‹ Histoire populaire de la Pologne Carte de PologneChapitre 6 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Diète (]p convocation. — Diète d'élection. Candidats à la couronne de Pologne. — Conduite de Jean Zamoyski. — Envoyés de Charles IX, roi de France^ pour préparer rélection de son frôre Henri de Yalois*

tendant l'existence des trois dynasties polonaises dôâ Lechs, desPiasts et des Jagellons, qui durèrent mille vingt-deux ans, le trône de Pologne fut moitié électif, moitié héréditaire, mais depuis le décès du dernier rejeton dè là famille des Jagellons, en 4579, le trône devint purement électif. Dès lors Taristocratie polonaise arriva à rapot^;ëe de son influence et de sa prépondérance dans les ailaires publiques.

Les nobles s'agitèrent et se réunirent dans les diëtines on col légcs électoraux; ils créeront une nouvelle esj)èce de confédération qu'ils appelèrent Kaptur (le froc ou le capuchon) en signe de douleur et de tristcsfîc, à l'occasion de Tinterrègne ; mais ils ne purent convenir du tem()s et du lieu où Ton devait s'assem* bler pour tenir la grande diète.

L'archevêque de Gniezno et primat du royaume prit donc Tinitiative, et invita les États à s'assembler à Warsovie pour le 9 octobre 1572; mais la diète ne put encore avoir lieu, les sénateurs n'étant pas en nombre suffisant. Après une nouvelle délibération, le primat fut encore forcé d'ajourner les diétinea •u 43 décembre et celle de la diète au 6 janvier 4573i

HISTOIRE DE POLOGNE

Au\ fliëlines, Tordre équestre, r,Vst-à-<iiro les îrpTitilshommes formant la chambre des nonces ou d(>piités. choisissait deu\ nonces de chaque f)aîatinat, chargés du pouvoir d établir une nouvelle forme de gouvernement et de subvenir à tous les besoins de la république. Cette diète préliminaire, qui avait lieu à la suite de la mort du roi, fut appelée diète de convocation^ et de- Tait toujours se tenir à Warsovio. Cette diète fut ouverte par une discussion sur les pouvoirs du primat pendant la vaccane du trône. On éleva la question de savoir si le primat avait le droit d'assembler les diëtines et les diètes, et ce droit, le grand-maréchal de la couronne, charge répondant au ministre de l'intérieur et de la police générale, prétendait se l'arroger. Les États assemblés tranchèrent cette question, en adjugeant au primat le droit de convoquer les diëtines, les diètes, et de proclamer le nouveau roi élu par la noblesse, et au maréchal de la couronne de le faire connaître au pays. On fixa au fi avril 4 o73 la tenue de la diète d'élection^ et toute la noblesse élective dut se réunir sur les plaines de Grochow^ et de Praga, sur la rive droite de la Wistule, en face de Warsovie.

L'un des gentilshommes ayant élevé la question de savoir si chaque noble avait le droit de voter, ou si cette faculté était seulement l'apanage des nonces pris dans chaque palatinat, Jean Zamoyski, nonce de Belz, trancha ainsi la question en disant 9 que les sénateurs et les nobles, étant égaux selon les lois polonaises, tous, Siuis exception, devaient participer aux iinumnités et aux franchises de la noblesse, à plus forte raison devaient-ils participer au phis (ssentiel des privilèges, celui de rélection d'un roi ; que, puiscjue tous étaient appelés à défondre la patrie, tous devaient concourir à Télection de leur dief souverain, et ciiacun avoir le droit d'être éligible. »

Zamoyski ne tarda pas à gagner une immense popularité. Ses expressions parurent pleines de sagesse; mais lui et les siens oubliaient qu'ils ne formaient que la vingtième partie de la population, et les dix-neuf autres parties, composées de roturiers, restaient sous l'oppression f... Doué de brillantes qualités, il fut administrateur habile, excellent militaire et littérateur de mérite. Dès i aimée I''i63, ses études en Italie terminées, il publia sur le Sénat Romain un ouvrage rempli de sa\ants parallèles entre la république de la l'oloi^ne et celle de Rome : ce rapprochement flatta l'amour-propre polonais. Quelques années plus tard, il se trouva dans une réunion composée d'hommes considérables étrangers, princes, ducs, marquis, comtes et barons. Lorsqu'il

HISTOIRE DK POLOGNE A9

s'agit de signer le procès^verbal de la séance, on offrit à Zamoyski la plume pour qu'il signât le premier. Il refusa : il voulait que tous ëniimdrassent leurs titres et leurs qualités. Puis, pour prouver qu'il n'y avait pas de gloire comparable à celle d'être gentilkomme pdonais^ il signa le dernier et en ces termes: Joannês Z€moyski^ eques jwlomis, par omniJnês.

Certes c'était beau, mais encore une fois cette ëgalilë, cette démocratie nobiliaire, ne s'exerçaient que dans un nombre restreint et dans une caste, tandis que l'immense majorité en était exclue... Aussi un célèbre puhlicisto polonai.s, Hugues Kollonlay, en publiant en 1788, c'est-à-dire deux cent quinze ans plus tard, un projet de réforme sur le gouvernement polonais, a dit : M Toi, è Jean Zamoyski, qui as vécu dans des temps plus heureux que les nôtres, tu aurais pu être le fondateur d'une république parfaite. Quand je vois des Polonais jeter des fleurs sur ta tombe, je m'étonne, car je n'ai que des plaintes à t'adresser et des regrets à exprimer. Tu as implanté l'anarchie, en laissant le champ libre aux abus de Taristocratie, et les Polonais, ne voulant point renoncer à la forme de gouvernement que tu as créée, ont préparé leur perte. »

Mais revenons à l'année 1573.

Après la clôture de la diète de convocation et lorsque la diète d'élection appi ochait du terme fixé, les nobles (|ui arrivaient de toutes parts à Warsovie trouvèrent marqués au-delà de Praga, lesdiver-i quartiors (fu'ils devaient occuper durant réiec lion. On les avait disposés par paialinats, et trois lieues suffisaient à peine pour les contenir : ils étaient tous armés.

Le lieu du conseil, appelé depuis S^pa (Chopa), espèce de pavillon, était au centre de la plaine, où on déploya la tente du feu roi Sigismond-Auguste. Tout autour on dressa un grand édifice qui pouvait contenir près de 6,000 personnes; il n'avait proprement qu'un toit et des piliers assez régulièrement espacés pour le soutenir; à l'entour était un fossé qui ne laissait qu'un petit espace de terre au milieu de chaque face, pour servir d'entrée aux piétons. Les séiiati ui's et les ministres délibéraient sous la tente, et cette place s'appela depuis Kolo (le Cercle). Les gentilshommes électeurs arrivés des palatinats furent rangés loin des places des sénateurs et des nonces sur la plaine et sons des tentes, ce qui donnait à ce lieu l'aspect d'un immense camp.

Sur quatorze candidats avoués, il y en avait cinq polonais et neuf étrangers. Jean Tomicki, castellan de Gniezno, l'un des candidats avoués, prit la parole et dit : « Pourquoi aurions-nous

HISTOIRE DE POLOGNE

moin» de confiance au zèle et aux talents d'un d'entre nou$, qu'à ceux d'un étranger qui, par cela môme qu'il désire nous gouverner, montre plus d'ambition que de modestie? Qui peut mieux

qu'un Polonais être instruit des vrais intérêts de la république, et fornior de plus grands et do plus saines desseins pour sa gloire, lo .-suivre avec [»liis d ai tiv ur et d expérience, saisir plus à ])r()}»()s les cireonstancos (Tuii nionient? »

A ce discours Zamoyski opposa un veto formel; il désirait avant toute chose porter la couronne de Pologne, mais ayant perdu tout espoir d'y arriver, il sut dissimuler avec un art infini ses désirs brûlants, et voici cœnment il répondit au discours de TomiQki : « Je connais la république, et je prévois que sa liberté périra du moment qu'elle aura un Polonais pour maître. Et quelle ne serait pas la vanité des frères, des neveux, des parents de celui que nous aurions la faiblesse d'élire ? Ces hommes ne se croiraient plus semblables à nous, et leur orgueil augmenterait par les basses flatteries de ceux qui, pour mériter leurs faveurs, auraient la faiblesse de les croire au-dessus d'eux et de ne plus juger la naissance que par Télés aliou du rang. Or verrait donc les dignités fondre dans la maison du prince. Elle seule engloutirait tous les biens, et ces fortunes rapides, loin d'exciter l'émulation dans l Ëtat, y enflammeraient la cupidité^ la plus dangereuse de toutes les passions dans un pays où les lois n'en répriment aucune... Après tout, quelque difficile que soit un choix où peuvent prétendre tous ceux qui ont droit de la faire, et où celui qui doit être élu est du nombre même de ceux qui élisent, prenons pour roi un citoyen polonais, j'y consens; mais du moins que ceu\-là se présentent qui se croient dignes de régner ; (pi'ils deniaiident eux-mêmes nos sullrages, ainsi qu'ont déjà fait les princes éti aiiiiers, et qu'ils se retirent ensuite, pour nous laisser la liberti' i» balancer leurs vertus et leurs vices : discussion nécessaire, et peut-être aussi peu flatteuse pour celui à qui nous adjugerons le trône que pour chacun de ceux à qui nous serons forcés de le refuser. » Personne n'osa se proposer explicitement; il ne fut plus question des candidats polo, nais.

Quant aux discussions relatives aux candidats étrangers, plusieurs de ces derniers se trouvant écartés, la question sérieuse

fut partagée entre l'Autriche et la France. Et comme les ambassadeurs de cette dernière puissance sm^nil (léi)luier la i^Tace, l'adresse et les promesses exai^éi <'os, la majorité se trouva eu ' faveur du duc d'Anjou, Henri de Valois, frère de Charles IX.

HISTOIRE DE POLOGNE

Cette candidature fut (railleur^ i»répaï-ée de longue main et au milieu do circonstances assez otraniies.

Jean Krassowski, ironlilhoinnie polonai-, fut le prvimor qui fit connaître en Pologne le nom du duc d'Anjou ; il insj)ira au roi Charles IX et à Catlierine de Mëdicis, sa mère, le dessin de mettre la couronne de Pologne sur la tôte de ce jennn prince. Ce Krassowski était un nain spirituel et intrigant; il flattait, il devint riche. Rentré en Pologne, Sigismond-Auguste, et tous les seigneurs eurent la curiosité de s'entretenir de la cour'de France, où il avait vécu longtemps, était de leurs repas et parlait continuellement de Henri de Valois, dont il faisait un portrait si vantageux, qu'après la mort do Sigismond-Augiiste, ils si ma nèrent qu'on ne pouvait trouver un prince j>his accompli. Kid<sowski repassa en France, a\ertiL la cour »|(ie. .si on Nuntait oinoNcr dos anil)assadeurs, le parti de Henri était déjà a^oez fort pour supplanter tous ses compétiteurs. On renvoya Krassowski en Pologne aussi promptement qu'il était venu, et le petit bonhomme continua sa négociation.

Charles IX avait attiré auprès de lui Tamiral de Coligny : C6 fiit ce dernier qui détermina le roi à profiter des offres de Taristocratîe polonaise. Ce conseil, inspiré à l'amiral par rintérèt des huguenots qu'il délivrait ainsi de leur plus redoutable ennemi, a.izréait également à Charles IX, dont il flattait la jalousie ombrageuse envers sou frère. Catherine do Médicis ne goûta pas moins cet avis, et les Guise, qui ne souffraient leurs supérieurs qu'avec inipatienco, applaudirent à Téloignement du seul homme qui couvrait le crédit immense auquel ils as[)iraient dans l'administration de l'État. Ainsi l'avis de l'amiral, quoique donné par un ennemi, {ut adopté unanimement par les partis les plus acharnés les uns contre les autres. Charles IX choisit pour son ambassadeur Jean de Montluc, évêque et comte de Valence, à qui il dopna pour collègues Gilles de Noailles, abbé de LiUe; Guy de Saînt-Gelais , seigneur de Laasac, et de Malioc, con«> seiller au parlement de Grenoble.

Le discours de Montluc et son habileté triomphèrent à \r diète d'élection du parti autrichien. La cour do Vienne dépensa -jOOjOOO écuH^ soin I ne t^rlorme pour ré{)0(iuc, et n'atteignit pas son but» S."- inini-tre> tenaient une table magailique et n'admettaient que les ::rands seigneurs : le plus pauvre gentilkomme était reçu à celle de MontlUc ; de cette manière la pluralité d^ voix se trauva pour Henri.

UlbTOIHii: UU. I>0LUG>£

Page 1