne étaient occupés d'une guerre contre les infidèles :
430 Que la noblesse, les bourgeois et sujets de toute espèce desdites terres, ne pouvant pas supporter le gouvernement tyrannique, oppressif et usurpateur des grands-maîtres, étaient retournés à leurs droits antérieurs et primitifs, obéissant en cela aux lois divines et humaines ;
440 Que le grand-maitre actuel, Louis de Erlichausen, tyrannisait, opprimait et persécutait tous ceux d entre les habitant* desdites terres })russieiines qui \ (uilaient rentier sous la protection légale et pnniili\ e du roi de Pologne, et qu'il les en empêchait par tons les moyens possibles ;
450 Qu entin, pour corroborer et consolider tous les droits primitifs et légaux que les monarques polonais avaient sur ces terres, le roi avait consenti à payer quatre cent mille soixan* taines de gros de Prague à rofdre Teutonique, et qu'ainsi par cet achat il avait acquis un droit réel, incontestable et incommutableaux terres prussiennes. »
Les chevaliers, voyant que la discussion historique tournait à leur désavantage, rompucul L>i usciuc iueut les conférences et en appelèrent de nouveau au sort des armes. ,Mais bat lus parlout, ils furent les preimCi s à demander la \y<\\\, et elle fut conclue k Thof'ii, le 49 octobre 4 466, aux conditions suivantes : la Pru>-(" occi(l(Mitale ou la Prusse-polonaise, composée des palalinats dr Poniérunie, de Malborg, de Culm et de l'évcciié de Warmie,
HISTOIRE DE PULOGNE
était à jamai:^ réunie à la I^jloiinc; ol la l^ru^s(»-or itMilalc ou la Prusse-diicalo, ayant pour capitale Krolewiëç [Kœnigsberg), restait provisoirement on la possession des Teutons, à condition que cfaaqae grand-maitre nouvellement élu en recevrait personnellement Tinvestiture du roi de Pologne^ comme chef réel et liéréditaire de cette antique province polonaise; que le grand maître le seconderait contre tout ennemi ; enfin, qu'il aurait place dans le sénat polonais à la gauche du roi.
Le courage des Polonais sauvait le pays de l'envahissement des ennemis extérieurs ; malheureusement les abus de l'intérieur se développaient chaque jour davantage. On modifia les ri»glements concerna ni les diètes, et n - assemblées s arrogèrent le droit de se constituer sans la pn^sidence du roi, et quelquefois m^Mne sans ordre de convocation émanant de lui. Sous ce règne encore les intérêts des paysans furent négligés, et la noblesse ne pensa qu'à défendre ses prérogatives : le servage prenait plus d'extention et tout ce qui n'était pas noble n'était pas nfoyen.
Kasimir lY, en mourant, en 1 laissa six fils et sept filles ; trois de ses fils, Xean-Albert, Alexandre et Sigismond, régnèrent successivement. JEAN-ALBERT eut à soutenir plusieurs guerres contre les Tatars, les Walaques et les Turks. En 1497, les Polonais subirent une ijrande défaite dans la Podolie et la Wolynie: en cette année les Ottomans enlevèrent en Pologne près de cent mille jeunes gens et jeunes fdles, car ils massacraient les vieillards et les vieilles femmes; les harems de la Turquie d'Europe, d'Asie et d'Égypte furent peuplés de ces innocentes victimes.
ALEXANDRE succédant en 4501 à son frère Jean- Albert, eut à combattre les invasions des Moskovites et surtout des Tatars, qu'il finit par vaincre. Il s'occupa, en véritable législateur, de la rédaction d'un code des lois analogue à tous les ordres. Ces fois furent discutées aux diètes de Piotrkow et de Radom, en 4503, 4504 et 4505; on y révisa celles instituées par Wladîslas- Îe-Bref, Kasimir-le-Grand, Wladislas-Jai^ellon, Kasimir IV et Jean-Albert. Tout cela fut conlondu daiis un luème statut, sous la direction de Jean Laski, chanoine de Krakovie, secrétaire du roi, et ensuite chancelier. Ce code, imprimé en 4506, est appelé tantôt Siatut d'Alexandre, tantôt Statut de Laski.
SKjISMOND 1er. (1506-1548). — A l'époque de la mort d'Alexandre leï, à Wiino, Sigismond son frère, gouvernait la Sllésie. A cette nouvelle, Sigismond accourut d'abord dans la
capitale de la Litvanie et puis à Krako\'ie, où il fut couronné le f 4 janvier 1506.
Jusqu'à cette époque les souverains de la Poloji^e disaient : « Je suis appelé ou irùiie par la grâce de Dieu et du Saïueur, » Ce qui ne les empêchait pas d'être soumis au vote d'une élection, à chaque interrègne. Si-^isinond, cédant à la susceptilulit»» de la noblesse, formula ainsi sou senuenl : Nous. Sii^ismund, laisons gaN oir qu'avec le consentement de tous, de prélats, des grands de toute la noblesse et du peuple, la couronne polonaise vient d'être placée sur notre téte. » Cette formule, quasi-dëmocrati* que, aflirmait qu'un roi de Pologne n'était que ie premier ci*» toyen de la république* Sigtsmond, en mêlant le nom du jmpb avec leg nobles, voulait amener une fusion dans TÉtat; mais ses bonnes intentions furent toujours traveraëes, et la condition du peuple ne s'améliora point. Cependant Sig^ond cherchait, dès le début de son règne, à rendre la Pologne forte et respectée. 11 améliora l'état financier qui avait tant souffert sous les deiîx règnes précédents. Il rendit à la couronne ce qui lui appartenait, sans établir de nouveaux impôts; il mit fin aux brigandages qui désolaient le pays, et s'occupa avec sollicitude de l'administration civile et militaire; il voulait donner une organisation forte à l'intérieur, parce qu'il prévoyait l'orage qui.allait venir du côté de la Moskovie et de la Turquie. Les tzars, insatiables dans leur conquêtes et leurs usurpations, cherchaient à envahir plusieurs des provinces, dépendant de la Litvanie, Le tzar visait plus loin encore. Aussitôt qu*il eut appris le décès d'Alexandre, 11 proposa à la noblesse litvanienne son élection au trône de Pologne en promettant la réunion de la Lilvani(^ à la Moskovie. Mais une pareille proposition fut repDussée avec indignation, et Sigismond, de son côté, en signifiant son avènement au tzar, lui demandait la re-iiuiliuii de pays en\aiiis sur la Litvanie, et le retour des prisonniers lilvaniens. A une demande si juste le tzar répondit avec arrogance, et la Pologne dut soutenir une guerre qui dura près de dix ans. La campagne de 4504 fut heureuse pour les Polonais, et le tzar dut conclure une trêve. En 4ë09 l'hospodar de Walaquie ayant envahi la Podolie, Sigismond le battit^ et à la suite d'une paix conclue en 4 54 0^ la Moldo-Walaquie se soumit à la Pologne ; malheureusement ce traité a été dans la suite la source de ces guerres sanglantes que la Pologne soutint contre lea Turks pour se niaiiileaii dans sou droit.
A peine cette guerre fut-ello terminée, que les i alars, poussée
IIISTOIRR PB POLOGNE
par le tzar de Moâkou, envahirent la Podolie ot la Wol^nio ; mais dans une grande bataille iivrée près de Wisniowietz, en iôii^ les Polonais les écrasèrent. Cette victoire, ((ui, un moment» fit réfléchir le tzar, ne l'empèclia point d'intriguer contre la Po* logno et d'amener sur elle de nouveaux orai^. Pendant que Sigismond se livrait à raclministralion intc^rioure pour consolider le bonheur de la nation, il pensait aussi à mainlenir sa couronne par un maiiaiit'. Il épousa donc Barbe, fdle d'fttienno Zapolay, prince palatin de TransyUanie et comte «îe Spi/. ^Zips dans les Karpates). Ce mariage pouvait amener la iamile Zapolay, au trône de Hongrie, inquiéta les desseins de l'empereur Maximilien qui cherchait, par des moyens secrets, à s'emparer de ia Hongrie. Pour mieux réussir, le perfide cabinet de Vienne : expédie à Moskou un ambassadeur qui offre son alliance. LÀ, en ië>Tier 4543, les deux souverains se promettent de concert d'écraser la Pologne, à l'aide de leurs armées et de celles des chevalieurs teutons, et de s'en partager les lambeaux. En eiïet, en dépit de la trêve de 4508, h> tzar envahit en 1514 les possessions polonaises, s'empare par trahison (h^ hi ville de SmoîtMisk, gouvernée pai>iljlcment depuis cent dix ans par les palatins polonais.
Dans (v'Mo guerre, Sigismond devait s'entendre avec (llifi-;ki, qui se repentit de sa Iraliison. Tne telle mission exigeait im liomme intelligent et discret. Un bravo militaire, nomn^ Trepka, s'en chargea; malheureusement les Moskovites le découvrirent. Trepka fut interrogé, et résistant à toutes les menaces, ne vou* lant pas avouer le motif de sa mission, on le fit brûler à petit feu. Le nouveau Scévola soutint jusqu'à la fin la cruelle épreuve ans se plaindre et sans trahir son secret 1
Sur ces entrefaites, les Moskovites s'avançaient en force, le long de Dniëper. Le 8 septembre 1514 les deux arun'es se renwntrèrent entre OiNza et Domlirowna. Les vin«:l-ii(Mif inilio Poloiiu-Litvaniens eiaieiit eoumiaudés par Constantin o-irogskî, George Radziwill et Albert Sampolinski. Les '\î(>sîvoviles, au nombre de quatre-vingt mille, étaient sous les ordres de Boulgliakoff et Tschéladnine, On se battit depuis midi jusqu'au couclier du soleil. La victoire des Polonais fut complète. Toute la \lime, l'espace de sept lieues de France, était jonchée de cada- >Te8 et de dievaux tués. Les deux chefs moskovites, liés et gar-rotlés, marchaient à latéte des prisonniers de guerre, victimes de l'ambition de leur tzar. Outre ces deux chefs, six voîévodes, trente-sept kniazs (princes) et mille cinq cents olBciers su[>(''rieiirs et autres employés de ia cour, présents danà le camp, furent
iH HISTOIRE Ofi POLOGNE
envoyés à Wilno et dans d'autres a ilios de la Lit\ anie. Tous lea drapeaux^ armes et canons tombèrent au pouvoir des Polonai>- Trente mille Moskovites furent tués» grâce à la supériorité do rartillerie et de la cavalerie polono-litvannienne; six mille furent fait prisonniers; quarantiHiuatre mille restant se disper* fièrent à la foveur de la nuit et des bois.
Toutes les cours de TEurope et les peuples de tous les pays lisaient a\< c admiration et ëtonnement le récit de celte brillante campaij;no. La gloire qui en k jaillit sur Siijismoiul iit taire. se^> ennemis, et parmi eiiv. ]'em(>eitHir Maxiniilien l'^'', qui parut s'attacher à la fortune du roi des Polonais, et chercha à lui faire accroire qu'il \ aimait sincércînent . Pour preuve il feii;nit cVabandmner entièrement ses relations avec la Moskovie, et leurra Sigismond de sa perfide amitié. Pour cacher mieux ses véritables intentions^ Maximilien proposa un congrès ; car ne pouvant nuire à Sigismond par lee guerres qu*il lui avait suscitées, il affecta d'arriver à ses 6ns par la voie des négociations diplomatiques, par les protocoles et les conférences l Arrivé à Prèsbourg, avec son frère Wladislas, roi de Honijrie et de Bohème, Sigisiuoiui lut sollicité par plusieurs Polonais, (pii pénétraient ce machiavélisme, de ne pas partir pour les ronfî'vmces de Vienne ; mais Sigismond ignorait jusqu'où pouvait aller la perlidie autriciiienne, et il arriva dans la capitale. Le résultat ne vérilia qiio trop la prophétie de ceux qui étaient en déiiance contre i'enipi»reur, et le congrès ne couronna que les vœux de Mnximilien, en lui donnant acâs à la couronne de Hongrie et de Bohême, |)ar le mariage de son neveu avec Anna, nièce du roi Wladsilas. Maximilien promit seulement à Sigismond d'engager le tzar à la paix, et de réduire les chevaliers tentoniques à lui rendre hommage. On voulut engager Sigismond dans une guerre contre la Turquie, iiKiis de bons conseils prévalurent, et il s'y refusa.
Les siècles passent, tant de nationalités voisines de l Autriche tombent ( t elle, eile réussit toujours dans ses comjrês, dans ses conférences! Les conférences de 1515 ont-elles été autrement menées que celles qui devaient y avoir lieu en 1 81 5 ?
Malgré les assurances sincères et amicales données par l'empereur à Sigismond, que le tzar se tiendra désormais tranquille, à peine le roi était-il de retour à Krakovie, que les Moskovites envahissaient la Litvanie et assiégeaient Witebsk ; ils se répandirent jusqu'aux contrées voisines de Wilno ; mats ils furent repoussés, et en le roi conclut avec le tzar un armistice.
Toutes les porlidies poUliques et diplomatiques du cabinet do
Vienne envers la Pologne ne suffisaient point encore i Tempe* renr Maximilien. Sigismond ayant perdu sa vertueuse femme,
Barbe, l'empereur, sous le prëlexte deroiwoler le roi, lui proposa d'épouser Bona-Sforza, fille de Jean Galeaz/i duc de Milan, et nièce de Feidinand 11 roi de Naplos et de Sicile. Dès ([iir cettn femme fut en Pologne (4o19), elle siniipafa de toute l autorilt', envahit tout, et chercha à perdre dans l^vpr it du roi les izrands citoyens, les hommes honnêtes (pii avaient fait la gloire de son règne. Dans sa jeunesse^ Bona avait été belle^ spirituelle, portée aux plaisirs, orgueilleuse, avide de gouverner, d'une cupidité insatiable, sacrifiant à cette passion le bonheur de son époux et les intérêts de l^tat. Elle grossît ses coffres des revenus destinés aux besoins de la république ; elle s'ingéra dans Tadministration, elle sema la discorde et les soupçons, et trafiqua de toutes les charges. Pareille en tout à Catherine de Mëdicîs, à la différence près que les institutions et les usages du |)ays Fempéchaient d'exercer sur la Pologne une inlluence aussi nuisible que le fut celle de Calhcrine sur la France, ('es deux Italiennes, assises sur les |)rincipau\ trônes de rFniri|){\ înarqin'M-ent leur passage par les mêmes malheurs. £n\iruunée d une loule d'étrangers dont le désordre, Timpiété et Teffronterie donnaient Texemple de tous les scandales, Bona remplit la Pologne de troubles et de divisions, n'aimant parmi les indigènes que les usuriers, les gens sans mœurs et sans aveu. Voilà le présent que l'Autriche fit à la Pologne.
C'est dans la même année 1549 que mourut l'empereur Maximilien I•^ La maison d'Autriche était en danger de perdre la pré|K)nd('rance qu'elle s'était acijuise dans le cor[)s-germanique. Maxinjitit n rTaN ait pu réussir à faire nommer un de ses petitsfils roi des liouiains ; ainsi les électeurs se trouvaient maîtres de dofîiier })Our chef à l'Allemautie c elui des princes de TEurope qu'ils jugeraient le plus capable de la bien gouverner. Parmi les nombreux candidats, ce furent Charles d'Autriche, roi d'Espagne, petit-fils du dernier empereur, et François I^"*, roi de France, qui eurent le plus de chance de succès. Comme Sigismond avait une grande influence sur la Bohême, Jean de Langieac vint en Pologne pour demander au roi de favoriser François Mais le roi d'Espagne eut recours à l'argent, et comme il avait dépensé pour son élection huit cent cinquante-deux mille cent quatre-vingt-neuf florins, somme énorme pour l'époque, il finit par triompher ; c'est dès lors qu'apparut sur la scène du monde ce Charles-Quint qui fut ûdèle dans son amitié pour
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le roi des Polonais. Pendant que Charles aclielail les votes des électeurs et (jne François ne s'adressait qu'à leur conscience, ce dernier répétait : u Nous faisons la cour à la même maîtresse, employons Tun et Tautre tous nos soins pour réussir ; mais dè» que le sort aura nommé le rival heureux, c'est à Tautre à se soumettre et à rester en paix. » Malgré ces belles paroles, l'élection de Charles, proclamée le 28 juin 4519, mortifia profondément le roi de France^ et une rupture fut inévitable.
L'ëleetion germanique étant| accomplie, Albert, graiul-mallie ^ des chevaliers teutoniques et neveu de Sigismond, laauilVsta rinlculion d envahir la rrusseroyalo uu j)olonaise; mais Nic'(»hi> Firley, palatin di» Saiuloinir, ballil les Teutons. AllxM't doinanda grâce et alhi trcuncr à Thorn le roi Sigismond ; mais dos qu'il apprit (jue (juatre mille Danois, débaniués à Klaypëda (Mcmel), étaient entrés dans Kroiowieç (K(rniîj:sl)erg), et qu'il lui venait d'autres renforts d'Allemagne, il rompit les négociations» Les hostilités recommencèrent donc. Danzig fut assiégée, mais son commandant Jean Zaremba repoussa les Allemands. Albert fut humilié ; Sigismond voulut bien pour cette fois oublier le passé, et il lui accorda une trêve de qutare ans.
Plusieurs motifs avaient déterminé le roi dans cette démarche. LesTatarset les MoskoNÏtes inquiétaient toujours los possessions polonaises. Les (ioeli mes de Luther, qui ai^itaienl toute l'Aliemagne, eninmonçaiunt à pénétrer en Pologne. La \ ille de Danzig fut la prenuère à embrasser en l ")21 le protestantisme, et, par un zèle exagéré, destitua d'anciens magistrats, profana les églises et les couvents catholiques. Sigismond se rendit en personne à Danzig, condamna à la peine capitale quatorze des pria-> clpaux bourgeois, moins comme protestants que comme traîtres à leur patrie, et conspirant sa perte par les intrigues des A|je-> mands. Malheureusement, Foxemple du roi ne fut pas imité, car la plupart des Teutons, dont la mission principale était la défense du catholicisme, et le grand-maître lui-même, infidèle à sa conscience et à ses serments, abjura ses vœux, se maria en 4521, et se fit luthérien !
Dans cette position délicate, Sigismond, sage et tolérant, aima mieux laisser à chacun la lib(M l(> de conscience cjne (k^ se charger des intérêts du ciel, et de remplir la république polonaise de sang, de carnage, suites inévitables des persécutions religieuses. La paix définitive fut conclue en 1525. Albert, issu des marquis de Brandebourg, résignant le titre de grand-maitre, fut créé duc de la Prusse-polonaise orientale; depuis Donunée
HISTOIRE DE POLOGNE
ducale^ ayant siège à Krolewieç {Kaniigsberg en allemand, Higiommtanum en latin). Albert se rendit à Krakovie ; il y portait encore la croix catholique de Tordre, et il rejeta sur les Teutons le retard de la prestation d'hommages et la guerre «qui s'en était suivie ; il prêta serment de fidélité à la Pologne sur la grande place de Krakovie le 40 avril 45S5, en se réservant le fief pour lui et ses enfants mâles. On accorda à ce nom eau fcudaluiro place au sLual puloaais; on retour il devait fournir des forces armées à la première réquisition du roi. Ainsi luul ini Pologne i'ordi*e teutoni(jue, après s'être déshonoré par rin.i;ralilu(l(^, et après avoir attiré <ur ses bienfaiteurs des calamités ([ui durèrent trois siècles sans intcrrruption (1225-1525); alors prit naissance œ duché de Prusse, qui se transformera un jour en royaume, et qui deviendra F un des instruments des malheurs et de la chute politique de la Pologne entière t...
Toute fatale que fût pour le pays Télévation d'Alhert, il faut mettre cet événement sur le compte du temps, où existait encore la coutume de donner des fiefs à des princes appartenant aux familles royales. Par la même cause Sigismond donna à titre de iiefs les districts polonais, de Butow et de Lauenborg en Poméranie, à ses mneux Georges et liai mm, ducs d'une partie de cette même Poméranie.
La I^ologne, frrnuiuillisée au nord, se trouva encore raflérmie par la réunion délinitive de la Mazovie, après la mort eu Vô%o de son dernier duc Janus, issu de Piast.
Mais pendant que cela se passait au centre de r£uro|>e, la Hongrie était envahie par le sultan Soliman dès Tannée 4514. Sigismond y envoya six mille Polonais commandés par Jean Tarnowski et Gnoinski au secours des Hongrois et de leur roi Louis II et neveu de Sigismond. Soliman ayant déjà passé le Danube, il était venn jusqu'à Mohatsch. Louis demanda du secours * à la chrétienté; Ferdinand, duc d Autrielu», ii envoya que trois mille fantassins, et les autres souverains ref usèrent tout secours. Sigismond se munti a au-dessus d'un lâche ép^i-ime, et en dépit des Tatars qui le menaçaient, il lit marcher vu Hongrie un cet [is de cavalerie polonaise d'élite; mais, m aligné le brillant eourai^t* déployé par les chrétiens, les Ottomans les \ainquiient dans la mémorable bataille de Mohatsch, le iii août i 520, et le roi Louis II y trouva la mort des mains de seides de rAulrichel
La modération, la force, la générosité et la loyauté de Sigis* moud étaient telles que plusieurs nations voisines lui offrirent la couronne, maïs il refusa, parce qu'il trouva celle de Pologne
préférable à toute autre. Dès Tannée 1549, le pape Léon X, par ges buHes du tï mare et du 43 mai, lui avait promît son appuî pour robtention delà couronne ini])ëriaîe d'Allemagne. En 152 et 4526, il refusa à deux reprises la c our onne de Suède. Après la, mort (ie Luiiis H, les Hongrois offrirent à Sigismond le sceptre, mais il le d(»clina.
Depuis cinq ans la Poloi^^iu* jouissait en paix des rérultats do la sairesse de son roi, lorsqu'en 453i, Pierre, hospodar de Wa — laquîe, envahit la Pokutie et a'empara de Sniatyn. A cett^ irruption soudaine, Jean Tarnowski eut ordre de marcher con — tre rennemi. Le chef des Polonais n'avait que Bix mille hommes^ mais bien aguerris, tandis que les Moldo-Walaques eu avaient. vinglHleux mille, et occupaient une position avantageuse sur les hauteurs près d*Obertyn ( entre Stanislawow et Czernio— wieç). Le combat sVngagea le 24 août 4531 ; le courage et le sang-fix)id des Polonais furent tels que l'enneoii fut complètement battu. Sigismond, pour prix de tant de gloire, de talents et d intrépidité, décerna à Tarnowski los honneurs du triomphe. Le héros lit sofi s ntrfM^ à Krakovie (f amenant à sa suite un grand nombre de prisonniers, quarante-iniit canons parmi lesquels on voyait aussi ceux qui avaient été enlevés sous Jean- Albert dans la bataille de Bukowina. Le roi honora Tarnowski d'une distinction qu'il n'avait encore accordée à aucun de ses généraux. Lorsque le cortège s'approchait de la cour du château, Sigismond se leva de son trône, et alla au-devant du vainqueur pour le remercier publiquement et le presser contre son td'ur. Dans les années suivantes, les Walaques cherchèrent à envahir la Pologne, mais Tarnowski les battit. Pour gap:o do reconnaissance, la noblesse réunie à Pioti kow vota un impôt extraordinaire de deux gros par arpent pour en offrir le montant H Tarnowski. Le héros accepta la récompense, mais pour la distribuer ensuite à ses compagnons d'armes.
Dans les années de 4524 à 4536, le tzar chercha à envahir de nouveau les provinces litvaniennes. Tarnowski va au-devant desMosIcovites, les bat, et restitue à la Pologne Homel, Starodub et les contrées voisines.
En 4544, le roi confia à son fils Sîgismond-Auguste le gouvernement de laLitvanie, et en 454S celui de la Prusse, avant qu'il lui succédât sur tout le royaume. Il espérait vivre encore quelque temps, mais les amertumes et les chagrins doniestiques, causés par la conduite inqualiliable de Boiih, lui tèrent ses derniers jours. En effet, il mourut à Krakovie le l'^'^ avril 4548, à
iiisToiiii. ij î: roL'Ji. .\k
V&f^ de quatrevint-deux ans et la quarante^euxième ann^ de son règne. Sigismond dit le Vieux, avait un visa^ d'un aspect imposant, et sa force physique était si extraordinaire, qu'il rompait des cordes et brisait les fers d'un che\al. Sa taille était de six pieds quatre poucos. (UmmI qui sui\it sa luoit dura un an. Siirisinond fut toiii' à tour oit craint ou estimé de de touto I Kurope. Paclisan de la tranquillité et do la concordr, Sii^i^ntnnfl en otlVait le modèle à ses coiu'ilo\ eus. Les i:(MUM"atiens lutuies se iormai(»nt sous lui pour le ser\ice de la pairie; tous les ordres avaient du bien-être, mais la noblesse dominait sur les autres. Cette noblesse, qui prêchait l'égaiité fraternelle, regardait comme au-dessous d'elle les bourgeois et les paysans. SUe seule voulait être libre, parce qu'elle était appelée à la défense de la patrie, les autres classes n'étaient obligées de s'enrôler que dans des cas urgents. Elle commença sous Sigismond à se partager d'une manière plus sensible, en haute et en jietiie noblesse, et s'empara des titres féodaux, qui sont en Pologne une importation clrangèro. Les grand> .i\ai(^nt en outre les moyens dose uietUe au-dessus de la petite noblesse pnr ra('iiui>itiun des .«tarosties ou terres donianiiilfs, données tein[)orairement, à vie, et ([uelquefois à tout jamais. L aristocratie ciierchait encore à se distinguer des gentilshomme par son crédit et par son concours aux diètes, où elle n'agissait que dans son intérêt. La chambre des nonces avait la prépondérance; le silence de la chambre Mi une approbation, et le bruit une opposition. Les grands fomentaient tant de discordes, que le roi pour leur arracher une décision, était obligé de recourir -aux larsfesses ou à la menace. Voilà les difticultés contre lesquelles Siizismond aNait à lutter, et cependaiil lui songeait à relever la condition des classes moyennes. Ct'lle sollicitude du roi augmenta le nombie des rouslilutions. et son règne en otl're autant à lui seul (pio tous ceux de ses prériéce^seurs. Il voulut (jn Un même code fût obligatoire pour la l*oiogne et pour la Litvanie ; il assimila le Statut de Littanie à celui de Pologne* Ainsi la Litvanie devenait tous les jours p!ns puissante en ne faisant plus qu'un même tout avec sa sœur la Pologne.
SHjISMOND-AUGUSTE (454M57S). — Le principe électif, maintenu avec des chances diverses sous les Piast, prit sous la dynastie des Jagellons un développement plus grand. Mais, en dépit d<' cette ré\ohition dans le s\ stèmc constitutionnel, Sigismond 1^' voulut assurer à son fils unique la succession au trône.
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Kil eUot, il lui oijliiit des LiUaniens, lo 18 octobre 4529, le titre de gran(i-(Jiic d autant plus facilement, que ce titre était héréditaire dans cette province» et des Polonais, celui de roi, le 4 S décembre de la môme année, sous la condition toutefois que, du vivant de son père, il ne se mêlerait pas du gouvernement. Le jeune prince n'avait alors que dix ans. Sigismond qui redoutait les irrésolutions et la turbulence de raristocratie, se bâta de faire couronner son fils à Krakovie le 20 février 4530 ; mais, avant de procéder à celle céréuiunie, il dunnu a la noblesse Tassuranco solennelle que cet événement exceptionnel ne cliangerail en rien, dans l'avenir, lo ])i jiu ij)e constiUuU du royaume, qui abandounait à rélection lo choix des souverains.
Sigismond 11-Auguste 1^'» , élevé par sa mère Bona, qui Tidolàtrait, mais qui était dévorée de la soif du pouvoir, mena pendant longtemps une existence perdue dans la mollesse et entourée d'exemples dangereux. Le sénat et la noblesse, dont il était Tum* que espoir, faisaient de vains efforts pour le retirer de la tutelle pernicieuse de Bona. Le vieux roi lui-même ne put Fen arracher qu'à râge de dix-sept ans.
Le jeune Sigismond épousa en 4543 Tarchi duchesse Élisabeth, fille de rempeicur Ferdiiuuul mais elle mourut en 1545. Resté veuf, il de\int ("penhunent amoureux de iiarbe Radziwill, mariée à Stani>las Gaszlold, palatin de Troki, cjui mourut à cette époque. Barbe était remarquable par sa beauté et sa jeunesse, distinguée par son esprit et ses grâces, mais plus encore par la bonté de son cœur et les qualités de son caractère. Sigismond, voyant qu'il n'arriverait au but de ses désirs qu'en faisant partager son trône à Barbe, l'épousa en 4546, mais très-secrètemeot, car il aurait eu à redouter la haine de sa mère et les jalousies des familles opposées aux Radziwill,
Sigismond mourut^ comme on l'a vu plus haut, le l^^ avril 4518 à Krakovie. Sigismond-Augusle , qui se trouvait alors à Wilno, fit cacher le courrier qui lui en apportait la nouvelle, et se liàta de |)r()elamer son niaria.i^e. Trois jours après, le courrier cach(» par Auguste donna la nouvelle de la mort du vieux roi, et le mariage deBarlie (Mit ainsi Tair d'être un événement spontané, entièrement indépendant de la mort de Sigismond I'*''.
Après les fêtes du mariage, Sigismond et Barbe partirent pour Krakovie, où se trouvaient Bona^ ses filhîs, le marquis de Brandebourg, des députés de l'empereur d'Autriche et les grands du royaume. Tous étaient consternés du mariage inopiné du nou* veau roi. La cérémonie des obsèques étant terminée, le roi in-
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diqua une diète à Warsu\ ic |unir le moi^ rio novembre. L«i nol)les>t'> ei{'\a \ éhémont(Miient contre son nwria^'e. Le roi répondit à (oui et montra autant de calme que do fermeLé, et lu dieie lut ii<soutc. Mais rarislocratie inquiète et jalouse ne se tint pas pour liattue, et prépara des attaques nouvelles pour la prccHaine diîte. En effet, la diète de 4549 s'ouvrit à Pîotrkow, et avec elle desdébats d'une violence extrôme. Après plusieurs discours prononcé par les nonces, Si^^M^mond, inébranlable dant^ t» résolu* tion, leur répondit : « lie qui est fait est fait, et je ^uis bien sur« pris de vos demandes. Quoi! vous convient-il de me f)rier que je viole la foi que j'ai jurée à mon épouse ? Ne (!('\ l iez-vous au contraire, insister auprès de moi pour (pu» j»» i oUenvers luut homme? J'ai jurée à mon l'poiix' (luc je ne l'aluindonnerais jamais tant que je vivrai: sachez que mafoi nvest encore plus chère que ne le sont tous les royaumes du monde I » L nrrlievéque de Gnezne cria au despotisme , et supplia la dièla (ie se hâter d'étouiïer de pareils germes d'indépendance avant qu'ils eussent jeté de plus profondes racines dans TËtat. L'évèque de Przém) si pensa que, u quelle que fut la bonne foi qui avait bit contracter ce maria <;e, rien ne devait empêcher de Tannu*
; 1er. s Jean Tenczynski dit quMl aimerait mieux voir un Turk couronné au château que la reiin ikirbc. André (ioï ka, ciistellan de Poznanie, s'écria : « On uuus a vus, du temps de Jai:ellon, votre bisaïeul, détijin i' sous ses yeux avec nos sabres un ael'» (Mnano 'le son ti ùne, et que nous estimions contraire à nos droits. A Weu ne {)laise que nous en venions à présent à ces extrémités 1 Nuu^ n employons que nos prières, et c'est d'elles seules que ûûus attendons l'heureux succès de nos vœux! »
Pierre Kmita, palatin de Krakovie, soudoyé par Bona, prit ia parole à son tour, et voulut ae répandre en invectives; mais le roi, dont la patience était à bout, lui imposa silence. Cet acte
I <i autorité produisit sur les membres de la diète une stupéfaction incroyable, et ils se remaniaient entre eux, comme j)our se demander conseil l'un à l'autre, lorsque h palatin Uaphaël Lesz-
' fzyn«îki se leva, et prononça au milieu (i'un pi iilond >ilence, ces " '1^ : » Sire, oubliez-vous à quels hommes vous prélemlez eoni- ' iiiuler? Nous sonmies Pulonais, et les Polonais, si vous ne les c onnaissez, se font autant de {gloire d'honorer les rois qui res» l' itiut les lois que d'abaisser la hauteur de ceux qui les mépri* ^nt. Prenez garde, sire, qu*en trahissant vos serments vous ne
j ûous rendiez les nôtres; le roi votre père écoutait nos avis, et c est à nous à faire en sorte (]ue désormais vous vous prêtiez à
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ceux (rnno n^piibliciiie dont VOUS paraissez ignorer que vous n'êtes que lo premier citoyen ! »
L'asseinblée applaudissant à cette menacoi le roi ne se décon-certa point, et répondit avec un calme imposant : a Ma conscience, ma foi, rëdat de ma couronne, et mon glorieux titre de roi de Pologne, me feront toujours respecter ma dignité, et j'avais le droit d'ôter brusquement la parole au palatin Kmita. Les paroles que je viens d*entendre de la bouche du palatin Leszcxynski ne mVflra} ent nullement ; dans tout cela je ne vois point la délensedes intéri^ts de h patrie, qin ne sont menacés en rien, mai>î la di'fensc des < npi lees d'une ai istocratie jalouse et envieuse de la position actuelle de la reuic ma femme. Je le répète encore une fois : j'aimerais nu(Mi\ renoncer à la couronne que de violer la foi (pie j'ai jurée à mon épouse 1 » La douleur et la fermeté du roi firent beaucoup d'impression sur l'assemblée. De leur côté, Jean Tarnowski, ce glorieux héros d'Obertyn, ainsi que Macieiowski, évéque de Krakovie et grand-chancelier de ta couronne, défendirent Tautorité du roi et cherchèrent à rapprocher les esprits. Macieiowski soutenait que le mariage avec une Polonaise était {)référable à une union avec une princesse étrangère; car cela fermait le territoire de la république aux intrigues des cabinets extérieurs. Il citait l'exemple de Wladislas-Jagellon et de Sigismond ^'^ ipii éj)ousèrent l'un Élisaln ih Pilecka, et l'autre Barbe Zapolay. et qni n'eurent ([u'à s'applaudir de leur choix. Tarnowslvi in^i^tasurla contradiction qu'il y aurait à reconnaître le roi et à lui ra\ir la faculté de disposer de ses alfections; il peignit les dangers de l'anarchie, et le désordre qu'entraînerait dans l'État la prétention de chaque dignitaire de s'ériger en maître souverain.
Ces sages discours produisant beaucoup d^impres^on, le roi reprit la parole en ces termes : « Pour prévenir les désordres qui pourraient éclater, j'exercerai mes fonctions dans toute la rigueur des lois existantes. Ceux qui croient que je m'endormirai sur le trône se tromf)ent étrangement : ce n'est pas moi qui laisserai détruire les iniKh nu'ias de l'État, et je maiiitieiulrai jus- (pi'à la mort l'empire cpii est entre mes mains et que je tiens autant iiv Dieu que des libres suffrages du pays. Je supplie tout bon Polonais de m'éclairer, de m'aider à gouverner la république avec justice et gloire; mais j'abaisserai, j'écraserai l'insolence, la perversité, la corruption, les abus qui existent dans certaines castes. »
Kmita déposa à Tinstant le bâton de maréchal et sortit accom*
HISTOIRE DE POLOGNE ^il
papiîë de plusieurs sénateurs el nonces. Le roi savait mieux que personne le secret de cotte brutale opposition de l'aristocratio anarchique, et il frappa juste en faisant publier sur-lo-chauip des universaux (circulaires) dans lesquels il dévoilait les desseiDs cachés de la plupart des graiids, qui ne cherchaient à troubler l'État que pour augmenter leur puissance; il prouvait qu'une épouse choisie au sein de la noblesse ne pouvait déahonomm trône qui dépend de cette même noblesse, et auquel chacun de ses membres i)eut aspirer. En eflet, les sei^eurs cupides tremblèrent pour leurs i>laces; les houiuies si arroi^anls naizuère ^in^ent ramper aux |iie<ls(iu roi. AIfisI récliafaudaîîP d'une op- {"isition coupable dans >uu [>rinri|>e et i?\téressée dans S4^s vues fut anéanti; et non-seulemenl les nuii iiuircs contre le niariaj^e du roi cessèrent , mais les opposants eux-mômes demandèrent que Ton ne différât point la cérémonie du couronnement. Kmita fut un des premiers à s'y rendre , et le primat lui-même cou<mm Barbe à Krakovie le 9 décembre 4550.
Jamais femme ne fut plus digne d'occuper le trône de Polo- ?ne; elle formait, sans le vouloir, contraste avec Bona et les au-
' très femmes de la cour. Bona gémissait tout haut de s'être oppow au bonheur de son fils, et parlait sans cesse du regret qu'elle ^!»roiivail d'avoir si opiniàtrément refusé son estime à Barbe; mais cps démonstrations ext^^rieures cacbaient un crime, et l'inîortunée Barbe déi)érissait à la suite dos soins d'un méderin ita-
I lieu placé auprès d'elle par l'Italienne Bona. Le 1^ mai 1554 elle
I mourut, et les traces du poison apparurent sur les restes inanimé de la malheureuse reine 1 Le désespoir du roi et des bons citoyens fut immense^ et pour que rien ne manquât à Thorreur de fa position du roi, il fut obligé de prendre des précautions
! pour sa sécurité personnelle !
Bona sentit que la position n'était plus tenable en Pologne
! pour elle et pour ses deux favoris italiens Papagoda et Brancaccio. Mais avant de partir, elle employa les cinq années qui suivirent la mort de Barbe à pressurer la Poioj^ne, et lorsqu'elle la quitta, en 4oo6, elle se fit procéder de vingt-quatre fourgons, attelés chacun de six chevaux, et chargés d'or, d'argent et d'objets précieux. Wilga, staroste d'Ostrolenka, fut chargé par le roi d'escorter le cortège de Bona. Le staroste, indigné de voir taot de trésors soustraits à l'État, fit savoir en secret que si quel-
1 <ni'un voulait Tattaquer pour rendre au trésor royal ces richeslui, Wilga, ne ferait qu'une défense simulée. Mais la loyauté dtt caractère national repoussa celte proposition ; on répondit au
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staroste que Bona ne jouirait pas longtemps de ces richesses, que la Pologne ne s'appauvrirait pas pour cela, et quil fallait montrer àTunivers la sup(Tioritédu caractère national dans une circonstance aua«^i grave.
Bona pas.-^a par Vienno, Voniso, Florence, Rome et Naples. Elle s'établit à Bari, dans la Ponillp. Elle préla io i.OOO ducats de Hollande en nuiiiérairr à Pliili|i|to II. roi d'Espagne, somme énorme pour Tépoipie! Bona, Viwvv à (^lle-inémc et au pouvoir de son amant Papadoga, qui, a\ ido de richesses, ne tarda pas à Tempoisonner. 11 profita du délire de la vieille reine, et de ses remords, pour lui faire signer un testament autre que celui qu'elle avait d'abord préparé en faveur du roi Sigismon-Auguste. Par ce nouveau testament, elle donnait le duché de Bari au roi d*£spagne, et l'argent comptant avec tous les objets précieux volés en Pologne, à Papadoga ! Cette femme criminelle expira le ÎO' novembre 1557. Aprôs cette mort, Sigismond-Augustc réclama la restitution de la somme de 433,000 ducats, mais Philippe II déféra cette réclanialion aux tribunaux de Naples, qui ne prononcèrent jamais; etdepuiscette époque, le montant de la réclamation estconnu sous la dénominalioude sommes napolitaines.
Pendant tout ce temps, Sigismond-Auguste ne cessait de s'occuper des intérêts de la Pologne. En 455^ il se rendit à l>anzig, où il calma l'effervescence religieuse s(nilevée par les prolestants contre les catholiques. Puis il partit pour Krolewiec (Kœnigsberg], où il fut reçu avec les honneurs dus .au roi par le duc Albert, vassal de la Pologne. Arrivé ^ Wilno, capitale de la Litvanie, la noblesse le supplia de se remarier; son choix tomba sur la sœur de sa première femme, Catherine, archiduchesse d'Autriche, veuve de François de Gon/ague, duc de Mantoue, et ce mariage s'accomplit à Krakovic en janvier 1o53, Puis le roi résolut d'accorder sa j)uissante protection à la Livonic.
Cotte belle et riche province^ occupée longtemps par les chevaliers porte-glaive^ était convoitée et par la Suède et par la Moskovie ; pour se soustraire à cette double invasion, les Livo» niens conclurent avec le roi) le 5 septembre 4557^ une paix en vertu de laquelle ils se soumirent à la PologpOi Ge traité obtint une nouvelle et [)lus solennelle consécration lorsque Tarchevéque de Higa, les dignitaires et la noblesse de Livonie et de Kour* lande s'assemblèrent en 4664 à Wilno; alors ces provinces se soumirent complètement à la Pologne, cLiçs garnisons polonolitvaniennes s'établirent dans tous les forts.
La prépondérance polonaise en Livonie réveilla la jalousie de
BldTOIRfi Bte POLOGNE
la Suède et de ia Moskovie. Sigismonrl el ses lieutenants lUdzi- \vill, Chodkiewicz, Zcno\\icz, Clilobowîcz, Polubinski, Kraita, Oscik. Pac, luttèrent glorieusement, et en 4565 on signa une trêve avec le tzar.
Mais pendant la lutte contre les Moskovites, la Pologne fut me* nacée d'une guerre avec la Turquie* Les Moldo-Walaques et les Polonais se disputaient le pouvoir d*hospodar entre Tomza et ^isniowiecki. Tomza ayant le dessus, fit prisonniers Wisniowiecki, Piaseckî et plusieurs autres seigneurs polonais et ru* theniens, et les envoya à Constantinople . C'dtaitlen ^ 563. Wisniowieckiet ses compagnons furent condaiiuiés à être précipités du iiaut d'une tour sur des crocs de fer; la plupart d'entre eux moururent instantanément, sans beaucoup de soulVrances ; mais ^\ i>iuo\viecki, qui était resté acci oché j)ar une côte, vécid {)eu- 'iynt trois jours dans les plus horribles tourments. Une soif ardente le dévorait, et il ne pouvait obtenir un peu d'eau pour rétancher. Dans cet affreux moment, il conserva du moins assez de calrae pour savoir comment il pourrait abréger son martyre ; et s'étant mis à blaqihémer contre Mahomet, un turk indigné lui lança une flèche au cœur et le tua.
^ 4566, le roi Sigismond-Auguste avait appris les intrigues qoi 6e tramaient dans la Prusse-ducale, et dont la source partait <te8 Allemands de Brandeboui\i^. Le \ieux duc de l*russe était tombé dans l'imbécillité ; son lils ('tait trop jeune pour lui succéder; l'intrigue voulut profiter de cet état fie choses pouj ^,(»u- If'vcr le duché contre la Pologne, contre la luere-patrie ; mais le r i lu mima promptement une commission polonaise, qui se ren- 'îi^ a Kœnigsberg, et les brouillons allemands furent mis à mort »u bannis ; Pancien conseil fut rétabli, et avec lui Tordre et f obéissance ein ers la république polonaise.
Cette affaire étant terminée, le roi réunit une forte armée en Litvanie, et en imposa au tzar, qui fut forcé de suspendre se0 projets rapaces contre la Pologne. Rassuré ainsi de tous les côtés, Sigismond- Auguste s*adonna tout entier à mettre à exécu-» tion ridée qui Toccupait constamment. Se trouvant le dernier fies Jagellons, et n'ayant point eu d enfant de ses trois épouses ; prévoyant que la coui oune de Pologne serait livrée aux hasards (le la pure élection, il voulut au moins consoauuer l'union intime el définitive de la Pologne et de la Litvanie. Depuis 1386, à plusieurs reprises cette union se resserrait ciiaciue fois davanta;ro, mais aujourd'hui il la voulait une, indivisible^ compacte. Aussitôt que le roi annonça qu'il allait convoquer à Lubiin la
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diète de 4568, Tattention publique se concentra tout entière sur ce grand objet. U était vital dans le pr^nt et dans Tavenir. C*est un des points culminants dans l'histoire de Pologne, et pour mieux l'apprécier, nous devons lui consacrer quelques considérations préliminaire*».
Les atFairesde la Livonie, qui allumèrent, comme on l a vu, une guerre lon^iue et sanj^lante, (Juiiuèrent lieu à de noiabies cliaiiLTuients tant en Litvanie qu*en Pologne, et hâtèrcMit Torj^anisalion définitive de la domination de la démocratie nobiliaire dans les deux ()ays, et leur réunion dans un corps politique, ce qui avait jusqu'alors éprouvé beaucoup d'obstacles. Le roi ne trouvant pas en Pologne assez de docilité à ses vues, se rendit à Wilno, et pour rattacher la Litvanie aux afilaires de la Livonie, il accorda à la noblesse plusieurs franchises promises à Uoroido en 4413, par Wladislas4agellon, et jusqu'ici non réalisées. Déjà en 4560, à la diète de Wilno, Sigismond-Auguste avait donné à la noblesse le droit d^élire des nonces et des juges. Depuis cette époque, la représentation litvanienne commença à se former : la diète se composait de deux chambres, et les tribunaux de province furent oriianisés à l instar de ceux de la Pologne, pour faciliter radiuini.-d ation de la justice et i appiicaiiun des articles
du StalKt de Lifrtm u\
Blessés du zele a\ec !('i|iiol lo roi s'oecu[)ait des inténUs de la Litvanie, les Polonais renou\ elèrent les vœux qu'ils avaient émis du vivant de Sigismond I*** le*Yieux, de reformer la constitution de la république, et de réunir, par des liens intimes, La Litvanie, les terres ruthéniennes et la Prusse à la Pologne. On envoya au roi une députation pour le prier de revenir à Krakovie, afin d'accomplir cette grande œuvre, (^ui demandait non moins de persévérance que d'adresse et de ménagements.
Auguste arriva à la diète de Piotrkow dans l'hiver de 15Gi ou 1563. Il s'y livra avec ardeur à l'accomplissement de cette fusion. Mais avant tout il demaudait des sacrifices. Les ]io>-rsseurs de staroslies furent obli;j:és de les restitiKT à la couronne. L'ancienne constitution du roi Alexandre, qui déiendait d'aliéner ces biens, furent mises à exécution. L'armée reçut une meilleure organisation. On créa un tribunal suprême pour juger les causes arriérées qui s'étaient accumulées au milieu des dissentions religieuses entre catholiques et protestants^ et les embarras politiques amenés par les guerres extérieures. C'est à cette époque aussi que Jean Herburt traduisit en polonais les lois polonaises, écrites jusqu'ici en latin. La Litvanie était plus docile, et le roi
UlâTOIAC DK POLOGMÎ ttl
'>bfînl facilement la promu Ijrat ion (iti (Iinimchh' Studi! Jitrnuien^ jiubliéen 4564. Dans la même année, à la diète de VVai'sovie, il se désista de ses droits héréditaires sur toute la Litvanie, et en 1)66 il abandonna tous les privilèges féodaux qu'il avait conser^ \és sur les propriétés des nobles*
\ Malgré tant de changements accomplis à Tinténeiir, il y avait ! encore bien des obstacles à vaincre pour arriver àune fusion complète, qui trouvait pour adversaires la famille des Radawill. Mais le moment approchait où cette union devait se consommer el les néirociaiions (jiii furent entamées à Molmlerzno. on septembre 1.j(j7, entre les Pohtriin^ et les LitNanieiL-!» uilliienls, i'îiKMièrent de bons résultaL^; v\ < nlin Ih rélèbre diète de Lublin, uuserle lo décembre 1iG8 el termmée le le 41 août 4569, couronna l'œuvre de Tunion.
t^tte période de huit mois vil de longs et solennels débats. Tous les États y furent réunis; le roi, le sénat, les nonces terriens et les députés des villes, ditîérents fonctionnaires, et presque toute la haute noblesse de Pologne, de litvanie, des I terres mthéniennes et des terres prussiennes ; les ambassadeurs I des cours étrangères y assistèrent aussi* Outre le principal objet des débats de cette diète, qui était l'union intime des quatre nations, on s'occupa de la sanction délinitive de la rtninionde la Livonie à la i ( publuiue, et de l iinestiture du jeune prince de Kunijzsbei i:. La journée du 49 juillet l5tM) fut destinée à celle dprnière céi (Miionii'. Le roi, portant les insi^qies de la nnauti». reyut l'hommage du prince All>crt-Frédéric, qui embrassa les pieds du monarque. Sigismond lui remit un étendard blanc, orné d'un aigle noir portant sur la poitrine les deux lettres S-A jpgismundus-Augustus), et prononça ces mots : « en exauçant vos prières et celles de nos sujets de la Prusse, nous vous don- Bons en iîef, comme mon père avait fait au vdtre, les terres, l^illes, bourgs, villages et forteresses de la Prusse. Nous vous inkestL<^ns par la remise de ce drapeau, et nous vous instituons I»ar notre grâce et bonté comme notre cher et bien aimé ne\ eu, persuadé que nous sommes, que vous vous rappellerez toiijours ce bienfait, et que vous nous resterez fidèle à nous ei à la république de Pologne! » De son côté, le duc tenant d'une main le drapeau, et l'autre posant sur l'Èvani^ile, jura en ces mots : 'Moi, Albert-Frédéric, margrave de Brandebourg, duc de l'ruâse, duc de Stettin, en Pomëranie, de Slavie, de Kassubie, I prince deRiigen, burgrave de Nuremberg, promets et jure que je 8erai fidèle et obéissant au sërénissime prince et seigneur
63 HISTOI&E BB POLOGNE
mon maitro, Sii^ismond-Augiisto , roi invincible do Polnirnc, grand-ducde LUvanie, duc et héritier de Ruthenie et de toutes les terres prossiennes, comme à mon naturel et héréditaire seigneur et aux héritiers de Sa Sacrée Majesté, à ses successeurs rois de Pologne. Je jure de procurer le bien à Sa Majesté, de ses héritiers et de tout le royaume de Pologne, je les défendrai de tout dommage, et ferai tout ce qui appartient à un fidèle et féal vassal. Ainsi Dieu m'aide et ce saint Evangile. » Puis le roi ceignit trois fois au côté du prince une épée à deux tranchants, fit trois sii!;nes de croix au-dessus de sa tête et lui suspendit ensuite au cou une chaîne d'or, conformément aux usap:es de la cho\alerie. Les anciens privih^irps accordés à la Prusse ducale furent de nouveau confirmés, et le roi y ajouta la liberté de professer ouvertement la confession d'Augsbourg dans toute Tétendue de la Prusse, et abolit les appellations ordinaires des causes de ce pays au tribunal de la république polonaise. En outre, Sigismond permit aux envoyés de Joachim H, électeur de Brandebourg, de toucher de la main le drapeau que tenait le duc Albert-Frédéric, vassal agenouillé, en signé de réversibilité du fief sur l'autre branche. C'est ainsi que la magnanimité polonaise préparait la grandeur future dos maniuis de Brandobouri:, (pii un jour devaient se rendre coupables de la plus noire ingratitude!
Lorsque les débats relatifs à Tunion entre la Litvanie et la Pologne touchaient à leur terme, plusieurs Litvanions de l'opposition abandonnèrent Lublin ; mais les autres, cédant aux instances de Constantin Ostrogski, palatin de Kiiovie et d'Alexandre Czartorysld, palatin de Wolynie, souscrivirent à tout. Dès lors (ht arrêtée une nouvelle division politique du territoire. La république polonaise se composa indivisiblement de deux nations : la couronne et la Litvanie. La première embrassait la l^russe-polonaise, la Grande-Pologne, la Mazovie, la Petite-Pologne, la Podlaquie et les terres russiennes ou rulhéniennes, c'està-dire les palatinats de Russie-Rouge, de Podolie, de Wolynie, de Kiiovie, de Czerniechow (ce dernier palatinat forme aujourd'hui trois goubernies russes, de Czerniechow, dePoltawa et de Kharkov). Le grand-duché de Livonie, embrassait le palatinats de Kourlande, de Livonie de Samogitie, de ïroki de Wilno, de Nowogrodek, de Brzes&>Litewski (Ruthénie Noire), de Minsk, de Polotsk, de Witebsk, de Msdslav^, de Smolensk (Ruthénie Bhmche}. Ala suite de cette union intime, l'élection des rois de-vdt se ftûre à Krakovie par les communs suffrages des Polonais, desPrassieiis, des Lkvamens et des Ruthéniens ; les convocations
HISTOIRE OB P0L00:KB
(les diètes devaient cire universelles et jiiaais spëoialdi à Vvam des provinces; les diètes devaient être tenues à Warsovie, vide plus centrale que Krakovie. Les sénateurs religieux et stodim furent confondus, toutes les dignités durent être redoublées et occupées dans chaque pays par des nationaux locaux. L'acte de de cette union fut dressé par la diète le 4^ juillet, et confirmé par le rot le 44 août 4569.
Le discours de clôture de la diète prononcé par le roî émut profondément l'assemblée, car il fut la vive expressioik d une adgtjôse, d'une toU^iance et d'une civilisation dont on trouvait peu d'exemples dans le re>te de l'Europe occidentale et méridionale à cett(^ époque. Quant à la Moskovie, à sa politique et à sa civilisation d alors, il suffit de prononcer le nom de son souve* rain, Yvan lY le Terrible ou le Cruel, dont la cruauté n'a pas d'^e dans les annales des autres nations I Dans ce discours du roi, on remarquait ces passages: « Après avoir rapporté à Dieu le succès de toutes les dioses terrestres^ et après ravoir remercié de la persévérance qu'il avait bien voulu accorder k lui et 4 tous ceux qui avaient concouru à raccomplisssment de la réunion des deux nations, le roi témoigna au m nat cl aux nonces toute sa gratitude de l'avoir aidé de leurs lumières: il les conjura de donner de la stabilité à celte fusion, de pourvoir à l'élection d'un nom eau roi pendant l'interrègne, de remettre ce choix au vœu réel de la majorité, et de pas abandonner la chose publi(|ue à une minorité factieuse. 11 disait que c'est de la bonté du mode (i élection que dépendait le salut ou la ruine publique» U proposa que le grand-général (connétable) fût assermenté, et ne pût|8ervir d instrument aveugle aux factions liberticides en leur procurant l'appui de la force année. U supplia tous les fonctionnaires et dignitaires d'administrer à tous les habitants indistinctement bonne et loyale justice, sans laquelle les plus vastes États ne isauraient subsister. Il recuiniuanda l'observation de la douceur Él de la tolérance religieuse, i appelant (fue si les lois doivent proté.£ï:er les innocents et punir les coupables, c'est à Dieu seul, au ^alrlt-Hsprit qu'il faut laisser le soin de juger la conscience <le& lionimes; qu'on ne devait troubler personne dans l'exercice «les devoirs religieux, pourvu que tous les citoyens maintinssent la concorde dans leurs délibérations sur les intérêts réels de la ^the, et qu'ils fussent toujours prêts à la défendre de leurs corps et de leurs biens< »
C'est à cette diète encore que les protestants et les schismatiques furent déclarés capables de parvenir à toutes les dii2;nités
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4^ ta république ; puis le roi, deux mois avant sa morl, signa le S avril 4 57:1, un acte autorisant les protestants à bâtir un temple à Krakovie. Aussi, pour montrer à nos lecteurs ce qu'étaient la civilisation, les lumières et la tolérance polonaise à Vëpoque oik en France on aiguisait les poignards de la Sainl^Barthélemy, nous citerons le préambule de cet acte : « Considérant les calamités et les maux que les royaumes les plus puissants de la chrétienté ont éprouvés dans ces derniers temps, parce que leurs rois et princes se sont efforcés d'opprimer diverses opinions relisrieuses récemment née?, nous avons cru devoir, |)Our la tran(|uiililé et la siireté notre royaume, prévenir ces dan- L'ers i\u\ niénacent toute la chrétienté, mais ([ui sont imminents pour notre royaume, à cause de la proximité des barbares et des ennemis des chrétiens, et empêcher que l'exaspération des esprits ne produise une guerre civile; ayant au surplus, par Fexemple d'autres pays où tant de sang a été versé sans produire le moindre effet salutaire, acquis la conviction qu'une telle sévérité non-seulement est parfaitement inutile, mais qu'elle est très-nuislble. . . Nous ordonnons. . . » , etc.
Le roi Sigismond- Auguste put encore assister aux diètes de Warsovie en 4570 et en 1o72, mais en re\ enanten Litvanie, il fut atteint de la maladie dont il mourut à Knvsz\ n, dans le 1^^lâtinat de Podiaquie, le 7 juillet 4572, Ap:é de cintiuante-deux ans, et la vins:t-C!nquiéme de son règne glorieux. Avec lui s'éteignit la descendance maie des Jagellons, comme la branche féminine s'éteindra en 4596 dans la personne de sa sœur Anna.
REPUBLIQUE DË BABIN.
C'est encore sous les règnes des deux Sigismond que la vie intérieure de laPoluiine devint reumrquahh^ par sa physionomie litléraire et morale, par ses nueurs élégaiUes, le bon goût et la line [ilaisantene. Alors se forma une république d'un genre particulier, une république littéraire, une académie satirique, instituée pour surveiller les mtpurs nationales et pour redresser leâ abus du gouvernement. Cette république prit pour devise : Ht* dendo cattigo mores. Je corrige les mœurs en riant.
Vers Tannée 4 54S, Stanislas Pszonka, juge au tribunal de Lublin, propriétaire d'une terre appelée Babin (entre Lublin et Belzycé), forma une société satirique et littéraire dont fireni partie ses amis les plus distingués par Jour probité, leurs
HISTUiUl^ POLOGNE ÛU
lumières et la gaieté d« leur caractère. Bientôt se trouva un cofondateur, Pierre Kaszowski, autre juge au tribunal de Lublin ; et ces deux amis étaient tellement recherchés qu'aucune féte, locune réunion de famille n'avaient lieu dans les environs sans qu ils y fu^î^ent conviés. Cette société, qui se rassouihlait à Babin, a\aii |»uur but de faire la >atiie de toutes les actions blâmable'? des grands [)ersonnages. Pour reliausser son éclat. Pszonka ei kaszi)\\ -ki lui donnèrent le nom de république de iiabin et la modelèrent sur celle do Foloi^ne, en clioisissant un roi, des palatins, des casteilans, des archevêques, des évéques, des starostes, (les grands-généraux, des chanceliers des maréchaux, des trésoriers; enfin, en parodiant toutes les magistratures établies en - Pologne,
l'origine, les amis de Pszonka se partagèrent ces divers emplois pour donner quelque consistance à leur gouvernement.
fondateur lui-même se contentait du titre de préfet^ et Kafiowki de celui de (jraml chancelier. Le nombre des emplois était illimité; c^s républicains d'un nouveau i^Tiire se les distribuaient
libéralement, qu'il n'était personne par uii eux qui n'eût une '^■rHité. Pour que la critique n'eut jias de prise, on donnait en- ^Ue des charges titulaires aux personnes qui étaient étrangères * la société elle-même ; dans ce cas, on avait toujours égard aux défauts des individus, et on leur conférait un titre tout à fait opposé à leur caractère et aux quahtés qu'on exigeait dans la ;Téritable république.
; S quelqu'un dans les assemblées nationales parlait des choses U'<kœus de sa portée ou qui ne le regardaient pas, il recevait le titre d'archevêque de la république de Babin^ par un diplôme Wvétn des signatures et des sceaux du joyeux gouvernement.
tn individu ii\ anrait-il dans hi cliauibre des députés un fait ^^raonJiuaire el difficile -à croire, on lui expédiait le diplôme <l«ratenrou de chancelier de Babin. Celui ([ui faisait ?i contre- ^^n^ps parade de son courage était créé chevalier de Babm, ou ?rand-général de la république de Babin. Un individu avait-il Né sans respect de la religion, il était nonuné prédicateur ou ^At inquisiteur de cette république. Ces joyeux amis savaient se i^r au courant de ce qui se passait dans toute la Pologne, au point qu'aucun personnage po^édant une place un peu élevée pouvait soustraire ses défauts aux plaisanteries de la répu- "ique. Elle montra toujours la plus grande impartialité dans ses antiques qui n'atteignirent jamais que les coupables, qui W(y- «eût a eu offenser dans la crainte de devenir i ubjel de la i làée
66 HISTOIRE DE POLOGNE
publique. Celte manière de faire la 1,'uerre aux viee»; ne put que tourner an profit du pays; car si elle ne les corrij^ea pas toujours, du moins elle força à les bien cacher et à ne pas scandaliser la jeunesse.
Cette société était renonunée par son habileté à rendre ridicule tout ce qui pouvait être nuisible à la initie, Ëlle se maintint avec d'autant .plus d*éclat , que jamais on ne put lui reprocher d'avoir employé Tarme de la calomnie, ou d*avoir reçu un membre capable de s'en servir. Tout individu, pour être admis dans la société, elail obligé de donner des preu\ es de la délicatesse de ses sentiments, d'un esprit elllli^é et d'un jugement juste des choses et des hommes, lillle attira dans son seiu les premiers personna^^n^s du pa}s, tels que les palatins, les ministres, les évèquesy etc.^ aûn que dans les cas où il faudrait punir un coupable dans la vraie république, celui-cî ne pAt se trouver offense en recevant son diplôme des mains d'une personne non moins respectable dans la république de Pologne que dans celle de Babin, et pour que le châtiment produisit un effet I^us salutaire.
Sigismond-Auguste, sous le règne duquel les deux républiques jouirent de leur plus grande splendeur, était spirituel, éclairé, libéral, tolérant et ennemi de la tristesse. 11 aimait à entendre parler de la républi(iue de Babin, et étant un jour entouré di* plusieurs de ses membres, parmi lesipiels se trouvait Pszonka. il leur demanda s'ils avaient un roi parmi eux. Et Pszonka répondit : « Non^ sire, de v6tre vi\aut nous ne songerons pas à en, choisir un. Régnez dans la république de Babin comme vous ré-^ gnez dans celle de la Pologne ! » Le roi reçut cette réponse enj riant; il en manifesta sa satisfaction, et calma ainsi le ressentivent excité chez plusieurs personnages par le châtiment que leuff avait infUgë la rèpêbUque de Babin, P^f Tentremise de ses di«
plumes.
Cette association exerça un grand empire sur l'esprit national, et sur les mœurs du xvr' siècle. Les jeunes gens <iui faisaient le premier pas dans la carrière publi(iue, tremblaient (le\antcë tribunal, dans la crainte d'encourir sa censure, et ceux-là fai^ saient tous leurs eliorts pour y échapper (|ui occupaient des charges. C'est ainsi que cette république satirique et inofîensive au premier coup d'œil rendit des services réels à l'État en attaquant le viee^ et eut une influence bienfaisante sur la conduite et leî démarches des membres du sénat, du conseil du roi, du cXerm elde la chambre des député. C'est à cette époque aussi que m
rapporte 1 àgo d'or de la littérature polonaise, tant par Texquise
pureté de la langue, que par les représentants qu'elle eut dans toutes les branches des sciences. Des imprimeurs célèbres ri\alisèrent de goùl et de soins pour se rendre dignes de leur époque, et cVst avec de pareils Uii es que la Pologne des xv« et wi® siècles se présente à l'admiration de tous ceux qui veulent bien connaître et apprécier son état politique, morai^ iuleliectuol et sdentiûque.