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d'Iwan. I/histonen russe dit que probablement ils se trompaient^ et que fort heureusement Dieu leur a épargné cette cruelle épreuve. D'ailleurs, la masse du peuple et la majeure partie de la paUte noblesse repoussaient ridée d'avoir le grand -duc de Moskou pour souverain : on ne put parvenir à le rendre popu» laire.
Le prince Etienne de Transylvanie fut proclamé roi de Pologne, et dès son avènement au trône^ il communiqua au comeil ses projets contre la Moskowie. Momentané«ment, la révolte de Dantzick et des villes prussiennes arrêta ses dispositions ; il fut obligé d'envoyer aussitôt une petite troupe qui battit la grande armée des bourgeois de Dantzick, les repoussa dans la ville et les força à capi<» tuler.
La nation polonaise était enoore indécise sur ses pro~ jets^ que lui il avait déjà formé des alliances, envoyé des ambassadeurs dans toutes les cours de l'Europe et réuni une armée. Tout était prêt pour entrer en campa-* gna contre la Moskowie. \vnLU le Terrible avait d'instinct pressenti le danger : aussi, sans attendre la guerre, il avait envahi la Livonie; cette province, habitée par les races finnoise et allemande, et située entre la Pologne et la Moskowie, était très-importante pour les deux pays^ à cause des communications qu'elle ouvre avec le Nord et avec l'Europe par la mer Baltique. L'irruption soudaine des Moskowites surprit les Suédois et les Livonieos. Les chefs russes, en quelques semaines, conquirent tout le pays; les garnisons polonaises se retiraient, et les Mos- Jiowites mettaient tout à feu et à sang : on envoyait les
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prisonniers de guerre à Moskon, pour y être suppliciés sons les yeux du grand-due.
Le roi Etienne niarcha contre les Moskowites. Un chef polonais, Apdré Sapieha, avec 2,000 cavaliers, auxquels il avait réuni une poignée de fiBmtafisins suédois et livoniens, tomba sur Tannée moskowite, forte de 20,000 hommes, qui assiégeait la ville de Wenden. Il la battit complètement, et le lendemain il attaqua ses retranche-* ments; toot fût pris ou taillé en pièces. Les canonniers moskowites^ ne voulant pas se rendre, se pendirent aul affûts de leurs canons (1578). Cet héroïsme étonna les Polonais; il est retracé en lignes éloquentes par un Russe, historien de cette guerre.
Pendant ce temps, le roi traversa la Lithuanie avec le gros de l'armée. On lui conseillait d'attaquer la Livonie pour en chasser les garnisons moskowites ; mais il répondit qu'il fallait la conquérir en faisant la guerre hors de ses frontières. Il préféra prendre une position centrale entre la Lithuanie, la Finlande et la Russie*Blandie (pays de Polotsk, Witepsk, Smolen^k), pour avoir une base d'opérations et un chemin vers Moskou; car c'était surtout sur la capitale que ses vues étaient dirigées. Dans ce but, il mit le siège devant Polotsk. Après quelques semaines, ïnalgré le mauvais temps et la saison avancée, la ville fut prise d'assaut et le château contraint de capituler (30 août i579). Les chefs mo^^kowites de* mandaient la permission de rentrer dans leur pays, ce que le roi leur accorda, mais à la «condition qu'ils ne* serviraient plus contre la Pologne. Cette condition était inutile, car les chefs s'attendaient ft la mc?t.
Le tzar Iwan ue pardonnait jamais aux chefs ni même aux soldats qui capitulaient. Cependant diefs et soldats, les larmes aux yeux, demandaient au roi' de Pologne la permission de porter leur tête aux pieds de leur tzar; le roiEtienne^ touché de leur fidélité et de leur abnégation, manqua à sa parole et les retint de vive force, comme prisonniers de guerre, pour leur éviter une mort cer* taine,
La conquête de toute la Russie-Blanche et de plusieurs villes de la Livonie termina cette campagne. Le roi retourna à Varsovie pour présider la diète. Une oppositiim formidable s'y était établie^ gi-ftce aux intrigues du grand-duc de Moskowie et aux intérêts qui divisaient la république. Il en triompha et se prépara à une nouvelle expédition.
En attendant, on remuait toute l'Europe; des ambassadeurs mobkowites et polonais cherchaient à intéresser à cette guerre les cabinets de Stockholm, de Copenhague, de Rome, de Vienne et de Londres.
Les Suédois, prévoyant les dangers dont les menai^it eux-mêmes la puissance nouvelle qui grandissait dans le Nord, prirent parti pour la Pologne. Mais le roi de Danemark, qui détestait également les Suédois et les Mosl^owjtes, restait indécis. La reine d'Angleterre envoyait des secours au grand-duc de Moskou, pour avoir le monofole du commerce dans l'empire moskowite, et menacer la Pologne dans le cas où elle entrerait en raiiport avec l'Autriche, qui dirigeait la politique de l'Espngne, puissance ennemie de rAugletcrre. Le grand duc de Moskou désirait s'appuyer sur rAutriche; il craignait la
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France, qui, infloente à Constantinople, pouvait, avec la Pologne et la Turquie, menacer ses Etats. Il cultivait donc l'amitié de TAngleterre, trompait la France et recherchait l'alliance de rAutriche.
Dans la seconde campagne^ Etienne avait pour but de séparer le duché de Moskou de la mer et de couper ainsi ses communications avec l'Europe : il voulait cerner les Moskowites e^les repousser vers l'Asie.
Après avoir pris la ville de Polotsk, le roi Etienne s'engagea,à travers les forêts et les marais, dans un chemin connu en Russie sous le nom de chemin des ducs de Litkuaniey et il mit le siège devant la ville de Wielkie-Luki. Les troupes envoyées par le grand-duc pour contrarier les opérations du siège furent battues et la ville fut prise d'assaut (6 septembre i580). Les généraux du roi de Pologne s'emparèrent ensuite d'un grand nombre de villes de la livonie et poussèrent des reconnaissances en Esthonie. La grande armée parut devant Pskow et q^enoçait la capitale de l'empire moskowite, dont elle n'était éloignée que de cinquante lieues (1581).
Dans cette extrémité, le grand-duc, découragé, quoiqu'il eût encore sous ses drdres une armée de 200,000 hommes, voulait faire la paix. Jusqu'alors il prenait un ton hautain, écrivait des lettres remplies de grossièretés ; maintenant il donnait des instructions plus humbles à ses ambassadeurs. Aussi, comme le roi de Pologne faisait des difficultés pour admettre en sa présence les ambassadeurs moskowites, le grand-duc leur ordonnait « de supporter, par humilité chrétienne, les mauvais trailem^uts et même les coups de la part du prince pobnais. »
Cette guerre était accompagnée d'un colloqae siugtt*lier, d'une trilogie entre le grand-duc de Moskou^ le rôt Etienne et le prince Kourbski^ ce boyard transfuge qui accompagnait le roi de Pologne.
Le prince Kourbfiki était pour le grand-duc une espèce de remords en action» A chaque revers des Moskowites et à chaque série d'atrocités de la part du grandnluc^ le prince Kourbski lui adressait des lettres remplies de re^ proches, et le grand -duc lui répondait. Il finissait chacune de ses lettres par cette phmse : <x Je ne veux plus parler avec un transfuge, » et à chaque nouvelle lettre du prince, il sentait le besoin de lui répondre. Cette correspondance dura pendant toute la guerre.
Après la prise de la ville de Wolmar, dont les habitants se renfermèrent dans un château et se firent sauter en Tair pour ne pas tomber entre les mains du tjran, le grand-duc de Moskou écrivit à Kourbski :
a Que l'humilité soit dans n^on cœur^ ainsi que dans mes paroles! Je connais mes iniquités, mais la miséricorde divine est infinie : c'est elle qui me sauvera. Le Seigneur se réjouit à la vue d'un pécheur repentant plus qu'à celle de dix justes. Vois, prince Kourbski, les effets de la volonté de Dieu. Où es-tu aujourd'hui? Tu os daté ta dernière lettre de Wolmar.' A Wolmar tu écrivais des injures contre ton maître, et voilà que Ion maître se trouve maintenant en cette ville. Rentre enfin en toî-^ même ; réfléchis sur tes actions. Ce n'est pas l'orgueil qui me pousse à t'écrire, c'est la charité chrétienne. Je désire, ô mon pauvre Kourbski, te corriger; je voudrais sauver ton âme malheureuse ! »
Le prince Kourbski attendit la grande victoire des Pc* bnaia à 8okol et la prise de Polotsk. Alors, du milieu des mines qui fumaient encore du saug des Moskowites, il adressa la réponse suivante au grand-duc :
c Eh bien 1 grand tzar de Moskou^ où sont donc tes victoires ? Tu les a enterrées dans la tombe des woïéwodes et des guerriers mis à mort par toi. Avec un petit nombre de ses chevaliers, le roi Etienne est dans tes États, il reprend les provinces que nous avions conquises; et toi, h la tète d'une armée innombrable^ tu te caches et tu fais lorsque personne ne te poursuit, hors ta conscience. Ne voit-on pas le jugement de Dieu s'appesantir sur le tjrrant Quel spectacle! la famine, la peste, les cendres d'une capitale, et, ce qui est plus affreux encore, Top* probre 1 d
Le roi Etienne intervenait aussi dans ce dialogue.
Les communications diplomatiques n'avaient pas en^ core pris cette forme vague qu'elles ont maintenant. Les rois, dans le Nord, s'adressaient, en vrais héros d*Homère, des personnalités. Le tzar Iwan, qui aimait à beaucoup parler et écrire, envoyait au roi de Pologne des lettres prolixes, remplies de défis, de menaces et d'ironies. Le roi Etienne lui répondit sur le même ton.
Ce drame, dont les principaux acteurs s'adressaient la parole par-de«sus les villes enflammées, est sans contredit d'un haut intérêt, et les lettres et les discours de ces princes sont des monuments précieux pour les Slaves.
Ewan^ parlant toujours avec une humilité et une douceur toutes monacales, faisait observer au roi de Pologne qu'il répandait le sang des chrétiens; il se scandalisait
de ce que les soldats polonais se souciaient peu des cadavres nioskowites et ne les ensevelissaient pas; il s'étonnait de ce que le roi Etienne osât lui demander des frais de guerre, parce que, disait-il^ c'était indigne d'un chevalier et d'uu roi chrétien de demander de Targent. « C'est par pitié, ajoutait-il, que je vous laisse faire; je neveux pas détruire des chrétiens; je n'ai qu'à me montrer avec ma bannière, et tous mes ennemis seront broyés, b
Etienne lui répondait :
a Mais où ètes-vous donc, Dieu des Moskowites, ainsi que vous voulez vous faire appeler par V06 vils esclaves? Nous n'avons encore aperçu ni votre personne ni votre bannière, dont vous parlez sans cesse. Votre bannière n'effraie que les Moskowites et non pas vos ennemis. S'il est vrai que vous vouliez épargner le sang des chrétiens^ ô doux prince Iwan ! brave chevalier ! je vous oflFre un combat singulier; fixez vous-même le temps et désignez le Heu; paraissez à cheval et nous combattrons seuls ! »
Etienne, au milieu de ses succès, fut contraint de retourner encore une fois à Varsovie pour présider la diète et combattre l'opposition de ses propres sujets; mal^ il ne tarda pas à rentrer en campagne.
Cette fois, il s'agissait de prendre définitivement la ville de Pskow, la dernière grande ville qui couvrait la capitale du duché de Moskou. Elle fut défendue avec vigueur et persévérance par une armée nombreuse, qui égalait celle des assiégeairts.
Sur ces entrefaites, le grand-duc Iwan i-pçut un message de Rome. C'était le fameux jésuite Possevin qui arrivait pour n^ooncilier la Moskowie avec la Pologne.
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Iwan, effrayé des progrès du roi Etienne, avait offert et promis au pape de réunir l'Eglise orientale à VEglise d'Occident. Il avait même écrit à Rome que le roi de Pologne liri avait déclaré la guerre au moment où il s'occupait de cette grave question; qu'une fois libre de ce côlé^ il convoquerait un synode pour a faciliter la solution des questions religieuses, » et serait prêt aussi à faire la f^ierre aux Turcs, ce qui alors entrait avant tout dans les vues du pape.
Possevin, tout fin qu'il était, fut joué par Iwan : le jésuite mettait de la bonne foi et un véritable zèle religieux dans cette aJDTaire; le grand-duc ne voulait qu'échapper au danger. Voici ce que Possevin disait du grand-duc dans une lettre qu'il écrivait au pape :.
a Au lieu d'un monarque terrible, j'ai vu un hôte affable, entouré de convives qui lui sont <'hers, leur distribuant des mets et des vins avec une attention affectueuse. Un jour le tzar, s'étaut appuyé sur la table, me dit à haute voix : Restaurez vos forces par le vin et la bonne chère; vous venez de faire un long voyage, envoyé vers nous par le Saint-Père, chef de TEglise universelle, pour lequel nous éprouvons un profond respect. »
Enfin on conclut un armistice, puis la paix. Possevin fit accroire au grand-duc que c'était en cédant seulement à ses représentations que le roi Etienne consentait à faire la paix ; ce dernier avait d'autre» raisons trèsimportantes pour suspendre les hostilités.
La Moskowie abandonna à la Pologne toute la Livonie, une centaine de villes, quatre-vingts forteresses. On laissait aux Polonais la ville de Polotsk, qui était la clef de la
Russie-Blanche. Le roi de Pologne disposa encore de quelques autres villes, qu'il voulait rendre aux Suédois. De cette manière, il éloignait pour longtemps la Mosko* wie de la mer, et il avait atteint le but prindpal de sa troisième campagne, qui ne paraissait pas devoir être k dernière (1582).
Durant la guerre contre la Pologne, le grand-duo commit son dernier crime, le plus grand de tous : il tua son fils de sa propre main. Ce jeune homme, corrompu et féroce comme son père^ venait lui demander la permission de servir dans l'armée envoyée contre les Polonais. Le grand-duc, trouvant dans cette demande une espèce d'insubordination ^ le frappa de son bà* ton et lui fendit le crâne. Le jeune homme mourut à ses pieds, protestant de son obéissance en vrai Moskowite^ et disant qu'il mourait en sujet fidèle et en fila soumis.
Quelques jours après ce meurtre, Iwan, qui changeait souvent ses femmes sans faire divorce, en bravant les censures de l'Eglise, et qui entretenait un grand nombre de concubines, conçut l'étrange idée d'épouser la vieille reine d'Angleterre. Elisabeth recevait avec bienveillance ses hommages, assurant qu'elle aimait beaucoup le roi Iwan, qu'elle serait heureuse de pouvoir contempler ses traits, mais qu'elle le connaissait trop difficile sur l'article de la beauté; et elle lui offrit sa parente, la comtesse de Hastings. L'ambassadeur moskowite^ officiellement admis à examiner la fiancée^ après Tavoir fait marcher devant lui, l'avoir observée pendant plusieurs heures.
envoya son rapport au grand-duc. On ne trouva pas à la fiancée assez d'embonpoint!
Cette pauvre comtesse de Hastings, ainsi exposée à un marché humiliant^ effrayée des bruits sinistres et du aeandale que cette négociation excitait aux missions étrangères et à Tambassade de Pologne, obtint de la reine qu'on la rompit. Hais la reine Elisabeth était prête à tout faire pour s'attacher la Moskowie. Elle donnait au grand-duc le titre d'empereur^ tandis que les Polonais lui refusaient jusqu'alors même celui de tzar, c'est-é-dire de rai. L'Angleterre s'obligeait à lui envoyer des subsides, et de cette époque date ce soin constant que l'empire britannique a toujours mis à augmenter la puissance moskowite pour dominer, avec son aide^ les Suédois, le royaume de Danemark et tout le Nord.
Pendant ce temps, le grand-duc, déjà atteint d'une maladie mortelle, continuait à donner des ordres sanguinaires, tout en passant ses journées à contempler ses joyaux et ses bijoux. Quelques heures avant sa mort, sa beDe-fiUe, s'étant approchée de son lit pour lui prodiguer des consolations, s'enfuit épouvantée de ses gestes et de ses discours obscènes. Cet homme, en mourant, ne montra aucun retour à la vertu, pas même uue bonne pensée. L'historien russe fait observer, à ce sujet, qu'Iwan ayant franchi la dernière limite du crime , ne pouvait plus rétrograder, que sa conversion aurait scandalisé le monde, aurait ébranlé la foi dans la providence ; il était trop entré dans l'enfer pour pouvoir en ressortir.
Le même historien remarque que tous ses courtisans, tous ses favoris, tous les instruments de ses cruautés
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avaient péri par ses ordres, excepté Malouta, le plus féroce et le plus vil de tous. « Lui et son royal ami, <3Joute-t il, étaient trop grands criminels pour être jugés sur cette terre; ils étaient réservés à un autre tribunal que celui des hommes. » — C*était le 18 mars 1584.
Qu'on explique maintenant, si Ton peut, la popularité d'Iwan le Terrible ! Le fait est qu'il fut regretté par tout le monde ! Le peuple, ayant appris sa mort, courait par la ville en pleurant et en hurlant de désespoir. Les familles mêmes des hommes suppliciés par Iwan se lamentaient aussi, se vêtaient de deuil et paiaissaient inconsolables. L'historien russe en reste confondu.
On a souvent observé, dans la populace dégradée, cette avidité du sang, cet amour des exécutions, qui la poussent sur les places où l'on fait mouvoir la guillotine: les hommes abrutis ne sont plus capables de reconnaître une autre force que celle de la destniction, et ils vouent même à cette force un culte qui est en proportion de leur bassesse et de leur lâcheté. On a vu de tels exemples chez les nations civilisées comme chez les nations barbares; ce culte de la destruction parait dépendre non pas du manque de culture intellectuelle, mais plutôt de la dégradation morale.
Le grand-duc Iwan le Terrible est, sans contredit, le tyran le plus complet que Ton connaisse dans l'histoire : il réunissait en lui tous les caractères, ou plutôt il avait une facilité singulière à se transformer et à prendre tous les caractères de tyrannie. Tantôt léger et débauché comme Néron; tantôt stupide et féroce comme GaUgula; quelquefois profondément dissimulé comme Tibère ou
Louis XI. 11 y a dans ses letlres des expressions empruntées à Tibère, le bavardage cafard de Cromwell, et quelquefois aussi ce style pédantesque et mielleux de Robespierre, déclamant contre la i>eine de mort et plaidant les droits de l'humanité.
En racontant Thistoire de ce tzar, j'ai suivi les historiens officiels russes. L'historiographe de l'empire, Karamziu» n'a certainement pas exagéré les crimes d'Iwan : il dit même à chaque moment qu'il épargne au lecteur certains détails et à lui-même certaines horreurs. Quant à nous^ nous avons aussi beaucoup épargné de ce qu'il rapporte.
L'esprit mongol, ainsi nourri et développé dans la personne d'Iwan le Cruel, devient, après sa mort, l'héritage de la Moskowie. Elle le lègue à une dynastie nouvelle, qui commencera la dernière époque de l'histoire du Nord, celle de l'empire ruise actuel.
Le successeur immédiat d'Iwan n'appartient plus, po- Utiquement parlant, à sa dynastie. Il étonnait tout le monde par le contraste qu'offraient ses mœurs et ses habitudes avec celles de son père. Ce fut l'âge d'or de la Hofikowle.
Ce monarque singulier s'appelait Fédor. Tout jeune encore^ il hérita de son père, par suite de la iDort de son frère, tué par Iwan. Sa bonté touchait le peuple, alors que les boyards le prétendaient idiot. On disait qu'il avait toujours le sourire sur les lèvres, ce qui scandalisait les seigneurs. Les historiens ont suivi cette opinion aristocratique, et représenté le pauvre Fédor comme une es-
pèce d'imbécile. Le petit peuple Tàdorait comme un saint; on se pressait sur son passage, on demandait sa bénédiction; il sortait presque toujours seul ou accompagné de quelques moine^il passait sa vie à prier, à visiter les couvents, à distribuer des aumônes. Ce que les grands prétendaient être une marque d'imbécillité.
Les historiens loi reprochent aussi sa négligence ; on dit qu'il s'occupait peu des affaires pubUques. Cependant jamais le duché de Moskou n'a été aussi glorieux ni aussi heureux. Le peuple vivait dans l'abondance ; de toutes parts on bâtissait des villes; quelques règlements impoivtants furent publiés sur la police intérieure. Excepté quelques rares exécutions, commandées par son favori, personne d'illustre n'a été puni de mort durant son règne. C'est sous le prince Fédor que la Sibérie, envahie déjà sous Iwan HT, fut réunie à jamais au duché de Moskou. Il était en paix avec la Pologne. Il conclut avec la Suède un traité très-avantageux pour la Moskowle. On est également étonné du bonheur général qui régnait alors dans ce pays et du mépris avec lequel on y parle d'un monarque sous le règne duquel on a joui d'un tel bonheur.
Le peuple était persuadé que ce saint monarque avait l'esprit prophétique. On dit que le jour où les Tartares attaquèrent Moskou, pendant que le combat durait encore, le t2ar regarda avec tranquillité par une fenêtre de son palais, et se retira tout d'un coup pour aller dormir. Voyant tous ceux qui Tenlouraiest dans une grande inquiétude, il leur dit : « Soyez tranquilles, mes amis, les Tartares décamperont bientôt pour ne plus revenir. » En
eflfet^ des éyénements extraordinaires amenèrent la retraite précipitée des Tartares, qui, depuis^ ne repanirent plus sons les murs de Moskou.
Une autre fois, en donnant à son favori Boris Godounoft un riche reliquaire qui faisait partie des joyaux de la oouronne, il lui dit : Godounoff^ n'hésite pas à prendre ce reliquaire; tu auras tout ce que tu désireras, mais tu yerras plus tard que la grandeur n'est que néant et vanité. D Ainsi il prédit la future grandeur et la fin malheureuse de son favori.
Fédor confia tout le gouvernement du pays à Godou« noff, personnage mystérieux et qu'il est difficile de bien caractériser. Les historiens russes qui parlent avec liberté des événements du règne des Yarègues, ont sacrifié aux nouveaux intérêts dynastiques la mémoire de Godounofi*^ de cet homme qui donna tant de preuves de ses grands talents et de ses hautes qualités.
Godounoff administrait la Moskowie avec sagesse, remportait des victoires i certes, le monarque qui sut choisir anflsi bien son favori n'a pu être imbécile. Le roi Fédor fat tendrement attaché à sa femme, que les historiens représentent comme une personne pleine de grâces, d'instruction et de bonté ; cet attaèhement et cet amour parlent encore en faveur de ce prince. On dit aussi qu'au moment de mourir, il conjura sa femme d'abandonner le trône et de se retirer dans un couvent, ce qu'elle fît en eflTet après sa mort . Les événements ont montré que ce conseil était très-sage.
Cependant ce prince Fédor, dont la mémoire devrait ètretbénie) cet homme saint est méprisé par les histo-
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rieuB et complélemeut oublié par le peuple. Le peuple moskowite n'a conservé de cette époque que le souvenir de deux monstres : Cbemiaka et Iwan le Cruel. Gela me rappelle une parole de saint Louis : « Mes courtisans, disait'il, et les gêna du monde sont scandalisés de ce que je reste si longtemps à l'église. Si je passais ce temps à la chasse aux faucons ou à la danse, ou trouverait cela fort simple. Je ne m'explique pas cela. » Je laisse aussi sans explication le fait que Je viens de rapporter.
Durant la vie même de ce bon prince Fédor, son favori Godounoff cbercbait, à ce que disent les historiens russes, à s'emparer du trône. 11 restait encore un prince de la famille de Rurik, le jeune Dimitri, destiné à jouer un rôle mystérieux dans cette histoire. Tout d'un coup ce prince Dimitri est assailli dans sa demeure, à Uglicz, par des brigands qui l'égorgeut entre les mains de sa mère, Marie Nagoî, fceptième femme d'Iwan le Cruel. Les habitants d'Uglicz arrivent en fouie et tuent les brigands. Une enquête est ordonnée par la coiu* de Moskou du vivant du duc Fédor : on envoie le métropolitain, les évèques, les sénateurs pour rechercher les coupables.
Comment maintenant trouver la clef de cette énigme? Les actes de l'enquête existent dans les archives de Moskou, signés par le métropolitain, par tous les évèques et les sénateurs. Ou a interrogé les habitants d'Uglicz, on a appelé la mère et la nourrice de l'enfant, et tout le monde est d'accord pour dire que le jeune prince s'est suicidé, qu'il s'est jeté sur un couteau dans un accès d'épilepsie. On ne connaît pas d* enquête plus régulière, et cependant les historiens étabUsseut qiie cette enquête est fausse,
que les habitaDts, les évèques, le métropolitain et les seigneurs agissaient pour dénaturer la vérité^ pour obéir à Godounoff. Ou voit, dans Thistoire, de grands crimes dont les auteurs restèrent im:onnus: on en a même excusé d'énormes, sous le prétexte de la nécessité politique : mais pervertir ainsi la vérité, en niant un fait public, en le présentant d'une manière contraire à toute vraisemblance! prouver juridiquement qu'un enfant tué par des brigands s'est suicidé! ceci passe toute imagination.
Le fait de cette enquête prouve bien qu'il n'y a que peu à tirer, pour la vérité bistorique, des actes du gouvernement russe ; car si le conseil d'Etat et l'Eglise ont pu mentir si impudemment, que peut-on conclure des actes de quelque administrateur, de quelque gouverneur de province?
Le prince Dimitri étant mort, Godounoff, qui déjà gouvernait la Moskowie sous le duc Fédor, lui succéda parce qu'il avait épousé sa sœur. L'élection de Godounoff est remarquable en cela qu'elle fait ressortir le caractère du peuple de Moskou, qui, à l'extinction de la famille de Rurik, exerça de nouveau son droit primitif de se choisir un souverain.
On appelle les magistrats, les prêtres et le peuple, en leur demandant leur vote. Les boyards commencent par exiger du peuple qu'il fasse serment d'obéir au conseil des boyards. Le peuple, d'une voix commune, s'écrie : « Qu'il ne connaît pas de conseil, qu'il lui faut un souverain.» — «Mais le souverain est mort! — a Alors prenez
sa femme !» — a Mais sa femaje ne veut pas gouverner,
io
elle se retire dans un couvent. » — a Eh bien^ prenez sou firère, Boris Godoimoff. »
Les historiens prétendent que le peuple ne faisait qu'exécuter les ordres de Boris Godounoff ; il est bien probable que le peuple exprimait là ses vrais sentiments.
Je rappellerai, à cette occasion, ce trait caractéristique des Mongols, qui, lorsqu'ils se trouvent deux ou trois, se choisissent de suite un chef à qui ils confèrent xm pouvoir despotique. Cet esprit a passé dans le peuple mo»kowite, et ce peuple logiquement demande un souverain despotique.
Ainsi Godounoff, un simple boyard, est élevé au trône ; il sépare la dynastie de Rurik de celle de Romanoff. Son règne marque le passage d'une é|K)que à l'autre, le moment où le grand-duché de Moskou devient Tempire russe.
Le tzar Godounoff introduisait un élément nouveau dans le gouvernement moskowite, il appelait à son se^ cours la civilisation européenne. Déjà ses prédécesseurs Iwan m et Iwan le Cruel s'entouraient d'étrangers; ils avaient à leur cour des Allemands, des Anglais et des français ; mais le tzar Godounoff fut le premier qui commença à fonder sa puissance sur l'élément étranger. Ce qu'il demandait à Tétranger, c'était la science, ce qu'il y a de plus positif dans la science, le pouvoir de domitter, les moyens de conquérir.
Un historien russe caractérise ainsi ce grand change* ment : a La Moskowie cesse d'être sanguinaire ; elle ne dévore plus suivant son instixïct mongol. Jusqu'alors elle a été envahissante» maintmant elle devient conquérante;
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jusqu'alors elle s'est servie de la force brutale, maintenant elle fonde son pouvoir principalement sur la ruse. x> Un autre historien, un historien officiel, dit que la politique intérieure subit un changement immense, mais que la politique extérieure continua les errements du passé ; a Rien ne changea, dit-il, dans les vues et la di* rection d*; notre politique extérieure. Nous cherchions à avoir partout la paix et à faire des acquisitions sans guerre. (C'est la politique moderne, celle de Tempire actuel de Russie). Nous nous tenions toujours sur la défensive; nous n'ajoutions pas foi à l'amitié de nos alliés; et nous ne perdions aucune occasion de leur nuire, sans manquer ostensiblement aux traités. » L'honnête Karamzin admire cet art de nuire à ses alliés sans manquer aux traités.
MosxoD CAPITALE. — MoskoQ fat fondée sur ime tête d'homme libre et sur une propriété confisquée. On lit dans Karamzin : € Noos «avons que Moskou existait au 2S mars il 47, et nous pouvons ajouter foi aux chroniques modernes qui disent qu'elle fut fondée par Georges. Elles racontent que ce prince, arrivé sur las bords de la Afoâkowa, dans les villages d'Etienue Koutcbko, riche seigneur, le fit punir de mort pour un manque de respect; que, charmé de la beauté du site, il y avait fondé une ville. » (Histoire âe Hu9sie, I(, p. 273.) Les chroniqueurs russes rappellent que « le Capitole fut bftti à l'endroit où Ton avait trouvé une tête d'homme ensanglantée, » et ijoutent que Moskou est une troisième Rome. D'abord la citation est inexacte; Tite-Live écrit : Capui humanum iniegrd facie aperientibu^ fundamenta temfli dicitur apparuisie
((, 5b); c'est-à-dire : qu'en creusant les fondations du temple on trouva une télé d*homme parfaitement conservée; d'où l'augure que là serait la tète de Tempire. 11 n'est question ni de crime, ni de décapitation. D'ailleurs, Thiatoire montre que 06 n'est point aux Romains qu'on peut comparer les Moskowites, mais aux barbares de Tamerlan et d'Attila.
LivoNiB ET Goublandk. — c Après une guerre heureuse, la Li- ▼onie avait fait avec la Russie une trêve pour cinquante ans; cette trêve expirait en 1353. C'est précisément à ce moment que les royaumes de Kazan et d'Astrakhan furent définitivement soumis au tzar. Iwan IV assembla une armée dont il donna le commandement à un seigneur tartare nommé Tchyg-Aley. Le 15 mai 1558, Narva fut investie et se rendit aux Russes, ce qui répandit l'effroi dans tout le pays. Le 18 juin suivant, Ips Russes s'emparèrent presque sans coup férir du cercle de Wesenberg et d'une partie de celui de Fellin. Alors les Livoniens offrirent au tzar 60,000 écus, mais il les refusa. Weseuberg fut rasé et Weisaenstein aussi. Dorpat, assiégé par Chouy^ky, capitula. Les Russes y trouvèrent d immenses trésors. Une longue paix avait amolli les caractères et tellement engourdi tous» les chefs du gouvernement, qu'on n'avait pas seulement songé à réparer les murs ni à élever de nouveaux ouvrages pour y placer la nombreuse artillerie qtie les Russes prirent dans les arsenaux. Herrman, évéque de Ddrpat, quoique libre aux termes de la capitulation, fut arrêté et mourut captif à Moskoii (1559); avec lui finit le gouvernement épiscopal de^Dorpai. Lu guerre continua sans que les chevaliers livoniens et les évéqncsen pussent arrêter les progrès et les ravages. Fellin eut, en 1560, le sort de Wesenberg. La bataille d'Ermès (2 août 1560) porta le dernier coup aux forces de TOrdre. Le grand-maître Gothard Kettler chercha des secours de tous côtés, en Allemagne, en Suède, en Danemark, en Pologne. Uu traité fut conclu avec le roi Sigismond- Auguste, le 28 novembre 1561, à Vilna. Les pleins pouvoirs donnés aux députés de l'Ordre et des États pour traiter de la soumission à la Pologne commençaient ainsi : c Notre généreux prince et sci- « gneur (Gothard Kettler) et nous, nobles infortunés, ayant été, « malgré toutes nos plaintes, supplications, réclamations et prières, « délaissés, avec tous les autres habitants de ce pays, par Sa Ma- « jeslé Impériale et toutes les cours et Etats du Saint-Empire, et c abandonnés aux Russes qui massacrent, saccagent, pillent, déc soient, anéantissent, exterminent depuis quatre ans. » etc. (Essai
DE Pt^LOGNE. 173
critiqm sur V histoire de la Livonie, par le comto de Bray, I^ 56^ et 148.)
Le traité de VilDa portait, dans son préambole, qae c puisque H terre de Livouie, limitrophe du grand-duché Ae Lith'uanie, rayagée depuis nombre d'années par les Moskowites, ses plus cruels ennemis, touchait aux dangers extrêmes, et que les Etala de* ce pays ni ne pouvaient plus» par leurs propres forces et reasonrces, échapper à Tesclavage, ni n'étaient secouros par personne, le ro^ touché de commisération pour cette province désolée, avait donné Tordre an prince Nicolas Radzlwil de prendre las mesures Décefsaîres à la fléfense de la Livonie. » — Et il était stipulé ; Le grandmaître Keltler sera duc de Courlande et Sémjgalle, Les limites de son duché seront tracées de manière que toul ce qui, sur la rive gauche de la Dzwina et entre la Samogitie et la Lithuanie appar^ tient à l'Ordre, doit faire partie du nouveau duché. Le pays au-delà de la Dzwina et spécialement la ville de Biga seront directement soumis à la Pologne. (Dogel, Codex diplomnticus regni Poionice, t. V.)
Le 5 mars 1362, à Riga» Keitler déposa la croix magistrale et le sceau de l'Ordre entre lea mains de Radziwilj et celui-ci lut le diplôme qui conférait à l'ex-grand-maltre, & titre de fief, la dignité de duc de Courlande. Les Livoniens prêtèrent serment à la république de Pologne et la noblesse de Courlande & son nouveau duc.
De la cruautk o'Iwan. — Salomon Henniug, qui vivait dans ce temps-là et qui a écrit l'histoire de ce tyran (Iwan tV), rapporte . un exemple tragique de son extrême cruauté. Deux frères, que le tzar avait employés entre autres dans l'exécution de cette cruelle boucherie (massacre de 1568), ayant trouvé un bel enfant dans le berceau, et étant touchés de compassion à la vue de ses sourires innocents, ne purent se résoudre à le tuer. Ils portèrent le petit enfant an tzar, croyant l'éniouvoir. Mais après l'avoir pris entre ses bras, et l'avoii baii>ë et caressé, il eut la cruauté d'^fonoer trois coups de couteau dans le corps de ce pauvre innocent et de le jeter aux ours par la fenêtre. Il fit aussi sur-le-champ massacrer les deux frères devant lui.
L'auteur, qui relate ce récit dans ses Lettres sw la Uw^ nie (1705), ajoute à la page 196 : « L'an 1573, Magnus, duc de IloUtein, qui avait pris le titre do roi de Livonie, épousa à NÔvogorod une princesse de Mo^kowle, parente du tzar (Iwon IV), qui
«68i8ta avec sea»deux fils à la ftolennité du tnartage, où U fli paraître beaucoup de joie^ quoique d'une manière un peu barbare, 8^ .Ioa0a oontume; car ilroalut chanter le aynobole d'Athanaae avec qu«H|ue8 Jeânea moines greca^ en tenant un gros bAlon à la maîn, arec lequel il battait la mesure sur leurs tètes jusqu'au sang, lora» qu^il otfi»yait qu'ils ne chantaient pas aussi exactement qve lui...*. Je Tdudrais pouvoir tous entretenir ici de quelque chose de plus ^kgréable que le récit des autres cruautés du tsar; tout ce que je pui» faire, ou {k>ur ne pas vous causer de la tristesse, ou pour ne pas rendre la relation incroyabl6| c^esi d'en passer la plus grande partie sow silence, car les plus grands tyrans que j'aie jamais ren* «outrés dans l'histoire étalent bénins au prix de celui-ci. »
Avis de SteisHOND-AUGUSTE aux cabinets. — On trouve dans les M Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris, » publiés par l'Institut (tome V; Paris, an vu, in-i^, p. 86 et suiv.}, des détails curieux sur les craintes que devait inspirer le développement du tzarat de Moskou. Sigismond-Auguste prévenait (sept. 1568) Frédéric II, roi de Danemark, qu'il se proposait d'envoyer des ambassadeurs à tous les fois et princes
• voisins de la mer Germanique, pour les engager à rompre d'un commun consentement tout commeree maritime avec les Mosko-
'vrites, Sigismond fit faire au sénat de Lubecl^ des représentations
^ pareilles. Or, la ville de Lubeck, dans la première année du
XVII* siècle, envoya une ambassade solennelle à Mo&kou, au tsar
, Boris GodoïKiofFy pour renouveler, tant pour elle que pour d'autrea villes, des ralliions 4e commerce auxquelles cta villes ^ttadiaieiit un très-grand prix.
"Manifeste de Batory contre Iwan. — Le roi Etienne Batory publia au camp de Swir, en Lithuanie, le 12 juillet 1579, la proclamation dentiroiclun extrait:
t Aussitôt que nous fûmes monté sur ce trône, nons en in*-
formàmes ler autres princes chrétiens au nom des Ordres de l'Etat.. Le duc de Moskowie nous informa, par une lettre particulière, qu'il avait donné ordre à ses sujets de s'abstenir de toute injure à notre égard tant que durerarmt les négociations, en noua priant d'en agir de même dans nos Etats... En coniéquence, nous , recommandâmes de suspendre toute hostilité avec les Moskowites..* Tant à cotip, sans déclarer ni la trêve rompue, ni la guerre commeneée, hii-même, accompagné de son ttls atoé, il envahit la U«*
Tooie à la tête de ses troapes... Dirai-je leg «niaulés qui jnarqoeiit ]e paflMgê de sen loldAUî Raconterai-je eommeol iU faisaieMt miom lears priioDiiien au niilien des plus affreux mpplieasT Le temps De me le permet pas...
■ Nos Ambassadears étaient en sa présence, lorsque le Moskowlte s'alModonna à rorgneil et à la ^lence de son caractère... Il fit valoir ses droits sur notre royaume de Pologne et sur le grand-duché de Lithuanie^ par je ne sais quels titres sans valenr. Ces droits, il les réclamait comme le quatorzième descendant d'un Prussus, dont personne n*a jamais entendu parler et qui n'a même pas existé, qui était, disait-il, le frère d'Octave César et le fondateur de sa famille. Il fit cette revendication de notre couronne, lorsque déjà DOS ambassadeurs^ après de longues et nombreuses conférences avec les conseillers moskowites, qu'il avait désignés pour cet objel, avaient réglé les conditions d*une nouvelle trêve...
< A ces ruses et à ces artifices se joignirent des insultes publiques et des hostilités ouvertes. Non seulement il ravageait la Livonie par de continuelles incursions, mais il élevait sur les frontières de Witepsk, c'est-ànlire dans une province dépendante de notre grand-duché de Lilhuanle, une forteresse, d'où ses officiers se répandaient dans les campagnes^ pillant et massacrant nos malheureux sujets... Notre intemonce retouraa auprès du grand-duc en Moskowie, et, après lui avoir exposé nos raisons, lai déclara la guerre : guerre juste et légitime, puisque déjà il avait rassemblé contre nous une armée considérable sous Plescow... Cet Iwan, fils de Wasilî, notre ennemi, imite dans ses écrits et dans ses paroles, il surpasse méma l'inconstance, la ruse et la perfidie de ses ancêtres. C'est ainsi que, tandis qu'il envoyait à Sigismond- Auguste, notre prédécesseur de glorieuse mémoire, des lettres de sauvegardé pour les envoyés qui devaient régler les conditions de la paix, il envahissait tout à coup et occupait Pololsk. Il se servit du même stratagème contre nous...
« Que nos sujets se préparent à combattre avec le courage habituel à notre nation, avec Tmlrépidité de nos ancêtres pour se venger et se garantir à jamais des iajurcs continuelles que leurs concitoyens ou eux-mêmes ont eues à souffrir. — Que les étrangers qui servent sous nos drapeaux songent que, s^il est beau de combattre avec vaillance pour le salut de ses voisins, de se mettre en danger pour eux, il n'est pus moins important à leur sûreté particulière qo^k celle de leurs eoncitoyene d'éteindre l'incendie qui dévore la
demeure da voisin. <— Que tous en général apportent dans um» guerre si juste le plus vif désir de sMllustrer par de hauls faits. Chacun y acquerra une gloire et un mérite d'autant plus grands qu'il aura à faire une guerre plus scriaose et plus difficile contre l'ennemi cruel de presque tout \è genre humain, b (Publié par Charles Sienkiewicz dans son Bmtml de Documents, sept. 1853.)
GÉNÉROSITÉ POLOiTAisE. — « Etienne Balory, roi de Pologne^ alla assiéger la yille de Polotsk^ l'an 1579. Après une résistance trèsvigoureuse, les assiégés, ne pouvant plus tenir, parlèrent de se rendre ; et la capitulation en fut faite du consentement de la garnison et de tous ceux do la ville, excepté de Tévèque et du gouverneur qui animaient continuellement les soldats et les bourgeois & se défeudre, leur représentant qu'il était plus honorable de souffrir la mort pour la défeose de leur prince, que de se rendre pour conserver leur vie. En effet, l'évèque ni le gouverneur ne voulurent point signer la capitulation, et se retirèrent dans TègUse de Sainte-Sophie, d'où Etienne Balory les fit tirer, et les donna en garde au trésorier de Litbuanie. La garnison polonaise étant entrée dans la ville pour en prendre possession, et recevoir des Moskowites les munitions de guerre, on y trouva les marques d'une cruauté horrible qu'ils avaient exercée sur des Polonais prisonniers. Car on en vit de déchirés cruellement; d'autres qui n'étaient qu'à moitié bouillis dans de grandes chaudières, avec les mains liées derrière le dos; et d'autres fendus et éventrés. Ce que les Polonais ayaut vu avec indignation, furent sur le point de se jeter sur toute la garnison moskowite. Mais le roi Etienne les en empêcha, ne croyant pas qu'aucune raison pût permettre de violer la foi donnée. Ainsi [il renvoya les Moskowites en leur pays, et leur fit donner deux compagnies de cavalerie pour les escorter, et empêcher que personne ne leur fît aucun tort. Je pourrais rapporter quantité d'exemples semblables; mais il suffit de ce que je viens de dire pour prouver que les .Moskowites sont naturellement cruels. » [Relation historique de la Pologne, par le sieur de Hauteville. 1697. P. 29)
Organisation des Kozaks. — « Etienne Batory, politique sage et clairvoyant, esprit éclairé, guerrier et législateur, vit le parti qu'il pouvait tirer d'une association qu'on avait ménagée à raison de SOS services, niaitt qui it'î'iait encore regardée que comme un ramas J'uveuturicrs. Il se flutta de les attacher & la Pologne et de ré-
DE POLOGNE. m
grittriser lenn intititutioDâ, de diriger leur fougue impétueuse^ de dominer leur Immenr farouche par des bienfaits) et d'user de leur courage sans avoir à craindre leur licence indomptable. C'est lui qu'il faut regarder comme la fondateur de leur puiasanca.
c Etienne assigna à leur betman des marques distinctives,
telles que la bouiava, ou bâton de commandement; le bounischuk, ou queue de cheval pour étendard; un sceau représentant un Koakarmé, portant un sabre nu au-dessus de sa tête, couverte d'un bonnet surmonté d'une corne en guise d'aigrette... Pour assujettir les Kozaks à une discipline plus sévère, Etienne Batorjr descendit jusque dans les détails de leur organisation militaire et politique ; il les distribua en six régiments de milia hommes, divisés par compagnies ou soinin, dans lesquelles tout Kosak militaire devait être inscrit... Il ajouta au territoire que Sigismond leur avait donné la ville de Trechtimirow, avec son château, son couvent et toute la partie du diocèse sur la rive droite du Borysthène, pays d'une étendue de vingt milles d'Allemagne... Outre ces concessions, tout Kozak devait recevoir par an, de la générosité du roi de Pologne et comme solde, un ducat d'or et une pelisse... Etienne fit plus ; il établit ou reconnut l'établissement d'un corps de quarante mille Kozaks dans la basse Wolhynie et dans la basse PodoUe. Il lui donna ou lui permit d^attircr des paysans étrangers ou libres pour les aider à défricher l'Ukraine.
c C'étaitfinstitution la plus favorable à ses projets : parce moyen, il s'assurait la défense des frontières de la Pologne; il doublait ses forces militaires; il fertilisait une contrée inculte depuis quinze siècles; il se créait en quelque sorte un nouveau royaume, et prépa* rait la civilisation d'un peuple aussi redoulé de ceux qn*il devait défendra que des ennemis qu'il était chargé de combattre. Le génie des Kozaks trompa la sagesse de ces vues politiques.
« D'abord satisfaits des dons de ce prince, ils se signalèrent par des incarsions fréquentes sur les terres des Tartares et des Turcs. Ils conquirent sur eux plus de six cents lieues de territoire, prirent Trébizonde, Sinope, et parurent en vainqueurs sous les murs de Constantinople. Fiers de ces succès, ils se crurent invincibles. Leurs exploits, fruits de la discipline qu'Etienne Batory leur avait donnée, furent utiles à la Pologne, tant qu'ils furent dirigés par l'esprit êe son cabinet» tant qu'ils se bornèrent à faire respecter le territoire de la république, et dans un temps où la puissance ottomane neoaçait sérieusement l'indépendance de l'Europe; mais
leurs incarsiofls devinrent t)ientâl des Cuites politiques graves, 4es Tiolences inexevsables, une source de guerres continueUes. Il fal- Iftit qu'ils fussent èerasés^ et alors la Pologne eût été à découvert; ou quMls trioBiphassent eomplétement^ et vainqueurs, ils devenaient axwk' aaogerenz que les Turcs. » ( Hùtoire det Koaaques, par Lesur; 1813^ p. 185-189.)
Les Kosaks étaient une milice organisée pour défendre la Pologne contre la bailMrie, contre les Tsrtares, les Turcs et les IfodLOwttes, comme l'Ordre Teuton ique pour lutter contre Te paganisme. Les Chevaliers Porte-glaives et les Kojsaks Zaporogaas (c'est-à-dire d'au-delà des cataractes] étaient, les uns au nord, à cheval sur la Dzwina, les antres au midi, à cheval sur le Dnieper ,' présentant deux têtes de pont contie les Moskowites : la Pologne perdit saoce^sivément l'une et l'autre. Adam Mickiewics a dit de l'Ordre Tentonique que t rinstitntion finit par ressembler un peu à celle des MameUiks d'Egypte. > {Slaves, 11, p. M.) Nous ajouterons que les Kozsks formèrent une sorte de janissariat : la Pologne n'eut pas la force morale de les maintenir dans le giron de Iti patrie, et fi n'était pa^t dans sa nature de les détruire. Froissés, révoltés, oombattas, mais non soumis, ils passèrent à l'ennemi.
Batost et la liberté de conscience. — Ce qui facilita l'acUon d'Etienne Batory sur les Kozaks ce fut le respect, si rare alors en Europe, qu'il professait pour la liberté de conseienca» « Le roi Etienne répondit un jour à ceux qui l'exhortaient à la violence en matière religieuse : c Je règne sur les peuples et c*e8t Dieu qui règne aor les consciences. Sachez qu'il est trois choses que Dieu réserva pgur loi, savoir : de créer quelque chose de rien ; de lire dans l'avenir; de gouverner les consciences. » (Histoire de PolO" pne, par Ziclinf^ki, t. Il, p. lOn; Paris, 1830.)