CHAPITRE V
LKS WASAS
Et la décadence de la Pologne.
Jean Zamoyaki et le pouvoir de la petite noblesse. Éleclioii de Sigiamond 111 Wsm, ei aa politique. — Skarga, sea seMnoos pairioliqnaa et aea prôdxcUona. — Puissance dea seigneurs polonais. — Ladislas lY et Jean II Casimir. Guerre des Kozaks. InvasioB des Suédois. Le prieur Kordecki et la défense de Gzenstochowa. Du Mtfè polonais. — Une diète d'élection. Comonot fut élu Michel WisuioWiecki. — Les victoires d« Jean \\\ So^ bieski. En quoi la Pologne a souffert du traité de Weslphalie.
A la mort d'Etienne Batory (1586)^ la Pologne avait à se choisir un roi.
Nous rappellerons que le droit de choisir le sduiwi^in était reconnaît accepté par tous les Etats de la dirétitaté ; que la religion empruntait aux traditions de l'Ancien Testament certaine8 forme» consécraiives de ce dnoit. La législation germanique^ ba^ée sur Thérédité, apporta cke2 le^peuples de TOecident certaines modifications à ce-droit primitif.
La Pologae et tous les pays slaves suivaient leurs antiques traditions ; on savait, d'après les mythes sur les Piastes, qu'anciennement le peuple se donnait un souverain pris dans son sein. On devait sans doute suivre la tradition nationale, mais en même temps consulter les leçons de l'expérience.
Le roi Sigismond-Auguste, désintéressé dans la question, fit faire des études sur le mode d'élecUoi suivi par les peuples étrangers, les Génois, les Vénitiens, et surtout par la cour de Rome. Un écrivain distingué composa un ouvrage pour éclairer la nation sur ce grave sujet ; mais le mouvement qui concentrait dans la noblesse tout le pouvoir emporta la masse de la nation.
Des hommes ambitieux, qui surent apprécier déjà le rôle que jouait la petite noblesse, piîrent cette noblesse pour point d'appui de leur levier politique, et ils livrèrent le pouvoir à la démocratie nobiliaire. Un liomme sorti du sein de cette classe de citoyens servit surtout cet intérêt : ce fut Jean Zamoyaki, surnommé le Grand.
Cet homme, courageux et savant, grand capitaine, grand orateur, riche, mais appartenant à la petite noblesse, nourrissait une haine profonde contre les ancieunés et grandes familles de la Pologne et de la Lithuanie. 11 était d'ailleurs imbu des idées des Homakis.
Samoyski lâcha, pendant l'interrègne, une parole fatale qui décida de l'avenir de la constitution polonaise. On étaii accoutumé jusqu'alors à regarder la diète comme souveraine et dépositaire de tpu^^es pouvoirs ; l'opinion publique même lui acpordait le droit da^choisir le souverain; mais 2amoyski, nonce de Bclz, pour se rendre
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populaire, s'écria que tous les hommes libres^ c'est-àdire tous ]es nobles^ avaient le même droit que les députés et les sénateurs. Il flattait ainsi l'orgueil de la petite noblesse et accélérait le mouvement qui poussait la Pologne vers le pouvoir de la petite noblesse, vers la démocratie nobiliaire.
Si la marche politique de la Pologne devait amener cette nation vers une république démocratique, gouvernée par des chefs viagers^ ce qui parait d'ailleurs assez probable, l'établissement d'un tel pouvoir demandait encore un travail de plusieurs siècles : il fallait harmoniser des institutions nées sous des régimes différents ; il fallait inspirer une même idée nationale à des populations fort diverses, qui étaient liées à la Pologne, ou plutôt à l'idée delà patrie. Or, Zamoyski, en précipitant ainsi d'une manière révolutionnaire et violontc ce progrès régulier, troubla les idées morales de la république.
Désormais toute la noblesse allait prendre part à l'élection. Que pouvait-on espérer de cette immense cohue? Un Livonien, un Allemand , qui venait en carrosse, accompagné de fantassins allemands portant leur carabine à mèche ; un Kozak noble qui accourait à cheval des bords du Dnieper; *un bourgeois laborieux de Dantzick; qui s'embarquait sans suite, avec son modeste bagage, dans un petit bateau pour remonter la Yistule; un seigneur polonais, qui arrivait escorté de 10,000 gens d'armes; tous parlant des langues différentes : que pouvaient-ils fonder? La diète du moins était un corps constitué; elle se composait de personnes investies de la
confiance de leurs compatriotes, comprenant les lois de
leurs proyiDces. L'immense assemblée de la noblesse de- Tait nécessairement tomber sous l'influence de quelques individus.
Ainsi; loîn de briser le pouvoir de raristocraiie, Zamoyski donnait au contraire tous les pouvoirs aux aristocrates.
L'aristocratie, comme corporation, comme membre de l'Etat, ainsi qu'elle existait du temps des lagellous, sous forme de sénat, n'existait plus ; mais les aristocrates; c'està-dire tous les bommes supérieurs par la ricbesse ou le talent, entourés d'une clientèle nombreuse, pouvaient maintenant dicter des lois à la république. La marche historique de la nation, dirigée d'abord sous les premiers rois par les seigneurs les plus anciens, puis par les nobles sous la branche cadette des Piastes et sous les Jagellons, disputée ensuite entre les partis politiques, allait dépendre exclusivement de quelques individualités.
Zamoyski, qui s'était mis à la tète du mouvement, repoussait l'Autrichien et le Moskowite, et ne voulait pas de prince français. Il prit pour candidat un prince de la famille Wasa, en Suède.
Le prince royal était, par sa mère, allié des Jagellons; mais il appartenait à une famille dévouée aux intérêts du protestantisme, et qui fondait sur cette religion tout son pouvoir. Les protestants espéraient trouver en lui un appui ; Zamoyski se flattait de gouverner ce prince jeune et sans expérience ; les catholiques se disaient à l'oreille qu'il penchait vers le catholicisme. Or, la Providence ménageait une surprise aux partis, car ce prince de Suède devait être l'ennemi le plus redoutable du protestantisme
dans le Nord, renverser la politique de Zamoyski et employer toute sa vie à arrêter le mouvement démocratique.
Le prince de Suède ^ Sigismond, nommé ainsi à cause dô son oncle Sigîsmond-Augusie , était fils de Jean, duc de Finlande, et de Catherine Jagellon. Il passa sa jeunesse en prison : le cruel Eric, qui gouvernait alors la Suède, avait le projet de se défaire du dac Jean et de son fils et de renvoyer la reine Catherine en Pologne. Cette femme courageuse préféra rester en prison avec son mari : durant sa longue captivité, elle soutint son courage et die éleva secrètement son fils dans la religion catholique. Le jeune prince, qui devait une seconde fois la vie au dévouement de sa mère, embrassa naturellement les principes religieux qu'elle lui enseignait. Bientôt une révolution renversa le tyran Eric. Le duc de Finlande, Jean, fut élevé au trône de Suède, et son fils Sigismond fut appelé à celui de Pologne (1587).
A cette époque 9 la politique devenait une science dif* ficile. Nous avons vu que, lors de la lutte entre le roi de Pologne et le duc de Moskou, tous les cabinets de l'Europe étaient mis en mouvement par Thabile politique du roi Etienne : le pape , l'empereur, le Tuh; , les rois d'Aiigletel'î'e, de Suède^ de Danemark, tous envoyaient leurs ambassadeurs ou leurs émissaires pour observer les événements. A l'un on promettait des secours, avec Tautre on stipulait les clauseâ de traités futurs. Dans cet état de choses, un homme ne dans une condition privée ne pouvait pas deviner les secrets d'unô science aussi corn»* pliquée, qui se fondait stur une longue tradition de cabi«
net. il n'y avait plus de cabiuct eu Pologuc. Le séuat, dépositaire de la tradition politique, était déjà renversé. Le roi Etienue était arrivé avec une politique toute faite ; après sa mort^ quelques amis répétaient ses paroles, mais ne pouvaient plus rattacher ses idées à celles qui guidaient les cabinets de l'Europe.
Or, le prince de Suède, né dans une maison souveraine , connaissait d'instinct les diverses tendances des cabinets et des peuples. Zamoyski et quelques hommes distingués jugeaient d'un point de vue exclusif la politique de leur pays : Sigismond, au contraire, la jugea de sa haute position royale.
Le roi Sigismoud lil, en dépit de ses conseillers, embrassa donc aussitôt la politique catholique, et sa politique eut ainsi uue base nationale, puisque l'immense majorité du pays était catholique. Il voulait d'abord assurer sa domination en Suède en renversant le parti protestant, représenté par les princes ennemis de sa maison, et détruire la puissance du margrave de Brandebourg ; puis à l'aide de l'Espagne former une flotte malgré l'Angleterre et la Suède, et, d'accord avec rAutriche, combattre les Turcs et se défendre contre la Moskowie.
Avec le temps, on reconnut la sagesse de cette politique. Le roi Henri IV, devenu catholique, entra en rapports avec le pape et le roi de Pologne. C'est alors que naquit le vaste projet, le dernier projet réellement chrétien, d'assurer à l'Europe une paix universelle, fondée sur la justice et le droit. Un des articles fondamentaux de ce projet était de chasser les Turcs de l'Europe, de repousser le duché de Moskou et de l'obliger à exercer son in-
flnence en Asie. Cet article, stipulé entre le pape, le roi de France, l'empereur, la reine d'Angleterre et le roi de Pologne y on le devait à la politique sage et profonde de Sigismond ; mais l'assassinat du roi de France vint renverser cette belle combinaison.
Sigismondy après la mort de son père, alla à Stockholm se faire couronner roi de Suède; mais à peine était-il reparti que los protestants se soulevèrent; le prince Charles de Sudermanie, son oncle, chassa les partisans du roi et se fit proclamer à sa place. La Pologne, séparant les intérêts de la couronne des intérêts de la république, refusa an roi Sigismond des secours 'pour reconquérir le trône paternel. On voulait conserver la paix avec la Saède , et pourtant cette nation , où le protestantisme était désormais dominant, ne devait point laisser à la Pologne la possession de la Livonie. Bientôt, en effet, les Suédois débarquèrent eu Allemagne et commencèrent la terrible guerre de Trente-Ans.
Sigismond trouva dans Pierre Skarga le plus fort appui de sa politique : les ennemis religieux que le roi combattit par les lois et par les armes, Skarga les combattit par la parole.
Et, certes, il lui fallait un grand courage pour attaquer tant de sectes qui divisaient la Pologne. Les docteurs de l'Eglise, les saint Augustin, les saint Clément d'Alexandrie, tous ces anciens philosophes qui expliquaient les dogmes catholiques et luttaient contre l'incrédulité, étaient entourés d'uu bercail peu nombreux, mais compacte. Skarga, au contraire^ se trouvait comme au milieu
d^une armée réyoltée contre ses chefs. Plus d'une fois même, il fut publiquement insulté. On dit qu'un jour il reçut un soufflet en sortant de Téglise ; une autre fois, il échappa par miracle à la mort. Le sicaired'un seigneur Tattendait en embuscade pour le noyer. Skarga, passant auprès du château de ce seigneur, eut l'idée d'aller le voir, et il évita ainsi les embûches qu'on lui dressait. Ce ' seigneur, frappé de l'apparition subite de Skarga^ lui donna lliospitalité, et ils se séparèrent amis.
C'est à travers tant de dangers que cet homme pénétrait dans l'église et montait en chaire. Alors il s'oublie complètement ; il s'adresse toujours à la patrie idéale qu'il a devant les yeux ; il est pour son public, comme il le dit lui-même, une colonne de bronze, une muraille de fer à répreuve des attaques de ses ennemis. Enfin, il est supérieur à tous les orateurs ecclésiastiques par ce don particulier du ciel, par l'esprit prophétique.
Skarga a réalisé l'idéal d'un orateur sacré et d'un prêtre patriote.. Ce qui domine en lui, c'est l'amour de la patrie, et il y puise une grande force.
Cette idée, nous la voyons déjà poindre dans les temps mythiques de la Pologne, chez les plus anciens annalistes, dans les ouvrages de Vincent Kadlubek, disant : a L'amour de la patrie est fort comme la mort » ; nous la voyons dans les récits fabuleux de l'auteur de la vie de saint Stanislas, quand il y parle de cette couronne ôtée mystérieusement à la Pologne, et qui doit lui être rendue un jour. Chez un vieux chroniqueur du xi* siècle, connu sous le nom de Gallus, nous retrouvons souvent aussi le mot de vatrte; et par là il n'entend pas uniquement la
terre polonaise, mais les tendances de la nation, toutes ses libertés et toute sa gloire. Dlugosz poursuivit la même pensée : Skarga l'explique et la développe.
Il aime sa patrie, non parce qu'il y est né, mais parce que la patrie est une institution divine : c'est Dieu qui crée les nations, qui leur assigne une mission et leur impose certains devoirs. Or, les nations apparaissent à Skarga conmie des êtres organiques. Il dit que les nations sont nées de Tamour divin, et qu'elles sont dirigées par la sagesse; mais que cette sagesse est de différentes sortes. U y a une sagesse diabolique qui invente les moyens de destruction et qui préside aux destinées de certaine? nations maudites; il y a une sagesse terrestre ^ habile à assurer les avantages de la vie matérielle; il y a enfin une sagesse divine ou céleste. Pour acquérir cette sagesse divine, il faut saisir les secrets de la Providence, ce qui n'est donné qu'à la sainteté ; les hommes saints pénètrent les mystères^ découvrent le chemin vers lequel la nation doit se diriger, et leur devoir est de la pousser dans cette voie.
Telles sont les idées de Skarga. Dans l'histoire, il Jie découvre que deux peuples qui répondent à la hante idée de la patrie : le peuple-Élu, c'est-à-dire le peuple hébreu, et le peuple polonais. Q voit la preuve de cette nùssion divine dans la bénédiction spéciale qui donna à la Pologne une longue série de rois, parmi lesquels il ïi*y eut pas un seul tyran, et qui permit que Boleslas le Hardi, le seul d'entre eux qui fut coupable, qui conunit ou meurtre, pût faire pénitence avant de mourir. Il voit une nouvelle preuve de cette mission dans la position de
la Pologne, qui est le dernier Elat chrétien et elvilisatenr dans le Nord. Enfin la liberté dont jouit la Pologne est encore, à ses yeux une preuve de la pensée divine dans laquelle cet Etat a été conçu, parce que sa constitution est la même que celle sur laquelle est basé Torganisme humain. L'âme n'a pas sur le corps, dit Skarga, un pouvoir despotique, mais un pouvoir constitutionnel ; l'àme remplit dans le corps les fonctions d'un roi de Pologne, gouvernant la république. C'est pourquoi il appelle cette liberté la liberté d'or. L'or, suivant les idées du moyen âge, signifiait souvent, comme on le sait, la perfection, l'excellence ; suivant les idées des alchimistes, c'était la lumière concentrée ; les adeptes des sciences occultes cherchaient cet or, qui devait donner la vie et la sonté éternelles. C'est dans ce sens que la bulle qui constitue l'empire germanique était appelée la Bulle d'or. La liberté d'or, expression populaire chez les Polonais, était donc, pourSkarga, la liberté par excellence, celle qui donnait, qui assurait aux individus le pouvoir de se développer complètement et qui le.s rendait resi^onsables de leurs actions.
Or, Skarga aime et défend la Pologne comme une nouvelle Jérusalem, sur laquelle Dieu a fondé de grandes espérances. Mais la Pologne, telle qu'il la représente,
n'existe que dans son idée ; il la sépare même des individus. Si les individus trahissent cette patrie constituée par la Providence, les individus sont infidèles à leur devoir. La génération à laquelle Skarga adressait ses paroles, il la regardait comme coupable, comme engagée dans une voie déplorable, qui devait amener de grands
désastres. Aussi tantôt il bénit, lorsqu'il parle de la patrie divine réalisée sur la terre par les vertus des ancêtres et des patrons de la Pologne ; tantôt il mauiit, lorsqu'il regarde les crimes et les abus de la génération présente.
Voici Texorde d'un de s&s sermons. Il y a dans Skarga des exordes d'une plus haute éloquence ; mais je choisis cdm-ci parce qu'il y parle de l'amour dé la patrie. Il s'adresse aux membres du sénat et de la diète : « Dépositaires du pouvoir, gardiens des libertés publiques^ n'oubliez pas que vous êtes ici en présence de Dieu, accompagnés et entourés mystérieusement des âmes des nations que vous représentez : les peuples de la Lithuanie, de la Ruthénie, de la Samogitie, de la Prusse, de la Livonie, vous contemplent et vous adjurent par ma bouche; notre salut est entre vos mains^ sauveznous de la discorde intérieure et de l'invasion étrangère. Celte diète est notre mère nourricière, nous sommes affamés, nous avons soif; c'est à vous de nous nourrir de la justice et de la miséricorde. Dans cette diète réside la raison nationale ; nous avons besoin de vos lumières ; vous êtes nos chefs, nos pères ; nous sommes vos soldats, vos enfants. Elevés en honneur et en dignité, vous êtes ces montagnes du prophète, auxquelles le Seigneur ordonnait de rece\oir du ciel la rosée de la paix et de laisser pleuvoir sur les plaines la pluie de la justice. Ayez pitié de nous, que Dieu vous inspire l'amour de la patrie ! un amour aussi large et aussi vaste que cette patrie que vous gouvernez. Aimons, ô mes frères, cette patrie, cette Jérusalem ; disons avec le prophète : a Si je t'oublie, ô ma patrie, que j'oublie l'usage de ma droite ;
que ma langue desséchée reste collée à mon palais, si je t'oublie, ô ma patrie, et si je ne te mets au-dessus de toutes mes joies ! »
Ceux auxquels il parlait l'interrompaient souvent par des murmures. Les sénateurs, protestants pour la plupart, se tenaient debout devant l'autel , redressaient et balan* çaient la tôte pour mieux faire briller l'aigrette de diamants fixée à leurs bonnets, et cela au moment où le prêtre élevait l'hostie. Le roi seul se mettait à genoux. Aussi quelles dures vérités il dit à ces hommes fiers, entourés de gens d'armes dont les bataillons campaient devant l'église : a En vous observant tous ici, je reconnais vos mœurs, vos habitudes; je vois le mal national dans toute son étendue. »
n signale ce mal qui réside dans l'ambition des partis, dans l'abaissement de l'autorité royale, dans l'oppression du peuple. L'avenir lui apparaît comme un fait décrit dans une histoire dont il parcourt les pages.
Voici ce qu'il dit de la discorde intérieure, dans le moment où les Polonais remportaient de grandes victoires sur les Suédois, sur les Moskowites et sur les Tartares :
« L'ennemi étranger, qui épie Toccasion de vous écraser, s'avancera vers vous, et, en vous saisissant par votre côté faible, il s'écriera : — a Maintenant que leurs cœurs ne sont plus d*accord, ils sont perdus, »
. a Sur les traces de nos dissensions viendra le despotisme étranger qui engloutira toutes vos libertés ; ces libertés dont vous êtes si fiers deviendront la fable de la postérité et la risée du monde : car vos enfants, avec leurs familles^ expireront da^s la ipisère entre les
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mains de rennemi qui les haïra. Les vastes territoires, ]es Etats jadis indépendants, mariés à la Pologne, incamés dans votre Etat, qui vous rendent si puissants et à redoutables , se détacheront du corps de cetle nation, vos discordes ayant brisé les liens mystérieux qui les réunissaient.
a Votre patrie, jadis mère de tant de nations, pleurera son long veuvage, méprisée et honnie par vos ennemis.
a Votre langue, la seule parmi les langues slaves qui ait été adoptée par la liberté, vous la verrez détruite, et votre race, vous la verrez dégénérer, et les restes de celte race s'en iront dispersés par le monde, et vous serez coBdamués à subir une métamorphose horrible, à prendre les mœurs et les habitudes d'un peuple qui vous hait et qui vous méprise I
« Vous n'aurez plus de roi de votre nation, vous n'aurez plus le droit de vous en choisir un 1 vous n'aurez plus de royaume, vous n'aurez plus de patrie ! Exilés, pauvres, misérables, vagabonds, on vous repoussera du sein de ces royaumes qui recherchent maintenant votre alliance. »
Puis Skarga, en citant le prophète Ozée, dit :
« Dieu même, après deux jours, vous rendra la vie, et le troisième jour tout sera ressuscité. »
C'est la seule consolation qu'il donne à ses auditeurs*
Comme autrefois les rois Jagellons occupèrent le troue de Bohème et de Hongrie, et parurent les représentants de toute la race slave, de même maintenant les seigneurs polonais , co-régants de leurs rois, semblaient
îifâ HISTOIRE POPULAIRE
appelés à continuer la missioD royale et vouloir rétablir matériellement l'unité slave.
Les hetmans, c'est-à-dire les chefs d'armée, convoquent la petite noblesse ; ils entreprennent des expéditions, concluent des traités; ils agissent en vrais rois sans en avoir pris le titre.
Ainsi, le général de l'armée de Livonie, Chodkiëwicz, avec Taide de ses parents et de ses voisins, combat toutes les forces des Suédois, et conserve cette province à la Pologne.
Un autre général, Zamoyski le Grand, payant sur sa cassette une petite troupe de gentilshommes, repousse les Turcs «t contient les Tartares. Il remporte des victoires sur les princes de Yalachie et de Moldavie, et établit, pour IfL dernière fois, un woïéwode de Moldavie, tributaire de la Pologne.
Un seigneur, Jazlowiecki, palatin de la Russie-Rouge, conçoit le dessein de conquérir la Crimée, de chasser de cette forte position le khan des Tartarea, si dangereux pour la république, et de former un palatinat de la Crimée. Ce seigneur mourut au moment où il allait se mettre à la tète de son armée pour réaliser ce grand projet.
Enfin Mniszek, palatin de Sandomir, organisait une petite troupe de ses parents, de ses amis, de ses voisins et de soldats qu'il payait, pour renverser la monarchie de Godounoff , et couronner sa fille Maryua comme tzarine de Moskou.
Tous ces seigneurs réunissaient des armées avec une extrême faciUté : la république de Pologne paraissait inépuisable; à leur appel, les nobles accouraient de tous
côtés; cette cavalerie,' qui conservait encore le titre d'invlDcible, savait disperser les grandes armées des Moskowites et briser les bataillons réguliers des Suédois. Les Turcs eux-mêmes ne pouvaient lui résister.
Les rois de France et d'Angleterre, les pltis riches de la chrétienté, n'étaient pas en état de former et d'entretenir des armées semblables : c'est que tous les hommes riches de Pologne s'équipaient à leurs propres frais; et Ion pouvait dire que la cavalerie polonaise représentait alors tous les capitaux de la nation.
Les nobles paraissaient être entraînés vers de continuelles expéditions, vers des conquêtes et des fondations d'Etats. Cependant ce mouvement était contraire à l'idée nationale. Ces hommes entreprenants servaient une même république : or, la masse de la nation se refusait à appuyer toute expédition tentée dans des vues d'intérêts particuliers. Les seigneurs, qui, pour la défense de la républi* que, pouvaient rassembler autour de leui-s étendards des escadrons de nobles, étaient délaissés dès qu'on s'apercevait de leurs projets ambitieux.
Ajoutons que souvent la jalousie entravait leurs opérations les mieux combinées et décourageait même les chefs les plus désintéressés. Ainsi il y eut un moment où le général Chodkiéwicz, ce célèbre vainqueur des Suédob, abandonné par ses troupes et ne pouvant tirer aucun secours de la république, pensa faire sauter toutes les places fortes de la Livoiiie et s'ensevelir sous les ruines du château qu'il occupait. De même Zamoyski, entouré de Turcs, de Tartares et de Valaques, voyait pourtant que son plus grand danger était moins dans sa situation
vis à vis de reonemi qnc dans la mobilité des opinions de la diète et des seigneurs rivaux de sa gloire.
Où employait la calomnie pour détruire ces réputations militaires : on accusait Chodkiéwicz de vouloir conserver son gouvernement dans la Livonie, et on reprochait à Zamoyski d'inventer sans cesse de nouvelles guerres pour faire briller ses talents militaires.
Ces seigneurs connurent alors et les délices et les tourments de la royauté ; faisant eux-mêmes opposition au roi, ils usaient leur vie à combattre l'opposition qu'ils rencontraient de toutes parts, dans la diète, dans la nation et jusque dans l'armée, La position qu'ils avaient faite à la royauté, ils la retrouvaient autour d'eux, dans la gouvernement des provinces et dans l'exercice des commandements dont ils étaient chargés.
Ainsi le ressort national s'affaiblit et de grands maux vont accabler la Pologne.
La république a trouvé dans son sein deux ennemis redoutables : les Kozaks et les princes de Brandebourg.
La Pologne n'avait plus d'apôtres : elle ne pouvait plus espérer de convertir les Kozaks, d'absorber l'élément religieux grec de ces populations. Les jésuites ne pouvaient remplir une semblable mission, leur institut allait en dégénérant. Habitués à combattre dans les cours l'aristocratie calviniste et luthérienne, a lutter diplomatiquement contre les sectaires^ ils adoptèrent une certaine hypocrisie innocente, mais très- dangereuse : ils s'étudiaient a cacher sous un dehors de politesse et d*élégance la simplicité de leur vie privée et l'austérité réellie
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de leurs mœurs. Ils arrivaient au milieu d'une population de pâtres et de guerriers, avec leur ton fin et délié , tandis que dans les prédications publiques y ils affectaient, suivant la coutume du temps, un style pompeui(, boursoufûé et rempli de figures de rhétorique. Les moines, qui auraient pu exercer sur ce peuple une meilleure influence, étaient tombés au-dessous des jésuites ; ils n'avaient pas même leurs vertus monastiques. Religieusement comme politiquement, les Kozaks étaient donc pour la Pologne des ennemis difficiles à réconcilier.
Ladislas IV, fils de Sigismbnd III, joignait aussi le titre de roi de Suède à ceux de roi de Pologne, de grand-duc de lithuanie et de Prusse, etc. ; il y ajouta celui de grand* duc de Moskou. 11 soutint avec succès la guerre contre les Russes^ les Turcs, les Suédois,- les Tart^ures. Mais les Rozaks commencent à se révolter. Ladislas, élu roi en 1633, meurt en 1648.
Le règne de Jean II Casimir (fils et deuxième successeur de Sigismond III) s'use dans des luttes civiles, qui deviennent des guerres de nationalités. Des combats réguliers avec les Kozaks ensanglantèrent l'Ukraine. Cela dura des années. Enfin le roi marcha avec toute la noblesse et livra la bataille de Beresteczko (28 juin i65i), dans laquelle les cavaliers de l'Europe se mesurèrent pour la dernière fois avec ceux de l'Asie, Kozaks et Tartares. 300,000 cavaliers combattirent pendant trois jours : les Polonais remportèrent une victoire complète ; la masse des Kozaks se soumit ; mais les chefs , entraînés par leurs intérêts égoïstes, réclamèrent l'assistance de la Russie et de la Turquie. Les armées russes envahi-
rent la Pologne du côté de la Lithuanie, prirent les fortt^resses de Polotsk, de Smolensk, et finirent même par s'établir dans la capitale de la Lithuanie.
Le roi de Suède, Charles X Gustave, prince de Deux- Ponts, voulait aussi sa part de butin. La Suède touchait aux possessions slaves par la Poméranie, par Brémen, par Wismar, que Gustave- Adolphe venait de conquérir. Charles se trouvait à la tète des vétérans de la guerre de Trente-Ans. Il envoie une armée pour occuper la Grande-Pologne, et en même temps il s'empare de Dantzick et débarque à Stettin avec l'armée de réserve. Il appeUe à son secours, du fond de la Transylvanie, un prince slave, Georges Rakoczy, qui envahit la Podolie avec 20,000 hommes, et s'empara de Cracovie. L'armée de Liihuanie^ cernée de toutes parts, se soumit et proclama Charles roi de Pologne. Les mécontents, et il y en avait beaucoup, profitèrent de celte circonstance pour se venger de leur roi. La noblesse de la Grande-Pologne arbora les couleurs de Suède, et Jean-Casimir, abandonné par tout le monde, fut obligé de quitter le territoire national ; il passa la frontière et se cacha en Silésie.
La Pologne n'existait plus sur la carte de l'Europe (1655).
Sur ces entrefaites, uu détachement suédois s'avançait dans le diocèse de Cracovie, contre le fortin de Czeustochowa, pour pilier les trésors amoncelés depuis des siècles dans ce lieu célèbre où est précieusement conservée une image miraculeuse do la saiute Vierge. On pensait s'emparer de ce château par un coup de main : ou ne prévoyait pas que tous les succès de* la Suède allaient se
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briser contre ce faible écueil, sur lequel était fondé le courent de Jasua-Gora (Clarus Mons). Les ennemis trouvèrent dans ce couvent un homme, le seul peut-être qui fût capable de s'élever au-dessus de toutes les considérations militaires et politiques du temps^ et de rester fidèle à la cause de la patrie : c'était Tàme la plus forte et la plus pure de la Pologne ; en frappant sur cet homme, ils firent jaillir la source de l'héroïsme national. Cette lutte, en effet, le porta à une telle hauteur, que toute la Pologne ])ut l'apercevoir et reconnaître en lui Tidéal de la résistance, l'exemple de ce que chacun pouvait faire* Cet appel à toutes les sympathies réuuit pour un moment les Polonais dans un seul sentiment : ils devinrent invincibles.
Cet homme était Augustin Kordecki, prieur des moines dcSaintrPaul, qui habitaient le couvent de Jasna-Gora. Jamais l'idée polonaise n'apparut aussi complètement personnifiée qu'eu lui. Plus d'un héros a reproduit quelquesuns des traits de ce caractère dont il fut le type. La sensibilité de Jean-Casimir, la foi de Sobieski, la simplicité de Kosoiuszko , nous rappellent constamment ce prieur. C'est là le caractère slave polonais : la simpUcité^ la modestie et l'enthousiasme.
Le général Miller arrivait avec 8,000 hommes de bonnes troupes et 20 canons de campagne. Or, il n'y avait dans le fort que 68 moines, 160 soldats et 50 nobles polonais avec leurs familles, c'est-à-dire AOO hommes en état de porter les armes. D'après la loi de la guerre, acceptée à cette époque et partout exécutée, une garnison qui défendait une place sans avoir des chances ra-
tiounelles de résister, était punie avec la dernière rigueur comme coupable d'opiniâtreté : la garnison était passée au fil de Tépée et l'on pendait le commandant. Les Suédois faisaient la guerre très-cruellement et détestaient particulièrement les moines catholiques. Ainsi les ermites savaient très-bien ce qui les attendait. De plus, il y avait dans la forteresse une foule de femmes, de vieillards et d'enfants, accourus de tous les côtés pour se mettre à l'abri des violences de l'ennemi.
Des Polonais sont envoyés par les Suédois en parlementaires. L^un d'eux s'adresse en ces termes aux mrânes réunis dans la salle du conseil :
a Notre Casimir a fui honteusement; toute la république se soumet au roi de Suède ; heureusement pour nous, il parait vouloir user de sa victoire avec modération. Pourquoi l'irriter par votre résistance? Acceptez plutôt la position telle que la bonté divine vous l'a faite. Auriez* vous donc la présomption de croire que du fond de votre couvent vous appréciez l'état dés choses mieux que nos évèques et que nos magnats et que vous pourrez prendre ici des décisions en dépit de celles du sénat et des nonces? C'est une idée singulière de s'imaginer qu'au milieu de cette débâcle universelle vous resterez seuls immobiles sur ce rocher, b
Mais les iroines avaient résolu de se défendre. Toutes leurs espérances reposaient sur la petite armée de Czarniecki ; or, ce corps, après avoir quitté Cracovie sur la foi d'un armistice^ fut assailli et désarmé par les Suédois. On amena en triomphe des prisonniers pour les montrer aux assiégés, qui perdirent alors tout espoir. La garnison
se révolte et vient proposer au prieur d'accepter une capitulation. Celui-ci assemble de nouveau dans le réfectoire les moines qui forment son conseil de guerre ; il trouve le moyen de mettre aux arrêts le commandant; il chasse quelques canonniers, distribue la garnison en pelotons, commandés par quelque moine ou quelque noble, et leur fait de nouveau jurer fidélité.
Au plus fort de la canonnade^ une musique retentit aa-dessus de leurs tètes comme une hymne de victoire : c'étaient les chantres du couvent qui, montés sur le sommet de la tour, entonnaient le Boga Rodzicoj cantique de guerre des Polonais en l'honneur de la très-sainte Vierge, mère de Dieu. L'àme des combattants en fut singulièrement réjouie et raffermie.
Mais à l'arrivée de Tartillerie de siège, le moral même des nobles fut affecté ; à leur tour^ ils voulaient capituler. Le prieur persévéra.
Uu assaut fut donné le jour de la nativité de la sainte Vierge : cependant les religieux^ enfermés dans l'église, loin d'omettre rien des cérémonies du jour, se décidèrent à y ajouter des supplications et une procession avec le Saint-Sacrement. Au moment où le cortège sortait de Téglise pour faire le tour de la place, des fragments de murailles tombèrent au milieu de la cour. Le prieur ayant défendu de courir aux armes avant la fin de l'offîce, personne ne quitta sa place ; mais, la cérémonie étant terminée^ alors, pleins de consolation et de force, prêtres et sœurs, hommes et femmes, tous s'élancèrent sur les remparts pour s'y défendre jusqu'à rextrémité. L*assaut n'eut aucun résultat ; mais des nouvelles désolantes arrivaient
200 iiisTOiiiK populairf:
(le tous côtés. Le jinnce de Brandebourg, qui avait conclu avec le roi de Pologne un traité ofifensif et défensif, essayait déjà cette politique qui a valu à la maison de Brandebourg tant d'acquisî lions. Il venait d'abandonner le roi Jean-Casimir et de se réunir aux Suédois en stipulant pour lui la possession de quelques provinces de la Grande-Pologne. La dernière épreuve attendait encore le prieur Kordecki. Les moines eux-mêmes^ surtout ceux qui, plus jeunes^ n'avaient pas assez de foi et de i)ersévérance^ trouvaient la défense impossible.
Un parlementaire arriva pour sommer une dernière fois la garnison de se rendre. Il disait : a Nous aussi nous sommes Polonais, nous sommes patriotes comme vous ; nous chérissons comme vous de toute notre àme la repu-, blique. Et que voulons-nous, sinon en conserveries débris^ en acceptant la puissante protection du roi de Suède? Si vous voulez vous sauver, mes pères^ il en est grandement temps^ car il ne restera de tout ceci qu'une ruine et un tas de cendres. »
Les nobles de la province accoururent aussi pour redemander leurs femmes et leurs enfants réfugiés dans la forteresse, ne voulant pas les exposer aux périls d'une prise d'assaut.
Et pourtant le prieur ne fléchit point.
Il n'y a rien d'humain dans son courage, puisque les soldats et la jeunesse rabandounaient, et qu'il ne comptait que sur quelquef* vieillards ; il a une idée profonde et nette de la nationalité polonaise, qui repose tout entière sur un sentiment moral, celui du devoir. U reste fidèle à ce sentiment.
Dans le dernier conseil, le plus agité qui fut tenu, il disait aux moines : a Ce qu'il faut considérer avant tout, ce dont il faut nous pénétrer, c'est que la cause de l'Eglise de Pologne et celle de notre bieu-aimée patrie reposent dans ce moment sur nous et sur nous seuls. Notre gloire et notre salut dépendent du zèle que nous mettrons à nous défendre. S'il est dans la pensée de Dieu de sauver la Pologne, ce dont il serait criminel de douter, c'est de ce roc de Jasna-Gora (Clennont) qu'il fera jaillir la source de la vie polonaise, car sur toute la surface de la république envahie et spoliée, il ne reste d'intact et de libre que ce roc où la glorieuse Vierge a établi son trône^ et qui sera, par conséquent, la capitale de ses gloires. La même force qui guérit les maux invisibles des iudividus jaillira d'ici comme d'une source de vie et de santé pour tout le pays; elle rafraîchira et fera revivre les villes et lès provinces^ ces membres visibles de la république, afin qu'il apparaisse^ et en vérité je vous dis qu'il apparaîtra, que la Pologne ne devra son rétablissement qu'à la miséricorde de la reine qui demeure parmi nous I »
On peut saisir ici la pensée morale qui présidait à cette célèbre défense : c'est d'accomplir son devoir quand même.
La lutte recommence. Enfin, un jour de fête, on apprit que le général Czamiecki faisait quelques tentatives pour chasser les Suédois de la Grande-Pologne ; que le roi passait la frontière, que les soldats, honteux de voir cette petite forteresse se défendre pendant plusieurs mois, quittaient le drapeau des Suédois !
Des troupes s'avancent au secours de la forteresse, et
le géuéral Miller fut obligé de lever le siège, après avoir éprouvé des pertes considérables (27 décembre l65o).
La prophétie du prieur Kovdecki était réalisée. Le roi, en rentrant dans le pays, établit son quartier général à Czenstochowa^ dans le couvent dos moines de Saint- Paul.
La première réunion du sénat eut lieu au même endroit, et c'est de là qu'est partie la première proclamation^ le premier acte de la royauté nationale, qui annonçait au pays le retour du souverain légitime et appelait le peuple aux armes.
Dans ce couvent de Jasna-Gora, le roi voua sa propre personne et la république à la très-sainte Vierge Marie, qui, par sa grâce, avait sauvé le couvent de Jasna-Gora, la ville de Czenstochowa et la Pologne tout entière.
Et maintenant, ce lieu qui était déjà comme une espèce de casa sanla des Slaves, est doublement un lieu de pèlerinage pour tout Polonais en Thonneur de la sainte Vierge et de la patrie.
On voit, par cette défense de Czenstochowa, comment en Pologne les habitudes militaii'es elles-mêmes reposaient sur la foi robuste dans Tinfluence du monde invisible sur le monde visible, c'est-à-dire dans les miracles, et par conséquent quelle influence délétère devait y exercer le protestantisme qui les niait. La croyance dans Texisteuce des rapports immédiats entre la région supérieure et la terre faisait le fond moral et politique de l'organisation polonaise ; et toutes les fois qu'on voulait en tirer, soit une force de résistance, soit une force d'action, on n'avait qu'à faire appel à cette croyance.
C'est aussi soùs le règne de Jean-Casimir que, pour la première fois^ un gentilhomme fit entendre en pleine diète (1652) un mot redoutable auquel on s'attendait depuis longtemps, le mot veto, qui avait le pouvoir de suspendre les délibérations de la diète et d'arrêter la marché du gouvernement.
Le veto n'avait pas été inventé par les Polonais, mais datait de la plus haute antiquité slave. Ce droit de veto était en plein exercice dans touttis les communes slaves, où la propriété, les droits et les devoirs étaient en commun : chacun faisait valoir sa portion de droit commun d'une manière absolue. On remédiait cependant à ce veto par la violence, en obligeant l'opposant, à force de coups de bâton, à voter avec la masse de la nation.
Quelle est la signification philosophique de ce veto? Comment l'accorder avec Texistence sociale d'un peuple ?
D'après les idées polonaises, un individu qui entre comme partie intégrante dans l'association politique n'en conserve pas moins ses droits primitifs ; il est toujours libre de sortir de cette société* C'est donc une liberté poussée à sa limite extrême. Dans chaque discussion politique, l'individu peut sacrifier sa liberté personnelle, comme aussi il est libre de la réclamer. Cela suppose donc un sacrifice continuel de la liberté, un sacrifice semblable à celui que la religion exige de la couscience des individus* On n'est pas sujet de la société parce qu'on a été inscrit sur la liste des sujets par ses ancêtres, mais parce qu'on accepte cette société comme la plus juste, la meilleure et la plus belle. L'individu conserve le droit, non-seulement de sortir de cette société, mais de l'arrêter dans sa
201 ' HISTOIRE POPULAIUE
marche^ s'il voit qu^elle s'égare et ne remplit pas sa mission.
C'est une théorie plils logique que celles qui ont été acceptées par les philosophes comme bases des institutions. Déjà quelques écrivains très-avancés de l'école démocratique se sont aperçus que la majorité ne peut pas faire de lois absolues, qu'il est déraisonnable de supposer que la majorité d'un pays ou d'une association quelconque soit en possession de la science et de la lumière absolues, et que chaque individu doive se soumettre sans appel à ses décisions.
Mais les droits immenses que la constitution polonaise laissait à chaque individu supposaient aussi des devoirs immenses et des vertus extraordinaires : ce qui explique pourquoi les sages de la Pologne, les évèques^ les sénateurs, et même l'écrivain Rey, dans son tableau du gentilhomme polonais, regardent toujours les diètes, les diétines, les réunions, les discussions politiques comme des espèces de sacrifices ; qu'ils recommandent à chaque individu d'y préparer sa conscience, chaque député et même chaque gentilhomme exerçant une espèce de sacerdoce. Les hautes vertus étant devenues rares, et le perfectionnement moral s'étaut arrêté, l'association devait nécessairement se dissoudre.
Sous Tinfluence des idées étrangères, on en était arrivé à confondre les pouvoirs d'un nonce polonais avec ceux d'un tribun romain, ce qui falsifiait la théorie nationale du veto.
Le premier qui fit usage de ce redoutable droit de veto fut un certain Sicinski, nonce de Upita. On raconte sur sa mort des détails singuliers. En rentrant chez lui^
il fut tué d*uii coup de foudre; son domaine passa dans d'autres mains ; on conserva son cadavre dans une chapelle déserte de son château, et il n'y a pas longtemps qu'on le montrait aux voyageurs comme une curiosité.
Ce qui est également surprenant, c'est que la diète, ayant entendu prononcer le veto^ se dispersa consternée, saisie d'effroi. On n'osa plus forcer ce malheureux Sicinski à rétracter son veto.
Nous ajouterons que La constilutiou nationale polonaise ressemblait beaucoup à celle de l'Église de Rome. Le conclave, même tel qu'il existe aujourd'hui, modifié par plusieurs ordonnances papales, exige aussi l'unanimité, et elle est toujours supposée si elle n'existe pas réellement. C'est aussi Tunanimité qui consacre, en Angleterre, les décisions du jury. Malheureusement, les Polonais n'ont pas pris de précautions pour pouvoir exercer, sans danger, ce droit terrible. L'Eglise de Rome enferme ses cardinaux, leur diminue les subsistances, les affame, s'ils ne peuvent pas s*accorder ; on procède de même en Angleterre avec le jury. Au contraire, les Polonais permettaient à leurs seigneurs de donner des fêtes à la noblesse, toléraient Tivrognerie et les meurtres publics. Élection devint'synonyme de désordre.
Les mêmes causes qui gâtèrent la belle institution de l'élection royale, amenèrent, avec le temps, la dépravation des assemblées délibérantes.
Tout reposait sur le libre arbitre et sur les sacrifices de chaque moment. On ne voulut plus faire ces sacrifices!
Le roi Jean-Casimir ayant abdiqué la couronne (1668),
une nouvelle élection devait avoir lieu. Nous en retrouvons les détails dans les mémoires de Pasek^ qui y prit part et la raconte ainsi :
c Le prince archevêque -primat ayant publié des lettres de convocation pour une diète d'élection^ toute la Pologne se lève en masse^ se prépare et s'arme comme pour une expédition militaire. Tous les palatinats se réunissent, chacun dans son chef-lieu respectif. Chaque corps marche précédé de sa bannière. Après avoir bravement parcouru notre chemin, nous arrivons en vue de Varsovie, l'an 1668, dans les derniers jours de juillet. Tout y est en mouvement ; tous les palatinats, tous les districts^ versent de tous côlés sur la capitale des torrents de noblesse. Nous tombons au milieu d'une foule innombrable de gens armés; chaque seigneur s'avance à la tète d'une troupe plus ou moins considérable; le prince Boguslas Radziwil amène à lui seul huit mille hommes de bonne mine et de bonne knaison.
« Le prince-archevèque, considérant tout ce monde, tient l'oreille basse; il prévoit la difficulté de diriger cette masse formidable dans le sens de ses intentions ambitieuses. Les palatinats établissent leurs camps, forment leurs cercles, et chacun se prépare au débat qui s^ouvre partout à la fois; on discute les chances de chaque parti; on prononce les noms de Condé, de Lorraine, d'un princillon de Ncubourg, on n'oublie qu'un seul nom, celui que Dieu a déjà prononcé.
« Vers le soir^ le parti du duc de Lorraine gagna du terrain. Puis la séance fut remise au lendemain.
« I4 lendemain, les sénateurs et la noblesse s'assem-
UE POLOGNE. toi
bleat dans le lieu des oomices, les troupes se rangent tout autour pour considérer ce qui va se passer. La diète commence à émettre son opinion; les sénateurs donnent leur vote.
a Tout d'un coup un gentilhomme orie du milieu de la foule : « Messieurs 1 quiconque votera pour le prince « de Condé, qu'il sache que je répondrai à son vote par « une balle ! » Un sénateur ayant répliqué avec aigreur^ le gentilhomme déchargea tout simplement son pistolet sur lui. Il fallait voir alors le beau feu de file ! Tout devient confusion ; les sénateurs quittent leurs sièges, s'abritent derrière leurs chaises curules ; quelques-uns se cachent dessous ; le primat et les évèques enjambent lestement les balustrades. La nobles&e criait de toutes parts : a Nous ne voulons pas de tous vos discours ; nous « ne prononcerons que le nom de celui que Dieu mettra « dans nos cœurs. »
a Enfin les sénateurs réussissent à regagner les uns leurs chevaux, les autres leurs carrosses , et la Seigneurie bat décidément en retraite vers Varsovie. Le lendemain, il n'y eut pas de séanoe, ni le surlendemain non plus. La Seigneurie se reposa des fatigues de l'avant^veille.
a Le 26 juillet, les palatinats invitent les sénateurs à recommencer la délibération. Quelques-uns s'y refusent, l'archevèque-primat répond aux envoyés de la noblesse : a Nous ne sommes pas en sûreté parmi vous. » Les palatinats menacent de prendre un arrêté pour déclarer traîtres à la patrie ceux qui déserteront la diète. Alors les sénateurs se décident.
« L'assemblée s'approche du lieu des comices j les se-
nateurs se mettent en mouvement. Warszycki, notre castellan de Cracovie, est le premier à nous joindre, nous tenons conseil avec lui; on parle du scandale d avanthier; les j^lus sages le déplorent; mais le castcUan, qui est homme de la vieille roche, s'écrie : a Nom chéri de € Dieu ! quant à Tav^enture d'avant-hier, je ne vous en « blâme pas, je vous en féhcite ; voilà ce que j*appellc la (( véritable énergie polonaise. Je ne dis pas que je n'ai « pas été tant soit peu affecté du sifflement de vos balles, a j'en ai eu la tôte rasée, mais je ne m'en fâche pas. Tant (c que je vivrai, on ne verra de diète que de cette façona là : toujours à cheval et en armes i Gardons avec soie « nos libertés, autrement ou nous les volera. »
Déjà les sénateurs sont à leur place, a Si le prince-primat (f ne veut pas prendre part à l'élection, s*écne un noble, fit nous trouverons un autre président ; nous ne sommes a pas ici pour nommer le pape, mais le roi; nous pour* a rons nous passer du concours des prêtres. »
a — Cela ne sera pas, dit l'archevêque : si j'ai tardé à « venir, c'est qu'aujourd'hui même j^ai prié Dieu avec « tout le clergé pour qu'il daignât nous éclairer ! Je a déclare la diète ouverte. »
a A chaque candidat proposé s'élève un cri de protestation : Je ne veux pas celui-ci! je ne veux pas celui-là I On repousse de même le troisième. On accepterait tout le monde, hormis celui que Ton propose.
a Cependant les palatinats de la Grande-Pologne, sans écouter seulement la discussion, entonnent déjà un Vive le roi! Ou leur crie : Mais quel roi? quel roi voulez- vous
qui vive? On nous répond : Le Lorrain ! vive le Lorrain !
La Petite- Pologne refuse hautement; on ne veut pas d'un
richard : le pays saura enrichir son roi ; on ne veut pas
d'un prince étranger qui sacrifierait la Polo^e à ses
alliances de ftiinilles : il nous faut un homme énergique,
courageux; nous voulons un roi patriote. Oh! si Etienne
Czamieckî vivait, nous voterions pour lui; mais il est
mort : votons donc pour son compagnon d'armes^ le
lieutenant Polanowski.
« Je conrs vers le palatinat de Sandomir, qui criait :
a Nous avons un roi PiastI Voici le prince Michel Wls*
a niowiecki, dont le père s'est ruiné pour le service de
a la république, pourquoi ne serait-il pas notre roi?
« N'est-il pas de la race des princes de Lithuanie? » On
découvre enfiir ce pauvre prince Michel^ qui se tenait à
l'écart et se faisait tout petit.
a Cependant il paraissait déjà, d'après la masse des
cris qui s'élevaient et se balançaient, que les palatinats
de la Grande-Pologne penchaient vers un roi étranger,
ceux de la Petite- Pologne en faveur de Polanowski, et
ceux de Sandomir en faveur de leur Michel. Enfin une
voix couvrit toutes les autres, c'était celle du palatinat
de Sandomir, qui criait tout entier comme un seul
homme : a Vive le roi Michel I d La Seigneurie répond :
a Quelle folie ! » mais notre ca8tellan»me dit : « Tout ce
c que je sais, c'cstque Dieu m'a mis dans le cœur : Vive le
« roi Michel ! »
a La majorité allait toujours croissant de minnto en
minute. Avant minuit^ le roi valait plus d'un million. On
lui envoyait des cadeau:; de toutes les façons : de Taris.
gent, des carrosses, de la vaisselle. Il n'y a que Dieu qiii peut toucher ainsi le cœur de tout le monde,
a On lui donnait ce qu'on avait de plus précieux; les simples gentilshommes lui offraient leurs chevaux^ leurs harnais et jusqu'à leurs armes.
a Sur ces entrefaites, on se dispersa et chacun revint chez soi. d
Le roi Michel devint le bien-^aimé de la petite noblesse, et il était dangereux de passer pour son ennemi. Le grand -prévôt faillit périr misérablement pour avoir avancé sur le roi un mot inconsidéré dans la diète confédérée. Cette diète diffère essentiellement d'une diète d'élection. Les nonces y décidaient à la majorité des voix, mais les confédérés accompagnaient leurs députés pour surveiller la discussion. Nous citerons encore quelques lignes de Pasek :
a On mit de suite à l'ordre du jour des propositions de la plus haute importance. Il s'agissait d'abord de trouver des ressources pour continuer la guerre contre les Turcs, et ensuite d'aviser aux moyens d'assurer ail roi ses droits et privilèges. Après une courte discussion, on tomba d'accord sur la nécessité de raffermir la puissance royale ; on proposa de faire au roi une garde de 15,000 hommes, chargée de la défense de sa personne. Cette proposition passa a l'unanimité. On proposa ensuite de convoquer le ban et l'arrière-ban. Accordé à l'unaninûté.
a On passe ensuite au chapitre du budget, ce qui est très-ardu. On jugea trop long d'établir un impôt et de le percevoir; on trouva un expédient plus commode et plus prompt. On proposa un emprunt voloptaire, rembour^i^-*
ble gar les fonds de la république. Tout le moDde accourut souscrire, les uns pour 10^000 florins, les autres 15^000, 90,000 et 400,000. Tous ceux qui avaient du numéraire l'apportaient ou l'envoyaient chercher dans leurs châteaux; tout s'arrangea en un clin d'œil. Les trésoriers n'avaient d'autre besogne que celle de signer, d'enregistrer^ d'encaisser. »
Tel est le tableau fidèle d'une diète. Or, c'est aujourd'hui pour les étrangers un sujet d'étonnement, qu'un pays ait ainsi été gouverné par une assemblée composée de 50, 60 et 100,000 hommes, et que cette assemblée ait été chargée non-seulement d'élire le roi, mais de discuter les plus hautes questions politiques et économiques.
Nous savons tout ce qu'on a dit sur le mode vicieux de l'élection royale; mais pourquoi la nation a-t-elle toujours persisté à vouloir le conserver? Il était cependant si simple de remédier aux inconvénients que tout le monde connaissait : les Polonais n'excluaient pas du trône les fils de leur roi, ni ses parents; il suffisait donc de placer sur le trône un prince entouré d'une famille nombreuse.
En effet, le roi Jean-Casimir^ dans des vues très-désintéressées, pour sauver la république, abdiqua sa cou* ronne, afin de faciliter l'élection du prince de Condé ; le roi était secondé par des politiques très-habiles, par des hommes très-influeuts , et cependant tous ces efforts échouèrent comme étant contraires à l'idée que la nation se faisait d'une élection. D'après la tradition chrétienne, d'après l'idée polonaise, idée commune à tous les peuples du moyen âge, une élection était une opération tout
autre que celle que Ton conçoit maintenant, et qui a été formulée par J.-J. Rousseau, Bentham et les publicistes modernes. Une élection, d'après l'idée de l'Eglise et de la nation polonaise, était un acte religieux ; elle était regardée comme le résultat d'une influence immédiate de la Divinité, en un mot, comme un miracle. On devait donc éviter toute mesure prise d'avance qui pCit influencer l'élection, contrarier Vœuvre du Saint-Esprit, L'invocation du Saint-Esprit, que Ton conserve encore, n'était pas alors une vaine forme conmie elle l'est aujourd'hui.
Dans les lettres de convocation, l'archevèque-iirimat et le roi qui vient d'abdiquer se gardent bien de proposer leur candidat; ils font toujours appel aux sentiments de la nation, ils disent toujours : Vous proclamerez celui que Dieu mettra dans votre cœur. Nous voyons par tous les mémoires du temps que c'était là une idée nationale incarnée dans la petite noblesse. Gonmient donc, après avoir adressé au peuple de telles lettres, le roi et Tarchevèque osaient-ils se présenter devant la nation avec un candidat tout fait, qu'ils étaient décidés à soutenir sans souci du Saint-Esprit, en dcpit de l'intérêt national? Tous les moyens rationnels que l'on tenta rencontrèrent de suite une violente opposition.
On cherchait à appuyer le pouvoir royal sur des
moyens, sur des doctrines rationnelles ; on voulait, par exemple, former des partis, acheter des votes, choses logiques dans un gouvernement rationnel, parce qu'une élection moderne est considérée comme une combinaison de pussions et d'intérêts qui se groupent un moment autour d'un nom. On voulait grouper ainsi des intérêts et
des passions autour d'un prince étranger ou d'un prinee national. Mais comment y réussir? Etait-ce en inculquant dans l'esprit de la nation l'idée du danger des élections? Mais pouvait- on efirayer un homme comme ce sénateur castellan de Gracovie dont nous avons parlé, qui se plaisait à entendre les balles siffler autour de «a tète, et qui voulait par-dessus tout qu'on assistât à ime diète, à cheval et en armes? Comment acheter les votes de cette petite noblesse qui donnait ses chevaux et ses armes à un roi qu'elle n'avait jamais vu et qu'elle ne devait pas revoir ? Il n'y avait donc aucun élément d'intérêt égoïste dont on pût se servir, aucun de ces éléments rationnels qui guidaient l'Europe.
Mais comme l'Europe continuait à vouloir établir des gouvernements purement rationnels, le roi, l'archevêque, les diplomates cherchaient à organiser la république d'après les idées du xvi* et du xvn* siècle, tandis que la nation persistait à vouloir développer sa vie politique d'après son système traditionnel. 11 y eut une séparation entre la masse de la nation et tout ce qui était civilisé, tout ce qui était diplomate^ tout ce qui était politique.
Une époque de crise approche. Déjà les victoires remportées sous les règnes de Jean II Casimir et de Jean III Sobieski n'inspirent plus la masse de la nation. Elles apparaissent comme un reflet de la gloire passée plutôt que comme un présage d'avenir.
La nation avait la mission reconnue de combattre la barbarie et le schisme. Aussi nous la voyons, sous les Jagellons, pressentir, dès le premier instant, les dangers
dont Invasion des Turcs menaçait la chrétienté, et se jeter sur ces barbares. Les Polonais y étaient poussés par cet instinct moral qui fait sur-le-champ deviner à un peuple les ennemis de ses idées religieuses et sociales et qui est un guide in&illible^ lorsqu'il se sert de Tintelligence comme de son instrument. Cet instinct moral s'étant affaibli en Pologne, à la suite des différences religieuses semées par la Réforme^ les Polonais se laissèrent guider plutôt par la tradition des dangers passés que par la conscience des dangers présents. Dès lors, nous voyons les rois et les seigneurs de Pologne tenir constamment un œil inquiet sur la Turquie refoulée et abattue^ tandis qu'il ne leur était donné ni de comprendre nettement la nature^ ni de prévoir l'avenir de deux puissances nouvelles basées sur le schisme et le protestantisme, qui s'élevaient près de la frontière nationale, à Moskou et dans le Brandebourg,
n ne faudrait pas s'imaginer que la Pologne manquât d'hommes d'Etat. Jean-Casimir, Lubomirski, Sobieski, auraient brillé dans quelque cabinet que ce fût. Mais ayant perdu l'instinct national, imbus de notions étrangères, ils devinrent étrangers à leur pays.
La Pologne, affaiblie par les malheurs du règoe de Jean-Casimir et ayant fait le dernier effort sous Jean Sobieski, qui, dix ans après sa victoire de Choczim, délivrait Vienne assiégée par les Turcs (i^ septembre 4683), s'affaisse dans l'apathie.
La décadence de l'ancienne Pologne date du milieu du xvn* siècle ; mais elle n'était pas seule atteinte de oe mal qui la faisait mourir. Comme partie de l'Europe, la repu-
blique de Pologne partageait le sort des Etats avec lesquels elle était liée par sa politique et par sa foi.
Après la grande guerre entre le catholicisme et le pro* testantisme,.le corps de TËgUse se trouva divisé en deux : suivant l'expression d'un profond philosophe allemand, Francis Baader, une partie se pétrifiait et l'autre 9e putréfiait. On a remarqué plus d'une fois qu'après les grandes commotions populaires, les intelligences s'effraient^ et qu'une certaine atonie morale engourdit les peuples; alors les partis, fatigués par la lutte^ en ap*» pellent à l'autorité des lois, se retranchent derrière la légalité.
A cette époque, les catholiques et les protestants en appelèrent aussi à la légalité, à cette légalité qui ne dit et n'explique rien. On commence alors, dans les pays catholiques et à Rome mème^ à tolérer l'incrédulité, à condition que les incrédules n'attaqueront pas l'existence légale de l'Eglise, c'est-à-dire les formes extérieures; mais on soupçonne et l'on persécute les penseurs croyants, par la crainte de les voir tomber dans l'hérésie.
Les jésuites, qui dirigeaient alors la Pologne, suivi«rent la politique légale : après avoir bloqué pendant longtemps le protestantisme, ils réussirent à le faire périr d'inanition. Mais ils ne tirèrent pas un grand parti de ce succès, ils ne se sentirent pas animés de cette joie et de cette force que donne une victoire, et que ressentirent les anciens docteurs de l'Eglise après avoir triomphé des hérétiques.
Ainsi une crainte de raisonner, de toucher aux mys^ tères de la religion s'empare de toutes les intelligentes
de la république. Et d'autre part s'affaiblit l'inUueuce di* Paris et de la France, désormais séparés de la Pologne par des pays protestants.
Les conséquences politiques qui en ont résulté ont été funestes pour la Pologne. Le traité de Westphalic (1648) change. la position des Etats européens, et la marche historique des nations : d'autres idées^ d'autres intérêts tendent à prévaloir. Les princes qui avaient pris les armes, les uns pour défendre l'Eglise catholique^ les autres pour assurer une existence légale au protestantisme, s'entendirent à la fin pour tromper les deux partis et exploiter à leur profit les passions des catholiques et des protestants.
Quelle part la Pologne pouvait-elle prendre à ces combinaisons? On a reproché au roi d'avoir refusé d'être médiateur entre les puissances contractantes. Mais la direction nouvelle de la politique européenne était en sens inverse de la direction historique de la Pologne. Les descendants des Jagellons auraient dû d'abord renier l'esprit constitutif de leur autorité et les traditions de leur famille, avant de se mêler d'un pareil tripotage d'égoismes. Ou proposait au roi, de la part de Richelieu , de spolier le margrave de Brandebourg, et même d'arracher la Silésie à l'Autriche ; mais ce ph)jet de conspirer contre un prince que la Pologne avait reconnu, et de dépouiller une puissance avec laquelle elle était en paix^ renversait toutes les idées fondamentales de la république. La conspiration n'allait pas à ce gouvernement, qui agissait toujours ouvertement, et la trahison répugnait aux sentiments de la royauté et de la nation polonaise.
L'empire germanique était resté jusqu'alors ami et allié fidèle de la Pologne. Les empereurs de la maison de Luxembourg, qui^ pendant quelque temps, intriguè* rent contre la Pologne^ suivaient leurs projets particuliers diaprés l'inspiration de leurs intérêts de famille; mais cette hostilité n'avait rien de commun avec les intérêts de l'empire germanique. Maintenant T Autriche, qui portait le titre d'empire apostolique, mais sans avoir au-* cune prétention à l'apostolat, prévoyait le moment où elle serait rejetée vers ses pays héréditaires. En devenant une puissance purement territoriale, elle était amenée à penser avant tout à ses avantages dynastiques; elle allait être ennemie de la Pologne.
Ainsi la Pologne restait seule et sans alliés au milieu de l'Europe.
La politique qui s'établit est basée sur l'égoîsme : on cherchera ses limites naturelles et l'on n'agira plus qu'au nom des intérêts matériels représentés par l'intérêt territorial; l'étendue, llmportance d'un territoire sont élevées au-dessus des principes moraux qui constituent et qui régissent les peuples.
D'après ce que nous avons dit des Polonais et des idées qu'ils avaient de leur patrie, il est clair qu'ils ne pouvaient ge rattacher à cette politique. Le pape, pour la première fois, se retire de la communauté diplomatique, et la Pologne reste étrangère à tous ces arraugements.
Au profit de qui devait donc tourner le traité! Il fut
conclu dans les intérêts d'une puissance dont l'Europe
soupçonnait à peine l'existence. L'histoire prouve que la
Moskowie, transformée bientôt en empire russe, recueil-
lit l'héritage laissé pap rancienne politique qui s'éteignit au traité de Westphalie.
Gela paraîtra sans doute bien extraordinaire : rien pourtant de plus naturel. Les partis les plus puissants et les plus habiles tombent presque toujours sous la domination des individus qui représentent le plus exactement leurs principes. De même, dans les combinaisons diplomatiques, les Etats dont les principes correspondent le mieux à ces combinaisons en profitent les premiers, et deviennent forcément prépondérants.
Après le traité de Westphalie, il s'opère dans les opinions et dans les intelligences du publie européen un changement complet. Tous les regards se tournent néces* sairement vers Moskou, parce que ce traité énonce timidement les principes que réalisait déjà pleinement le cabinet moskowite. Le dédain des individualités, le mépris de toute justice j la force matérielle invoquée comme juge souverain dans toutes les questions : tout cela c'était le fond de la politique du duché de Moskou. L'idée mongole, ridée destructive surpassait de beaucoup, par le développement qu'elle y avait pris, toutes les velléités de matérialisme que les diplomates du traité de Westphalie mettaient en avant, de sorte que le cabinet moskowite se trouvait, par le fait même de ce traité, accepté eomme représentant de la politique moderne de l'Europe et fatalement appelé tout à la fois par l'opinion des philosophes et les intrigues des diplomates.
La Pologne commence à être oubUée. Jusqu'alors, dans tous les traités, fondés encore sur les traditions du moyen âge, un des articles fondamentaux était la conseil
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vûlion de la puissance polonaise, comme garaqtissant les intérêts de la clirétienté. Mais dès ce moment, la Pologne apparaît aux politiques de FEurope comme quelque chose d'étrange, comme une antique superstition de la loyauté chrétienne.
Varsovie capitale. — Quand la Slavie allait jusqu'à TElbe et \ la Baltique, le foyer central des Polonais fut à Gniezno, dans la Grande- Pologne. Là fut enseveU le martyr saint Adalbert. Et juâqu*à ce jour rarchevéque de Gniezno a gardé le titre de primat.
Quand les Polonais tournèrent les yeux vers les Slaves du Danube, dans le temps qu'un même prince s'asseyait sur les trônes de Hongrie et de Pologne, la capitale des Polonais fut Gracovie^ danis la Petite -Pologne. Tous les rois, depuis Ladislas le Bref et Casimir le Grand, y furent couronnés jusqu'à Stan islas -Auguste ; et là est leur tombeau.
Quand la Lithuanie fut définitivement réunie à la Pologne, Taxe national changea; le centre d'action se reporta plus bas sur fa Vistule, dans la Mazovie^ à Varsovie. Siège de la diète générale de la couronne en 1557 et, depuis l'union de 1569, des diètes commune» des Polonais et des Lithuaniens, elle le fut du gouvernement à partir de 1596, que Sigismond III s'y transporta avec sa cour. Elle est restée capitale.
Ces trois capitales successives marquent trois phases : religieuse, royale et parlementaire, et correspondent à trois périodes : lutte contre les Allemands, lutte contre les Turcs, lutte contre les Busses. Gniexno, sons ceKains rapports, est pour les Polonais ce qu'Aix-la- Chapelle fat pour les Français; on a dit que Cracovie était en quelque sorte la Jérusalem des Slaves, et chacun sent un second Paris dans Varsovie.
La ROtADTé ET LA LIBEBTÉ POLONAISE. — Le Sénat ct Tordre de la noblesse dressaient les Pacta conventa que le roi élu devait jurer. En voici les principaux articles :
« Le roi ne prendra point la qualité d'héritier de Pologne ni ne désignera personne pour successeur; mais au contraire il gardera inviûlablement les lois et les constitutions qui ont été faites touchant la liberté d'élire un roi. — Il laissera à la république le droit de battre monnaie. — Sans le consentement de la république, il ne
déclarera la guerre à aucun prince^ il ne fera entrer aucune troupe dans le royaume, il ne permettra point qu'il en sorte aucune ni qu'on y fasse des levées de soldats. — Dans son conseil il n*aura point d'étrangers. — Tous ses officiers seront polonais ou lithuaniens, ou des autres provinces dépendantes de la Pologne. — Il ne S0 mariera que selon qu'il est porté dans les anciennes lois et avec le conseil du sénat. — Il pourvoira dans l'espace de six semaines aux charges qui auront vaqué. — Il ne diminuera point le trésor qui est à Gracovie, mais au contraire il l'augmentera. »
A ces articles on en i^outait souvent beaucoup d'autres^ selon la nécessité du temps auquel l'élection se faisait et selon le candidat élu. C'est à partir du moment où Ton élut des étrangers qu'on imposa des Pacta plus développés.
A quelqu'un qui lui disait : c Vous autres Polonais, vous n'avez pas de roi, » — « Si, répliqua le Polonais, nous avons un roi, mais chez vous c'est le roi qui vous a. » — (Histoire de Pologne, par Joachim Lelevrel, édit. française; Paris, 1844; II, p. 346.)
c Sigismond le Vieux répondait aux ambassadeurs, étonnés de voir qu'il marchait sans gardes et se mêlait aux groupes liu peuple : qu'il n'y avait pas un homme dans la république sur le sein duquel il ne pût dormir tranquillement, i {Slaves, IV, 491.)
Diètes et diétines. — c Une diète générale en Pologne est une
assemblée de la noblesse en un même lieu, pour y délibérer des
affaires de la république. C'est le roi qui a droit de la convoquer
, dans telle ville qu'il lui platt, excepté celle de son couronnement,
qui ne peut se faire qu'à Cracovie.
< Avant de tenir une grande diète, on en tient de petites dans les palatinats. Il faut qu'elles soient publiées trois semaines avant qu'on les puisse tenir, et qu'elles se tiennent six semaines avant la grande diète. Pour cet effet, le roi y envoie ses universaux pour les faire assembler, et marquer le jour de la diète générale. Dans ces universaux, il expose toutes les choses dont on doit parler dans la grande diète. Ces petites diètes ou diétines, auxquelles tous les gentilshommes ont droit d'assister, élisent leurs nonces, c'est-à-dire leurs députés, à qui on donne une instruction contenant tout ce quMls doivent accorder ou refuser dans la diète générale. Ces nonces ont été ainsi établis sous le règne de Casimir (Jagellon), lorsque pour trouver les moyens de payer l'armée, il ordonna d'envoyer à la diète des députés de chaque palatlnat. Ce
qui a fait que depuis ce temps ou n'a pu teuir aucune diète générale sans les nonces de tous les palatinats...
c On commence toujours toutes les diètes générales par l'élection du maréchal des nonces, qui doit être choisi parmi l'une des trois nations : la première fois entre les nonces de la haute Pologne, la seconde entre ceux de la basse, et la troisième entre ceux de Lithuanie... Le maréchal des nonces étant éla, le roi lui donne sa main à baiser, et ensuite à toos les nonces. Après quoi le chancelier propose les points dont on doit délibérer dans la diète... Après que le chancelier a proposé à la diète, de la part du roi, tous les objets sur lesquels on doit délibérer, le maréchal des nonces vient, de la part de Tordre de la noblesse, proposer aussi au roi ce qu'elle en désire...
c Pour faire une constitution dans la diète, il faut que les nonces la proposent, et que le roi et le sénat l'approuvent. Et avant qu'elle ait la force d'une loi, il faat qu'elle soit revue par le maréchal des nonces et deux députés, ou bien par trois sénateurs et six nonces. Après qu'elle a été ainsi revae, il faut qu'elle soit lue dans le sénat, en présence du roi, et que les chanceliers demandent à haute voix si le roi, les sénateurs et les nonces veulent qu'on y mette le sceau... Selon les constitutions et les lois de la Pologne, une diète ne doit durer que six semaines. » {Relation de Hauteville [pseudonyme de Gaspard de Tende] déjà citée, chap. XV»)
Du GOUVERHEMENT DE POLOGNE. — C Dans les formes gouvernementales, il y avait en Pologne une variété admirable. La diète libre admettait le veto; mais on pouvait réunir selon les circonstances une diète confédérée qui procédait comme le parlement anglais et les chambres françaises, votant au Scrutin; et alors la majorité obligeait la minorité. Les chambres pouvaient tantôt s'assembler séparément, comme cela est accepté maintenant en Angleterre et en France, et tantôt, dans des circonstances données, se réunir et ne former qu'une seule chambre ; de sorte que cette forme gouvernementale pouvait devenir, d'après les besoins, un parlement anglais ou une chambre française, une espèce de concile religieux ou une chambre politique, et quelquefois même une dictature... Lorsque le roi mourtit, la Pologne était gouvernée par un régime dictatorial ; on nommait des tribunaux temporaires (kapiw) avec des attributions extraordinaires, qui jugeaient toutes les causes sommairement, qui pouvaient disposer
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de la vie et de la fortune de tous les citoyens; leurs arrêts étaient sans appel. > {Slaves, IV, 493-496.)
Principales charges et dignités en Pologne. — « Les grands maréchaux de la couronne sont chargés de la haute police des diètes; ils pourvoient à la sûreté publique; ils taxent les denrées, logent les nonces, et sont grands prévôts de l'hôtel. Leur juridiction suit la personne du roi, et s'étend jusqu'à la distance de trois lieues de la résidence. Ils peuvent faire arrêter les criminels dans l'antichambre de Sa Majesté; ils les condamnent à mort, et leurs sentences ne peuvent être cassées que du consentement des trois ordres du royaume. Comme il y a deux grands-maréchaùx, l'un de la couronne et l'autre du grand-duché, il a été réglé que le premier doit remplir seul toutes les fonctions du maréchalat tant que le To\ séjourne en Pologne, et que je grand-maréchal de Lithuanie le remplace dès que Sa Majesté a passé les frontières de cette province. Les deux maréchaux de la cour sont des vicaires des grands-maréchaux, et ordinairement leurs successeurs éventuels.
a Les grands-généraux de la couronne et du grand-duché de Lithuanie avaient une autorité qui était aussi vaste et plus illimitée que celle de nos anciens connétables de France. Un grand-général^ hetman wielky, était le chef suprême de la milice de la république ; il commandait en chef les troupes de la couronne, tout comme le grand- général de Lithuanie commandait en chef les troupes du grand- duché : ils leur faisaient changer de quartier quand ils voulaient, et les employaient comme ils jugeaient à propos; ils étalent chargés de veiller à la défense des frontières et au maintien de la tranquillité publique ; ils jugeaient sans appel toutes les causes militaires; et nommaient à tous les emplois, depuis l'enseigne jusqu'au colonel. L'ofûce de grand- général n'a été dans les anciens temps qu'une commission momentanée, il fut pour la première fois conféré à vie au fameux Jean Zamoyski en 1581. Le petitgénéral ou général des camps, hetman polny, est, pour ainsi dire, le lieutenant en chef et le successeur présomptif du grand-général. La création de cette charge tombe dans le xvi* siècle, sous le règne du roi Etienne Batory. La république ayant été forcée d'entretenir perpétuellement sur ses frontières un corps de troupes destiné à réprimer les courses des Turcs et des Kozaks, elle commit le commandement de ce cordon à Stanislas Zolkiewski, avec la qualité de petit-général ou de général des camps...
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« Les grands-chanceliers de la couronne et de Lithuanie sont, poar ainsi dire, l'organe par lequel le roi fait connaître ses volontés. Ils les déclarent à la diète, dans le sénat, aux audiences des ambassadeurs, et daas toutes les occusions où le roi doit répondre soit à des corps entiers ou à de simples particuliers. Ils reçoivent les mémoires qu'on présente à Sa Majesté; ils expédient les char«tres, les lettres-patentes et les brevets de grâce et de justice, et revêtissent les actes de la diète du sceau d*authentJcité et de légalité. Les vice-chanceliers sont les vicaires des grands-chanceliers. L'un des deux chanceliers de la couronne doit être tiré du clergé, et l'autre de la nohlesëe séculière. En Lithuanie, les deux chanceliers sont toujours tirés du corps de la noblesse.
< Les grands-trésoriers sont les surintendants des finances de la république et les gardes du trésor royal. » (Voye2 Etat de la Polo^ gne avec un abrégé de son droit public, Paris, 1770, p. 97-105.)
u Les siarosties sont de grands fiefs viagers. L'Etat avait l'habitude de donner l'administration et Tusufruit de ces terres à quelques chefs renommés, comme une espèce d'indemnité pour les services nationaux et comme moyen de servir TÊtat. » (Slaves, IV, p. 393.) — c Quelques-unes de ces starosties ont un grod, c'est-à-dire une espèce de Juridiction, qui donne au staroste le pouvoir de décider diverses affaires de la contrée... On compte quatre cent cinquantedeux starosties, tant dans le royaume que dans le grand-duché; outre une quantité prodigieuse de villages détachés, que le roi donne pareillement à vie. » (Essai politique sur la Pologne. Varsovie, 1764^ p. 21-23.)
Jean Zamotski. — Né en 154 1, dans le château de Skokow, il fut élevé à l'étranger; envoyé dès Tàge de douze ans en France à la cour du dauphin, qui fut François 11 et époux de Marie Stuart, il fit ses études à l'Université de Paris et les continua à Strasbourg et à Padoue; à vingt-deux ans il publia un écrit De senatu romano. De retqur en Pologne, il servit Sigismond-Auguste et en* reçut une starostie. Après la mort de ce prince, il fit adopter que le roi serait élu dorénavant non plus par la diète, mais par le vote direct de toute la noblesse assemblée, ce qui le rendit très-populaire. 11 contribua à écarter des princes indigènes et son influence détermina le choix des trois rois Henri de Valois, Etienne Batory et Sigismond Wasa. Aussi l'a-t-on comparé au grand comte de Warwick, le faiseur de rois en Angleterre.
11 fut membre de cette aml)assade famease qui vint à Paris porter aa dac d*Anjou l'acte et les conditions de son élection^ qui obtint de la cour de France Tédit de pacification du 15 juillet 1573^ garantissant l'exercice de la religion réformée et qui demanda au roi Charles IX de réviser Tinjuste condamnation de Coligny et d'obtenir la délivrance de sa veuve détenue à Turin. (Voy. La Popelinière^ Histoire de France, 1581, II.)
Le discours latin de Zamoyski au roi élu est fort beau. En lui dépeignant sa nation, il disait (28 août 1573] : « Lorsque Tennemi fait invasion et qu'U fout défendre les frontières, le roi de Pologne peut, sans aucune dépense, armer plus de cent mille hommes. Que s'il veut lui-même aller quérir la gloire des combats, comme tous les nobles prisent surtout l'espérance d'illustrer leur nom, de transmettre leur mémoire à la postérité et de bien mériter du roi et de la république, il peut, sans qu'il lui en coûte trop d'argent, emmener sous ses étendards une grande armée. Et quels soldats? Non des étrangers, mais des nationaux, et de cette classe qui est la fleur de la république, son ornement et sa gloire ; ceux qui resteraient à la maison seraient nolés d'infamie et fuis de chacun. Quelqu'un est-il accusé d'un crime capital, il n'a pour garde, pour prison et pour chaîne que la crainte du déshonneur : Rets rerum capitalium, pro custodid, pro carcere, pro vinculis, metus dedecoris est, morsque ipsa levior ignominid, ac turpitudine exisii" matur,., » (Joan, Sarij, Zamosdj Belsensis et Zamechensis prœfecti ac in Galliam legati oratio : quâ Henric. Valesium regem renunciat, Lutetiœ Parisiorum ex offic. Federici Morelli typogr. reggij. MOLxxiii.)
Sous le roi Etienne, Zamoyski fut nommé grand-chancelier de la couronne, grand-hetman et castellan de Cracovie; c'est-à-dire revêtu des plus hautes dignités civiles et militaires. Niemcewicz a dit de lui qu'il était le Sully d'un autre Henri lY. Zamoyski s'était distingué au siège de Dantzick, 1575, puis dans la guerre contre les Moskowites, tant à la prise de Polotsk qu'à celle de Wielkie- Luki. Le roi, obligé de retourner à Varsovie, lui laissa le commandement; il y déploya une habileté consommée, et conclut une paix glorieuse. Etienne lui accorda alors la main de sa nièce Griselda.
Zamoyski ayant été chargé de repousser l'archiduc Maximilien, compétiteur du nouveau roi Sigismond III, et de l'empêcher de s'emparer de Gracovie, alors capitale et ville du couronnement, marcha contre lui, le vainquit et le fit prisonnier. Il ne lui rendit
la liberté que quand il eut signé sa renonciation au trône de Pologne. Comme l'archiduc, dans sa superbe, refusait de s'asseoir à la table du grand-hetman, celui-ci lui fit un jour dresser pour lui seul, dans le palais de Krasnostaw, une table magnifique, mais entourée d'une chaîne d'on Zamoyski s'illustra dans les expéditions qu'il dirigea contre les Valaques et les Suédois.
Nous avons déjà vu comment le roi Etienne et la tzar Iwan IV s'écrivaient tout en se combattant. Zamoyski et Charles de Sudermanle firent de même. Nous citerons quelques phrases des lettres de Zamoyski : c Ne juge pas, lui dit-il, de la noblesse polonaise d'après celle des autres pays qui est réduite en esclavage, que tout caprice du maître peut mener à Téchafaud ou jeter dans les chaînes et priver de ses biens, sans que la défense des [^accusés soit entendue, sans jugement du roi ni des Etats. S'il y a chez nous aussi des familles nobles dont l'origine remonte à une époque reculéei même jusqu'aux temps du paganisme, pourtant le champ reste ouvert à tous pour faire preuve de talent et de vertu. Nos ancêtres ont fixé des récompenses pour le courage et le mérite, et, pourvu qu'on en soit digae , ou peut arriver à la fortune et à la considération. Chacun de nous est seigneur souverain de ses paysans; et il en est plus d'un qui ne le cède pas à des princes étrangers, ni pour le nombre des villes et des villages et l'étendue des domaines, ni pour la fertilité de la terre et la grandeur des revenus, quoique d'ailleurs je ne mesure point l'importance et la valeur suivant l'argcot et les biens, mais suivant la vertu et les mérites. Des princed et des rois étrangers se sont souvent unis par les liens du sang avec la noblesse polonaise. » 13 avril 1602. — c Comme gentilhomme polonais, je m'estime d'un sang égal au sang royal; je suis issu d'une maison aussi noble que celle de pas un roi. Je n'ai point cherché les titres princiers, et je les bi refusés quand on me les a offerts. Il me suffit d'être un libre gentilhomme polonais. » 22 août 1602. (Voy. Rainold Heidenslein. Histoire de Pologne, édit. polonaise, II, 464*472.] A la diète de 1605, en présence de Sigismond III, Zamoyski diti < J'ai perdu la santé dans les fatigues de la guerre et au service de ma chère pairie; la voix me manque et la vieillesse m'accable. Je dirai donc, de cette place, ce que je pense être utile dans les perplexités actuelles pour le bien et la gloire de la Pologne. Toute la grandeur, toute la force des rois de Pologne se fondaient sur l'amour de la nation. Eu agissant autrement, on est en désaccord
avec nos libertés, que nous aimons avant tout. Mais notre amour pour la liberté ne nous empêche pas d'aimer nos rois. Aussi, nos ancêtres disaient franchement la vérité à leurs souverains, ils les renvoyaient du trône lorsque quelqu'un d*enlre eux manquait à son serment, et choisissaient un autre roi à sa place. Nous avons déjà de nombreux griefs contre Votre Majesté^ et si elle ne réfléchit pas et ne se corrige^ nous ne regretterons point d'imiter nos ancêtres en faisant partir Votre Majesté au-delà de la mer; car Votre Majesté elle-même s'est dépouillée de son pouvoir royal en manquant à son serment. Votre Majesté n'a-t-elle pas articulé ellemême les termes de la loi fondamentale? c En cas que je dusse « contrevenir à quelque condition jurée^ la nation est dégagée de « toute fidélité et obéissance. »
« Au nom de Dieu! Sire, je t'en conjure, réfléchis et corrige-toi. La Suède t'engendra, la Pologne te reçut et te nourrit. La Pologne est ta mère, elle te donne le lustre. Chéris-la, aime tes sujets, si tu veux vieillir entre nous, aimé et respecté, si tu veux gagner la bénédiction et la grâce de Dieu, et assurer nos suffrages pour tes descendants. »
EnÛn^ élevant ses mains, il continua : « Mânes des vertueux Tarnowski, Tenczynski, Ostrorog, qui avez bien mérité de votre patrie, qui contemplez la grandeur divine dans sa gloire éternelle, priez pour le bonheur et les victoires de la Pologne! »
Dès que Zamoyski acheva son discours, le roi Siglsmond III, au comble de l'irritation, prenant la parole, s'emporta à la réplique; dans un mouvement de colère, il se leva du trône et saisit son épée. A la vue de son courroux, les murmures éclatent dans toute la Chambre, les sénateurs et les nonces quittent leurs stalles et se dirigent vers le trône, et Zamoyski, au milieu de la foule, haussant la voix, prononça avec toute la dignité d'un vétéran :
c Roi, laisse ton glaive en repos, afin qu'on ne voie pas en toi un César et qu'on ne nous appelle point des firutus dans la postérité reculée. Nous sommes électeurs «les rois, destructeurs des tyrans. Règne, mais ne domine pas. » Rex! non move gladtum, ne te Cuium Cœsarchi, nos Brutos sera posteritas loqualur. Sumus eiedores regum, deslruciores tyrannorum. Régna, sed non imper a. {Histoire de Pologne, par Joachim Lelewel, I, p. 156.)
Zamoyski était catholique, mais très-attaché à la liberté de conscience, défenseur des dissidents et ennemi constant de l'Autriche et des jésuites. Homme d'Etat, général, diplomate, grand
écrivain el gruDd orateur, il mouiut ù l'âge de soixaDte-quaire ans le 3 juin 1605. »
SiGiâiioND lil. — (t Froitl, taciturne, ne prenant conseil que lie lui-même, Sigismond III ne sut pas s'identifier avec la nation qui l'avait cboisi et qui^ à son tour, renonçant à le comprendre, ne voulut pas le seconder. > (Comte Arlbur Potocki^ préface de Maryna Mnùzech, p. 5.)
Il avait été élu roi en opposition à Tarchiduc d'Autriche Maximilién, frère de l'empereur Rodolphe. Ayant épousé une archiduchesse d'Autriohe contre Tavis du sénat, ses liaisons avec la cour de Vienne amenèrent ce que Ton a appelé la diète d'inquisition (1592). Devenu veuf, il épousa la sœur de sa première femme (4606).
Quand Sigiemond monta sur le trône, la plus grande partie des sénatem^ était protestante; quand U mourut, il n'y en avait plus que deux, Sigismond Grudzineki, palatin de Kalisz, et Raphaël Lcszczynski, palatin de Belz. (Gellarius, Descripi. polon., p. 3; Stan. Kobierzycki, Hist. Vladislat^ lib. I, p. 4.)
La plupart des hiélorieus lui reprochent la faveur dont la Société de Jésus a joui sous son règne; il y en a même qui vont jusqu'à le comparer à Philippe II;maiâil n'y a eu eu Pologne ni des massacres comme en France, ni des bûchers comme en Espagne. Dans le développement du protestantisme et du schidme qui, à rOccident et à l'Orient, désagrégeaient les âmes du centre de la république, le roi Sigismond voyait le démembrement moral de la nation.
Le règne de Sigismond III a duré quarante-cinq ans, de iSS7 à 1632. L'histoire en a été écrite par Niemcewicz.
Les Uniatës. — L'union des deux Eglises d'Orient et d'Occident décrétée au concile de Flori^ce, 6 juillet 1439, et revêtue de la signature du pape et de l'empereur Jean Paléologue et de l'adhésion du patriarche, n'avait pourtant pu se réaliser. Le grandduc de Moskowie la repoussa à l'instant, et les Turcs ne tardèrent pes à entrer dans Constautinople.Mais en Pologne, où les chrétiens du rite grec étaient nombreux dans les palatiuals du midi, on y adhéra généralement. Les Eglises grecques de Lithuanie n'y accédèrent point; mais celles de la principauté de Halicz reconnurent l'autorité métropolitaine de Kiew. Les évêques des gre«s-unis
étaient nommés par les nobles^ confirmés par le roi et sacrés par rarcbevèque. Kiew re»ta uni jusqu'en 1520. A la fin du xvi* siècle, on ne comptait plus en Pologne que 2169 églises grecques-unies, 1089 étaient désunies.
Vers ce temps-là, le patriarche de Conslantinople, Jérémie, en Tue d'obtenir la protection et les subsides du txar, vint à Moskou y reconnaître et consacrer le métropolitain Job comme patriarche russe, et il toléra que le tzar Fédor remit au nouveau patriarche la mitre et la crosse en lui passant au cou la chaîne d'or qui soutenait le panagion (1581). Le patriarchat moskowite fut BolenneUement confirmé par un synode de Gonstantinople en février 1595. Le roi de Pologne et le clergé catholique espéraient d'autant plus resserrer l'union des deux rites, que la crainte de tomber sous la dépendance du patriarche de Moskou devait être pour 160 Ukrainiens un motif de tourner les yeux vers le pape.
Le 2 décembre 1594, le métropolitain de Kiew, Michel Rahoza, convoqua à Brzesc Litewski tous les évèques de son ressort et l'union avec Rome fut votée. Une députation fut envoyée au pape Clément YIII (le même qui avait réconcilié Henri lY avec l'Eglise romaine), et l'union s*opéra sur la base du concile de Florence. Les grecs -unis reconuaissaieni donc le filioque (c'est-à-dire la croyance que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils), le purgatoire et la suprématie du pape ; ils conservaient la langue slave pour le culte, ainsi que le rituel et la discipline de l'Eglise d'Orient, notamment la consécration du pain levé et le mariage des prêtres. En 1595, faculté fut donnée au métropolitain des Ruthéniens de consacrer les évêques de son rite pour les diocèses vacants, pourvu toutefois que lui-même eût été, par les soins de la sacrée congrégation de propagandâ fide, conGrmé par le pape. Il était nommé par un concile des évêques et archimandrites que convoquait le légat du ||ftpe en Pologne. (Voy. les résolutions et adresses du clergé ruthénieu et les brefs du pape Clément VIII dans les Vicissitudes de rÈglise catholique des deux rites en Pologne et en Russif., par le R. P. Theiuer, 1843, II, p. 1-20.)
Après le retour de celte députation, le synode s'ouvrit de nouveau à Brzesc par ordre du roi, le 6 octobre 1596, pour procéder à la publication et mise en vigueur de l'union; et l'on y fit anathème ceux qui resteraient en dehors de l'union. Ceux-ci» ayant à leur tête le prince Constantin Ostrogski, woïéwode de Kiew, et les évêques de Léopol et de Przemysl, se réunirent en synode séparé
et excommunièrent les uniates. Il s'ensuivit de longs désordres. On reprochait aux jésuites de rechercher non l'union^ mais Taposta^ie des grecs. Dans une lettre des jésuites de Yilna au métropolitain de Kiew^ ils lui disaient d'introduire graduellement les cérémonies romaines^ mais d'agir très-prudemment; ils lui expli* quaient conmient amener la faiblesse et la ruine des adversaires. (Lukaszewicz, I^ p. 70.} En 1607^ il fut édicté une loi dans le but d*empêcher que les biens et les dignités ecclésiastiques ne fussent confiées à d^autres qu'à des nobles d*origuie ruthénienne et de religion purement grecque; et de garantir aux non-unis le libre exercice de leur cuite^ conformément à leur tradition.
Toutefois, l'intolérance de Rome aidant^ les querelles continuèrent et s'envenimèrent. Léon Sapieha, chancelier de Litbuaaie^ dans une lettre du 12 avril 1622, où il bl&mait une propagande intempestive de l'union, disait : « Il est juste sans doute de travailler à ce qu'il n'y ait qu'un berger et un seul troupeau, mais il est nécessaire de le faire avec réflexion et de ne pas appliquer le cogi inirare qui est contraire à nos lois. Une union générale ne peut être opérée que par la charité et non par la force. Nous n'empêchons point les juifs et les mahométans d'avoir leurs synagogues ou leurs mosquées, et l'on prétendrait fermer des temples chrétiens! » {Hist. relig. des peuples slaves, par le comte V. Krasinski. Genève, 1853; p. 194-198.)
Saint Josaphat. — En 1580 naquit de la famille noble des Kuncewicz, à Wlodimir, en Wolhynie, un enfant qui, tout jeune, montra une rare piété, entra en 1603 au couvent des Basiliens à Yilna, y prit le nom de Josaphat et se voua à la conversion des schismatiques. L'austérité et la sainteté de sa vie lui acquirent un grand renom. Ses adversaires l'appelaient un ravisseur d'âmes. Nommé archimandrite en 1614, il ramena au girott catholique romain ou uniale plusieurs grands seigneurs, ce qui alluma contre lui bien des haines; mais son zèle et sa charité inépuisables lui avaient gagué le respect et l'affection du peuple et du clergé.
En 1617, il fut appelé à l'archevêché de Polotsk. Les premières années de son épiscopat ne furent qu'un long et dangereux combat contre des fanatiques. Mohilew lui ferma ses portes. A Mscislaw il faillit être assassiné. A Orsza on voulut le précipiter dans le Dnieper. Mais la grâce de Dieu et l'appui du roi Sigismond le sauvèrent des embûches ennemies.
Witeb&k persistait à ne pas Le reconnaître, et les schi&matiques y étaient puissants et nombreux. L'archevêque voulut s'y rendre, bien qu'il en sût le danger. On essaya en vain de l'en dissuader, — « Je marche à une mort certaine, répondit-il, mais avec joie; puisse mon sang éteindre l'incendie schismatique ! » Et avant de partir il ordonna qu'on lui préparât un tombeau dans la cathédrale de Polotsk. Le 11 novembre 1623, qui était un samedi, un uniate vint dans la soirée l'avertir qu'à l'hôtel de ville on avait tenu conseil à son sujet et résolu de le tuer le lendemain dimanche. Il répondit qu'il ne voulait pas fuir, mais «mourir comme le bon pasteur. Le lendemain même une troupe de fanatiques envahit sa demeure et l'assassina. Son corps subit les plus grands outrages et fut jeté dans la Dzwina. C'était le jour anniversaire de sa consécration, 12 novembre 1623. A cette nouvelle, un grand nombre de gentilshommes accoururent à Witebsk. Le corps fut retrouvé six jours après et inhumé à Polotsk, dans l'église de Sainte-Sophie. Son tombeau devint un lieu de pèlerinage. En 1642, le pape Urbain VIII le mit au nombre des bienheureux. (Voy. Skarga, Vies des saints, en polonais, vol. II, p. 302-310.)
Mniszek et les faux Déhétrius. — Nous trouvons les détails suivants dans les écrits de Thetman Zolkiewski (Pisma Stanislawa Zolkiewskiego, Lwow, 1861) :
« Le grave historien, l'écrivain Philippe de Commines, en narrant, en langue française, les faits et gestes du roi de France Louis XI et de son fils Charles VIII, se plaint, alors que Charles VII 1 entreprend la guerre contre le royaume de Naples, d'un certain Brissouet, homme de rien et léger qui, par ses conseils, induisit le roi à cette guerre ; et il montre, par l'exemple de ce Brissonel, comment, en mille circonstances, les gens petits et indignes peuvent faire force mal. Car aussi le débat de cette guerre fut tout d'abord favorable au roi de Frauce, mais la fin en fut triste, calamiteuse, et elle aboutit à beaucoup de sang versé, de villes ruinées, do provinces dévastées. De même, la poursuite de la guerre moskowite, une si abondante eiïuslon de sang et tant de mauvaises choses qui ont eu lieu et dont nous ne voyons pas encore la An, provinrent d'un homme semblable à ce Brissouet, de M. Georges Mniszek, 'woléwode de Sandomir; dans son ambition et son avidité, il se chargea d'appuyer Hrycek, fils d'Otrepieff, qui, par imposture, s'appelait Izarévitch de Moskowie, Dimitri ou
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Démétrias^ flU d'Iwan, et de le conduire contre l'empire meskowite au moyen des mensonges qui étaient son unique fondement^ et, avec Taide du prêtre Bernard Maciejowski, évêque de Cracovie et cardinal qui, à cette époque^ jouissait d'une grande considération près de S. M. le roi. L'évêque amena les choses au point que Sa Miyesté favorisait visiblement cette cause^ fermant^ en quelque sorte, les yeux^ contrairement à Tavis de beaucoup d'éminenls sénateurs auxquels cela déplaisait énormément. Il fut prouvé, dans la suite, et M. le woléwode de Sandomir lui-même le savait, que ce charlatan n'était pas Démétrius; pourtant, aveuglé par son orgueil, il soutint obstinément cette entreprise. Cela se passait en l'année 1604, sur la fin de l'automne. Il engagea une troupe qui n'était pas petite, partie en donnant et surtout en promettant et faisant espérer. Il amusa son monde un assez long temps près de Lwow (Léopol), à la grande lamentation et oppression des pauvres gens. Il s'en fut ensuite vers Kiew, dans la terre Siewerskienne. » (Commencement et progrès de la guerre moskowite sous le règne de S. M. le roi Siglsmond III sous le commandement de S. E. Slanislas Zolkiewski, woiéwode de Kiew, hetman de la couronne.)
Zolkiewski raconte comment, pour se frayer le chemin au trône, Boris GodounofT avait fait assassiner le jeune Démétrius, puis comment, devenu tzar, il s'était attiré la haine d'un grand nombre :
« Dans cet état de choses, dit-il, M. le woléwode de Sandomir arriva avec Hrycek, ou, comme les Moskowites l'appellent, Rostryga (défroqué), et, dès qu'il se montra à la frontière, les masses moskowites vinrent se joindre à lui par penchant pour le sang de leurs maîtres naturels. A la vérité, ce Hrycek ne manquait ni d'esprit, ni d'élocution, ni de hardiesse ; il savait les traiter, se donnant pour ce qu'il n'était pas. Les affaires commencèrent à se troubler dans l'empire. Czerniechow , château de l'Ukraine, le reçut; Nowogrodek, que défendait, pour Boris, un certain Bosman, lui résista; Boris envoya, pour faire lever le siège de Nowogrodek, une armée sous le commandement du kniaz de Mscislaw, mais cette armée ne lui profita pas. Bosman défendit cependant Nowogrodek, mais Putywl, le principal château de la terre Siewierskienne, se révolta contre Boris et envoya faire sa soumission à Timposteur. Il y eut plusieurs rencontres en différents endroits; l'imposteur, battu, se retira à Putywl. A ce moment, pour son bonheur, la maladie de Boris empira. Une grande armée
ayait ^lé envoyée sous les ordres du kniaz 'Basile Chouyski, et elle M trouvait déj& à Kramow (c'est un château dans la terre Siewierskienne), quand tout à coup survint la nouvelle que Boris était mort. La confusion se mit dans Tannée.
« Après la mort de Boris^ la haine que lui portaient en raison de ses actions tyranniques les notables et la populace retomba sur son fils; aussi Galitzin et Bosman se rendirent-ils à Pntywl, près de l'imposteur^ lui jurant obéissance au nom de toute cette armée. L'imposteur envoya aussitôt à Moskou, et là; par le fait d'un certain Talitchef^ Fédor^ fils de Bons^ et sa mère, furent livrés^ et l'imposteur acclamé Seigneur. Il fut conduit^ de Putywl à Moskou; avec le plus grand respect, reçu et couronné, et tout l'empire moskowite lui obéit. »
Le nouveau tzar fit son entrée à Moskou le 20 juillet 1605 ; il aimait à se comparer à Henri IV^ qui avait reconquis son royaume. < Il estait âgé de vingt-cinq ans environ, avait un grand esprit, estait clément, tost offensé, mais aussitost appaisé, libéral, enfin un prince qui aimait l'honneur; il estait ambitieux, ses desseins estaient de se faire connaître à la postérité. » {Bstat de l'empire de Russie et du grand-duché de Moscovie, par le capitaine Margeret, 1607.) Il envoya une ambassade en Pologne pour demander au palatin de Sandomir la main de sa fille, selon la promesse qu'il lui en avait faite ; les noces furent solennisées à Gracovie, en présence du roi Sigismond. Maryna Mniszek arriva le 10 mai 1606 à Moskou, où sa réception fut magnifique; huit jours après elle fut couronnée impératrice. Le tzar, son époux, avait blessé les Russes par la non-observance de quelques-uns de leurs usages; il éveilla leurs susceptibilités par ses faveurs aux Polonais; on parla de concessions auxquelles il se serait engagé envers le pape et le roi de Pologne. Un massacre fut arrêté pour le samedi matin 27 mai. Le tzar fut assassiné par les boyards; Mniszek et sa ÛUe furent détenus et beaucoup de Polonais égorgés dans leurs maisons. Le chef de la conspiration, Basile Ghouyski, se fit proclamer tzar. (Un récit de ces événements a été publié par un marchand hollandais en 1606 à Amsterdam : Légende de la vie et de la mort de Démétrius.)
Mais, pour le peuple, Démétrius vivait toujours. On ne voulut pas plus croire à la mort du faux Démétrius qu'à celle du prince dont il avait pris le nom. Aussi, un second faux Démétrius ne tarda-t-il pas à se montrer en 1607. Reconnu pour le même par un
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certain Zarucki, gentilhomme polonais devenu ataman des Kozaks^ et par Mieehawiecki^ page du précédent Démétrius, il eut la bonne fortune que le prince Roman Rozynski prit en son nom le com« mandement d'une troupe^ battit l'armée de Chouyskile 24 avril 1608 et établit son camp à Touchino, à douze verstes de Moskou. L'imposteur y tint cour pendant dix-sept mois : Maryna Mniszek^ échappée de prison, le rejoignit et le reconnut également pour son époux et comme vrai Démélrius.
Ce deuxième faux Démétrius^ ayant été assassiné à Kalouga, par un prince tartare, 11 décembre 1610^ un diacre russe fugitif, nommé Isidore, parut à Pskow et se proclama Démétrius, dans le temps que Maryna régnait au nom de son tout jeune fils Iwan. Après l'élection de Michel RomanofiT (3 mars 1613), Maryna, son fils, et leur protecteur Zarucki, furent mis à mort. Les chroniques russes veulent que Zarucki ait été empalé, Iwan étranglé, et Maryna jetée dans un couvent; la tradition polonaise rapporte qu'ils sont morts sous la glace, noyés par les Kozaks.
Il est difficile de savoir qui étaient réellement ces faux Démétrius. Le troisième était, dit-on, un diacre orthodoxe. Le second, à ce que Ton croit^ était un juif : après sa fuite du camp, on trouva parmi ses' effets le talmud, plusieurs livres cabalistiques et des talismans où étaient gravés des caractères hébreux. (Kobierzycki, Hisioria Wladislai, lib. 5, p. 320.) Quant au premier, on a vu ce qu'en pensait Zolkiewski; le prince Léon Sapiéha disait, dans Moskou, que c'était un fils naturel d^Etienne Batory; une version assez vraisemblable tend à le faire passer pour un gentilhomme polonais, enrôlé chez les Kozaks et qu'aurait séduit Tesprit d'aventure. Les historiens s'accordent & dire qu'il avait dignité, talent et éloquence. Les lettres inédites qu'on a de lui à Vilna et à Saint-Pétersbourg sont empreintes d'une certaine noblesse ; la plupart sont écrites en polonais on en latin ; il y en a une entre autres au pape Paul Y, datée de Moskou 30 novembre 1605, où il lui manifeste son intention de combattre les Turcs et où il prie Sa Sainteté d*u8er de sou autorité auprès de S. M. l'empereur des Romains pour qu'il n'y ait ni paix ni trêve avec les ennemis de la sainte croix. Dans sa lettre au duc de Sudermanie (citée par L. Paris, édition de Nestor, I, p. 397), il le somma de rendre à Sigismond le trône de Suède.
Comment s'étonner qu'il y ait eu des faux Démétrius, quand nous avons vu, de nos jours, tant de faux Louis XVII? Il ar-
rive <|uelqaefoi8 qae des noms août ainsi mis en avant comme drapeaux par les partis qui, sans force dans le présent, essaient de raviver, dans l'âme du peuple, la tradition du passé.
Mais c'est un mal que des Polonais aient pris les armes pour appuyer ces imposteurs, en vue de diviser et afCeilblir les Moskowites, leurs ennemis, et que Sigismond I/I Tait toléré dans la pensée d'amener la conversion de la Moskowie au catholicisme : car porter le mal chez son voisin, c'est l'attirer sur soi-même.
Nous avons, au commencement de cette note, cité les paroles de Zolklewâki^qui témoignent du déplaisir que causaient ces intrigues à la majorité dos Polonais. Nous redirons, en finissant, la protes* talion de Jean Zamoyski au sein de la diète de 1605 : a Quelques seigneurs ont, contre l'avis des Etats, fait une irruption dans la Moskowie, conduisant un Démétrius qui avait été assommé et qu'ils disent vivant. Est-ce une comédie de Plaute ou de Térence? Gela peut devenir funeste à la République si c'est un imposteur... »
Les Polonais a MosKon. — Avant la mort du premier faux Démétrius, des boyards de Moskou avaient envoyé demander au roi de Pologne, Sigismond III, de leur donner son fils Ladistlas pour tzar : ce que le roi refusa en disant que ce serait agir par pure ambition. Durant les troubles occasionnés par l'apparition du second faux Démétrius, les boyards renouvelèrent leurs instances, priant le roi de Pologne de céder à leurs vœux pour les tirer de l'anarchie. Sigismond, de l'avis de son conseil et de la diète, consentit. Il envoya devant lui l'hetman Zolkiewàki avec une partie des troupes polonaises et lui-même alla meltre le siège devant Smoleusk.
Zolkiewâki avait représenté au roi que la saison était un peu avancée pour entrer en campagne contre les Mosko wites ; mais le roi répliqua qu'on en avait trop parlé pour qu'un ajournement fait possible.
Le grand fait de la campagne fut la bataille de Klouchin. Les Polouais, sous l'hetmau Zolkiewski, n'étaient que 8,000; les Moakow^ites, sous le prince Démétrius Chouyeki, étaient 40,000 et leurs auxiliaires, les mercenaires étrangers (Suédois, Allemands, Anglais, Français), un peu plus de 8,000. Ayant battu l'avunt-garde de Valouleff, forte de 10,000 hommes, puis, l'ayant enfermée dans le camp où elle s'était retranchée, Zolkiew&ki conçut le hardi projet de ne laisser qu'un rideau de troupes autour de YalouIeiT, seule-
ment autant qu*il en fallait pour lui donner l'illusion d'un fiiége, et^ dans le même temps, d*aller attaquer la grande armée de Chouyski. Il se déroba, en effet, vers le soir, et, après une marche de toute la nuit, il atteignit Tennemi à Kloucbiu et le mit en déroute, 4 juillet 1610. Les étrangers, sentant que la cause de Chouyski était perdue, capitulèrent. Revenant, en toute hâte, sur Valouleff qui ne s'était pas aperçu de son absence, il lui enleva toute pensée de résistance en lui annonçant la défaite du corps principal. Le contrecoup de cette bataille fut tel que, dans Moskou, le tzar Basile Chouyski, fut déposé (27 juillet). Zolkiewski et ses Polonais y firent leur entrée en octobre.
L'hetman avait conclu un accord avec les habitants, 27 août 1610 : ceux-ci appelaient Ladislas, fils du roi de Pologne, à régner sur eux; et Zolkie-wski leur promettait qu'ils ne seraient molestés eu rien. Il fut juste, en effet, pour les uns et les autres. 11 établit uu tribunal composé mi-partie de Russes, mi-partie de Polonais. H fit agréer le staroste polonais de Wieliczka, comme chef des strélltz. Zolkiewâki était fort aimé des Moskowites pour la façon humaine dont il les traitait, et pour le respect qu*il avait de leur nationalité.
Gomme Zolkiewskl se préparait à quitter Moskou et les troupes polonaises, pour aller rejoindre le roi, les principaux boyards vinrent le trouver. Ils le prièrent de ne pas les quitter si c'était possible, disant : &taintenant que vous êtes parmi nous, nous vivons. Russes et Polonais, en bon accord; si vous vous éloignez^ peut-être en sera-t-il autrement. Mais Thetman se mit en route* Alors les principaux boyards le reconduisirent plus d'une lieue hors de la ville, et tandis qu'il la traversait, la foule était accourue sur son passage en le bénissant.
Malheureusement le roi Sigismond, au lieu d'envoyer son fils à Moskou, se laissa aller à la tentation de prendre la couronne de tzar pour lui-même, ce qui irrita profondément les Moskowites. Ils voulaient bien être gouvernés par la même famille royale que les Polonais, mais non pas laisser absorber leur patrie dans un empire de Pologne.
Zolkievfski, attristé d'une politique qu'il blâmait, ne voulut point reprendre le commandement de Moskou. Les soulèvements com« meucèrent dans diverses villes russes. Puis Moskou même s'agita. La garnison polonaise, craignant d'être massacrée, mit le feu aux quartiers qui entourent le Kremlin (ville chinoise et ville blanche).
C'éUit le mercredi d'avant Pâques de l'anDëe i6it, le 30 mars. Néamnoins la garnison^ yu le grand nombre des troupes moskowites, dut finir par se rendre, 7 janvier 1612. Quand Ladislas marcha contre Moskou avec une armée polonaise , il s'ensuivit une paix avantageuse pour la Pologne^ souscrite par le nouveau tzar Michel Romanoff. La trêve devait durer quatorze ans; Sie'wierz^ Smolensk et Gzemiechow étaient cédés à la Pologne (il décembre 1618).
Ladislas IV. — Ladislas IV, fils de Sigismond III^ fut élu roi le 8 novembre 1632, et couronné à Gracovie le 4 février 1633. Les Russes, sans attendre la fin de la trêve, avaient mis le siège devant Smolensk. Ladislas marcha aussitôt au secours de cette ville. Le prince Christophe Radziwil, qui commandait Tavant-garde, rompit les lignes ennemies à Pokrowa. Le roi entra à Smolensk, ravitailla la garnison, et accorda à Radzivril le bÀton de grand-hetman de Lithuanie. Le général russe Sehin^ quoiqu'il eût sous ses ordres 30,000 Russes, 10,000 Danois et 6,000 Allemands, et que Tannée polonaise ne s'élevât qu'à 20,000 hommes, se retira dans un camp retranché. Des renforts arrivaient aux Russes. Kazanowski, envoyé par le roi pour leur barrer le chemin, les surprit au-delà de Dorohobusz et les mit en déroute. Malgré la disette et les rigueurs de l'hiver, le roi assiégea pendant cinq mois un ennemi supérieur en nombre et qu'il contraignit enfin à se rendre. Le roi prit alors Dorohobusz, Wiazma^ et menaça Moskou d'un siège. Le tzar^ ef&ayé, fit la paix. Par le traité de Polanow (15 juillet 1634), le roi de Pologne renonçait à tout droit sur la couronne de Russie ; le tzar cédait pour toujours à la Pologne Smolensk, Gzemiechow» Dorohobusz, Biala, Roslav^, Starodub, abdiquait toute prétention sur la Livonie, TEsthonie et la Goiirlande, et payait les frais de la guerre.
Le tzar ne s'était pas contenté d'attaquer la Pologne, il avait décidé les Turcs à envahir la république. Les Tartares, précurseurs des Osmanlis, étaient venus sur la fin de juillet piller les environs de Kamieniec ; mais le grand-hetman de la couronne^ Koniecpolski, les atteignit sur leur retour à Sasowyrog en .Moldavie, les battit et leur reprit le butin dont ils étaient chargés. Une armée turque de 50,000 hommes s'avançait. Koniecpolski^ qui n'avait que 11^000 hommes, se fortifia dans son camp sous Kamieniec. Le 22 octobre, AU-Pacha voulut emporter d'assaut les positions polonaises. Mais il éprouva des pertes considérables et recula. Une tentative contre
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le Tiliage de Stodziennice sur le Dniester amena un nouvel échec qui décida le pacha à battre en retraite vers le Danube et à licencier son armée. Le roi Ladislas s'était plaint à Gonstantinople de cette agression. Le snltao gratifia AU du lacet, et la paix avec les Turcs fut renouvelée en septembre 1634.
La trêve avec les Suédois expira au commencement de Tannée 1635. Les ambassadeurs d'Angleterre, de France et de Hollande s^entremirent, et la trêve fut renouvelée pour trente-six ans. Les Suédois évacuaient les villes de la Prusse, en gardant la Livonie, et la Dzwina formait la frontière des deux Etats.
En i637, les districts de Lawenburg et de Bntow échurent au roi après Textinction de la maison ducale de Poméranie, vassale de la Pologne. — Cette même année eurent lien avec les Kozaks des démêlés regrettables, mais promptement apaisés. . Rn 1638, Jean-Casimir, frère du roi, qui se rendait en Espagne sur une galère génoise, fut arrêté à Marseille. Richelieu l'accusait de favoriser les Espagnols, alors en guerre avec la France, et de visiter les ports français pour les reconnaître . Eu réalité, il vou* lait se venger de ce que des Polonais s'étaient engagés comme volontaires en Espagne. Il fallut que le roi Ladislas envoyât en France Gonsiev^ski, palatin de Sandoroir, pour obtenir la liberté de son frère, sous ia condition que celui-ci ne porterait pas les armes contre la France, et que la Pologne ne chercherait pas à se venger des mauvais traitements dont il avait été victime .
Le 20 août 1644, Ladislas avait cherché à amener une conciliation religieuse en réunissant & Thom catholiques, luthériens et calvinistes. Mais tout s'était borné à de stériles discussions.
Les Tartares, qui firent une incursion, au nombre de 30,000, en 1644, furent battus à Ochmatow par l'hetman Koniecpolski. Ce fut le dernier fait militaire de ce règne. Le roi Ladislas, qui avait perdu deux de ses frères, Albert et Alexandre, vit mourir son fils unique, ftgé de neuf ans. Il ne lui survécut pas longtemps, et expira à Merecz, le 20 mai 1648, âgé de cinquante-deux ans, après en avoir régné seize. Il avait su maintenir encore la république dans un état de prospérité dont elle devait bien déchoir sous son successeur.
Skrvicss rendus par lss Kozaks. — Les fréquentes incursions des Tartares avaient poussé des individus de tous pays, de Russie, de Moldavie, et surtout de Pologne, à se réfugier auprès des cataractes
du Doiéper; Us s'augmentaient de paysans de l'Ukraine. Tous ces hommes réunis étaient dans l'attente d'une idée qui présidât à leur développement. Elle devait leur venir des Polonais. Des nobles de cette nation virent là les éléments d'une institution analogue à celle des Porte-Glaive et des Templiers. Ils voulurent, en tenant compte de la différence des époques, des mœurs et des contrées, fonder une espèce d'ordre de chevaliers chrétiens destinés à repousser les musulmans. Mais cet ordre, ils ne le basèrent plus sur le catholicisme» car ils avaient l'obligation de ne rejeter aucune communion chrétienne. C'est ainsi que naquit une colonie militaire de volontaires chrétiens qui servirent pendant longtemps de barrière vivante contre l'islamisme.
Un certain Daszkiewicz parait avoir eu le premier le sentiment de l'impulsion qu'il y avait à imprimer aux Kozaks. En Tannée 1511, il représenta à la diète de Piotrkow qu'une organisation sur le Dnieper remédierait seule aux incursions des Tariares. En 1512, il alla prendre la direction des Kozaks, et, de concert avec l'hetman polonais de la Petite-Russie, il remporta de grands succès, brûla Oczakow en 1523, et ravagea la Tauride. En 1526^ Daszkiewicz et ses Kozaks assistèrent le prince Ostrogski dans sa victoire sur les Tartares aux environs de Kiew. Depuis ce moment jusqu'au règne de Sigismond III, les Kozaks, toujours conduits par des Polonais, sont la terreur des Tartares et des Turcs. C'est la période glorieuse de leur histoire. En 1514, le prince Eustache Rozynski organisa des régiments réguliers de Kozaks qui étaient inscrits sur des registres et tenaient garnison dans des villes d'Ukraine. Il créa en même temps des régiments de volontaires, qui séjournaient pen* dant la paix sur les bords du Dniester et du Boh, et vivaient de pêche.
En 1516, le khan de Grimée, qui s'était montré en Pologne, vit anéantir son armée. En 1534, Weazyk Chmielnicki infligea un semblable désastre aux Tartares. Le 7 juillet 1568» Chmielnicki obtint de Sigismond-Auguste, à la diète de Varsovie, de nouveaux privilèges pour les Ruthéniens, qui, le 5 juin 1569» s'unirent à la Pologne» sous garantie de leur liberté religiiBUse.
Depuis, les Kozaks constituaient la plus active des milices'. Le prince Michel Wisniowiecki était envoyé à leur tète par Sigismond-Auguste, au secours du tzar qui assiégeait Astrakhan. Grégoire Swirgowski, élu en 1570, succomba sous une trahison, après d'éclatants succès en Moldavie.
Son Bucceseeur, Théodore Bogdan (1575), seconda vaillamment le roi Etienne Batory. Cinq mille KozakB, montés sur lenrs petites barques^ s'élançaient sur la mer Noire^ et bloquaient Kozlow et Kaila^ pendant qae Bogdan envahissait par terre la Crimée et forçait le khan à restituer ses prisonniers chrétiens. Dans une seconde expédition, Bogdan envoya sa flottille dans la mer Noire, traversa loi-même le Kouban, TÂnatolie, brûla les faubourgs de Trébizonde, pénétra jusqu'aux portes de Constantinople, passa dans la Turquie d'Europe, gagna par la Bulgarie le Danube, qu'il franchit, fondit en Moldavie, emporta Kilia d'assaut, et rentra dans ses campements, après avoir contourné la mer Noire, la mer d'Azof, et semé la terreur parmi les Turcs.
En récompense de leurs services, Etienne Batory accorda des privilèges aux Kozaks (1576 et 1579). Il en fut aidé dans ses guerres contre les Moskowites. Malheureusement, les Kozaks se laissèrent vite aller à consulter leur intérêt particulier plus que l'intérêt de la république. En 1579, Podkowa, successeur de Bogdan, prend Jassy, s'y proclame hospodar, puis, se défiant des boyards, revient en Pologne et y est décapité comme ayant agi sans l'aveu de la république.
Déjà les Kozaks ne veulent plus entendre parler de paix et guerroient sans cesse, au risque d'attirer sur la Pologne les terribles représailles de ses voisins. L'ataman Schacb, en 1582, recommence une expédition qu'il pousse jusqu'en Valachie. Au retour, le roi le fait enfermer dans un couvent. Malgré cet exemple, l'ataman Skalozub, en 1583, fut pris sur mer par les Turcs. Avant cette campagne, Etienne Batory était mort le 12 décembre 1586.
En 1589, Sigismond 111, peu après son avènement, fit savoir aux Kozaks qu'ils devaient n'attaquer personne sans le consentement de la république. Il prit en môme temps des mesures pour sauvegarder des déprédations kozakes les propriétés des nobles polonais en Ukraine. Or, dès 1590, les Kozaks, sans souci du roi, allèrent brûler Trébizonde. La Pologne ne savait comment contenir cette milice, et ne pouvait avoir à point nommé des ennemis sur qui la lancer. Alors les Kozaks se retournèrent contre la mère-patrie. lis élurent un certain gentilhomme nommé Kosinski, contrairement aux volontés du roi. Et depuis, sauf de rares intervalles, une lutte sanglante épuisa les forces de la Pologne et des Kozaks, jusqu'à leur asservissement commun sous le joug de la Russie. (Voyez ia Vie intérieure des Zapùroffues, le9 humons de la Petite'-Russie et les
Kozaks , par Michel GliezczyiiBki. ^ Wewnetrzne zycle Zaporoza oraz hetmani Malorossyjacy i Kozacy. Warszawa, 1852.
GOKRRBa DES KOZÂKS CONTRE LA RÉPUBLIQUE. — LcS Kozakp,
8*étant Boalevés, pillaient la Lithaanie et la Wolhynie. Zolkiewskl^ envoyé contre euz^ calbuta lear avant-garde à Macewicz^ en fé- Trier 1596^ écrasa leur principal corps d'armée près du lac d'Ostrykamien, et ne tarda pas à envelopper ce qui restait de leurs forces aux environs de la ville d'Alexandrow. Les Kozaks furent contraints de lui livrer leur chef Nalewayko et de se disperser. Le souvenir de cette défaite les maintint longtemps tranquilles.
En 1637, les Kozaks surprirent la forteresse de Kudak, qu'un Français, qui a laissé une précieuse description de l'Ukraine, M. de Beauplan, avait élevée par ordre de l'hetman Koniecpolski, audessus des cataractes, sur la rive droite du Dnieper. Michel Potocki, hetman de la couronne, dispersa les Kozaks, qui livrèrent leur chef Pawluk. Les Polonais le firent décapiter à Varsovie, et retirèrent tous les privilèges du roi Batory. Ils durent bientôt assiéger à Starcza l'armée kozake» qui ne cessa la lutte que sur Tassurance que les anciens privilèges seraient respectés.
Après la mort de Ladislas IV et pendant l'interrègne (1648) éclata la terrible révolte des Kozaks, sous Bogdan Ghmielnicki. Et dès lors cette guerre désastreuse pour la république poursuivit son cours fatal. Etienne Potocki, s'étant aventuré avec de faibles forces, fut tué à Zolte-Wody; mais après l'élection de Jean-Casimir, les succès des Polonais amenèrent le traité de Zborow. Toutefois, la pacification fut de courte durée. La victoire des Polonais à Beresteczko, le 30 juin 1631, vient montrer que les Kozaks ne pourront triompher définitivement. Mais la surprise et le massacre du camp polonais de Batow, le 29 mai 1652, fait déjà présager que les succès des Polonais, pour être entremêlés de tels revers, n'atteignent pas le mal à sa racine. C'est qu'en effet, dans cette lutte déplorable, les deux partis, négligeant les moyens moraux, s'en remettent uniquement au sort des armes. Les Kozaks, qui, au fond, s'étaient soulevés parce qu'ils enviaient les privilèges des nobles polonais et voulaient être, eux aussi, admis. à l'élection des rois et à la propriété du sol, se recrutaient principalement parmi les paysans de l'Ukraine, mécontents de leur sort. Les nobles polonais avaient à opérer une grande rénovation sociale, tandis que, par un effet de l'affaiblf^seraent du ressort de la repu-
blique, ils poussaient raveuglement jusqu'à rendie leur caste inaccessible. Seulement, ce n*est pas aux nalioos étrangères à 8*en étonner. Est-ce qu'un ministre de Louis XVI ne promulgua points bien peu de temps avant la Révolution française, une ordonnance pour remettre en vigueur la mesure qui excluait des grades de l'armée tous ceux qui ne justifieraient pas d*un certain nombre de quartiers de noblesse? De leur côté, les Kozaks, qui n'avaient aucune de ces idées- mères sans lesquelles une société nouvelle ne peut naître, ne voyaient pas qu'en frappant la Pologne en vue d'avoir plus de liberté, ils préparaient son esclavage et le leur.
Bogdan Chmielnicki ne songeait d'ailleurs qu'à sa fortune. Son fils cherche un établissement princier, épouse la fille du hospodar de Moldavie, et se trouve bientôt après assiégé et tué dans la forteresse de Suciava. Le i«' octobre 1653, le tzar déclare l'Ukraine province de l'empire. Trois mois après, Chmielnicki représente aux anciens qu'il faut que les Kozaks se choisissent un maître, qu'une suite de combats sanglants les séparent des Polonais, que le sultan et le khan de Crimée sont des infidèles, taudis que le tzar est, comme eux, de religion grecque. Le traité conclu avec Alexis Michallovitch stipulait le maintien des privilèges et franchises des Zaporogues, c'est-à-dire le droit d'élire les atamans et les fonctionnaires publics, d'appliquer les impôts aux dépenses de l'armée et de se passer des collecteurs moskowites. Les Kozaks s'engageaient à n'attaquer personne sans le consentement du tzar, à ne négocier avec aucune puissance, à faire au tzar un don volontaire annuel, et à l'assister dans ses guerres. Il s'éleva des protestations parmi les Kozaks : beaucoup de chefs refusèrent de prêter serment à Alexis. Cependant ce fut un pas décisif, et les Russes les forcèrent à acquitter les engagements pris par Chmielnicki. Quant à leurs privilèges, ils ne furent pas respectés. La Russie procéda à la destruction, pièce à pièce, d'une organisation dont elle laissa subsister à peine quelques débris. Transplantés en masse, menés despotiquement, changés en instruments passifs des envahissements de la Russie, les Kozakai purent se convaincre de la vérité du mot attribue à Chmielnicki mourant : « La Pologne est comme une mère qui gronde d'abord et sourit ensuite, la Russie comme une marâtfe qui commence par caresser et ne tarde pas à frapper. »
La Russie bénéficia seule de la lutte acharnée des Kozaks contre la Pologne. Elle s'empara de Smolensk àla fin de septembre 1654.
Chmielnicki, qui entrevoyait le dauger que lui faisait courir le
protectorat russe, avait traité, le 26 septembre 1656, avec Rakoczi^ espérant, par son secours, se substituer à la Pologne, en partageant ce pays entre lui, le prince de Transylvanie et l'électeur de Brandebourg. Mais le Transylvain, qui pénétra en Pologne en janvier 1657, fut détruit. L'électeur de Brandebourg ne fut pas plus heureux, et Chmielnicki mourut tristement à Gzehrin le 15 août 1637.
Voici le jugement que porte sur lui un membre de Tlnstitut : « Tout le pouvoir de Chmielnicki consistait dans la persuasion qu'avaient tous ses Kozaks de son inaltérable attachement à leurs intérêts. Les institutions de cette association étrange qu'on appelait armée zaporogue étaient les seules qu'il comprit jamais, et le plan qu'il poursuivit toujours fut de former non pas une nation, mais des régiments de soldats, dont chacun aurait sous ses ordres quelques serviteurs pouvant devenir soldats eux-mt^mes . . . Quant à élever les paysans au rang de Kozaks, c'est une idée qu'il n'eut jamais. Trop faible pour conquérir seul son indépendance, ce ne fut qu'à la dernière extrémité qu'il se résigna à la protection du tzar, et il parait s'en être bientôt repenti. Il mourut désespérant de l'avenir de sa patrie. Si Chmielnicki eût vécu sous un roi, comme Etienne Batory, il l'eût aidé sans doute... Malheureusement, il ne trouva que des princes inconstants et légers. Bien qu'il ménageât la Pologne, Chmielnicki lui porta le coup le plus funeste en lui ôtant l'Ukraine et en introduisant pour ainsi dire les Moskowites dans le secret de la faiblesse de la république. Dans un jour de colère, il prépara son démembrement. > {Bogdan Chmielnicki^ par P. Mérimée, d'après M. Nicolas Kostomarof, n° de juillet 1863 du Journal des Savants.)
Traités de Zborow et db Biala-Gerkiew. — Nous donnons ici le texte des deux importants traités intervenus dans la lutte des Kozaks et des Polonais et qui malheureusement furent violés de part et d'autre.
Le 17 août 1649, le traité de Zborow portait : c l» Que le roi accorderait une amnistie générale à tous les Kozaks et paysans rebelles. — 2<> Que Chmielnicki, leur général^ demanderait pardon k Sa Majesté à genoux et prosterné. — 3° Qu'il serait continué général desdits Kozaks dont le nombre serait augmenté jusqu'à quarante mille, en laquelle qualité il ne dépendrait que du roi, après qu'il aurait pourtant fait un «cte de reconnaissance comme gentil-
homme polonais, à Tégard de la république. — 4» Que Sa Majesté polonaise aurait un rôle des noms et demeures desdits quarante mille Kozaks^ lesquels, en cas que Chmielnicki vtnt à mourir, seraient commandés par un de leurs chefs de la religion grecque. —-S" Que Tarmée assiégée à Zbaraz serait mise en liberté. — 6» Que la religion grecque pourrait être exercée dans lout le royaume^ même à Gracovie, et que son union avec l'Église romaine cesserait. — 7° Que le palatinat de Kiowie serait toujours donné à un seigneur grec. — 8° Que le métropolitain des Grecs aurait séance dans le sénat parmi les évéques et y occuperait le neu- Yième lieu. — 9° Que les Kozaks auraient permission de faire de Teau-de-vie pour leur usage et non pour en vendre. —, 10° Qu'on leur fournirait des draps pour les vêtir, et à chacun dix florins pour s'armer. — 11» Que les nobles, étant rentrés dans leurs domaines, ne pourraient rechercher ni troubler leurs sujets, pour la réparation des dommages qu'ils en pourraient avoir soufferts. — 12» Que lesdils nobles, soit catholiques ou grecs, qui auraient demeuré près la personne dudit général des Kozaks, n'en seraient point inquiétés, mais déchargés de tout ce qui s'est fait dans ces dernières guerres. »
Passons maintenant au traité de Biala-Gerkiew.
c Le 28 septembre 1651, Chmielnicki vint avec les principaux de ses officiers dans le camp polonais, où ayant demandé avec humilité et les larmes à rœil (qu'il avait assez d'habitude de ré« pandre quand la nécessité de ses affaires l'exigeait) pardon au grand général Potocki, et salué avec respect le priuce de Radzivril et les autres seigneurs, on lut en sa présence les articles du traité, lequel ayant été signé de part et d'autre, et confirmé par serment, l'action se termina par un ample festin, dont on le régala avec ceux de sa suite.
« Ces articles étalent en substance : lo Qu'en considération de la soumission faite par l'armée zaporoguienne et des officiers qui la commandent d'être perpétuellement attachés au service du roi et de la république, cette armée serait composée à Taveuir de vingt mille hommes, qui seraient choisis et enregistrés par son général et ses autres officiers, et aurait ses quartiers dans les terres et doooaines appartenant à Sa Majesté, dans les palalinats de Kio'wie, Braclaw et Czerniechow, desquels quartiers toutefois les biens de la noblesse seraient affranchis. — 2» Que si quelques sujets de cette noblesse étaient enrôlés dans l'armée zaporoguienne, ils seraient
obligés de transférer lears demeures en les terres da roi dans le palatinat de Kiowie, et leur serait libre de> vendre leurs biens, meubles et immeubles, en quelque part qu'ils fussent, sans qu'ils pussent être empêchés par leurs seigneurs et les starostes ou sousstarostes.— 6<»Que le général des Kozaks aurait la ville de Czebrin pour son entretien; et que tant Bogdan Ghmielnicki, aujourd'hui pourvu de cette charge, que ses successeurs jouiraient des prérogatives y attribuées, conféreraient les charges des autres officiera de leur armée, et demeureraient sous la protection des généralissimes de la couronne, à laquelle ils s'obligeraient par serment de garder une fidélité inviolable. — 7<* Que la religion grecque dont Tarmée zaporoguienne fait profession serait maintenue dans son ancienne liberté, avec tous les évêchés, monastères et églises qui en dépendent, et que les biens ecclésiastiques qui pourraient avoir été usurpés pendant le cours de cette gaerre seraient restitués. — 8° Que la noblesse catholique ou grecque qui aurait suivi le parti des Kozaks, même les habitants de Kiovrie, jouiraient de l'amnistie et seraient en conséquence rétablis dans tous leurs biens, droits, honneurs et libertés. — 9° Que les juifs seraient maintenus au droit de bourgeoisie, dans les domaines du roi et terres des gentilshommes, et pourraient être fermiers de leurs biens et de leurs droits, comme auparavant. — 10» Que les Tartares qui étaient dans le royaume s*en retireraient au plus tôt sans faire aucun dégât, et ne pourraient plus y avoir aucun quartier, en quelque endroit que ce f(it. Que le général des Kozaks ferait tout son possible pour les engager dorénavant au service de la république; mais que s'il n'en pouvait venir à bout avant la diète prochaine, lui et ses Kozaks seraient tenus de renoncer à leur amitié et de leur faire la guerre, comme aux ennemis du roi et de la république, et qu'en outre ils ne pourraient faire aucune ligue, ni entretenir aucune correspondance avec eux^ ni pas même avec aucun prince voisin, mais demeureraient dans une perpétuelle et constante fidélité et obéissance envers Sa Majesté et la république, dont eux et leurs successeurs donneraient des marques dans toutes les occasions où ils seraient commandés pour son service. — 11» Que comme il n'y avait jamais eu de Kozaks enrôlés pour la garde des frontières de Lithuanie, aussi n'y en aurait-il point encore, mais qu'ils demeureraient tous comme il était dit dans les limites du palatinat de Kiowie... — 14» Que Ghmielnicki et l'armée zaporoguienne enverraient des députés k la
diète prochaine pour remercier trèa-humblement le roi et la république de la grâce qu'ils auraient accordée. » (Histoire de la guerre des Cosaques contre la Pologne, avec un discours de leur origine, pays, mœurs, gouvernement et religion, par Pierre Chevalier, conseiller du roi en sa cour des monnaies. Paris, 1663, p. 67-70; 208-218.)
GuKBRB DRs ScÉDOis. — Le roî Sigismond III Wasa réunissait sur sa tête les deux couronnes de Pologne et de Suède. Son oncle le duc de Sudermanie, qu'il avait nommé régent du royaume, lui refusa obéissance dans la diète d'Abroga (février 1597). Sigismond débarqua à Calmar avec une petite armée le 8 août 1598. ^près nn succès à Stégéborg le 9 septembre, il éprouva un échec à Strengbrov près Linkoping le 23 septembre et dut se réembarquer. De longues guerres s'ensuivirent entre les deux branches des Wasas, entre la Pologne catholique et la Suède prolestante. Les rois de Suède pratiquaient déjà la politique adoptée depuis par les monarques prussiens et qui consiste à regarder une armée comme un capital qui doit rapporter des provinces et à chercher des agrandissements en dehors de toute idée de justice .
La Livonie fut le théâtre de la première guerre. Karolson, fils naturel du duc de Sudermanie, fut battu en juin 1601, par le prince RadziV^U aidé des conseils de Chodkiewicz. A la fin du mois d'août, le duc de Sudermanie débarqua aux environs de Riga avec 17,000 hommes. Repoussé avec perte du camp que Chodkiew^icz avait établi sous ses murs, il repassa précipitamment en Suède, à la nouvelle de l'approche d'une armée que commandaient le rot Sigismond en personne, et, sous lui, les deux hetmans Zamoyski et Zolkiewski. Chodkiewicz, qui avait participé pendant quinze mois à la plupart des succès de Zamoyski et secondé Zolkiewski dans la victoire de Revcl où périrent cinq mille Suédois, succéda à Zamoyski, lorsque, brisé par l'Age et les contrariétés, il abandonna le commandement. Le duc de Sudermanie, qui venait d'usurper le trône de Suède sur Sigismond et de se proclamer roi sous le nom de Charles IX (22 mars 1604), envoya derechef des troupes contre Chodkiewicz qui leur infligea un premier échec près de Revel. Celui-ci, profitant de ce que les rivières et les lacs étaient gelés, s'avança rapidement sous Dorpat, culbuta les Suédois à Rachiborz et emporta Dorpat d'assaut, sans permettre cependant le pillage de la villo. Ensuite il
livra à Weissensteia une bataille où renoemi perdit plusieurs milliers d'hommes. Aussi, en 1605, Sigismoud le nomma-t-il grandbetman de Lithuanie. Cette même amiée eut lieu son plus beau triomphe. Le nouveau roi de Suède avait recommencé ses invasions. Confiant dans ses quatorze mille hommes, il espérait entourer facilement à Kirchholm l'armée polonaise qui ne s'élevait qu*à 3,700 hommes. La victoire fut disputée, mais si complète, que neuf mille Suédois couvrirent la plaine de leurs corp^, et ce qui ne fut pas tué fut pris, 27 septembre 1605. Le prince de Lunebourg et le général Linderson furent au nombre des morts, et le roi de Suède, blessé, ne put regagner sa flotte qu'au prix du dévouement d'un do ses sujets qui lui donna son cheval et mourut à sa place.
En 1621, Gustave- Adolphe envahit la Livonie (4 aoftt), prit Riga (16 sept.) et poussa jusqu'à Mitau en Courlande. Une trêve suspendit les hostilités jusqu'en 1625. Le 30 juillet 1625, Gustave-Adolphe reparut en Livonie, pénétra en Lithuanie, et mit le siège devant Birze. Ou voit, par une lettre de Jean Fœgraeus au chancelier Oxenstiern, combien la résistance des Polonais indignait les Suédois : « Le 8 août 16i5, le roi assiégeait Biize. A un signal qu'il fit, trois de ceux qui s'entretenaient avec son écuj'er sortirent de la forteresse : celui-ci leur proposa de la part de Sa Msjeslé de la lui rendre; ils répondirent iusoiemmeut que c si le roi avait fait cons- « truire quelques places, il était daus le droit de les occuper ; mais c que pour eux ils ne voulaient pas sortir de la leur, et que le roi « (de Pologuc] leur maître n'a jamais provoqué celui de Suède à • aucune hostilité.» [Lettres et mémoires de Gustave-Adoiphe, de ses ministres et de ses généraux^ sur les guerres des Suédois en Pologne et en ÂHerwjgne, depuis 1625 jusqu'en 1632. Collection tirée des archives de Suède. Paris, M. DGC. XC.) Birze finit par se rendre. Les Polonais fureut vaincus à Walhof eu Courlaudo, le 7 jauvier 1626. En juillet, le roi de Suède serra de près Daniziek. Baltu à Miewo, le 17 sept. 1626, et à Hammerstein eu avril 1G27, Gustave-Adolphe assiégea vainement Dautzick en juin, emporta Broduica le 4 octobre, et gagna la bataille de Gorzno, le 12 février 1629. Enfin, le 28 juin, Kouiecpoleki, vainqueur à SLum, manqua de faire prisouuier Gustave-Adolphe, qui fut blessé. Le. 26 sept. 1629, une trêve de six ans fut signée à Starygrod.
La fille de Gustave-Adulphe, la reine Christine, abdiqua en 1654; aussitôt Charle. -Gustave songea à envahir la Pologue. Le tzar Alexis avait décloué la guerre en prenant pour prétexte <}ue des
Polonais qui lui avaient écrit avaient omis quelques-uns de ses titres; Charles-Gustave basa son agression sur ce que la chancellerie polonaise n*avait fait suivre ses titres que de deux etc. au lieu de trois. On trouve les vrais mobiles de sa conduite dans les récits de l'époque : le roi de Suède crut Toccasion favorable en « voyant la plus grande partie de la noblesse polonaise en division avec leur roi^ et ce royaume attaqué eu mesme temps par deux puissans ennemis^ l'un estranger, l'autre domestique^ le Moscovite et le Cosaque. » [Copie d'une relation de la guerre du roi de Suède contre la Pologne, écrite par M» Courtin à M. le maréchal de Grammont. Paris, 10 février 1656.)
Le roi Charles-Gustave soumit presque toute la Pologne, se rendit maître de Varsovie, contraignit le roi Jean -Casimir & se réfugier en Sllésie et vint assiéger Cracovie. Czaruiecki, malgré Ténergie de sa résistance, ne put qu'obtenir une capitulation hono rable. il semblait que Charles-Gustave n'eût plus qu'à soumettre Marienbourg et Danizick. L'auteur de la relation de cette guerre que nous avons cité et qui écrivait avant le dénouement de la campagne, disait que le palatin de Poméranie, cantonné à Marienbourg, c pensait déjà à s'accommoder. Pour Danzick, ajoute-t-il, dont les bourguemaistres font les méchans, ayant bruslé leur faubourg sans que personne les prie encores de rien, il eschapera encores moins que le resle, je dis quand on ne l'allaquerait pas, le commerce estant une fois interrompu comme il est desja, puisque le roy est maistre de la Pologne et de la Vislule, cette grande ville tombera d'elle-même. »
La Pologne semblait durablement conquise. Mais la fortune de Charles-Gustave échoua devant la forteresse de Czenstochowa que le prieur Kordecki défendit contre toutes les attaques des Suédois. Le pays entier voulut se mettre à la hauteur de l'exemple que lui offrait Kordecki. Czarniecki imagina une tactique analogue à celle qu'adoptèrent plus tard Puluwâki et les confédérés de Bar. Il procéda non par batailles rangées, mais par surprises, parcourant des distances énormes, enlevant les convois, écrasant isolément les divers corps de l'armée suédoise, dont le butin alourdissait les mouvements, et se trouvant toujours où l'ennemi l'attendait le moins. C'est ainsi qu'il atteignit l'arrière-garde de Charles-Gustave sur le San, la détruisit presqu'entiè rement, enleva les bagages et jusqu'à la vairselle du roi. A Rudnik, il manqua d'enlever le roi lui-même (1656).
Sur ces entrefaites, Télecteur de Brandebourg pensa qu*il lui serait facile de tirer quelque profit des malheurs de la Pologne, et il Tenvahit à son tour. Czamiecki, en marchant à sa rencontre, anéantit à Kozienice huit régiments allemands et suédois si complètement qu^il ne se trouva personne pour annoncer ce désastre à Charles-Gustave; puis, ayant Jean Sobieski sous ses ordres, il barra près de la ville de Warka le chemin à l'électeur de Brandebourg. La Pilica séparait les combattants. — t Polonais! s'écria Gzarniecki, la mer n'a pas empêché les Suédois de pénétrer dans notre pays; montrons qu'aucune rivière ne nous empêchera de chasser de notre sol les envahisseurs. » Son armée traversa la rivière à la nage, et l'électeur de Brandebourg éprouva une complète déroute (7 avril 1656). Les talents de Gzarniecki ne purent détourner la défaite du roi Jean-Casimir à Praga. Seulement il s'en vengea en tuant 2,000 Suédois à Lipiec. Par des marches forcées et en manœuvrant au milieu de plusieurs armées ennemies, sans se laisser entamer, il parvint à aller prendre le roi Jean-Casimir à Dantzicket à le ramener à Czenstochowa (1657).
Les Suédois évacuèrent précipitamment la république et cherchèrent en Danemark les agrandissements qu'ils n'avaient pu trouver eu Pologne. Czamiecki fut, en 1658, espédié au secours des Danois. 11 lui fallait déloger d'Alsen les ennemis. Il traversa le canal avec ses cavaliers pendus aux crinières de leurs chevaux, et en huit jours délivra des Suédois Tile d'Alsen«
Enfin, le 3 mai 1660, le traité d'Oliva mit fin à cette guerre. Jean- Casimir, le dernier des Wasas qui ait régné en Pologne, renonçait à son titre de roi de Suède et cédait la Livonie , l'Esthonie et Tllc d'QEsel. C'est tout ce qui restait aux Suédois de leurs conquêtes en Pologne et d'une si grande dépense d'hommes et d'argent. Ils a?aient affaibli la Pologne et perdu de vue la Russie, qui devait leur reprendre non-seulement TEsthonie et la Livonie, mais encore Id Finlande.
Prédiction de JEAN-CiftiHin et son abdication. —Après la mort àe Ladislas IV, son frère Jean^Casimir fut élu roi le 17 novembre 1648. D'abord militaire, il avait voyagé : entré dans Tordre des Jésuites, à Romo , il avait été fait cardinal. Devenu roi, il fut relevé de ses vœux par le pape, obtint dispense et épousa la veuve de '-son frère, Marie de Gonzague. C'est en cédant aux suggestions de sa femme qu'il proposa, mais en vain, à la diète de 1661>
d'élire pour son successeur le duc d'ESnghien^ fils du grand Gondé.
AfQigé des divisions intestines qui rongeaient la république^ il prononça en pleine diète (4 juin 1661) cespanoles fatidiques :
c Dieu veuille que je sois un faux prophète ! Mais je vous dis que si vous ne remédiez pas au roal^ la république deviendra la proie des nations étrangères. Les Moskowites s'efforceront de détacher les provinces russiennes^ jusqu'à la Vistule peut-être. L'expectante maison de Prusse voudra s'emparer de la Grande -Pologne. L'Autriche se j ettera sur Gracovie. . . »
Jean-Gasimir abdiqua par acte du 16 septembre 1668. Il fit ainsi devant la diète ses adieux à la nation :
« Puissé-je mériter quMne fois enseveli dans la terre de ma patrie, entre les cendres de mes aïeux, votre postérité garde ma mémoire et dise que je fus le premier dans les combats, le dernier dans les retraites et les revers; qu'aujourd'hui, par passion du bien public, je renonçai à la grandeur royale, et, dans l'intérêt de la Pologne, rendis l'empire à ceux mêmes qui me l'avaient donné. L'amour de la nation me fit monter sur ce trône par ses libres suffrages : maintenant, mon amour pour la république m'en fait descendre. Beaucoup de mes prédécesseurs transmirent le sceptre à des fils, à des frères. Je rends le mien à cette pairie bien-aimée dont je fus le fils et le père. Me voici devenu de prince, soldat; de maître, sujet; de roi, citoyen. Je cède la'place à plus fort et plus jeune que moi, à celui que désigneront la volonté de Dieu et les libres suffrages de la nation. Plaise au ciel d'inspirer à la république un choix conforme aux intérêts de sa puissance et de sa gloire ! Dans ma solitude, libre de soins, c'est la prière la plus ardente que j'élèverai vers le Très-Haut. Polonais, il ne me reste plus qu'à vous rendre grftce à tous de vos services, de vos conseils et de votre dévouement. Si, malgré mes efforts et mes vœux, mon gouvernement a pu faire des mécontents, ce dut être la faute des circonstances, la faute de la destinée. Je les prie de me pardonner i
Jean-Gasimir se retira en France, où il mourut, abbé de Saint- Martin de Nevers, le 16 décembre \&t2. Son cœur fut déposé à Paris , dans l'église Saint-Germain-des-Prés, où l'on voit encore son mausolée (le bas-relief représente la victoire de Beresteczko, et l'inscription rappelle qu^il n'a pu survivre à la douleur de savoir Kamieniec pris par les Turcs) ; son corps fut transporté à Gracovie,
Election d'un Piast. — a Dans l'ancienne Pologne, la liberté de
rimprimerie était plus grande que nulle part en Europe ; car quiconque avait droit de cité pouvait fonder une imprimerie et publier ce qu'il voulait Le sentiment de la nation était une terrible censure ; il parait qu'on n*abusa point de l'imprimerie, puisqu'il nous resta le proverbe : c'est vrai, car c'est imprimé. Or^ telle était l'influence de la presse, qu'un seul petit livre au jtemps de l'élection éleva au trône Michel Korybut ( Article d'Adam Mickiewicz dans le Pielgrzym, 12 juin 1833. Œuvres complètes^ édit. pol. VI, p. 213. )
Cette brochure du xvii« siècle est d'un grand intérêt Elle a eu une édition française sous le titre A, 0. Censure ou discours poii' tique touchant les prétendants à la couronne de Pologne, Cologne. 1670. C'est un Polonais qui s'adresse aux Polonais :c Nous Polonais avons ce bonheur sans pareil, que nous ne sommes pas l'apanage de quelque prince ou de quelque famille et que nous ne devenons pas leurs esclaves, mais nous prenons de notre bon gré des maîtres ausquelâilne faut pas servir, mais obéir. Nous cherchons et prenons avec liberté les rois de Pologne dans toute l'étendue du monde catholique, les particuliers tous en général, un nombre infini de noblesse étant en rase campagne, respirant un air libre, jouissant du droit électoral, donnant sans contrainte leur voix aux prétendants, enfin nous élisons nos rois. »
Voici quelques arguments par lesquels est repoussé le Moskowite : « La droite raison répugne de parler, voire même de songer à l'union et l'incorporation de laPologne etdelaMoskowie. L'exemple des Jagellonsne s'accorde en rien au temps et à lapersonne. Le palatin de Czeruiechow a dit un jour que ce n'était pas l'intention des Mûskowites de se faire catholiques romains, mais plutôt qu'ils entendaient que nous Polonais embrassions leur religion et cérémonies. Le grand-duc ne confiera pas à Dieu ou au hasard de l'élection une race ré){nante> sinon que, par aventure, nous Polonais ne souhaitions de devenir l'héritage de sa famille, de mettre notre liberté sous le joug et d'exposer nos dos aux bâtons et aux étrivières. L'offre de rendre Smolenek ressemble à un hameçon auquel ayant attaché une belle amorce on attirerait dans les fileta toute la Pologne. Les secours des Moskowites ne sont pas bien sûrs: le peuple romain s'est emparé de l'univers en défendant 83S alliés. Il n'y a pas longtemps que l'ambassadeur du tzar à la république de Venise , passant par Varsovie , répondit que le grand-duc accorderait son fils aux Polonais pour roi si on l'oignait
la ^Pologne à la Moskowiç qui est héréditaire et que le sénat du royaume ne refusât pas la condition que les boyards ont dans le grand-duché. Achète-t-on si cher TesclaTage mosko-wite 7»
Quant au duc de Neubourg dont les prétentions étaient fayoriséespar le marquis de Brandebourg, les rois de France'etde Suède^ l'Empereur^ l'électeur de Saxe^ et les autres électeurs et princes de l'Empire, il est dit : « C'est une chose insupportable à la générosité polonaise, que des princes sans nous aient fait traité de nous. Ce qui empêche le Neubourg d'être roi de Pologne, c'est qu'il est prince allemand. II se faut souvenir que les Allemands ont toujours été dommageables à notre Etat. Je finis avec Stanislas Kamkowski, autrefois archevêque de Gniezno : Je ne veux pas, disait-il, retourner en ma miison avec un roi allemand. »
Passant au prince de Gondé, il est observé < que la France eyt en mauvaise odeur chez les Polonais, depuis la paix d'Oliva faite par ta médiation de la France qui étant d'un côté favorisait l'autre. D'ailleurs le roi très-chrétien, par un traité.fait avec le Brandebourg, a tourné sa faveur sur le Neubourg. Donc quel profit recevraient les Polonais ayant Condé pour roi? Nous remporterons seulement Tenvie, la défiance et l'inimitié des princes voisins. »
Arrivant au Lorrain : « Ou on ne peut montrer aucun des prétendants étrangers qui nous soit propre, ou c'est entré tons le prince de Lorraine de qui on doit dire : le voilà Il est catholique ; il est &gé de vingt-six ans, il se fera facilement aux mœurs de notre nation ; la pensée de Charles-Quint se trouvera véritable : la fortune favorise les jeunes gens. 11 est mitoyen entre le français et l'allemand. Il est d'une illustre famille. Juste Lipse a dit touchant Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine : qutil avait en lui quelque chose plus que l'homme, n
L'auteur conclut en faveur d'un gentilhomme polonais^ ou Piast: «Je n'ai pas une simple amitié pour Piast; je l'aime éperduement, son nom me flatte. Piast ou Porteur est celui qui portera dans son sein et dans ses bras notre patrie ébranlée et chancelante et il aura un grand soin de notre bonne mère. J'ai pour guide de mon amour l'Ecriture sainte qui dit à Moïse : Tu ne pourras élire un étranger pour ton roi, parce qu'il n'est pas ton frère. La nature, tout ce qu'elle xjroduit,le droit, les coutumes des gens, les lois et les exemples prouvent que pour avoir des cheC» et des persuadeurs favorables il les faut choisir d'entre son peuple. Piast est né et élevé dans le sein de notre liberté, il l'aimera comme un vrai nourrtfleon. La
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Pologne n*a paa tant besoin de richesses étrangères, qu*elle n'ait assez des siennes propres. 0 Pologne ! que tu serais heureuse jusqu'à être enviée si tu counaissais tes biens^ si tu usais bien de ta liberté, si tu bridais tes soldats^ si tu donnais de la vigueur à tes lois. Un prince qui aura une autre patrie, nous aimera-til mieux et plus sincèrement qu'un de notre pays? Quel étranger qu'on élise, je ne mens pas, ce sera la véritable élection des grands; l'élection de Piast sera la seule vraie et celle des nobles. Jean Basile (Iwan IV) a follement reproché à notre Etienne qu*il n'était pas descendu de sang royal. L'autre lui répondit généreusement : Moi, que la vertua fait roi, suis plus illustre que celui qui l'est dès le ventre de sa mère. — Enfin quel est ce Piast? le célerai-jejou le uonmierai-je? Il semble que c'est Michel Korybut, duc de Wisniowiecki, qui se fait remarquer entre tous. C'est le chef de la maison de Wisniowiecki de Korybut^ parent de Jagellon. Son père, ce héros, qui était palatin de Russie, l'amour du peuple, le père des gens de guerre et dans la victoire de Beresteczko s'est rendu immortel aux siens, que toute l'armée a pleuré et porté en deuil sur ses épaules. La cour de son père était l'école de la jeunesse polonaise et des vaillants hommes; sa mère est pieuse et rigide observatrice des coutumes anciennes. C'est un jeune homme d*une éminente vertu, il est bon, modéré, prudent, lettré, savant es langues étrangères, qui a été éprouvé par tous les revers de fortune et qui au fait de la guerre ne dégénère en rien à son père, ce qu'il fit bien voir dans la campagne royale au-delà du Borysthène. Il n'a pas grand parentage, car la maison de Wisniowiecki est réduite à trois hommes. »
L'auteur termine par ces mots : « Au reste, j'efface ce que j*ai écrit avec candeur des prétendants, si la; république qui est mattresse du champ électoral a d'autres sentiments. Je soumets de bon gré et entièrement ma volonté au public. »
Michel Korybut Wisniowiecki fut élu le 19 juin 1669 et couronné le 29 septembre suivant.
ZoLKiEWSKi, Chodriewicz ET CzARNiECKi. — La secoude moitié du xviio siècle fut féconde en grands généraux. Il y eut en France : Condé, Turenne, Villars et Catinat ; et en Pologne : Zamoyski^ Zolkiewski, Chodkiewicz et Czamiecki. Gomme Condé , Zamoyski a mérité d'être appelé : le Grand. La vie des grands capitaines de la Pologne serait étudiée aveclt'uit par les militaires étrangers. Et^ par exeniple, les Mémoires que Zolkicwski a laissés sur sa cam-
pagne de Moskou sont aussi beaux que les Commentaires de Gé«ar et les dictées de Napoléon.
Stanislas ZoOdewski est né aux environs de Léopol en 1547. Il débuta sous le roi Etienne, en 1575, dans l'expédition contre Dantzick^ fit avec lui les glorieuses campagnes contre Iwan le Terrible et se distingua particulièrement au siège de Pskow. Quand un Wasa fut élu roi sous le nom de Sigismond III, et que Maximilien d'Autriche, son compétiteur à la couronne, voulut réparer par les armes Téchec que lui avait fait éprouver le choix des Polonais, Zolkiewski, sous les ordres du grand Zamoyski, contribua d'abord à repousser de Gracovie, le 24 novembre 1587, cet archiduc, puis à le vaincre et faire prisonnier à Byczyn. C'est lui qui, dans cette bataille, s*empara de Tétendard jaune des Hapsbourgs; il y fut blessé. Sigismond III récompensa ce fait dVroes en nommant Zolkiewski staroste de Hrubieszow, et, bientôt après, hetman de la couronne.
En 1595, il alla, cette fois encore, avec Zamoyski, au secours du hospodar de Moldavie, Jérémie Mohila, contre les Turcs et les Tartares. 11 n'avait pas eu le loisir de se reposer des fatigues de cette expédition, lorsque le roi et Zamoyski le chargèrent de la répression des Kozaks qui, cernés par d'habiles manœuvres, rentrèrent dans la soumission.
En 1600, il retourna avec Zamoyski, au-delà du Dniester, combattre le hospodar de Valachie, Michel le Brave, qui venait de renverser en Moldavie le hospodar ami de la Pologne. Michel fut mis en déroute à Plolesti, et le lendemain les boyards vinrent au camp des vainqueurs reconnaître la suzeraineté de la Pologne.
En 1602, Zolkiewski suivit Zamoyski 'en Courlande. Détaché par lui, il vain<piit un corps suédois à Revel, et le général ennemi Arnep resta parmi les morts. En janvier 1605, à Korowcg, il repoussa victorieusement une incursion des Tartares.
En 1609, il mit le sceau à sa gloire dans la guerre qu'entraîna l'apparition des faux Démétrius. Vainqueur à Tsavero-Zaimistche et à Klouchin, il campa au Kremlin, et Varsovie le vit amener dans ses murs un tzar captif (Basile Chouyski).
En 1617, il arrêta les Tartares et les Turcs par de savantes manœuvres. En 1620, il pénétra en Moldavie avec quelques milliers d*honmies, espérant s*y réunir à vingt ou trente mille Moldaves, dont le hospodar «rait demandé à passer sous la suzeraineté de la république. Le hospodar ne le rejoignit qu'avec six cents chevaux.
Zolkiewâki livra à Ceçora une bataille saDglante , mais iodécise^ et 8e mit en retraite. Attaqué continuellement pendant hait jours par les Turcs et leurs nombreux auxiliaires tartares, il ramena son armée jusqu'au Dniester. Lk, le désordre éclata dans les rangs : beaucoup de soldats voulaient franchir individuellement le fleuve et regagner leurs foyers sans avoir souci ni de la discipline^ ni du sort de leurs compagnons. Les valets d'armée se jetèrent sur les bagages. L*hetman ne consentit pas à chercher son salut dans la fuite. Il lutta jusqu'à la fin contre les siens et contre Tennemi et succomba en héros sur le champ de bataille (6 octobre 1617).
Ce désastre consterna la Pologne. Sa famille racheta son corps aux Turcs. On grava sur sa tombe : Exoriare aliquis, nosiris ex ossibus ultor; Qu'il sorte de nos cendres un vengeur!
Charles Chodkiewicz fut Témule de Zolkiewski. Il naquit, en 1560^ à Vilna, dont son père était palatin. En 1595^ il suivit Zamoyski ea Moldavie. Il était déjà staroste de Samogitie^ quand il obtint, en 1596^ le commandement d*un régiment dans le corps d^armée que rhetman Zolkiewski conduisait contre les Kozaks révoltés. Il prit part à la campagne de Zamoyski^ en 1600, contre Michel le Brave. Au moment de la bataille, Chodkiewicz, avec quelques-uns de ses compagnons, proposa à son chef de se jeter sur l'ennemi en helières. On appelait de ce nom des cavaliers qui, choisis dans TéUte de Tannée, se distinguaient par une écharpe rouge et formaient des escadrons pareils aui^ hussards de la mort sous la république francise. Zamoyski lui répondit Qfir le mot de Scipion : « J'aime mieox conserver un des miens à la f^ublique, qu'acheter par sa perte la victoire suf un millier d'ennemis. » Les Polonais vainquirent.
Vers ce temps, la Suède voulut disputer la Livonie à la Pologne. C'est dans cette guerre surtout que s'illustra Chodkiewicx. Sa brillante victoire de Kirchholm répandit son nom en Europe. Plusieurs souverains lui envoyèrent leurs félicitations. Le 30 septembre 1605, Chodkiewicz écrivit à Sigismond (qui reçut sa lettre le 6 octobre, dans la cathédrale de Varsovie, pendant un sermon de Skarga) : c Ainsi tombent de puissantes armées, ainsi périssent ceux qui tirent le glaive contre Dieu, la justice et leur seigneur. »
En 1609, Chodkiewicz emporte Pamawa d'assa\;it, incendie devant Revel des navires ennemis, fait lever le siège de cette place, et prend plusieurs forteresses.
Quand Zolkiewski, vainqueur et maître de Moskou» donna sa démission parce que le roi ne voulait point ratifier lea eagageoieiiU
de rhetman avec !ea Russes, Chodkiewicz accepta de lui succéder. Il raYitailla plusieurs fois la garnison polonaise de Moskon, s'empara de plus d'une ville importante^ et revint, en 1617^ assiéger la'capitale de la Russie. Mais le traité de Dziwilin reconnut h la république les provinces qu'elle avait récupérées^ et Chodkiewicz ramena l'armée en Pologne.
Peu après succomba Zolkiewski, et sa mort laissait la frontière découverte. Une armée fut réunie à la hàte^ qui comptait dans ses rangs le prince Ladislas, fils du roi. Elle s'avança^ sous les ordres de Gho^ewicz, jusqu'à Ghoccim. Les Polonais ne pouvaient opposer que trente-cinq mille hommes de troupes régulières et à peu près autant de Kozaks à trois cent mille Turcs^ sans parler des Tartares. Après une série d'assauts du camp polonais et de véritables batailles, l'orgueil des Turcs, refoulés et décimés, dut céder devant l'héroïsme polonais. Chodkiewicz ne vit pas cet important résultat. Mais les Turcs étaient déjà bien revenus de leur fol espoir de rendre tributaire la république, lorsque le grand capitaine, épuisé par son ége et de glorieuses fatigues, expira le 14 septembre 1621. La veille de sa mort, il reconforta par ses paroles le courage de ses lieutenants réunis sous sa tente. Deux semaines après, le 8 octobre 1621, les Turcs signèrent la paix. (Voyez la Vie de Chodh'e^ wiczy par Naruszewicz. . — Zywot /. K. Chodkiewicza, wofevoody Wiienskiego, hetmana W. Ks, Lit, przez Adama Naruszetoicia,]
Btierme Cxarniecki fut l'un des maîtres de Jean Sobieski. II naquit^ en 1599, & Zorawno, dans le palatinat de Sandomir, et servit d'abord, en 1633, dans la guerre heureuse de Ladislas IV contre la Russie. Fait prisonnier dans la guerre des Kozaks (2 mai 1648), il dut sa délivrance & la paix de Zborow. Il était déjà colonel de hussards, quand il prit part à la grande bataille de Beresteczko, à côté de Jean Sobieski (1651).
L'année suivante, Fhetman Kalinowski fut traîtreusement surpris par les Kozaks, à Batow, où neuf mille Polonais furent les uns massacrés, les autres réduits eo captivité, et où l'hetman lui-même et Maro Sobieski, firère de Jean, laissèrent la vie. Czamiecki, nommé alors quartier-mattre de la couronne et détaché avec dix mille hommes en IJkraine, soumit de gré ou de force beaucoup de villes et ftit blessé aux assauts de Monasterzyszcze et de Bnsza. Chmiel* iiickS,le chef dee Kozaks, se voyant impuissant à rien fonder, avait été mendier la protection du tzar Alexis. Czamiecki assista le gr«iid*1ietiiMai Stanislas PotocU dana la déftdte qu'il infligea aux
Kozaks et à leurs nouveaux alliés^ les Russes, aux environs de Human^ en janvier 1655.
Tous les ennemis allaient assaillir la république affaiblie et divisée. Aux Russes se joignirent les Suédois. Après le prieur K(Trdecki^ le glorieux défenseur de Gzenstocbowa, c'est à Gzamiecki que revieut la plus belle paît d'honneur dans l'expulsion des Suédois du territoire polonais. U alla ensuite défendre contre eux le Danemark.
L*inva9ion que fit de trois côtés le tzar Alexis Michallovitch rap« pela Gzamiecki en Pologne. Les Russes^ sous Chovanski^ assiégeaient Lachowice. Gzamiecki se réunit à Paul Sapieha^ et, malgré l'exiguïté de leurs forces, les Polonais défont leurs ennemis. Quarante canons, cent quarante-six drapeaux tombent en leur pouvoir, quinze mille Russes sont tués ou pris (27 juin 1660).
Le 18 octobre, dans le même temps où Gberemetiefit était écrasé à Gudnow, Gzamiecki tuait quatre mille hommes à Dolgorouki, sans pouvoir toutefois forcer son camp. Il courat ensuite à Kiew et apaisa rukraiue. Le tzar demanda la paix; la convention d'Hadziak interrompit la lutte contre les Kozaks; la paix avait été conclue avec la Suède à Oliva. En 1661, la Pologne respira, et ses généraux allèrent recevoir les remerciements de la diète. Gzamiecki fut gratifié de la starostie de Tykocin.
Malheureusement, ses discordes intérieures enhardirent vite les perfides ennemis de la Pologne. Le tzar l'attaqua de nouveau. Gzamiecki vainquit Ghovanski à Glenbokie, près de Plock, lui tua six mille hommes, lui prit dix-sept canons et tous ses bagages. Le 13 janvier 1664, il entra, à la suite de Jean-Gasimir, en Moskowie. Détaché ensuite en Ukraine, voyant l'exiguïté de ses ressources, il conçut le projet hardi de quitter son armée avec treize compagnons seulement. H se rendit en Grimée, obtint le secours des Tartares, revint emporter Steblow et Sladnica.
Mais son demier jour approchait. Se sentant faiblir, il quitta l'armée. Il reposait dans une chaumière du village de Sokolowka, lorsqu^un messager du roi l'atteignit avec sa nomination d'hetman. c J'ai dit bien souvent, exclama le glorieux vétéran, qu'on me donnerait le bâton de commandement quand je ne pourrais plus ni supporter les fatigues de la guerre ni tenir une épée. » Il expira en 1665. Le roi Jean-Gasimir lui rendit le témoignage qu^il avait tiré la patrie de l'abime.
— Si l'on voulait spécifier le caractère des trois grands capitaines
dont nous veDons d'esqoissër la vie^ on ponrrait le faire ainsi : l'esprit jagellonien revivait dans Zolkiewski; cet esprit qui^ durant deux siècles, avait animé le corps entier de la nation, brillait encore par intervalles dans un homme, dans un corps d'armée , dans une partie de la république. Zolkiewski ne séparait point l'action militaire delà politique; il se préoccupait d'agir sur le moral de l'ennemi comme sur le moral des siens; dès qu'une lutte n'était plus juste à ses yeuz^ il cessait d'y prendre part. Ghodkiewicz est, avant tout, un militaire ; c'est un général régulier qui sert fidèlement le roi et la patrie. Czamiecki a toutes les qualités d'un général de partisans.
Tous les trois eurent à combattre successivement les ennemis de la république, comme l'avait fait Zamoyski le Grand. Toutefois, le nom de Zolkiewski est plus spécialement attaché à la campagne de Moskou ; celui de Ghodkiewicz à l'expédition de Livonie contre les Suédois; celui de Czamiecki aux guerres contre les Kozaks. Cétait une époque de rudes épreuves pour la Pologne, de revers et de triomphes : la gloire militaire finit par être couronnée dans Sobieski.
Jean Sobibski. — Les Polonais se tenaient encore à la lettre de leur constitution, mais l'esprit qui la vivifiait et qui déjà s'était aflaibli sous les Wasas, ne cessa de décroître sous les règnes suivants. Les rois désormais ne comprennent plus les tendances intimes de leur nation et cherchent leur idéal parmi les monarques absolus qui les environnent. Les nobles s'opposent à cette déviation de leurs rois^ sans rester fidèles au principe fondamental du développement de la république, et ils arrêtent & eux la liberté au lieu de la faire descendre sur toutes les classes. Et cette liberté^ qui n'est plus tempérée par la sagesse du roi^ contenue par l'unanimité de l'opinion publique, ni employée au bien général, dégénère en anarchie.
Jean Sobieski, celui des rois de Pologne dont le nom est le plus connu chez les étrangers, représentait les brillants côtés comme aussi les défauts de cette classe nobiliaire à laquelle avaient été ducs jusque-là les prospérités de la patrie et qui allait en amener lamine.
Ce grand capitaine avait une glorieuse tradition de famille. Sa mère était petite-fille de l'illustre Zolkiewski. Né le 2 juin 1629 dans le château d'Olesko, an pied des Garpathes, il vint en France
yen 1647 et rencontra le grand Cond6 dans les salons de madame de LongaevlUe* Le spectacle de la France d'alors ne fat probablement pas sans influence sor lui. Sous le règne de Michel Wisniowiecki, il ressembla aux seigneurs de la Fronde, et une fois parvenu an trône il rêva une monarchie à la Louis XIV.
Avant de prétendre au trône électif, il se couvrit de gloire dans les luttes continuelles de cette époque agitée, contre les Turcs, les Tartares, les Kozaks, les Suédois et les Moakowites. Il débuta à la bataille de Zborow contre les Kozaks (15 août 1649) en ralliant les soldats qui pliaient et reçut en récompense la starostie de Jaworow. A la bataille de Beresteczko il fut blessé. Il contribua avec Gzar« nieckià refouler les Suédois qui s'étaient avancés en Pologne (1654). Il eut la plus grande part aux victoires de Lubar (17 sept. 1660), de Slobodyszcza sur le fils de Chmielnicki (19 sept.) et à la destruction de l'armée russe de Ghéremetieff à Cudnow (!*' octobre).
En 1665, le roi Jean-Casimir lui conféra le b&ton de second hetman qu'il retirait au prince Lubomirski en disgrâce. La même année, Sobieski épousa une Française, Marie d'Arquien, qui, préoccupée, dès qu'elle fut sur le trône, de le rendre héréditaire pour ses enfants, ne sut donner à son mari que de mauvais conseils et ajouter aux difficultés de ^n règne. Cependant, malgré les calculs et les intrigues de leur mère, la couronne de Pologne ne devait échoir à aucun des fils de Sobieski.
En 1667, quatre-vingt mille Tartares et des nuées de Kozaks fondirent sur la république. Le roi Jean-Casimir, voyant que le tzar Alexis allait profiter de ses embarras pour attaquer, lui aussi, la Pologne, signa, le 30 janvier, la fatale paix d*Andruszow, qui abandonnait aux Moskowites l'Ukraine et une partie de la Russie-Blanche.
Cette même année, le roi réunit & la charge de grand-maréchal que Sobieski possédait déjà, celle de grand-hetman de la couronne. Revêtu de cette nouvelle dignité, Sobieski marcha contre Galga, frère du khan de Crimée et contre son allié Doroszenko, ataman des Kozaks. Il résolut, à cause de la disproportion de ses forces avec celles de Tennemi, de se laisser assiéger dans son camp. Il écrivit son dessein à sa femme qui avait été voir son père à Paris, et qui communiqua ce projet au grand Coudé. C^lui-ci en augurait que Sobieski serait défait. Après avoir repoussé toutes les attaques du 28 sept, au 15 oct., Sobieski sortit de son camp de Podhayce pour livrer une bataille qui fut une victoire éclatante. Varsovie salua en lui le libérateur de la patrie. En témoignage d«
son admiration, Louis XiV tint avec la reine d'Angleterre, veuve de Charles l**, son fils Jacques sur les fonts de baptême.
Le roi Jean-Casimir, qui était sans enfants, avait voulu faire nommer son successeur de son vivant^ ce qui était contraire aux Pacta conventa et aux idées des Polonais. Il s'en était suivi des résistances armées de la part de ses sujets. Un des plus grands seigneurs de la république, le prince Lubomirski, n'avait pas craint de marcher à la tète d'une armée contre le roi dont Sohieski commandait les troupes et il l'avait battu à Montwy le 19 juillet 1C66. Quoique Lubomtrski n'eût pas profité de ses succès et se fftt peu après exilé volontairement, le roi Jean-Casimir, découragé de désastres sans cesso renaissants, résolut d'abdiquer et communiqua son intention au sénat le 12 juin 1668. Il se trouvait être le dernier des Piastes, de» Jagellons et des Wasas.
Sous le règne malheureux du roi Miehel, ce fut encore Tépée de Sobieski qui porta les grands coups aux ennemis de la Pologne. U battit les Kozaks et les Turcs, près de Kalusz, en octobre 1672, et surprit le camp de Mahomet lY à Buhacz, ce qui n'empêcha pas Michel Wisniowiecki de souscrire un triste traité qui abandonnait à la Porte Ottomane la Podolie, Kamieniec, et promettait un tribat annuel. Sobieski entra dans une ligue dont le but était de détrôner Michel Wisniowiecki qui était odieux aux magnats. Mais la ligne échoua contre l'unanimité de la petite noblesse à défendre le roi qu'elle avait choisi. Des invasions venaient d'ailleurs le plus souvent interrompre les luttes intestines. Sobieski dit dans la diète : t Je sais le petit nombre de nos troupes et l'épuisement de nos finances. Mais ca peuple de serfs qui laboure nos terres se met dans ane espèce de liberté en prenant les armes : il est bientôt soldat. Je ne demande que 66,000 hommes pour vous arracher au joog ottoman. Si je vous proposais de vendre les vases sacrés, vous devriez y consentir, parce que hi patrie est plus sacrée que les mstruments de la religion. Mais la république a le trésor de Cracovie. Attendez-vous que Mahomet vous l'enlève? Vous voudriez un temps plus favorable, des alliancss, des subsides; les négociations sont longues, revenir est incertain, le présent seul est en notre puissance. » (Hist. de Sobieski, par l'abbé Coyer. Varsovie, 1761; I, p. 383.) Le traité de Buhacz fut rompu. Sobieski écrasa, le 11 novembre 1673, les Turcs à Choczim, à quatre lieues de Kamieniec^ hor» du territoire polonais^'sur la rive droite du Dniester. La veille le toi Michel était mort.
Les compétiteara an trdne de Pologne étaient nombreux: Charles de Lorraine, Emile de Brandebourg, le prince d'Orange, le duc d'York qui fut plus tard Jacques II, Georges de Danemark^ don Juan d'Autriche^ les ducs de Parme et de Modène, Fédor^ fils du txar Alexis, etc. La gloire de Sobieski l'emporta.
Il fut élu le 21 mai 1674. Le 24 août 1675, il culbuta une armée turque qui assiégeait Léopol. A peine eut-il été couronné à Cracovie, le 2 février 1676^ qu'il lui fallut retourner contre les Turcs.
Entravé par les divisions de la noblesse, il dut se laisser assiéger dans son camp pendant vingt jours par les Turcs que commandait Ibrahim Shaltan pacha, en septembre 1676^ et ne sortit de cette situation périlleuse qu'en signant la paix de Zorawno qui laissait aux Turcs Kamieniec et une partie de l'Ukraine. Il retrouvait dans les familles aristocratiques l'opposition que lui-même avait faite si longtemps au roi MicheK
Depuis le fatal exemple du Veto du nonce d'Upita, peu de diètes pouvaient aboutir et la république restait sans impôts ni levées décrétées, à la merci des incursions de ses ennemis. Les efforts de ceux-ci augmentent et les sacrifices personnels des premiers de la république faiblissent.
Le 17 août 1678, Jean III Sobieski renouvela avec les Russes le traité d'Andruszow qui leur laissait provisoirement (mais ce provisoire devait durer jusqu'au partage) Kiew et Smolendt.
En juin 1682^ trois cent mille Turcs, sous le commandement de Kara-Mustapha^ se précipitèrent sur Tempire. La Hongrie, exaspérée des cruautés de Tempereur Léopold, les seconda sous la conduite de Tékély et ils furent bientôt aux poftes de Vienne. Louis XIV pressait Sobieski de ne pas secourir Léopold, ennemi de la France et voisin malveillant de la Pologne. Sobieski, sons la triple influence de l'exemple de ses ancêtres qui avaient combattu et souvent avaient péri dans leurs luttes contre le croissant, des sollicitations de sa femme, ainsi que des instances d'Innocent XI, se décida à secourir l'Autriche. Marie -Casimire était gagnée par les promesses ^'nne alliance de famille dès que son fils serait en Age de se marier, jointe à la possession souveraine de la Moldavie et de la Valachie. Le roi Jean voulait stipuler le rétablissement d'une république du Péloponèse et d'Athènes.
Le 12 septembre 1683, Sobieski attaquait les Turcs, les mettait en pleine déroute et s'emparait du camp du grand-vizir. Après soixante jours de tranchée ouverte, Vienne se trouvait délivrée.
L'ingratitude antrichiesne se fit jour aussitôt. < A peine Tempereur voulait-il Toir le roi de Pologne, son libérateur. M. le duc de Lorraine souhaitait que Sa Majesté impériale allât au-devant de Sa Majesté Polonaise, TembrassAt et la remerciât. L'empereur fit des difficultés sur ce qu'il n*y avait pas d'exemples dans le cérémonial qu'aucun roi électif se fût trouvé avec l'empereur. » {Mémoire sur U siège de Vienne, en appendice au Journal de la cour de Louis XIV, 1807, p. 241.) L'entrevue eut lieu au camp, à cheval, chacun tenant la droite. L'empereur balbutia quelques remerciements vagues. Le roi répondit : « Mon flrère, je suis bien aise de vous avoir rendu ee petit service. » Sobieski, dans ses lettres à sa femme, se plaint amèrement : c Le légat a changé pour nous dès le lendemain de la bataille ; non-seulement il est très-fier et rebute tout le monde, mais pour peu qu*il soit en pohite il nous dit des impertinences. On ne nous donne plus ni fourrages ni vivres... Nos malades sont couchés sur du fumier;... on refuse d'enterrer nos morts;... on pille nos bagages... Ces messieurs de Vienne se sont établis en ville et s'y adonnent & ces plaisirs et & ces débauches pour lesquels Dieu les a si justement punis... Le cardinal Baonviso nous avait assuré qu'on avait réuni des vivres pour cent mille hommes et pour huit jours. A présent qu'il nous a abusés, il n'est pas même touché de notre détresse. Quant aux oi&ciers de l'empire, ils voudraient nous enlever même le peu que nous avons... Tout ce que nous avons fait et entrepris était fondé sur les promesses du pape, et maintenant il ne nous reste plus qu'à gémir en voyant périr notre armée, non pas sous les coups de l'ennemi, mais par la faute de ceux qui nous doiveut tout. > (18 sept. 1683.) (Lettres de Sobieski, trad. Stanislas Platcr. Paris, 1826.)
Sobieski voulut profiter de sa victoire. Il s'engagea en HongBÎe à la poursuite des Turcs. Surpris à Païkan le 7 octobre, il eut sa revanche le 9 à Gran. Mais jalousé et délaissé par les Autrichiens, manquant de vivres, de munitions, le roi rentra en Pologne.
Pendant cent ans les Viennois célébrèrent l'anniversaire de leur délivrance. Mais Joseph II, coupable du partage de la Pologne, abolit en 1783 cette solennité.
Le 6 mai 1686, l'ambassadeur Christophe Grzymultowski signa à Moskou un traité désastreux qui abandonnait définitivement aux Russes Kiew et Smolerisk, et reconnaissait leur domination sur les Kgzaks Zaporogues; mais la diète se refusa à ratifier le
traité. En août 1686^ le roi Jean occupa Jassy : c'est alors, au dir^ du prince Cantéxfiôr dans son histoire de Moldo-Valachie, que les capitulations de la Moldavie avec la Porte-Ottomane furent briUées sur la place publique, en même temps qu'étaient proBoncéea devant le peuple ces paroles : c Regardez bien comment S. M. le roi de Pologne vous affranchit du joug des Turcs. > Jean lit avait compté sur des secours autrichiens qui lui firent défaut* c La Pologne elle-même Tabandonna lorsque, voulant contrebalancer la puissance républicaine, il conçut la triste idée d*ériger la Yalachie et la Moldavie en principautés et de donner ces principautés à ses fils pour leur frayer le chemin au trône. » [Slaves, II, p. 349.] Il battit encore une fois les Turcs eu août 1691 ; les diètes se rompaient toutes, l'anarchie augmentait. Sobieski mourut au ch&teau de Willanow, près de Varsovie, le 17 juin 1696^
Sobieski est assurément l'une des plus grandes figures du 7VJi« siècle. Mais plus général que roi, il passe tout son temps à repousser les ennemis de la Pologne, il ne gouverne que peu, en ce sens que son autorité morale est sans cesse contestée. Ayant plusieurs ennemis à combattre, tantôt au midi et taotôt à l'orient, souvent il brusque ses campagnes et les termine par de mauvais traités, pour courir là où de nouveaux dangers l'appellent. C'était un héros couronné; il vint après les Wosas comme Batory après les Jagellons; mais, dans ses plans politiques, il n^avait ni l'ampleur ni la clairvoyance du roi Etienne. Il eût fallu pour empêcher la décadenoe de la Pologne qu'une nouvelle vie fût développée en elle. Si grand que fût Sobieski, il put tout au plus contenir le mal. Du moins le lustre de ses victoires fut pour la Pologne une protection qui dura près d'un siècle.
KiEW ET Sholensk.— Kiew, capitale de l'Ukraine, et Smolensk, capitale de la Russie-Blanche, étaient du côté des Moskowites les deux principaux bastions de la Pologne. Aussi furent-elles vivement disputées. Et quand la Pologne les eut perdues, elle se trouva démantelée. Sans Kievr, comment agir efficacement sur les Kozaks? Et Timportance stratégique de Smolensk est telle que Napoléon se repentit de ne s'être pas en 1812 arrêté à Smolensk, en relevant la Pologne intégrale derrière le Dnieper et la Dzwina, et laissant aux Russes ainsi expulsés du sol polonais le soin de re« prendre TofTensive, s'ils l'eussent osé.*