DE P0L06NS
eUfi Mconlédéra et, de même que Ion du précédeot interrègne on ayait prie rengagement de ne nommer qu'un étranger, eette fota on jura de n'éUre qu'un Polonaîa. Une armée rueee entra en Lithoanie, et i'Autriclie rapprocha dee frontiôrea de Pologne aon armée de Siléeia. La diète générale ftit fixée an 25 août, jour de la Salnt-ifODia. hê marqnie de Monti^ ambassadeur de France, fit connaître (4 sept.) que, si Stanislas était élu, le foi son mettre emploierait pour la maintenir sur le trône tontes les forées que Diea loi avait eonfiéee; il promit qae la Franoe appuierait la Pologne par une divieiim et paierait les troupes de la République.
Stanislas était arrivé de France en Pologne, par l'Allemagne, déguisé en marchand, il fut proelamé roi, dans le champ électoral de Wola, le 12 sept, par le primat Théodore Potocki, et l'on chanta Tê Dewn, puis Stanislas jura d'observer les Paeia connen/o. A cette nouvelle, le général Lasey fit avancer l'armée rosse snr la Vistole. La fsiblesee militaire de la Pologne était telle que le as sepU Stanislas se retira h Dantsick, où le suivirent la plupart des grands du royaume et des ministres étrangers, et où il fit apporter de Craeovie la couronne et les autres insignes de la royauté. (Yoy. Hitt. des raû de Poioffne et des r évolutions de ce royaume^ par Massnet, Amsterdam, 1734, IV et V.) Le 5 octobre, les Russes firent procéder à un simulacre d'élection, près dePraga, dans une auberge sur la route, an milieu des bois, par un petit nombre de gentilshommes dont quelques-uns y furent conduits enchaînés.* (Ruikiérey I, p. 156). L'éleeteur de Saxe fut ainsi proclamé par l'évéque de Posnanie, aux salves du canon russe, sous le nom d'Auguste ni. L'évêque de Craeovie, malgré la reconnaissance de Stanislas par le Pape, couronna Auguste III à Craeovie (17 janv. 1734); les sénateurs et les nonces qui étaient auprès 4u roi à Dantsick protestèrent.
Dantsick, qui était resté constamment fidèle à la République de Pologne pendant les guerres suédoises, se montra dévouée à Stanislas. Les autorités de la ville, ayant écrit an roi de' France, le 18 novembre 1783, en recevaient la réponse suivante : « Plusieurs puissances donnent déjà des marques de l'intérêt qu'elles prennent à votre conservation ; mais aucune ne pourra porter les témoignages si loin que nous désirons le faire, puisque nous regardons vos intérêts comme les nôtres propres et que nous nous proposons de ne rien négliger de ce qui peut dépendre de notre puissance et bienveillance. » (Versailles, 16 déo. 1738.) Le siège
dura de longs mois; mais la France fit pea. c L'empereur d'Allemagne^ uni avec la Russie^ était sûr du succès... Le cardinal de Fleury^ qui ménageait l'Angleterre, ne youlut ni avoir la honte d'abandonner entièrement lé roi Stanislas, ni hasarder de grande» forces pour le secourir. Il fit partir une escadre avcQ 1,500 hommes, commandés par un brigadier. Cet officier jugea, quand il fut près de Dantzick, qu'il sacrifierait sans fhiit ses soldats; et il alla relâcher en Danemark. Le comte de Plélo, ambassadeur de France à Copenhague, yit avec indignation cette retraite, qui lui paraissait humiliante. C'était un jeune homme de sentiments héroïques dignes d'une meilleure fortune. 11 résolut de soutenir Daotzick Contre une armée avec cette petite troupe ou d'y périr... Il arriva à la rade de Dantzick, débarqua et attaqua l'armée russe; il y périt. Danfzick fût pris (9 juillet 1734); Tambassadeur de France auprès de la Pologne qui était dans cette place fût prisonnier de guerre, malgré les privilèges de son caractère. Le roi Stanislas vit sa tête mise à prix pa^ lé général des Russes, le comte de Munnich, dans la ville de Dantzick,- dans un pays libre, dans sa propre patrie, au milieu de la nation qui Tavait élu selon toutes les lois. » (Précis du siècle de Louis XV, p.ir Voltaire, ch. IV.) Les trois régiments français faits prisonniers furent, malgré la capitulation, conduits à Cronstadt, et le primat Potodd fut emmené en captivité. Stanislas, aidé de l'ambassadeur de France, était sorti de la ville sous les habits d'un paysan, 27 juin 1734. Il a raconté luimême, dans une lettre à sa fille, comment et au milieu de quels dangers il était parvenu à passer la Vistule et à gagner le territoire de Prusse.
La France avait, dès le 10 oct. 1733, déclaré la guerre à l'empereur Charles VI , en l'accusant de connivence avec les Russes et le rendant responsable de leur intervention en Pologne; et elle avait près de trois cent mille hommes, sans compter les troupes de l'Espagne et de la Sardaigne, ses alliées. D'un côté les Franco- Sardes occupèrent la Lombardie et les Espagnols le Napolitain; et de l'autre les Français prirent la Lorraine, Kehl et Philipsbourg. Durant cette guerre^ la Suède resta dans l'inaction et la Turquie, afibiblie par sa lutte contre les Persans, ne put rien. Pour obtenir la neutralité de l'Angleterre et de la Hollande, la France promit de ne pas attaquer les Pays-Bas autrichiens. Toutefois la malveillance britannique perça. < Il est sûr que TAngleterre, sons prétexte de maintenir la liberté du commerce de la mer Baltique,
ne laiwa passer qae quelques yaiBseaux de la flotte qui était à Brest prAte à faire voile pour Daulzick. i (Hist. de Stanislas h^, rnidê Pologne, etc., par M. D. C. [de Chévrierl, Londres^ 1741, II, p. 120). Après une nouyelle campagne heureuse en 1735^ la France arrêta avec l'empereur des préliminaires de paix auxquels accédèrent les autres puissances. Le traité définitif fut signé à Vienne le 8 novembre 1738. La pragmatique -sanction de Charles VI, c'est-à-dire le règlement de sa succession au profit de sa fille Marie-Tliérèse, fut garantie; Auguste III était reconnu roi légitime de Pologue; Stanislas abdiquerait, en gardant le titre de roi de Pologne et recevant les duchés de Lorraine et de Bar, qui à sa mort passeraient à la couronne de France ; le duc de Lorraine était appelé à gouverner le grand-duché de Toscane après le dernier des Médicis ; les Bourbons d'Espagne montaient sur le trône des Deux-Siciles; l'Autriche recevait Parme et Plaisance et reprenait le llilanais, moins le Novarais et le Tortonais^ cédés au roi deSardaigne. (Abrégé de l'hist. des traités de paix, par Koch^ 1796, II, p. 31). Ce traité a été jugé ainsi .'par les Polonais : c Les puissances maritimes et la France obtinrent de TAutriche et de la Russie quelques phrases diplomatiques en faveur de la Pologne, sur son indépendance, sur ses droits incontestables ; et la Russie et rAutriche gardèrent sur le trône de Pologne le prince dévoué à leurs intérêts, pour continuer à anéantir et cette indépendance et ces droits. » {Essai historique et politique de P. Maleszewski. Paris, 1832, p. 109.
Stanislas, retirée Kœnigdberg et appuyé par la France, avait suscité des confédérations en Pologne. Il y faisait répandre le bruit : que la Pologne était le premier objet que se proposait la France, dont l'honneur était engagé . (Yoy. sa Lettre d*im seigneur polonaii, 10 sept. 1735.) Les confédérations se multiplièrent, mais n'aboutirent qu'à harceler les Russes et à les empêcher, au grand profit de la France, de joindre leurs armées aux Autrichiens (if^m. de Pol, par Amand de la Chapelle, Amsterdam, 1739). Les préliminaires de paix du 3 o'ït. 1735 découragèrent les confédérés. Stanislas abdiqua le 28 janvier 1736; et le 23 juin suivant se tint la diète de pacification, qui confirma la décision des puissances européennes relativement à la Pologne. Les vainqueurs et les vaincus s'étaient arrangés au détriment des peuples, et la Pologne, pour qui Ton avait dit combattre, était abandonnée aux embûches de la Russie.
Stanislas fit, en Lorraine, une foule de fondations de charité et d'éducation qui lai méritèrent le sumocn de Philosophie bienfaisant. Il importa sur la terre de France les principes de tolérance et de justiÂe des Polonais envers les Juifs. (Voy. Appel à Injustice des nations et des rùis, par Michel Berr, Strasbourg, ISOl, p. 13.) H mourut à Lunéville, le 23 février 1766, à l'âge de 89 ans, le feu ayant pris à ses yétements. Son corps repose & Nancy, à l'église de Bon-Secours.
Auguste III fut le plus nul des princes, et son ministre le comte de Brflhi n'était quMn courtisan corrompu et léger. Le gouYemement des Saxons en Pologne a été caractérisé ainsi : « La maison de Saxe a donné aux Polonais des vices qui perdent les nations. Sous ces deux malheureux règnes, qui ont vu se former une nouvelle génération, toutes les récompenses de a République ont (Hé le prix des bassesses qu'on faisait à la cour. Tous les honneurs ont été vendus par le comte de Brflhi au plus offrant, i ( Destin politique de la Pologne^ 1778, p. 39.) Le prince Charles de Saxe, élu duc de Gourlande, depuis près de cinq ans avec l'agrément de la tsarine Elisabeth, et possesseur paisible de ce petit Etat, fût chassé par les troupes de Catherine II du vivant même du roi de Pologne son père Auguste III, de même que le comte Maurice de Saxe, élu très-légitimement duc de Courlande avait été abandonné par son propre père Auguste II, aussitôt que la veuve de Pierre 1% Catherine Irt, eut notifié sa volonté. {Lettres hist, sttr rétat actuel de la Pologne et sur Vorigine de ses malheurs, Amsterdam, 1772, p. 212, 237.) Bien que Catherine II ait avoué qu'Auguste III ne flUsait rien et par conséquent lui nuisait peu, « puisqu'il était indolent et que son premier ministre était inconstant, prodigue et occupé de basses intrigues, » elle n*en chercha pas mohis ft renverser la maison de Saxe. Le roi se sauva à Dresde et y mourut, 5 oct. 1763.
MsDRTBES DE PiBBRB III ET dIwan VL — Le règne de Catherine II débuta par deux crimes. Voici le premier : c Six jours s'étaient déjà passés depuis la révolution ( par laquelle elle avait dérobé l'empire à son époux). Pierre était gardé à six lieues de Pétersbourg. Un des Orloff, surnommé le Balafré, et un nommé Téploff, parvenu des plus bas emplois par un art singulier de perdre ses rivaux, furent ensemble vers ce malheureux prince : ils lui annoncèrent qu'ils étaient venus pour dtner avec lui; et selon l'usage des Rosses, on apporta avant le repas des verres d'eaa-de-
Ti6. Celui que bttt Temperear éteU an tem de poison.... Déjà set entrailles brûlaient : ils mirent de la violence à lui en ftdre prendre un second. Ponr étouffer ses oris^ ils le saisirent à la gorge et le renversèrent.... Deux ofBciers chargés de sa garde se tenaient en dehors à la porte de la prison : c'était le pins Jeune des princes Baratynski et on nommé Potemkin,ftgé de diz«sept ans; ils avaient montré tant de sèle danria conjnrationi que, malgré leur extrême jeonesse, on les aTait chargés de cette garde : ils accoururent^ et trois de ces meurtriers lui ayant noué et serré une serviette autour du con, tandis qu'Orloff^ de ses deux genoux, lui pressait lapoitrinSi et le tenait étouffé, ils achevèrent ainsi de l'étrangler etU demeura sans vie entre leurs mains. Le Jour même que cet événement se passa, l'impératrice commençant son dîner avec beaucoup de gaieté, on vit entrer ce même Orloff échevelé, couvert de sueur et
dépoussière Elle se leva en silence, passa dans un cabinet où
il la suivit.... Elle rentra avec le même visage et continua son dtner avec la même gaieté. Le lendemain, quand on eût répandu que Pierre était mort d'une colique hémorrholdale, elle parut baignée de pleurs et publia sa douleur par un édit. Le corps fut rapporté à Pétersbourg afin d'y être exposé. Le visage était noir et le cou déchiré. On le laissa trois Jours exposé à tout le peuple, sous les seuls ornements d'un officier holsteinais. i {Higtoire on oneedotiÊ sur lajrévolyiion de Huêsie en Vannée 1762, par Cl. Rul« hière, écrit en 1668, impr. Paris, 1797.) c La cour de Suède est la seule qui ait eu la générosité de prendre le deuil pour la mort de ce malheureux empereur. » (Lettre de Rulhière à la comtesse d'Egmont, 1773.) -^ L'archevêque de Novogorod,Dimitri Tetchénoff, dans ta cérémonie de la prestation de serment devant le salut synode, adressa des actions de grâces à Catherine pour la déchéance et la mort de son époux. Tous ceux qui possédaient le portrait de Pierre III durent le remettre à la chancellerie du ministère de la police. (Vicissitudes de FEgL eath.en Pologne et en thtssie, par Thefner. Paris, 1843, 1, p. 85.) Catherine prit successivement pour amants plusieurs des meurtriers de son mari. Elle donna l'un de ces meurtriers, Téploff, comme précepteur à son fils, le grand*duc Paul.
Voici le second crime, plus odieux encore, s'il est possible, que le premier ; c Le malheureux Iwan, qui à Tàge de quelques mois avait été proclamé empereur, puis, détrôné et Jeté dans une forteresse, fut victime de la terreur qu'avait Catherine de le voir pris
pour chef par let mécontente. Un lieulenant du régiment d'infanterie de Smolensk, Basile Mirowicz^ né en Ukraine et petit-Ûls d'un compagnon de llazeppa, tenta ou feignit de tenter de délivrer Iwan. Les geôliers du prince avaient l'ordre impérial de le tuer plutôt que de le laisser échapper. Us le mirent donc à mort dans la nuit du 15 au 16 juillet 1764 (n. st.). U n'avait i»as encore vingtquatre ans. c Ce crime de Catherine^ a dit M. de Lamartine, était plus impardonnable que le meurtre de son mari, car il n'avait pas la haine pour explication et la vengeance pour excuse. Ce n'était qu'une prudence sanguinaire, comparable à ces meurtres des frères des sultans dans le sérail de Gonstantinople, pour qui vivre était un crime. » (Hirt. de Riutie, 1854, 1, p. 353.)
Le DKSPOTISHI DE RUSSIE ET L'aNASCHIE DE POLOGNE. — Tel
était 4e premier titre que Rnlhîère avait adopté pour son histoire; et ce titre était Juste : en e£Fet, si l'anarchie de Pologne se produisit comme une maladie du corps de la nation, l'étranger l'envenima, l'aggrava et la rendit mortelle. Pour se faire une idée deTanarchie de Pologne, qu^on se figure ce que f&t devenue la France si aprôë 1814 et 1815 les étrangers, à la suite desquels sont rentrés les Bourbons, y étaient restés cinquante ans, au lien de trois, en empêchant tout gouvernement régulier, dictant des lois et fomentant des partis. « Les désordres qui régnaient en Pologne et M continuation de ces désordres eurent d'autres causes que les vices de ses habitants.... L'intronisation de la Russie dans les affaires de Pologne et le despotisme altier et barbare que cette couronne y exerça à main armée occasionnèrent nombre de ses maux ... Le peuple ne fut point participant à la pluralité des erreurs qui exci* tèrent les désordres, la noblesse même en corps ne les adopta point dans les dernières époques, la nation polonaise ne fut point responsable des fautes que son gouvernement commit, puisqu'elle n'était point maltresse de ses élections ni de sa volonté.... La longue résistance des Polonais fut une espèce de prodige.» {Défense de la Pologne, par 6. de Despote de Zenowicz, Paris, 1812, p. 8, 12,68,69.)
On parle toujours de l'anarchie de Pologne, du tronble des élections royales et du tumulte des diètes. Mais on ferme les yenx sur le mode sanglant de. transmission do pouvoir en Russie, où l'on compte presque autant d'assassinate et de révolutions de palais que de changemeate de règne; mais on s'obstine à ne dire mot
de répoaTantable régime qui eonmet des millioDB d'âmes anx caprices les plus stapides d'nn seul. Comment ne pas rougir au récit de faits tels que ceux-ci : « Chacun sait que durant le règne de Pierre i"', ce tyran ayait coutume de punir les nobles dont il était mécontent, par un rescrit impérial qui leur ordonnait d*étre fous: A partir de ce moment, la malheureuse victime^ bien que douée d'intelligence, derenait le point de mire des sarcasmes de toute la cour. L'impératrice Anne mit le comble à cette abominable cruauté. Un jour, pour punir certain prince G... d'une faute légère, elle décréta qu'il deviendrait poule. En conséquence, elle ordonna qu'une grande corbeille en forme de nid, bourrée de paille et garnie d'œufs, lût placée en éyidence dans une des pièces principales de son palais. Le prince fut condamné, sous peine de mort, à s'asseoir sur ce nid et à* se rendre ridicule au plus haut degré en imitant le gloussement d'une poule qui pond, i (Note de mistres» W. Bradfort, amie de la princesse Daschkoff, et éditeur de ses mémoires. Elle rapporte ces anecdotes pour les avoir recueillies de la bouche de la princesse; voy. ch. vu desdits mémoires.) Le comte de Ségur a relaté qu'un jour un banquier de la cour, nationalisé russe, Suderland, reçut la visite du maître de police Reliew, qui lui annonça qu'il était chargé par l'impératrice Catherine II de l'empailler et qu'il lui donnait un quart d'heure pour mettre ordre à ses affoires. Le banquier obtitat qu'un mot fût porté au comte Bruce, qui en référa à l'impératrice. Or il se trouva que le commandement de Catherine concernait un chien qu'elle avait appelé Saderland. {Mémoire9,{\, p. 250.) Le banquier l'avait échappé belle. Pauvre pays, où de telles méprises sont possibles
Depuis Pierre l", les Russes dominaient en Pologne sous les beaux noms d'alliés et de protecteurs : la République était ruinée et le roi ne régnait que par la grâce izarienne. La cour de Pétersbourg croyait si bien pouvoir tout se permettre envers la Pologne, que Pierre Û osa demander en 1729, une indemnité à la République pour la guerre que Pierre !«' avait faite aux Suédois attaqués par lui contre la foi des traités et combattus au détriment de la Pologne ravagée. {Abrégé chron. de rfast. du Nord, par Lacombe. Amsterdam, 1743, 1, p. 562.) Pour continuer la politique dévastatrice de Pierre !•', la tzarine Anne imposa aux Polonais un roi à sa dévotion et elle se lia avec l'Autriche. L'empereur Charles VI, ayant réclamé son assistance contre les Français, un corps de dix mille Russes passa par la Pologne et l'Allemagne pour s'avancer
juMiae ur U Rbia, 178». {Mém. à» lluMUin, I, p. 13^.) L'aUianoe de i74tt eotrt Mine-Thérèse et Bliflabeth fit mettra en monTement lia corpe de troupes enxiUeires qsâ, alleot par tebelon. De laissa {amâis la P<>lo8Be sans soldats étfaogefs peDdant les trois années Buvantes» Les 37,000 hommes de Repnin traTeraèreat la Pologne, U Motavie, la Bohàma ponr maxseher sov le Rhin. (Kocfa. II, p. 74.) C'était un des tsiits de la reconnalssanca d'Anguste III envers eenx qui l'avaient fkit roi, que d'engager la Bépabliqne à tolérer eetle oeenpation déguisée sous le nom de passage. On fot près^ en 1746^ de voir éolater une conlédémtion patiioliqoe, dont la but était d'empéeher les soldats étrangers de résider eontinnellement en Pologne at de s'y ibéler da toutes les albires publiques et même particulières. Alors parut à Varsovie, au nom de la tsarine Elisabeth, une déclaration où on lisait : c S. M. I. ett trop intérsssée dans tout ce qui cooceme la sûreté de S. M. le roi, comme aussi le repos, le bien et la liberté de la République, pour pouvoir regarder avec indiiférenee qu'il y fût eitetivement porté quelque altération ou atteinte : aussi S. II. I., pour donner une nouvelle marque de ses sentiments pacifiques et de l'amitié sincère qu'elle a pour S. M. le roi et la République, a enjoint à ses ministraa plénipotentiaires qui résident ici de déclarer par la présente à S« M. le roi et la République, et d'assurer de la manière la plue formelle qu'aile ne souffrira Jamais la moindre confédération, trouble ou innovation contre la personne sacrée de 8. Il« le roi, on contre la République, de même que contre sa liberté et ses droits, de qui, par qui et sous quelque prétexte qu'ils puissent étra suscités et que, bien an contraire, sadite M. L, ponr y obvier de tootee ses forces, ne manquera pas de prendre en eonséquenoe les mesures convenables, i Le système des lloskowitee auihentlquement déclaré était donc de sa mêler dans toutes les aflèiree intérieures de Pologne, en se rendant garants continuels des droits du rot d'une part et de la liberté publique de l'autre. C'est une prétention bien étrange et Jusqu'à présent inouïe dans le droit public de l'Europe que celle des Moskowites : qu'il leur appartient, ohet les nations voisines et alliées, de preserirs aux partis le Juste-milian qu'ils doivent obeerver et d'appuyer par la force dee armes l'espèce de Jugement arbitral qu'ils se croient en droit de prononcer. {LUtr^ê kisi. déjà dtées, p. 285-333.)
La Russie saiaisaait tontes les occasions de fouler et refouler le sol polcmais. C'est è ceU qne lui servaient en premier lien ses guer-
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res contre les Turcs. Après avoir traversé la Pologne pour Mcoarir lÀotriebe^ les Bosses la traversèrent ponr combattre la f rossé : lears armées parcomaient en tous sens le territoire de la République^ se faisant donner des cbariots de transport^ des vivres, des fourrages, y établissant des cantonnements et d^ magasins et lents générant y commandant en maîtres. Gomme, dorant la guerre de Sept-Ans, la Russie était alliée de la maison de Bourbon en même temps que de la maison d'Autricbe, il arriva à la Pologne ce malheur qn'un pareii asservissement militaire fut tacitement toléré par la France. En 1761, une confédération essaya de se former ponr faire cesser l'occupation étrangère; mais le prince Wolkonski fut envoyé avec 1 8,080 Rosses pour dissiper Tes assemblées de la ndUesse. {M., p. S35.)
Le traité d'alliance du 8 juin 1762 entre Frédéric II et Pierre III oontenait un troisième article secret, portant que : « Si qui que ce soit voulait entreprendre de dépouiller la République de Pologne de son droit de lâ>re élection, on d'en làire nn royaume héréditaire, ou de a^ériger soi-même en souveram, LL. MM. de Russie et de Prusse ne le permettront pas ; mais s'uniront pour faire tomber le choix sur un Piast, après la mort du roi actuel et se concerteront sur le choix du candidat le plus convenable, »
L'année suivante, Catherine 11, dans ses instructions secrètes k ses ambassadeurs à Varsovie, comte Keyserltog et prince Repnin, 26 oct. (6 npv.) 1768, disait : c Nous devons porter toute notre attention à ce que la forme actuelle du goifvememeut polonais soit maintenue intégralement, qu'on ne change point la loi de 'unanmoité dans les diètes» que la force armée ne soit pas augmentée ; en cela repose la base principale des profits de notre empire c'est ptff là que nous influerons directement sur la politique européenne. » Elle annonçait sa résolution d'élever au trône de Pologne le comte Poniatowski, panetier de Lilhuanie, comptant que par reconnaissance il envisagerait Tintérét de l'empire russe comme le sien propre. Elle recommandait de s'entendre avec ses oncles les princes Gzartoryski et leurs partisans, dévoués à la Russie) d'avoir dans les diétines des émissaires actifs et munis d'argent, pour que les nonces élus fussent dans ses intérêts à elle; et à cet effet etie joignait la liste que le comte Ladislas Qnrowski avait fournie pour chaque palatinat au comte Panin. Elle envoyait vingt blane* seings à ses ambassadeurs et ne bornait point le chifft>e des sommes qu'ils auraient à répandre # Elle tenait à ce que la République
dainaadàt sa garantie et ioeistait poar qu'un personnage considérable lui fût enyoyé afin de solliciter formellement sa protection et la prier de ne permettre à personne autre que la Russie d'inter- Tenir dans Télection du roi. Elle terminait en disant que^ si quelqu'un osait s'opposer à Télection de son candidat, alors, sana aucune déclaration préalable, elle ordonnerait à ses troupes d'enyahir en môme temps sur tous les points le territoire polonais, de regarder ses adyersaires comme rebelles, perturbateurs et de détruire par le fer et le feu leurs biens et leurs propriétés, (youtanl qu*en ce cas elle ne déposerait pas les armes que toute la Liyouie polonaise ne fût détachée et incorporée dans son empire; que d'ailleurs son candidat pouvait être assuré, qu'aussitôt qu'il serait sous sa tutelle et protection personne ne réussirait à lui arracher la couronne. (Archiyes de l'ambas. russe à Yarsoyie saisies en 1794.)
Par le traité du 31 mars (11 avril) 1764, Catherine et Frédéric 11 concertèrent leurs plans relativement à l'élection du roi en Pologne, et renouvelèrent l'article secret précité du traité avec Pierre III . (Martens, I, p. 229.) Appelés par les Czartoryski, 20,000 Russes se dirigèrent sur la capitale où la diète de convocation se réunit le 7 mai. Un manifeste signé de vingt-deux sénateurs et de quarante-cinq nonces protesta qu'elle ne pouvait être tenue en présence d'une armée étrangère. Adam Malachowski, vertueux vieillard de quatrevingts ans, qui devait la présider, refusa de l'ouvrir et emporta le bâton de maréchal. 'Le nonce André Afokronoveski s'écria: c Puisque les troupes russes sont dans le royaume et nous entourent, j'ar^ réte l'activité de la diète. » Les Russes étaient rangés en bataille et les Czartoryski avaient rempli la salle et ses abords de leurs soldats domestiques. Les patriotes s'éloignèrent de Varsovie et la diète, qui persista à siéger, quoique légalement rompue, ne comptait que quatre-vingts membres au lieu de trois cents. Après avoir pris pour maréchal le prince Adam-Casimir Czartoryski, elle osa destituer le grand général Jean-Clément Branicki et le remplacer par le prince Auguste Czartoryski. L*armée russe fut employée à disperser les soldats de Branicki et obligea le prince Charles Radziwil, palatin de Vilna, à se réfugier en Turquie. Délivrés des opposants, les Czartoryski firent passer quelques réformes, entre autres l'établissement de quatre conseils dont l'autorité était substituée à celle des grands dignitaires réduits à n'en être que les présidents. Les membres devaient eu élrc nommés par la diùlc et en l'absence
de la diète pa le roi; et c'est ainsi que les pouvoirs de la République devaient ôtre concentrés entre les maius du roi, créature de la Russie. Un des droits les plus anciens de la Pologne était que^ daps le cas d'invasion de troupes étrangères^ les généraux rassemblassent instantanément Tarmée pour les repousser; or on leur en enlevait le pouvoir, c Le prince Adam Czartoryski m*a dit^ écri- « vait le résident de France : « Esclavage pour esclavage, celui c des Russes est moins à craindre que celui du grand-général c (Branicki). » En tout j'ai remarqué que le ton de sa famille est « beaucoup plus fier depuis la marche des Russes. » (Hennin au ministre Praslin. Varsovie, 1«' août 1764. Archives des affaires étrangères.) A la veille de la prise de Gonstantinople^ les Grecs disaient de même : Plutôt les Turcs que les Latins!
Le comte Poniatowski^ élu le 7 septembre 1704, se fait couronner à Varsovie le 25 novembre, jour de la fête de Catherine. H portait les noms de Stanislas-Auguste, des deux rois que son père avait successivement servis, c La diète d'élection fut la moins nombreuse qui eftt jamais été. De cette foule de 80,000 gentilshommes qui avaient toujours concouru à l'élection des autres rois, il n'y en avait pas 4,000 au champ électoral. Sept provinces n'y avaient pas même de députés. Ce beau spectacle que les seuls Polonais pouvaient encore dans notre siècle offrir à l'univers, cette élection du chef d'une nation Ubre ne paraissait en cette occasion, suivant l'expression des Polonais eux-mêmes, qu*une pompe funèbre sous laquelle on ensevelissait toutes leurs lois. » (Rulhière, II, p. 255.)
Les dissidents et leur appel a l'étranger. — La nation polonaise a montré plus de tolérance qu'aucune antre nation d'Europe. La douceur slave perçait au milieu des luttes civiles que terminait toujours une entière amnistie. Le terrorisme religieux qui désola l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la France même, ne put franchir les limites de la Pologne. Ce n'est qu'au déclin de la République, alors qu*elle était désorganisée par les intrigues de rétranger, qu'éclatèrent les querelles des dissidenis. Avant de les raconter, nous demanderons quel est le pays dont l'histoire montre un esprit de tolérance religieuse égal à celui des grands rois de la Pologne indépendante.
a Sigismond l«r,doté par le Saint-Siège du privilège de suspendre l'interdiction par le seul fait de sa présence, partout où il entrait, n'entendait pourtant yaa s'ériger en persécuteur des consdences.
Son contemporain Henri VIII yenail de lancer sa fameuse philippique contre Luther. Le célèhre professeur Eckius, en dédiant un de ses ouvrages au roi de Polo^ne^ l'invitait à suivre cet exemple royal. 11 nous reste la réponse de Sigismond à Eckius :
< Autrefois Tignorance enfantait des crimes ; maintenant ils pullule lent au grand jour de Térudition. Que Henri écrive contre « Martin, toi et Krzycki vous pouvez lui adresser les éloges qu'il
< mérite. Pour ma part, laissez-moi être roi des brebis et des c bouoa. Je prie le Très-Haut qu'il daigne sanctifier l'amour des « lettres de Léon X par la piété de Léon I•^ Car autrement, s'il «t arrive, au sein de la chrétienté^ qu'on fasse passer corruption « pour mœurs, scandale pour édification^ haine pour fraternité, c il viendra ce temps néfaste où les rois des peuples et le pasteur a du troupeau du Seigneur se présenteront au monde couverts de VI sinistres cuirasses, et les autels du vrai Dieu s'abaisseront pour d servir au culte du blasphème contre la vertu et la foi. i» — Etienne Batory, après sa glorieuse expédition de Moskowie, dans les instructions adressées à la nation rassemblée en diétines, soumet à leur délibération les affaires religieuses en ces termes : c Bien que Sa Majesté, y est-il dit , serait heureuse de voir, « autant qu'elle le souhaite ardemment, que tous les citoyens de € ses Etats professassent une seule et ancienne religion, et qu'ils c louassent uniformément le Dieu Tout-Puissant , cependant, « comme, dans ces derniers temps, par la permission de Dieu, les (f hommes ont commencé à s'enflammer par un zèle exagéré en 9. matière de croyances, on a pris des mesures et porté des lois « pour que cette scission ne suscitât des troubles et ne nuisit point
< à l'unité nationale. Or, pour compléter notre législation, il ne ff manque que de régler la procédure par rapport à ceux qui
< pourraient enfreindre ces lois et persécuter leurs concitoyens à « cau.^e de la différence de leurs croyances. » (Sienk le viriez, Documentff 1854, p. 295.)
c Ce pays que nous avons vu dévaster de nos jours, sous le prétexte de la f eligion, est le premier Etat en Europe qui ait donné l'exemple de la tolérance. Les mosquées s'y élevèrent entre les églises et les synagogues. La République n'eut poiut de sujets plus fidèles que les Tartares mahométans établis sous sa pro* tection; et des juifs firent valoir toutes les terres de cette noblesse. Léopol a louj urs été le siège de trois évéques, un grec, un arménien, un latin La LHhuanie cooserva longtemps une partie de ses
anciennes superetitious païennes. Enfln^ quand la réforme déchira tant d'Etats, la Pologne, sans proscrire l'ancienne teligion, reçtti dans son sein les deux sectes noutelles. Fn 1573, quand la tolérance fut érigée en loi générale et positive, tous les gentilshommes s*aToaant entre eux qu'ils pensaient différemment au sujet de la religion, se oomprenaient tous et même les catholiques sous le nom commun de dissidents infer nos dissidentes de rêligione. Arec le temps, le nom de dissidents n'exprima plus, comme autrefois, tous les ordres de l'Etat pensant entre eux différemment sur la religion, mais seulement ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise romaine. Le serment du roi, conçu dans les mêmes termes, n*ayait plus le même sens de conserver la paix entre les dissidents, mais avec les dissidents. Ce n'était plus qu'un nom de sectes tolérées. » (Rulhière, 1, p. 33-42).
Comment la Pologne fut-elle amenée à modifier en matière de religion son système séculaire? M. Villers, dans un ouvrage couronné par l'Institut au commencement de ce siècle : Essai sur Pes* prit et l'influence de la réformation de tMther, confesse que les catholiques et les dissidents vécurent en paix jusqu'à Tinvasion des Suédois; et il observe que les dissidents devinrent de ce moment an parti politique en Pologne. Alors, si l'étranger voulut se servir des dissidents pour dominer la République, pourquoi méconnaître que la politique et non la religion provoqua ces mesures par lesquelles les réformés furent écartés de la diète et des emplois supérieurs. Les Russes exploitèrent les dissidents, comme l'avaient tenté les Suédois; et la crainte de se voir livré à un voisin ambitieux excita les alarmes du gouvernement polonais.
Lors de l'invasion de la Pologne sous Jean-Casimir, les dissidents avaient été de connivence avec l'étranger : ce qui fit restreindre leurs droits; les Sociniens, alliés déclarés de Charles* Oustave, furent proscrits. Durant l'interrègne de 1668, les dissidents remirent une note à l'électeur de Brandebourg pour qu'il appuy&t leurs prétentions devant la diète de convocation. Après la victoire des Suédois, la diète de Varsovie, en 1704, sous la pression des baïonnettes étrangères, accéda aux demandes des dissidents. Mais quand Auguste II Teut emporté par l'appui de la Russie, les concessions leur furent retirées; la diète de 1717 resserra même leur position : l'entrée & la diète et les charges de l'Etat leur furent interdites. Les uns voulaient se venger sur les dissidents des souffrances de la guerre, les autres craignaient qu'Auguste II, luthérien
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de naissauce, ne favon&àt trop ses anciens coreligionnaires ; et la RuAsie, qui avait imposé sa médiation armée entre le roi et la République, applaudissait à tout ce qui pouvait devenir une cause de trouble dans l'Etat. Pendant l'interrègne de 1733, les nonces à la diète de convocation refusèrent de délibérer jusqu'à la retraite de leurs collègues dissidents. A la diète de 1736, le petit nombre de dissidents qui restait parmi la noblesse fut exclu du gouvernement. On leur laissait la sûreté des biens, le droit de posséder tous les emplois militaires et de donner leurs voix dans les diétines pour l'élection des députés sans pouvoir être députés eux-mêmes. On leur ôta également toute activité dans les tribunaux et dans les commissions souveraines, et Ton décréta contre eux la peine de haute trahison s'ils cherchaient, pour reconquérir leurs anciens privilèges, la protection de l'étranger. Un grand nombre de catholiques s'élevèrent contre ces nouvelles lois, c qui furent portées en quelque sorte sous la protection des armes russes. » (Rulbière, I, p. 160.) La Russie, au gré de ses intérêts, soutenait et abandonnait tour à tour les dissidents. Le deuxième article séparé du traité entre Frédéric II et Pierre 111 (8 juin 1762) portait : « S. M. L de Russie et S. M. le Roi de Prusse feront tous leurs efforts pour obtenir du roi et de la République de Pologne que les dissidents soient réintégrés dans leurs libertés, droits et prérogatives, tant dans les affaires ecclésiastiques que civiles. »
Les dissidents profilèrent de l'interrègne de 1764 pour renouveler leurs réclamations. Dana leurs mémoires aux puissances protestantes, ils disaient que < ce serait se méprendre sur l'état de la République et sur le leur que de supposer qu'ils demandaient & être tolérés »; et pourtant, bien qu'ils parussent s'offenser de ce mot de tolérance, c'était sons ce nom que les souverains les recommandaient et que les philosophes écrivaient en leur faveur. Après l'élection, Repnin déclara que, si les dissidents n'étaient point admis à toutes les magistratures et au sénat, sa souveraine serait contrainte d'employer la force. Pendant ce temps, un émissaire des dissidents et un ambassadeur de Pologne plaidaient devant la tzarine : l'un exposait que l'institution politique de la Pologne avait pour but l'égalité entre les citoyens, que la souveraineté appartenait à l'assemblée de toute la noblesse, et que leur asso* dation était purement civile^ temporelle et politique; et l'autre répliquait qu'il pourrait être funeste pouv l'Etat d'admettre les dissidents à la confection des lois dans un pays où l'opposition d'un
seul arrêtait l'activité de tous. Catherine^ sans doouer d'autres raisons que sa volonté, remit à l'ambassadeur de Pologne une note où les prétentions des dissidents étaient un peu modérées et elle ajouta: c Je vous préviens que si on ne m'accorde pas cela, mes demandes n'auront plus de bornes. » Un accommodement allait être conclu en fayeur des dissidents. Tout à coup de nouveaux ordres arrivèrent de Pétersbourg. Catherine reprochait hautement au roi d'avoir fait une afEûre de religion de ce qui n'était, selon elle^ qu'une affaire de politique; et aux Rusaes elle leur présentait le refus des Polonais comme un outrage à la religion grecque. De son côté^ le roi de Prusse écrivait à Catherine que ce n'était pas le libre exercice des différentes religions qu'il s'agissait d'établir en Pologne, mais la participation à la souveraineté qu'il fallait faire obtenir à la noblesse dissidente. Catherine et les principaux membres de son conseil signèrent entre les mains du député des dissidents la promesse de seconder à main armée les efforts qu'ils se proposaient de faire en se confédérant pour arracher par la force tout ce que la République leur refusait. Repnin, ayant demandé audience aux Etats, prit place à côté du roi et lui déposa un mémoire où les demandes des dissidents étaient sans mesures. L'évéque de Cracovie fit agréer à la diète les articles antérieurement concertés avec l'ambassadeur de Russie. Mais les dissidents déclarèrent qu'ils aimaient mieux être terrassés entièrement que d'être relevés à demi. Quarante mille Russes entrèrent en Pologne. Deux mille Russes furent envoyés à Thorn et autant à Sluck en Lithuanie pour appuyer les dissidents qui 8*y confédérèrent le 20 mars 1767. Us eurent beau inscrire des vieillards et des enfants à la mamelle, même des absents, et faire signer des familles malgré elles, ils n'atteignirent que le chiffre de 573 ; ils ne s'en donnèrent pas moins comme formant le sixième d'une nation de 18 millions. Un évêque grec, sujet de l'impératrice, signa au nom de tous les grecs. Les villes de Prusse sommées d'accéder s'y refusèrent, sauf celles qu'occupaient les Russes, et Dantzick, qui redouta les vengeances de la tzarine. Une députation des dissidents, admise près de Stanislas- Auguste, alla jusqu'à invoquer son exemple comme justification de leur appel à l'étranger. (Rulhière, 11, liv. VU.)
Catherine suppliait hypocritement le roi et la République « d'arracher une fois pour toutes cette pierre d'achoppement à la liberté, àrégalitéet à la félicité des citoyens, en réglant les griefs des dissidents par les voies de la conciliation, et comme U convient à des
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IVôres de le rendre juellee. b Elle inToquait les traitéfl, prenait le tllre de eoopénlTice aa bonheur des habitants^ et se disait obligée de renforcer dans ce but ses troupes en Pologne. {Hist» des révol. de Ptti, depuis la mort d*Auguste III jusqu'en 1779, par Tabbé Jaubert^ Yarsoyle, 1775, I, p. 438). Or ce qui prouvait dès Torigine la mauvaise foi de la puissance intervenante^ c'est que < il était évident qu'on ne pourrait jamais réunir h la diète en faveur des dissidents celte unanimité des suffrages dont la Russie, leur proteetrioe, venait elie-môme de f^e rélabUr la nécessité. » (Rulh., Il, p. 374.) Observons combien il est incroyable que les cours se soient fondées sur les traités. Dans celui de WehlaOj le seul article où il tti question de religion était destiné à maintenir dans le duché de Prusse qui devenait indépendant les prérogatives de la religion catholique ; dans le traité d^Oliva, deux articles, en réciprocité l'un de l'autre, stipulaient l'un : que U religion catholique serait conservée dans la Livonie, et l'autre : que le libre exercice des religions réformées serait maintenu dans les villes de la Prusse polonaise; il le Ait en effet sans que ces villes formassent lapins légère plainte. Dans le traité de 1686, la tolérance de la religion grecque en Pologne était stipulée, en réciprocité de la protection que les Polonais exigeaient pour la religion catholique dans les provinces qu'ils tédaient à la Russie. La religion grecque fut tolérée en Pologne, au lieu que la religion catholique n'extota plus dans les provinces cédées aux Russes. (Ruihière, II, p. 334.)
c Les dissidents avaient 200 églises en Pologns; et, dans les lieux où ils n'en avaient point, ils jouissaient de la liberté d'exercer leur culte dans leurs maisons. Ils avaient la pleine propriété de leurs biens. Ils possédaient des starosties considérables. Ils occupaient plusieurs grades dans Tarmée et même ils étaient à la tète de régiments. Ils n'étalent exclus que des charges et dignités. On ne sait, après cela, s'il faut être plus surpris de ce que lesdissidents aient osé avancer ou que le ministère russe ait affecté de croire quils étaient réduits à l'état de servitude. > (Manifeste de la République confédérée du 15 nov.l769,inr4»,1770,p.a4,note.)llest remarquable que les chefs des deux confédérations de dissidents, l'un le luthérien Oeorges-Ouillaume Goltz, et l'autre le calviniste Jean Grabowski, étaient généraux et starostes. En réalité les dissidents se réduisaient aux calvinistes et aux luthériens. La noblesse greo» que, depuis qu'elle s'était réunie à la religion romaine, était ad-
mise à toutes les dignités; les paysans non-uniates vivaient tranquilles et ne prétendaient à rien. (Rulh.,Il,p. 227.)
En Pologne le clergé catholique était patriote. Le grand reproche que révéque de Gracovie Gaétan Soltyk adressait aux dissidents (out. 1766), était de cher^iber la protection des puissances étrangères^ et il demandait ce qu'on pouvait espérer de hon de citoyens infidèles à leur pays. {Hist. de PoL, par Lelewel, H, p. 35.) Les dissidents n'avaient pas craint de dire et Repniu répéta en leur nom devant la diète : « Que le refus constant de leur rendre justice romprait le contrat qui les unissait au reste de la nation^ et leur rendrait pleinement^ avec la liberté naturelle, celle d'en appeler au reste du genre humain et de se choisir, parmi leurs voisins, des juges, des alliés et des protecteurs. » (Rulhière, II, p. 328, 352.) — Quels que sojent les griefs dont on ait & se plaindre de ses concitoyens, c'est toujours un crime d'en appeler à l'étranger. Si les royalistes de l'armée de Coudé et les Vendéens ont été coupables, combien plus l'ont été les dissidents en Pologne, puisque leur provocation à Tintervention étrangère a amené le partage de la nation.
AssEBvissKMXNT DK LA RËpoBLiQDB. — La Russie et la Prusse, en plaçant Poniatowski sur le trône, avaient voulu constituer à leur profit une royauté sujette. Catherine, irritée de n'avoir point trouvé chez lui une docilité suffisante dans la question des dissidents, dit à Repnin : c 11 ne restera sur le trône qu'autant qu'il me plaira de l'y laisser. • Et de son côté, Frédéric, alarmé de le voir renforcer le pouvoir royal et songer à la main d'une archiduchesse d'Autriche, s'écriait { c Je lui briserai le crâne avec sa couronne.» Le référendaire Podoski soumit à la Izarine le projet de faire soulever contre la cour la noblesse polonaise mécontente des réfornuM caartoryskiennes, de façon que, le pays se trouvant divisé par deux ligues, l'une catholique et l'autre dissidente, la Russie se portât médiatrice. Ce plan sourit è Catherine qui, selon sa propre expression, tenait à pouvoir en Pologne c pécher en eau trouble, n Podoski courut donc le pays, excitant chacun contre le roi et montrant une déclaration de Catherine qui garantissait Tintégrité tarritoriale de la Pologne, et une lettre de Panin k l'ambassadeur rosse â Varsovie, où il était dit que « l'Impératrice le chargeait expreasément d'inviter tous les Polonais qui comptant pour quelque chûM la patrie et la liberté k former entre eux une association
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légale pour le rétabiisâemeot des lois.» Afin de donuer coDfiance, la Russie uietimt en avant comme caudidat à la présideuce de la future confédération un ennemi du roi, le prince Charles Radziwil^ proscrit par eile^ et qui n'ayait pas plié. La multitude de la noble.sse^ entraînée par l'esprit de partie étuit prête à sacrifier son indépendance au seul espoir de détrôner le roi.
Partout PC formèrent des confédérations p.irticulières. Elles éclatèrent à la fois le 24 mars 1767^ et leurs maréchaux, au nombre de 178, se réunirent le 23 juin à Radom. Soixante mille gentilshommes y avaient accédé, c Vous voyez, dit Repnin à Stanislas-Auguste, que je suis votre maître ; votre couronne ne tient qu'à votre soumission. » Les troupes russes entourèrent subitement la ville de Radom ; le colonel Garr assista aux délibérations de l'assemblée et lui présenta à signer de la part de l'Impératrice une note où les prétentions des dissidents étaient admises, les protestations de fiilélitè an roi renouvelées et la garantie de la Russie demandée. Des canons étaient braqués contre la diète. Le roi, qui avait craint pour les prérogatives de sa couronne, s'était fait le flatteur de Repnin. Ses ministres pour n'être pas compromis, s'abstenaient de loi donner aucun conseil. L'intrigant Podoski fut nommé primat. Afin d'être plus à portée de tout diriger par lui-même, Repoin transféra à Varsovie le conseil de la confédération. Le prince Radziwil, fatigué de son personnage, Toulut fuir; mais les Russes qui formaient sa garde d'honneur prévinrent son évasion. Une diôte extraordinaire allait être convoquée à l'effet de statuer sur les vœux des confédérés. L'usage voulait que les diétines ne nommassent pour nonces que des gentilshommes confédérés, parce qu'ils sont engagés d'avance par serment à donner leurs voix en faveur de ce qui a forcé la nation à se confédérer. Mais Repnin et le roi concertèrent les listes de candidats ; les élections se firent sous la surveillance des Russes et au milieu de leurs violences contre lesquelles protestèrent U plupart des districts. Des soldats vivaient à discrétion sur les terres de tous ceux qui, dans les diétines, ne s'étaient pas conduits suivant les vues de l'ambassadeor. Ce malheureux royaume souffrait plus que dans une guerre oaverte. Le voisinage des firontières turques tenant les troupes mases à quelque distance du lieu où s'assemblèrent les diétines de Podolie, Repnin envoya à la diétine de Kamieniec des officiers chargés de remettre une lettre dans laquelle l'impératrice offrait sa protection. On refusa de la recevoir. Les officiers, ayant insisté^
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fureut repoussés, la lettre tomba et fut foulée aux pieds: ces Russes en Crémirent d'épouvaute. Mais la castellaue de Kamieniec, comtesse Potocka, ayant rassemblé deux mille Kozaks^ ils »'osèreDt se ▼enger immédiatement.
Rnpnin, plus extravagant que Gessler en Suisse^ plus cruel que le duc d'AIbe aux Pays-Bas^ était un assemblage inconcevable de perfidie et d'insolence. La plupart des nonces furent obligés par les plus horribles violences de signer, entf e ses mains, un écrit conçu en ces termes : « Je, soussigné, m'engage envers le prince Repnin, ambassadeur plénipotentiaire de S. M. Tlmpératrice de toutes les Russies, et lui promets que je n'aurai aucune liaison ni commerce, que je ne converserai même, à moins d'en avoir obtenu la permission dudit ambassadeur, avec aucun sénateur, ministre ou nonce, avec aucun ambassadeur on ministre étranger^ ni avec qui que ce soit dont le sentiment soit contraire aux projets proposés par ledit ambassadeur pour être reçus et passés en lois à la diète; de plus je lui promets que je ne porterai à la diète rien de tout ce qui m'a été enjoint et recommandé dans l'instruction à moi donnée par la noblesse de mon district ; et qu'en un mot je ne m'opposerai d'aucune manière aux volontés de cet ambassadeur; et an cas de contravention à cet engagement, je me soumets aux peines de dégradation de noblesse, de confiscation de mes biens, de mort, ou à telle autre peine qu'il plaira audit ambassadeur de m'infliger. »
Le roi déclara qu'il se joignait à la confédération ( 5 oct. 1767 ). Ce pnnce, n'étant pas confédéré, n'aurait pas eu le droit d'entrer à la diète. On devait, si l'on eût suivi les anciens exemples, faire discuter les affaires par la confédération pour être ensuite décidées par les Elats réunis en diète. Au lieu de cela, on proposa une forme aussi nouvelle que dangereuse, la nomination d*une commission munie de pleins pouvoirs pour débattre les abus de la République avec les députés des dissidents et les ambassadeurs étrangers, et établir une bonne forme de gouvernement dont la loi fondamentale serait placée sous la garantie de la cour de Russie comme un traité entre les deux pays, la diète ne devant se réserver que le droit de rejet ou d'acceptation sans discussion. D'éloquentes protestations s'élevèrent contre un tel mode, surtout celle du nonce de Podolie, le seul dont l'élection eût été libre. On s'était flatté, en Pologne, que l'ambassadeur de Russie avait dépassé ses instructions. A Moskou, les députés de la confédération reçurent de
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pAoin cette réponse : « Llmpénthce eci one gnnde prioceàse» Repnin est mon neveo et vous sera benrenx malgré toqs. b Né«nmoioa il fol impoftiible de gagner da&< l^iiiète la pJaralité des toîx eo (ayenr des projets rasses. On rejeta avec indignation le nom de troupes aoxiUaireSy que la Russie désirait (aire donner aux troupes qu'elle avait en Pologne et qu'elle Toulait forcer la nation à lui demander d*y laisser à perpétuité pour le maintien de la garantie. « Que nous sert, dit SoUyk, de tenir une diète» de délibérer et d'opiner, dés que, pour réponse, on nous dit seulement : telle est ia volonté de la cour de Russie, b Repnin résolut d'enlever les plus énergiques d'entre les opposants. Dans la nuit du 13 au 14 octobre^ les Rasses arrêtèrent l'évéque de Cracovie, Soltyk, l'évèque de iCievr, Zaluski, le palatin de Gracovie, Wenceslas Rzevuski et son fils Séverin Rzevruski, nonce de Podolie. Sollyk dit à l'officier chargé de cette opération : ■ Me connaisses-Yous? Savez-Yous que je suis souverain, sénateur et prêtre? s (11 était duc de Sévérie.) A Vilna, Catherine 11 leur fit offrir la liberté s'ils youlaient s'engager par éerit à ne pas s'opposer aux actes de son ambassadeur. Ils rejetèrent ces propositions avec mépris, furent conduits à Smolensk; on défendit de prononcer leurs noms et puis on les déporta k Kalouga. Ainsi, sans déclaration de guerre, l'ambassadeur d'une puissance soi-disant amie enlevait trois sénateurs et un nonce!
Tandis que l'évéque de Cracovie avait songé à remonter au niveau du plus saint héroïsme le moral de la nation et & servir au besoin par le martyre U cause de la liberté, l'évéque de Kamieniec, Krasinski, cherchait le salut dans une conjuration qui préparerait un soulèvement libérateur. Aussi avait-il évité de venir se mettre à Varsovie dans les mains des Russes; il ne s'approcha de la capitale que sous un déguisement, à l'eflfet de s'entretenir avec Soltyk et ses amis. Soltyk refusa d'échapper à l'arreslatioQ par la fuite; il écrivit à Kraainski : « J*aurai> par ma fermeté, soutenu l'honneur de mon pays. J'aurai forcé les Russes k ue pouvoir exécuter leurs projets que par la tyrannie la plus ouverte. ■ Et il ajoutait qu'il voyait avec joie que l'évéque de Kaiuieniec lui eût préparé des vengeurs, c Que chacun de nous, disait-il, cherche le salut de la patrie dans les vertus propres à son caractère, s *
Quand le sénat et les nouces en corps se rendirent chez le roi pour se plaindre de celte violation du droit des gens et de la sûreté pul>Mque, ils le trouvèrent entouré de pots de carmin, de gommegutle et d'encre de Chine, occupé k imaginer le dessin d'uue livrée
pour l'annÎTersaira de son couronnement. Repnin répondit qa'il n*aTait de compte à rendre qu'à sa souyeraine, qae d'ailleurs ceux qu*ii avait tait enlever étaient coopables d'avoir manqué h la dignilé de la tzarine et tâché de rendre auspecte la pureté de ses intentions! Là-dessus, le grand-^iiancelier de la couronne^ André Zamoyskl, donna sa. démission et se retira en pleurant la patrie. Repoin menaçait de mettre la ville au pillage, de faire ravager le royaume, si l'on s'obttinait à rejeter le projet de commission, et de faire couper la tête sur Téchafaud à quiconque s'opposerait aux ToJontésderimpéiatrice. On tenta quelque objection, il répliqua qne celui qui oserait encore murmurer serait traité en rebelle, que contredire Catherine, c'était «e déclarer son ennemi. A la première demande : Si les Etats consentaient que le projet fût aigné, six voix répondirent oui ; à la deuxième trots et à la troisième une seule. 'Toutefois, les commissaires furent nommés au nombre de soixante, ceux du sénat par le roi, ceux de l'ordre équestre par le maréchal. La présence de quatorze membres devait suffire pour délibérer à la plurafité des voix. Ainsi, dans ce pays où l'on venait d'établir l'unanimité comme base du gouvernement, huit personnes pouvaient décider du sort de la République ! Repnin présida les conférences, et si quelqu'un voulait citer les déclarations de l'impératrice : a Tais-toi, répondait-il, ce n'est qu'à moi qu'il convient de savoir le vrai sens des déclarations de ma souveraine. Je ne veux ni remontrances ni raisonnements, je ne veux que de la soumission. > Ehfln cette grande affaire fut conclue le 19 novembre 1767. Tous les actes furent signés au pied du portrait de la tzarine.
Le roi était continuellement en butte aux procédés outrageants de l'ambassadeur de Russie. M. de Ségur, pour peindre par un trait la hauteur insultante de Repnin, a raconté, qu'un jour, à Varsovie, le roi Stanislas assistait à la représentation d'une pièce de théAtré^ le premier acte était joué lorsque l'ambassadeur russe arriva daqa sa loge ; choqué de voir qu'on ne l'avait pas attendu, il fait baisser |4 toile et ordonne de recommencer la pièce. (Jtfitfm., 111, p. 17.) Tous les Polonais étaient indignés de voir humilier à ce point un prince qu'on les forçait d'appeler encore leur roi. Par alluiion au nom de celui dont le règne désigne la fin de l'empire romain, on ne donnait plus à Poniatowski que le nom de Slanislas-Augustule. Repnin se plaisait parfois à laisser jour aux oppositions pour noter ceux qui marqueraient encore du courage. « Vous en faites trop.
lui dit enfin le comte Maryan Potocki, vous ne connaissez pas notre nation. Nous avons un ancien proverbe qui dit : On ôte aisément à un Polonais son habit et mÂme sa veste^ mais dès qu'on veut lui ôter sa chemise, il reprend tout. » — < Qui osera remuer? » exclama l'ambassadeur de Russie. — o Moi, dit Potocki . Avant quinze jours, je serai à la tête d'une confédération contre tout ce que voue faites ici. Me voici en votre puissance, et vous pouvez me faire arrêter. Vous n'y gagneriez rien : cinquante mille Polonais pensent comme moi. > Repnin crut à une bravade, mais Potocki tint parole. La Russie voulant abaisser Tune par Tautre les principales familles, dont la considération eût balancé son influence^ avait résolu d'abandonner la maison Gzartoryski à la haine publique. Repnin promettait de faire reléguer en Sibérie le grand -chancelier de Lithuanie, Michel Gzartoryski; mais, malgré la foule de ses ennemis, dès qu'il fut question de le sacrifier aux Russes, il ne se trouva personne qui voulût seconder l'ingratitude du roi et la colère de Repnin. On ne trouva ni juges, ni preuves, ni témoins. Repnin se laissa fléchir par les sollicitations des deux jeunes nièces de ce vieux ministre.
Enfin, les soi-disant lois nouvelles furent signées à titre de traité de paix entre la Russie et la Pologne, comme s'il y avait un rapport entre deux États iadépendants et la législation de l'un de ces États. Et l'on déclara cette œuvre Immuable, parce que, disait-on, dans un gouvernement républicain la constitution ne doit jamais être sujette à des changements. Les dissidents avaient gain de cause et pouvaient désormais arriver à toutes les dignités, et le liberum veto acquérait une licence absolue et perpétuelle. On comprit sons le nom de cardinales ces lois qui ne pouvaient être ni abrogées, ni modifiées en un seul article, même par un conseutement unanime de tous les individus de la nation. C'était le sceau de l'esclavage, et la République, par cela seul, était dégradée du raog d'État souverain. Les impôts ne pouvaient être changés, ni l'armée augmentée, ni des traités avec des puissances étrangères conclus sans l'unanimité des suffrages. Le but de la Russie devint clair quand on vit donner rindigénat à une foule de Russes, créer une noblesse grécorusse en Pologne, en même temps qu'on assurait à jamais au premier nouce venu le droit de rompre toute diète par sa simple contradiction. Garr et Igelstrom, qui avaient arrêté les sénateurs, Dulakoff, secrétaire de l'ambassade russe, d'autres dévastateurs des terres de la noblesse polonaise, furent naturalisés en Pologne. Ce
fut le comble de Touirage pour les Polonais, qu'on les forçÀt de recevoir pour concitoyens et frères les satellites de leurs oppresseurs. Cette diète^ qui ratifia ce que voulurent les Russes, était la moins nombreuse que la Pologne ait eue : la Lithuanie n'y était pas même représentée. Chreptowicz enregistra une protestation contre tous ces abus au greffe de Grodno et sortit du royaume en emportant le registre original des actes pour en prévenir la suppression. Wybicki^ nonce de Prusse, déposa une protestation au greffe de Varsovie et sortit en traversant à cheval les gardes russes. Repnin et son impératrice avaient cru que tous les pays ressemblaient au leur^ où quiconque se rend mattre du palais règne sur la nation entière. Tout à coup^ Repnin reçut la nouvelle d'un mouvement en PodoUe. Il ordonna à deux compagnies polonaises et h un régiment allemand de dissiper cette émeute. Mais, un peu inquiet, il fit que la diète terminât ses travaux et que la confédération de Radom fût dissoute (5 mars 1768). Le parti national était cruellement désabusé de l'idée que quelque chose de bon pût être t^'nté avec Tappui ou la tolérance de la Russie, et aux perfidies et aux intrigues russes, il allait opposer le seul remède qu*il y eût : une croisade contre l'étranger entreprise au nom de Dieu, de la patrie et de la liberté. (Voy. sur cette période, Rulhière, livre VIII.)
Confédération de Bar. — « La confédération de Bar est au nombre de ces événements extraordinaires qui ne se produisent qu*au milieu de peuples libres, soucieux de leur indépendance et ne reculant devant aucun sacrifice quand ils la voient menacée. Plus de pareils événements sont rares, plus ils méritent d'occuper de place dans l'histoire de l'humanité . En faisant surgir quantité de personnages dans toute leur valeur morale^ ils montrent ce dont une nation est capable et sont comme un thermomètre qui indique le point le plue élevé auquel le dévouement puisse atteindre.» C'est ainsi que l'officier F. N. Murray conunence son récit de la part qu'il prit à cette sointe lutte. {Malériaux sur les premières années du règne de Sianisias»Auguste, par H, Schmitt, en polonais, Lwow 1857, 1. p. 158.)
La Pologne qui, un siècle auparavant, avait dû à la confédération de Tyszowce d'être délivrée de l'invasion suédoise^ brandbourgeoise et russe, vit Joseph Pulawski tenter de renouveler les prodiges accomplis alors par Etienne Czamiecki.
Joseph Pulaw&ki, staroste de Warka, avait servi d'iotumédiaifc entre les évèques da Kamleoiec et de Cracovie» daot leun po«rparlers sur le salut de la patrie : Soltyk était un saint, Krasinaki un politique, Pulawski fut un héros. Dédaignant d'attandlra l» départ des troupes russes et le» secours des puissances amieat car il sentait que les unes ne s*en iraient que forcées et contrainte* et que les autres n'interviendraient qu'à leur corps défendant, U ne crut pas nécessaire de tramer une lente conspiration pour fiiire éclater un sentiment qui était dans tous les cœurs, mais il crai* gnit que l'absence d'une protestation armée immédiate ne légitimât en quelque sorte les concessions exorbitantes de la dièie aux Russes. Quand Pulawski et les siens se rendirent à Bar, petite ville de Podolie, k cinq lieues de Kamieniee, en février i768y trois cents gentilshommes de la contrée avaient donné leur adbé* sion. Michel Krasinski^ firère de l'évéque de Kamieniec, fut nommé maréchal de la confédération et Pulawski chef militaire. Commeoçant avec peu de monde, ils entraînèrent les milicea domestiques du voisinage, attaquèrent des détachements russes et leur firent éprouver des échecs k Konstantynow, à Winnioa, k Jasow, à Ghmiehiik, puis entre Berdycsew et Zytomir. Berdyesew ouvrit ses portes. C'est du couvent fortifié de cette ville que le père Marc, âgé alors de 45 ans et qui jouissait d'une grande réputation de sainteté, sortit pour prêcher la confédération dans les campagnes. Dans l'un de ses discours aux confédérés, Joseph Pulawski leur disait que leur but premier devait être de faire éclater les districts de proche en proche pour qu'ils se confédéraaeent; qu'il fallait adopter un mode de combattre qui rendit inatilea aux Russes leur artillerie et leurs magasins et détruire l'ennemi en l'épuisant. Il leur rappelait que ce peuple vil avait fui devant leurs ancêtres, et leur annonçait que la présente lutte dé» jouerait les artifices de cette femme ambitieuse et perfide qui, ne croyant à auouue vertu, avait jugé de son intérêt de les feindre toutes. Et il prononçait la belle parole : Vivre libres ou mourir! La nouvelle de la confédération de Bar fut accueillie par la masse des Polonais avec enthousiasme. La seule hardiesse de l'entreprise la faisait estimer plus considérable qu'elle ne Tétait Les confédérés proposèrent à André Zamoyski de se mettre à leur tète; il refusa en apprenant le peu de ressourcés dont ils disposaient. Plus d'un riche seigneur blèmatt riuopporiunité du soulèvement, car il y a des gens qui, avec des intentions droites, voudraient
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les voir exécutées sans qu'il leur en coûtât la moindre perte ni le moindre effort. Mais plus d'une fois les soldats envoyés par le roi pour combattre la confédération passèrent à elle. L'insorreetion grandissait; son preipier effet fut d'empêcher la réunion des dié« tines de relation où l'on doit rendre compte de ce qui s'est passé k. la diète. Et ainsi ce code de lois nouvelles imposé à Varsovie ne re^t sa sanction dans aucune province*
Le roi, effrayé, chargea le général Mokronowski de négocier un accord. Joseph Pulaweki répondit : ■ Tant de meurtres et de pillages font voir la sûreté que nous pourrions nous promettre pendant nos conférences. La nation russe et ses chefs ne se con<* daisent pas par des règles militaires; ils n'agissent que comme des assassins. » En effet Repuin, comptant sur la sécurité qu'inspire* rait la mission de Mokronowâki, lança sept régiments russes et cinq mille Kozaks pour envelopper et détruire l'insurrection. La résistance fut héroïque. Mokronowski, qui avait été rappelé à Varsovie, dit au roi : « Sire, on vous trompe, ou vous m'avez trompé. Dans rua et l'autre cas, il ne me convient plus de vous servir. » Bien que, d'après les lois polonaises, une confédération soit mise sous la sauvegarde du droit des gens, aussitôt qu'elle a été reconnue et qu'on a commencé à traiter avec elle, un manifeste de Catherine donna aux confédérés le nom de brigands. La tzarine y déclarait qu'elle déracinerait cette rébellion pour le repos et le bonheur de Thumanité. Les confédérés avaient envoyé des agents aux puissances étrangères. Le duc de Choiseul demandait pour les secourir qu'ils déclarassent le trône vacant^ et que la confédération fût générale. En attendant il s'imaginait qu'il gagnerait l'Autriche à ses vues, et il se bornait à presser les Turcs et les Tartares d'appuyer les Polonais.
Des confédérations particulières éclataient partout pour soutenir celle de Bar. En avril, le grand-échanson Joachim Potocki, nonuné régimentaire général, avait soulevé le district de Halicz, et Roséwâki les environs de Lublin. A la fin de juin, il y avait la confédération de Cracovie sous le maréchalat de Michel Gzarnocki, celle de Sandomir sous Pierre Putocki, celle de Sanock sous «Pierre Brouicki, d'autres se produisirent à Sieradz, à Kalisz, à Gniezno. « On voyait, dit Rulhière, un peuple désarmé dont le territoire, dans toute son étendue, était occupé par une armée ennemie, nombreuse, disciplinée, formidable et sans cesse recrutée; un peuple trahi par son roi et par une partie de soa
séoat^ daDB on pays sedb forleressea et môme aana moatagnes, ces asiles naturels de TiDdépendance, se soaleyer de toutes pans et attaquer à coups de sabre des batteries de canons. » (Il l, p. 57. ) Des Kozaks amenaient des provinces à l'hôtel de l'ambassadeur russe des gentilshommes liés à la queue de leurs chevaux. Si Ton apprenait qu'il se fClt formé une confédération dans une ▼ille, elle était aussitôt brûlée. Un chambellan du roi, Dzierza- Dowski, avait conçu le plan d'enlever Repnin; mais le roi, qui était dans la confidence, se repentit et le trahit. Toutefois Dsiersanowski réussite s'échapper. Mais Repnin ti^mblaità Tidée qu'an pareil projet se renouvelât^ et les mauvais Polonais se barricadaient également dans leurs palais de Varsovie. Les Rueses, qui avaient commencé par piller les châteaux dont les propriétairea avaient rejoint les confédérés, organisèrent les massacres d'Ukraine pour exténuer les palatinats méridionaux. Ils enlevèrent Podhayce^ place d'armes de Joachim Potocki^ qui franchit la frontière turque^ emportèrent d'assaut la ville de Bar (20 juin], la sacca* gèrent et y firent prisonnier le père Marc. Douze cents autres confédérés y furent mis aux fers et conduits en Russie. Dans le même temps, le jeune Casimir Pulawski avait été obligé de se jeter avec treize cents hommes dans Berdyczew, mais, après dixsept jours de siège, il dut se rendre faute de vivres.
Les Russes, en violation de la capitulation de Berdyczew, prétendirent ne relâcher Casimir Pulawski qu'à la condition qa*ll se chargeât de porter aux confédérés des paroles de paix. Aussitôt libre, il écrivit à Repnin qu'il ne se croyait point tenu d'observer un engagement que les Russes n'avaient pu lui imposer qu'en manquant à la foi jurée ; que, par conséquent, loin de conseiller â son père de déposer les armes, il les reprendrait lui-même, et qu'il espérait que les étendards polonais se montreraient comme autrefois au centre de l'Empire. Le père et le fils réunis surprirent plusieurs détachements russes et se rendirent maîtres d'une grande étendue de pays. Malheureusement quelques magnats. Jaloux de la gloire des Pulawski, exploitèrent contre le père Tincident du fils et semèrent contre eux des soupçons; pluaienrs d'entre eux^ de la frontière turque, ot^èrent déclarer Joseph Palawski déchu du commandement général (23 novembre 1768). Il n'en continuait pas moins à harceler les Russes, lorsqu'il reçut l'invitation de venir travailler à mettre fin aux divisions des confédérés. Laissant ses troupes, il alla au rendez-vous. Le séraskier
tartare qui commandait ces froDtières et auquel il avait élé déuoDcé le fil arrêter. A cette nouvelle, ses eoldats, indignés, protestèrent solennellement en décembre 1768. Joseph Pulawski acheva en prison sa glorieuse carrière. Il avait écrit aux siens que, quelle que fût sa destmée, ils sacrifiassent leur ressentiment, ne songeaisaot qu*à la patrie et justifiassent sa mémoire par leur conduite; et c'est ce qu'ils firent. .
En Lithuanie, le prince Radsiwil, plein de ressentiment du rôle que les Russes lui avaient fait jouer à Radom, préparait des moyens insurrectionnels dans sa forteresse de Nieswiez, mais les Russes surprirent et désarmèrent ses soldats.
Les Pulawski avaient passé tout l'hiver avec 800 hommes sur la rive polonaide du Dniester, amassant des magasins pour les Turcs qui avaient déclaré la guerre aux Russes le 4 octobre 1768^ mais qui ne bougeaient pas encore. Catherine eut l'impudeur de proposer aux Polonais une alliance contre les Turcs qui venaient au secours de la République, offrant en ce cas de mettre ses propres troupes sous les ordres du roi Stanislas: cela souleva une clameur universelle. Au printemps de 1769, une armée russe s'ébranla. Le plus jeune des Pulawski, fait prisonnier, fut déporté en Sibérie, et six mille Russes marchèrent contre les deux autres frères. Casimir occupait la forteresse d'Okopy, située sur un roc escarpé et inaccessible qui domine le Dniester et que défendent des deux autres côtés les bra3 d'une rivière. Après une résistance acharnée, il s'ouvrit un passage à travers l'armée russe avec une poignée de combattants. François Pulawski se tenait dans le château de Zwaniec, en face de Choczim, sous le canon duquel il fut forcé de se réfugier. Le 22 avril, 24,000 Russes mirent le siège devant Choczim, mais ne tardèrent pas à le lever et à repasser en Pologne. Les deux frères Pulawâki opéraient sans nouvelles l'un de l'autre . Casimir^ adoré des siens, soupçonné par ses envieux, si craint des Russes qu'il prenait parfois de faux noms pour qu'ils 86 précautionnassent moins^ intrépide dans les combats, était d'ailleurs doux, conciliant, et au-dessus de tout ressentiment personnel, 11 retrouva son frère François à Sambor et tous deux conçurent le hardi projet de se jeter en Lithuanie. Ils y pénétrèrent dans les premiers jours de juin 1769. Une confédération se forma aussitôt à Brzesc Casimir battit et désarma un corps russe près de cette ville, et vainquit une seconde fois les Russes près de Slonim le 20 Juin. Il eut bientôt 4,000 hommes sous ses ordres. Seule-
ment des objectioas étaient faites à ce qa'on lai remtt le commandement en chef^ baaées sur ce qu'il n'était pas Lithuanien. Le prince Radziwil, mal conseillé, confia les troupes qu'il avait réunies & un certain Biersinski, brave mais intrigant et sans talents militaires, qui se fit battre. Les Pulawski^ après avoir aidé tons les districts de Lithuanie à se confédérer sous le maréchalat du comte Pac, s'en allèrent retrouver leurs équipages sur les frontières de Hongrie. François^ qul^ sur la fausse nouvelle que son frère était pris^ était revenu pour attaquer les Russes et le dégager, périt à Lomaiy. Casimir atteignit le sol hongrois. Les deux frères avaient en six semaines fait plus de einq cents lienes et livré cinq grands combats.
c Les Russes ne faisaient grAce à aucun confédéré^ ils tourmentaient cruellement leurs prisonniers. Tantôt les mettant à nu, ils les amenaient un à un et leur fusaient sauter ta cervelle, tantôt les attaohant à un tronc d'arbre, Ils leur abattaient la tête, tantôt les empalant sur leurs lances ils les y laissaient jusqu'à ce que la mort s'ensuivit , et ils commettaient beaucoup d'autres barbaries pareilles^ surtout le colonel Drewiti et un certain Renn, ce qui pourtant n'arrêtait personne . • {Pamietniki Kiiowicta. — Mémoires d'André Kitowics, ancien confédéré de Bar, publiés par Gh. Sienkiewici dans le Skarbiee hUtorii PoUkief, Paris, 1839.)
' Les Russes, vainqueurs des Turcd, étaient entrés à Jassy et à Buoharest : ils redoublèrent d'efforts contre les Polonais. Ceux-ci, loin d'être découragés par la défaite de la seule puissance gui combattit leur ennemi, déployèrent une nouvelle audace. Dans les premiers jours de novembre 1769, la plupart des maréchaux des confédérations particulières se trouvèrent réunis A Biala, ville dont une moitié était sur territoire polonais et l'autre sur territoire autrichien. Krasinski y fut élu maréchal de la confédération générale et Potocki régimentaire. Le comte Pac fut nommé substitut de ces deux chefs jusqu'à leur retour de Turquie, et on forma sous son autorité un conseil suprême on généralité chargé du pouvoir souverain dans toute l'étendue de la République . Cet événement fut célébré par les camps épars des confédérés, par Posen, la seule grande yille en leur pouvoir et même par les villes qu'occupaient les Russes, c II avait fallu attirer du fond de la Lithuanie et des provinces les plus reculées, au risque de la vie de plus de vingt mille gentilshommes, à travers mille périls, non-seulement de U mort, mais de la captivité et des tortures, cette nombreuse assem-
blée de la DobleâS6 de 179 districts d'un yafcte royaume^ réunion nécessaire pour former la confédération générale. » (Rulhiére^ nu p. 273.)
L'un des chefs les plus distingués fut Joseph Sawa Galinski. Fils d*un célèbre colonel de kozaks polonais, dont la famille eAt dû être depuis longtemps anoblie^ en raison des services qu'elle avait rendus à la Répubiifjue, il avait, quoique non noble, été acclamé maréchal de Wyssogrod, et il déployait une prodigieuse activité. 11 battit à Dobrzyn-le colonel Schelner. A la fin de 1770, Casimir Pulawski, après avoir deux fois entamé le corps de Drewitz qui s'était hasafdé à le poursuivre dans les monts Carpathes, descendit dans la plaine, puis se jeta sur les faubourgs de Gracovie, y enleva le régiment polonais des gardes de la couronne, reprit le chemin de Varsovie et le quitta de nouveau pour surprendre le monastère fortifié de Gaenstochowa. Y laissant une garnison, 11 courut lui-même en Poznanie. Sawa pénétra en Lithuanie. La confédération achetait des armes en Hongrie, en déterrait en Pologne, B*emparait des mines de sel de Wieliczka. Sawa, défait à Krasnik vers la fin de mars 1771 par Sou waroff, alors brigadier, se reforma et détruisit la colonne russe du colonel Hitler. Mais le 26 avril, après un combat qui dura de six heures du matin jusqu'au coucher du soleil, Sawa vit sa troupe presqu'anéantie et eut une jambe emportée par un boulet. Trouvé par les Russes dan^une chaumière ot il se cachait^ il mourut en .prison.
Pulawski prit Zamoso, infligea un échec à un détachement russe, mais le succès de SouwarofiT à Lanckorona le força à se replier sur Gsenstochowa. Luttant d'activité avec les confédérés. Sou waroff fit cent milles en 17 jours, ne passant jamais quaiante-huit heures sans se battre.
Le prince Ogiuàki, grand général de Lithuanie, se prononça oontre les Russes. Après plusieurs victoires, il fut surpris dans la nuit du 23 septembre 1771 à Stolowicse et mis en déroute.
Le bruit de l'accord des trois cours de Vienne , de Berlin et de Saint - Pétersbourg , jeta le désespoir dans l'âme des confédérés. Toutefois Gxenstochowa ne capitula que le 15 août
Gasimir Pulawski rejoignit Tarmée turque. Après la défaite des Turcs en 1774, il se retira à Andriuople, puis partit pour l'Amérique. Il y fut tué le 0 octobre 1779 devant le fort Savannah auquel les Américains reconnaissants ont donné son nom.
Les massacres d'Human. — Ces maâsacrea ont élé UDe machine de gaerre dirigée contre la confédération de Bar et en même temps une préparation à l'asiserYissement de l'Ukraine. CBtherine II essayait depuis longtemps d'y troubler IVsprit des populations an moyen de l'influence que lui donnait sa papauté du culte grec. Ainsi, dès septembre 1767, elle faisait envoyer dans cette province polonaise^ par le synode de Saint-Pétersbourg, des catéchismes qaà. enseignaient la soumission à son autorité. En 1768^ elle décréta qu'aucun prêtre grec ne pourrait Bzercer avant de lui avoir prêté le serment d'une obéissance absolue selon une formule donnée par elle-même.
Cette année-là, l'Ukraine était sans défense. La plupart des gentilshoDunes avaient abandonné leurs maisons pour aller combattre les Russes dans d'autres provinces ; ceux-ci enlevèrent les petites garnisons qu'entretenaient pour leur sûreté quelques-unes des principales familles et se retirèrent. Aussitôt les popes firent circuler l'ukase suivant : < Noos donnons cet ordre et nous enjoignons à Maximilien Zelezniak, de la terre de Tymoszew, colonel et commandant dans nos terres du Bas-Zaporogue, d'entrer sur les terres de Pologne, prenant encore quelques troupes de nos armées russes de Rozaks du Don^ pour ejKtirpei; et abattre avec l'aide de Dieu tous les Polonais et les juifs blasphémateurs de notre sainte religion. Par ce moyen nous faisons cesser toutes les plaintes portées devant notre trdne contre ces assassins impitoyables, ces parjures, ces violateurs de la loi, ces Polonais qui, protégeant la mauvaise croyance des juifs impies, blasphèment et méprisent notre religion, opprimant un peuple fidèle et innocent. Nous ordonnons donc qu'en traversant la Pologne, on extirpe leur nom et que leur mémoire soit anéantie pour la postérité.... Saint-Pétershourg, juin 1768. Signé : Catherine. • (Cmsidér. sur la conféd, de Bar, par Wielhorski. Paris, 1770.) Les Haydamaks, ou Kozaks vagabonds, se chargèrent de l'exécution. Zelezniak s'avança à leur tête, armé de cet édit de Catherine et précédé de missionnaires russes, c Tout ce qui n'était pas de la religion grecque fut égorgé, vieillards, femmes, enfants, juifs, luthériens. Les juifs furent presque tons brûlés vifs. Les Haydamaks pendaient à une même potence an gentilhomme, un moine, un juif et un chien, avec l'inscription : c'est tout un. On vit à un même gibet une mère entourée de ses quatre enfants. 11 y eut plusieurs centaines d'hommes enterrés de façon que la tête seule dépassât et les têtes furent ensuite fàu-
cbée?. Trois villes, cinquaute bourg.^, pludieurd milliers de maisons éparses dans les campagnes furent brûlés. Ce qui s'échappa se réfugia dans la ville d'Human. Un général russe invita secrètement un major prussien, qui y était avec 50 hommes pour y acheter des cbcvaux, de s'en retirer. Un Kozak polonais (Gonta), acheté par Zelezniak, surprit une des portes en se présentant en ami (19 juin 1768). Seize mille per&onues furent égorgées et un évêque russe vint prendre possession de ces ruines. (Rulhière^ lil, p. 82, 85.)
La diète nomma une commission^lqui publia en 1790 la première partie de son rapport et n'hésita pas à dénoncer la Russie comme instigatrice de ces cruautés. Mais les propriétaires étaient massacrés ou minés, les paysans pleins de défiance et de remords, le midi de la Pologne saigné et affaibli; en un mot^ le résultat que la Russie avait poursuivi était atteint. '
Les 0PVIC1ER9 français en Pologne. — Sur les instances de l'évéque de Kamieniec, le duc de Choiseul s'engagea à envoy€r aux confédérés de Bar de l'argent et un plénipotentiaire. Il fil choix du chevalier de Taules, capitaine de dragons, ancien résident de France à Genève et voltairien. On a le récit de sa mission secrète. 11 joignit les confédérés sur la frontière moldave. JI vit d'abord le comte Potocki près de Choczim : a Une foule de Polonais, dit-il> entouraient ma voiture en m'accablant de questions impertinentes, csr ces bonnes gens s'imaginaient que toute» les puissances avaient suspendu leuA plus chers intérêts pour ne s*oc. cuper que de la Pologne et qu'il n'était question dans toute l'Europe que de leurs affaires. » Il alla trouver (3 juin 1768) le maréchal Krasinski qui lui dit : que les confédérés étaient encore en état de résister aux Moskowites, mais qnlls succomberaient enfin s'ils étaient livrés à leurs propres forces. A la demande des lettres de crédit dont il était porteur, Taules répondit qu'il lui avait été recommandé d'observer, avant de remettre ifargent; si ce secours pourrait les aider dans leurs projets et avancer leurs affaires. Puis dans une alerte causée par les Russes, il brûla ses papiers et lettres de change et s'en revint. (Voy. son rapport cité d'après \eê archives des affaires élrang. par Saint-Priest dans sa partiale étude diplomatique sur le partage de la Pologne, ch. ili, 1850.) Taules, pour s'excuser de n'avoir rien fait en Pologne, calomnia les confédérés.
Au coiiiiucDcemcul de 1770^ Ghoiseul chargea d'une misslou eu Pologne Dumouriez^ alors colonel^ qui demanda trois mois pour étudier la question et arriva près des confé'lérés à Epéries, en Hongrie, à la fin d'août. Ils étaient 16 à 17^000 hommes sous huit à dix chefs. La première préoccupation de Dumouriez fut de leur donner une organisation unitaire, à la française, de créer une infanterie et de se procurer des fortifications. II écrivit au ministre Ghoiseul un plan qui tendait à enlever Varsovie, à détruire les magasins des Russes dans les provinces méridionales et à porter le théâtre de la guerre en Moskowie. Mais pour cela il lui fallait avoir triplé ses forces. Il attendait le printemps. Et au milieu de l'hiver Ghoiseul tomba du pouvoir. (Mémoires du général Dumouriez écrits en 1794 et réimprimés en 182t.) c Abandonné à ses pï'opres mouvements et ne recevant plus d'instructions, Dumouriez étendit luimême ses pouvoirs et se mit à donner des ordres aux confédérés au lieu de conseils et de subsides. » ( Daunou, dans sa continuation de Rulhière, précis du liv. XIV.) < Dumouriez^ avant d'avoir rendu aucun service aux Polonais, leur parlait un langage peu mesuré. Loin d'honorer le dévouement héroïque de Gasimir Pulawski, le plus intrépide de leurs chefs, il l'exaspérait par des reproches insupportables à l'homme d'honneur. • (LacreteUe^^ Hist» du XVIÏl* siècle.) Dumouriez était un officier de fortune qui ne manquait ni de bravoure ni de génie militaire, mais qui n'entendait rien à la façon dont les confédérés étaient obligés de fiiire la guerre. Etant entré en Pologue, il se fit battre à Lanckorona, le 22 juin 1771, en rejeta la fautç sur tout le monde et retourna en France.
Le baron de Vioménil, maréchal de camp, homme d'un caractère modéré, fut mandé en Pologne, par d'Aiguillon, en août 1771, avec un petit secours d'argent et quelques officiers français, dont plusieurs, notamment le lieutenant-colonel de Ghoisi, se sont extrêmement distingués. Vioménil resta à Cieszyn (Teschen) dans la Silésie autrichienne où s'établit le conseil de la confédération. M. de G))aisi, ayant reçu l'ordre de s'emparer du château de Gracovie, y réussit par un coup d'audace, 2 février 1772. c G'est M. de Ghoisi qui a tout imaginé, tout préparé, et il vient de l'exécuter d'une manière surprenante, écrivit Vioménil, le 5 février. Ge brave officier sera honoré et estimé à jamais parmi les Polonais. Il avait communiqué sa chaleur et son zèle à tous nos Fraùçais; ils ont fiait des prodiges. » Si les officiers français ont montré beaucoup de
courage à la prise du chftteau, ils en moutrèrent cent fois davautage pour sa défense. Da pain sec^ du cacha (espèce de gruau) et du courage, voilà, monsieur, toute la nourriture des officiers et des soldats, écrivait Choisi à Vioménil, 29 février. Toute communication avec le dehors était Interceptée. Le fait de Gracovie mit beaucoup de liaisons entre les Français et les Polonais, la confiance s'établissait, selon la remarque de Vioménil. Et d'un autre côté un sentiment nouveau naissait à Gracovie même dans l'âme des officiers français. Nous lisons en effet dans une lettre de Choisi : « Mes deux canonniers français sont d'une espèce bien rare : on ne s'attend pas à trouver dans cette classe des hommes aussi extraordinaires; c'est one activité, une prévoyance et une fermeté surnaturelles; si on ne fait pas ces gens^là officiers dans leur corps, ce serait une acquisition excellente pour le régiment qui les aurait. > Et dans son journal du siège de Gracovie, M. l'officier de Galibert a. des paroles de pitié pour les soldats, c que les plus grands maux ne mènent point au bâton de maréchal de France, pas même à un pain assuré pour vivre en cas de mutilation. » Vingt ans ne s'étaient pas éconlés que tout soldat français avait dans sa giberne son bâton de maréchal. Le château de Gracovie capitula le 23 avril 1772; la garnison fut prisonnière de guerre, et M. de Choisi déporté à Smolensk. [Lettres du baron de Vioménil, publiées par le général Grimoard. Paris, 1808.) Après dil-huit mois de captivité, M. de Choisi fut mis en liberté avec vingt officiers fjrançais. De retour à Versailles, il disait hautement, en présence du ministre de Russie, que pendant quatorze mois on l'avait laissé, lui et ses frères d'armes, manquer de pain et sans autres ressources que les charités de quelques femmes russes ou tartares. (Ferrand, ^û/otre dej/roi> démembrements de la, Pologne, 1820, II, p. 16).
Attimtat contre le Roi. — Le 9 avril 1770, les chefs de la confédération de Bar avaient, de Varna, annoncé l'interrègne; Ignace Bohusz, secrétaire de la confédération, en prépara l'acte à Teschen et le fit signer aux confédérés. La généralité le publia, le 14 mai 1770, à Konieczne, sur la frontière de Hongrie. Stanislas- Anguste était déclaré usurpateur du trône^ sommé de comparaître devant la confédération et, en cas de désobéissance, mis hors la loi. Strawinski et deux autres confédérés servant de témoins remirent cet acte au roi dans son palais de Varsovie, et disparurent protégés par leur adresse et par leur confiance dans la capitale»
L^acle de déchéance fut mis à Tordre du jour par les chefs mililailes de la confédératioD, sauf Zaremba. (Yoy. Lelewel, Hist. de Pol,, II, p. 61.)
Le 3 Dovembre 1771, le roi fut enlevé, en pleine rae, à VarsoTie, par plusieurs confédérés dans le dessein d'arracher aux Busses leur principal instrument. Ils Ten traînaient vers Czeuslochowa quand, la nuit, ils s*égarèrent. Le roi, resté seul avec Tun d'eux, Knsnaa, Tattendrit et en obtint son salut. Une enquête fut commencée, puis suspendue. Quinze mois après, les Russes la firent reprendre. Lukaski affirma dans rinslruction que les ordres qu*il avait reçus se bornaient à l'enlèvement du roi. Mais il ne fut pas permis à son avocat de prononcer la défense qu'il avait préparée dans ce sens. Lukaski (ùt condamné comme régicide et exécuté. Il eut la tête tranchée, puis ses mains furent coupées, son corps écartelé, les différentes parties brûlées et les cendres jetées au vent. Sa femme, Eve Mendenska, qui fut condamnée à assister au supplice, en mourut de douleur trois jours après. Gybulski eut aussi la tête tranchée, mais son corps fut rendu à sa famille. Ils montrèrent tous deux un grand calme et beaucoup de courage. (Ferrand, II, p. 99.)
Dans son testament (3 sept. 1773) Lukaski soutient que la confédération de Pologne avait sur Stanislas-Auguste le même droit que le parlement d'Angleterre sur Charles I«'. Reprochant au roi le démembrement de la nation , il proteste n'avoir rien fait que par zèle et amour pour sa chère patrie. Puis il ajoute : i Me trouvani dans l'avoisinement de rélemité, je dois confesser et publier le vrai; c'est que je mérite justement la mort et m'y condamne moi-même, me reconnaissant trè»-criminel parce que j^ai laissé vivre l'intrus Poniatovrski. >
Lp.6 trois cours co-partagbaktbs. •— Ce démembrement de la Pologne a été un tel crime que les puissances qui en ont profité ont essayé dep^uis d'en rejeter de l'une sur l'autre la principale responsabilité. Lisez Dohm , Gœrlz, Koch,Schœll, Preuss, Marteus, ils vous diront que jamais Frédéric n'avait pensé an partage de ta Pologne : il est vrai qu'ils sont tous Prussiens. Lisez SaLnt-Priest, Smitt, ils vous diront que Catherine voulait conserver l'intégrité de la Pologne : il est vrai que l'un était fils d'un émigré russifié et l'autre un panégyriste de Tempereur Nicolas. Lisez tel auteur que '^us voudrez sur cette période, ils vous diront que Marie-Thérèse était désolée du démembrement de la Pologne :
il est vrai qu'iU se copient presque touâ sans s'être demaudé si les larmes impériales n'étaient pas feintes. En réalité, l'Autriche désirait ménager les apparences el paraître avoir la main forcée; la Russie, qui dictait des lois à la République, convoitait tout le territoire polonais; et la Prusse, en qualité de puissance nouvelle, cupide, mais ne pouvant ici rien prendre seule, était naturellemeat appelée à attacher le grelot, d'autant plus impatiente qu'elle craignait de voir les deux autres s'agrandir sans elle sur le Danube.
Les ambassadeurs des trois cours, au nom de leurs maîtres, commencèrent par repousser solenneUement les bruits de partage qu'on avait fait courir et qu'ils déclaraient calomnieux (1764). Or, dans le môme temps, Frédéric et Catherine se concertaient en vue de combinaisons conformes à leurs intérêts en Pologne, et le résultat en fut un affaiblissement continu de la République. Panio avait dit à l'ambassadeur prussien, comte de Solms (décembre 1763), « que le roi de Prusse n'aurait pas à regretter de prendre des engagements avec sa cour; qu'il aurait sa peine payée aussi bien que la Russie , et qu'on n'aurait pas travaillé pour rien . i ( Cité par Kurd de Schlozer dans son ouvrage sur Frédéric et Catherine, puisé aux archives de l'ambassade prussienne à Pétersbourg. Berlin, 1859.) La guerre des Russes et des Turcs rapprocha la Prusse et l'Autriche. Joseph II et Frédéric se virent à Neisse en Silési^ (25 août 1769). < 11 y avait, dit Frédéric, deux partis à prendre : ou d'arrêter la Russie dans ses immenses conquêtes, ou , ce qui était le plus sage, d'essayer par adresse d'en tirer parti. Le roi n'avait rien négligé à cet égard : il avait envoyé à Pétersbourg un projet politique qu'il attribuait à un comte de Lynar... Ce projet contenait une esquisse d'un partage à faire de quelques provinces de la Pologne entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. L'objet d'utilité de ce partage consistait en ce que la Russie pourrait continuer tranquillement sa guerre avec les Turcs, sans appréhender d'être arrêtée dans ses entreprises par une diversion que l'impéra- Irice-reine était à portée de lui faire... Mais les grands succès d^^s Russes, tant dans la Moldavie que dans la Yalachie, et les victoires que leurs flottes remportèrent dans l'Archipel, avaient tellement enivré la cour de ses prospérités, qu'elle ne fit aucune attention au soi-disant mémoire du comte de Lynar. » {CEuvres de Frédéric le Grand, Berlin, 1846, VI, p. 27.)
L'année suivante, le roi de Prusse eut une nouvelle entrevue
avec l'empereur, qui était accompagné cette fois de son ministre
Kannilx, à Neustedt, en Moravie (8 septembre 1770). Us y reçurent de la Porte la proposition de se rendre médiateurs entre elle et la Russie. Frédéric profita de ces circonstances pour se faire, auprès de Catherine^ le promoteur officieux d'une réconciliation avec la cour de Vienne, à Teffet de terminer la guerre des Turcs et de ^ciier la Pologne. Un mois après (12 octobre)^ le prince Henri, f^ëre da roi de Prusse, arrivait à Pétersbourg. « Je m'en rapporte, lui écrivit Frédéric, à votre bon esprit qui tirera parti de tontes les occasions qui se présenteront là-bas. i II se répandit à Pétersbourg, dans les premiers jours de l'année 1771 , le bruit de la prise de possession par l'Autriche des starosties de Zips et de Sandek. Déjà, au printemps de 1769, TAutriche avait fait mettre un cordon de troupes aux frontières de la Pologne et y placer des poteaux surmontés de l'aigle impériale. On avait enveloppé avec le cordon les treize villes de la Zipsie, que Tempereur Sigismond avait engagées à la Pologne (141 S) et auxquelles on avait formellement renoncé par le traité de Byczyn en 1589. Pendant l'automne de 1770, le cordon de troupes fut étendu et entoura les starosties de Zips et de Sandek; le 9 décembre parut un décret émané du cabinet de Vienne par lequel ces territoires étaient totalement incorporés aux Etats autrichiens, et il fut établi, pour ces deux provinces. On gouvernement qui portait le titre de AdminUtratio te9Tûrum recuperatarum. (Voy. l'ouvrage de F. de Smitt, Frédéric, Cathe» rine et le partage de la Pologne, rédigé d'après les archives de Moskou, Paris, 1861, supplément p. 6, 37.) A cette nouvelle, Catherine dit au prince Henri (8 janvier 1771 ) : « Il semble que dans cette Pologne il n'y a qu'à se baisser pour en prendre. » (Voy. contin. de Rulhière, IV, p. 210.) Et elle ajouta : c Si la cour de Vienne veut démembrer ce pays, les autres voisins ont le droit d'en faire autant. » Henri disait plus tard : « Pour prévenir le malheur d'une guerre générale, il n'y avait qu'un expédient, c'était de mettre trois têtes dans un bonnet, et cela ne pouvait se dire qu'aux dépens d'un quart. » (Conversation avec Rulbière, rapportée par Ferrand, I, p. 131.) Le prince Henri était de retohr à Berlin le 17 février. Le 2 mars, Frédéric écrivait à son ambassadeur : c Le meilleur sera que la Russie et moi, imitant l'exemple de la cour de Vienne, pourvoyions nous-mêmes à nos intérêts et nous procurions aussi quelque avantage réel en Pologne. »
D'un autre côté, « le roi assura le baron Van Swieten, ambassadeur d'Autriche à Berlin, que la Russie ne témoignait aocnn mécon-
lenUnieDl de ce que les Autrichiens avaient pria posseagion de Zips H que Sa M^jesté^ poar donner des preuyes de son amitié à Leurs Majestés Impériales^ leur conseillait de s'étendre dans cette partie de la Pologne selon leur bienséancei ce qu'elles pourraient faire avec d'autant moina de risques que leur exemple serait imité par les autres puissances voisines de ce royaume.,. » Kaunits élevait des objections sur la difficulté de se faire des parts égales, at ajon* tait que sa cour était prête à évacuer les districts occupés par ses troupes, si les autres puissances en voulaient faire autant. 0 Ces demièrea paroles étaient comme un reproche tacite aux Russes^ qui avaient des armées en Pologne; elles regardaient également le roi qui avait tiré un cordon de troupes depuis Grossen jusqu'au* delà de la Yistule, pour garantir ses Etats de la peste/ qui faisait alors en Pologne de grands ravages. Dans une affaire de ceite nature^ H ne fallait pas se laisser décourager par des bagatelles. On pouvait prévoir que la cour de Vienne changerait de sentiments, sitôt que la Russie et la Prusse seraient bien d'accord. 1 {Œuvres potthumet de Frédéric II, Potsdam, 1803, V. Mémoires de 1763 à 1775, p, 54.57.)
Le l«r juin 1771, Sûlms^ ambassadeur de Prusse en Russie, annonçait au roi a que l'impératrice Catherine dédirait conclure avec lui un traité formel pour le partage de la Pologne, et qu'elle le priait de lui envoyer un pian qui formât la base de négociations plus étendues. » A quoi Frédéric répondit : < Comme la cour de Russie se trouve dans des dispositions aussi avantageuses, je crois, pour commencer par ce qui me regarde, qu'on pourrait proposer la possession de la Poméréiie, excepté Dantsick, et, pour équivalent de cette yille^ la starosiie de Culm et de Marienbourg, ou^ si cette proposition paraissait trop difflcultueuse, au Heu de la Pomérélie, la Warmie, Elbing, Marienbourg et Culm ; mais la première proposition sera toujours la plus avantageuse, si vous pouvez Tarranger ainsi, parce qu'elle me donne une communication avec la Prusse dont autrement je demeure toujours coupé par la Pologne*., Je n'entre point dans la part que la Russie se destine^ et j'y ai laissé exprès table rase pour qu'elle la règle selon ses intérêts et son bon plaisir... 11 ne dépendra plus des Autrichiens de rompre la négoeiation^ si nous déclarons unanimement nos vues sur la Pologne* La cour de Vienne n'aura premièrement rien de bçn à répondre^ parce qu'elle a été la première à nous montrer le cba* min. Supposé que les Autriehiens trouvassent leur portion en
Pologoe trop faible, en comparaison de la nôtre, et qu'on Tonlût les satiâfaire, il n'y aurait qu'& leur offrir cette lisière de l'Etat de Venise qui les coupe de Triestc pour les mettre en repos. » ( Dépêche de Frédéric à Solms, 14 juin 1771 .)
Le 28 février 1772, l'ambassadeur d'Autriche, Van Swieten, remit au roi de Prusse un acte signé de l'empereur Joseph et de Marie-Thérèse (Vienne , 19 février 1772) et qui est réellement l'origine de la Sainte -AUiance. On promettait, foi et parole de souverain que, quelle que pût être retendue des prétentions respectives des trois cours, leurs acquisitions en Pologne devraient être parfaitement égales, et que, loin de mettre des obstacles aux mesures que chacune pourrait juger devoir prendre, elles s*entr'8ideraient mutuellement. Frédéric se hftta, en échange, de remettre un acte pareil. Même convention fut signée à Pétersbourg entre la Prusse et la Russie, et que Panin antidata (Saint-Pétersbourg, 6/17 février), pour que l'Autriche ne vint qu'en troisième ordre comme ne faisant guère qu'accéder à un arrangement déjà pris. < La signature de notre convention m'a fait un plaisir infini, écrivait Frédéric à Solms (1^^ mars), 11 est possible qu'il en résulte avec le temps une alliance entre les trois cours à laquelle je n'aurai certainement rien à redire. » Et il pressait la conclusion : « Je suis d'opinion qu'il faut terminer les affaires en Pologne, avant que le congrès ne s'ouvre en Turquie. Quant aux Turcs, on leur fera facilement digérer ces démembrements de la Pologne, en leur insinuant que c'est en leur faveur que les Russes leur restituent la Valachie et la Moldavie. » (6 mars). Frédéric s'applaudissait d'une entente qui avait produit le partage : c 11 en résultera, disait-il, une impossibilité morale de pouvoir jamais rompre l'union intime qui subsiste entre nos deux monarchies, Prusse et Russie > (28 juin 1772) .
Le prince Henri s'est glorifié de ce brigandage politique, comme d'un trait de génie ; il s'en est plus tard vanté dans les salons de Paris près des hommes de lettres et des hommes d'Etat, tant le sens moral est éclipsé dans certaines consciences I Déjà, en avri} 1772, il écrivait au comte Solms : « Je puis me dire que mon séjour à Pétersbourg a été marqué par le commencement des négociations pour la plus grande réunion entre le roi et la Russie. Je puis aussi me flatter, sans prévention, et j'en ai là-dessus l'aven du roi dans plus de vingt lettres de sa main, d'avoir mis sur le tapis l'affiUre qui a donné Ueu à la convention de partage. » Et il
ajoute qu*il c regarderait comme le plus grand monumeut de sa gloire que Catherine, à l'occasion de la prise de possession, daignAt rhonorer d'une lettre ostensible pour lui témoigner sa satisfaction, qui pût lai servir de preuve d'avoir contribué à ce grand ouvrage. »
« On ne peut pas dire qu'il fut difficile de persuader à l'une des trois cours d'entrer dans ce plan (de démembremeut); au contraire, elles vinrent au-devant Tune de l'autre. ^ [Faittt mémorables de mon temps^ par M. de Dohm, 1814, 1^* partie p. 433-514.) Si Marie- Thérèse' affecta des scrupules de dévote, dès qu'elle se fut déterminée à prendre, elle manifesta une extrême avidité : elle dut même en rabattre et rétrograder. (Souvenirs du comte de*** (Grimoard) en tète des Lettres du Vioménil 1808, p. 122). i J'ai vu Marie-Thérèse pleurer sur les infortunes des Polonais opprimés, écrivait au duc d'Aiguillon le prince de Rohan, ambassadeur de France à Vienne; mais cette princesse, habile à dissimuler ses projets, a des larmes à volonté. » [Mémoires de l'abbé Georgel, premier secrétaire d^ambassade, Paris, 1818, 1, p. ?64.) « Marie- Thérèse eut recours aux casuisles. Des ecclésiastiques avisés, dont on a également demandé l'avis, ont statué que la loi d'Etat ou des souverains était différente de celle des particuliers et qu'il y avait des circonstances où elle ne pouvait être déterminée que par l'intérêt politique. Cette dernière décision est attribuée aux jésuites. ï (Lettre de Frédéric à Solms, 21 novembre 11*2}.
Un instant Catherine voulut accréditer l'opinion qu'elle n'avait fait que céder aux importunités du roi de Prusse. Celui-ci lui rappela alors qu'elle lui avait écrit trois ans aiiparavant : a Je prends sur moi tout le blâme. » (Voy. dépêche de Sabalier, résident français à Pétersbourg, 11 février 1774, citée par Ferrand, I, p. 152.) La question diplomatique relative au partage de la Pologne a été résumée daos cette parole qu'on a mise dans la bouche de Catherine et qu'elle aurait adressée au prince Hfuri : « J'épouvanterai la Turquie, je flatterai l'Angleterre; chargezvous d'acheter TAutriche , afin- qu'elle endorme la France. » (Hist. de Pol, jwqu'en 1795 par F. M. M'** [Monierl, 1807, II, p. 247.)
« Le pouvoir collectif était déjà exercé en fait par les troupec des trois puissances, et ainsi le partage fut accompli avant qu'on se fût entendu par un traité. » (Ernest Hermann dans son /Ttftoire de Rusne sous Elisabeth, Pierre II! et Catherine II fuS'
qu*en 1775^ travail paisé aux archives de Saxe.) Ge traité n« fat pat même exécuté avec boone foi.
Frédéric avait demandé Dantzick, la Ruasie le lui refusa par ménagement pour l'Angleterre. 11 se résigna k patienter, mais il eu fit pour ainsi dire le siège en occupant loua les point» easen* tieU au commerce de cette ville. Il répondait aux plaintaa des Danliickois par des arguments comme ceux-ei :
c La ville de Dantzick ne saurait prouver par aucune sanction positive qu'elle aie droit d'un port et que ce port appartient à son existence ; elle ne prouve ce droit -que par des interprétstions forcées et par des inductions précaires^ tirées de sa situation et du oonmierce. Il y a beaucoup de villes qni font un commerce florissant sans avoir un port, d'autres ont eu des ports qui par le changement des rivières ou par d'autres visoiasitudea liumaines n'en ont plus, p (Preuves et défense des droits du roi sur le port et péage de la Yistule, 1773. Recueil des déductions, manifestes, déclaratUmSt traitée et autres actes et écrits publics qui orU été rédigés et publiés peur la Cour de Prusse par le ministre d'Etat comU de Het^^iberg, Berlin, 1790, 1, p. 378.)
Quant à ses nouvelles limites, son ambassadeur à Varsovie» M. Benoit, présentait les plus bisarres raifionnements à l'appui d'empiétements journaliers. En voici un spécimen : c Le roi n*a rien fait occuper au-delà de la Netie (Notée) que ce qui appartient à ce fleuve. Gomme il doit, aux termes du traité de Varsovie, avoir la Netze en entier, il doit aussi posséder les deux rives. Par le mot rive, on ne peut entendre autre chose que tout le pi^s qui s'étend sur les bords du fleuve, en tant que le terrain est couvert par ses inondations, aussi bien que les marais formés par ses débordements... De plus la localité demandait qu'on (goutàt quelques pays à la rive méridionale de la Netze, afin de ne pas démembrer des propriétés particulières et occasionner par là de grandes incommodités. . . Le roi doit prétendre au cours tout entier de la Netze, avec ses différents bras et ses sinuosités jusqu'à sa source, y compris le lac Goplo, parce que sans cela le roi n'aurait pas la NetM en entier, ce mot en entier désigne clairement tout le fleuvct aussi bien en longueur qu'eu largeur. La République aurait dû déterminer clairement que la flronlière du roi devait décrire une ligue droite Jusqu'à Soliis. Elle peut aussi bien décrire une ligne courbe. Le roi n'aura que l'élément d'eau lorsque le fleuve déborde, mais le pays quand il sera rentré dans son lit. i (Varsovie,
20 septembre 1774. )« Par suite de co raisomiement^oQ établit que le fleuve pouvait déborder à une diglance de douxe milles (plus de 30 lieues), même par-dessus les montagnes. » (Lelewel, Hi^. Pol 11, p. 74.)
La Pologne eut beaucoup à souffrir de Trédéric. Dès le premier moment de son occupation, il fit enlever une foule de jeunes Ailes afin de peupler ses sables du Brandebourg ( Ferrand, I, p. 129), et il fabriqua de la fausse monnaie en grand. (Rulbière, II, p. 79.) « Bien différent d*Ëtienne Bato^y qui rejetait comme vile la pensée d'une altération monétaire, fait si commun alors en Europe : Nolumus viii monetd nos viles reddere; eat ille Qermanus ad quwrentes ievamen inopia , iadtrymis miserabihum, » (Lettre à Gbodkiewicz, 9 nuurs 1570. Bibl. Zalusc., n. 454, cité par If. Louis Wolowski & la suite de sa traduction du traité de la monnaie de Kopemik. Paris, 1864). Frédéric II ne connut jamais de scrupules : < 11 est, disait-il, important & un roi de s'écarter souvent des routes ordinaires, •• Toutes ses vertus ne sont appuyées que sur son intérêt et son ambition... Qui veut passer pour béros doit s'approcber hardiment du crime;... qui veut passer pour sage doit se contrefaire avec art. Tout dépend de la constance et du courage de celui qui prend. 11 doit toujours tenter, être bien persuadé que tout lui convient; mais seulement il doit prendre garde do ne pas afficher avec trop de vanité ses prétentions. » (CEuvres posthumes de Frédéric, Art de régner, 4«, 5e et 205* soirées.)
Les trois cours déclaraient solennellement qu'elles n'élèveraient plus jamais aucune prétention sur une portion quelconque du territoire de Pologne. Et pourtant elles avaient résolu la destruotion radicale de la nation polonaise. Catherine mandait en 1775 à son ambassadeur à Varsovie : c Dites au roi que l'on ne disconti* nue pas de me solliciter pour un partage ultérieur... Il dépend uniquement de moi que le nom de Pologue soit rayé de la carte géographique. •
Protestations contre le démeiibrbiirnt. — Les trois puissances tenaient à faire ratihcr par la République leur convention de partage: elles ne purent lui arracher par la force qu'un simulacre d'adhésion. Le roi futcoulraint de convoquer le sénat le 8 février 1773, afin de fixer avec lui l'ouverture de la diète. Sur Ii3 membres, il en vint 30. Les troupes étrangères campaient dans les faubourgs de Varsovie. L*évéque de Livonie prolesta courageuse-
ment, et Tambassadeur de Russie l'empêcha d'assister à une seconde séance, attendu que son diocèse faisait partie du territoire que Catherine s'était adjugé. Dès le i" octobre précédent, l'évèque de Kamieniec avait écrit : c Pas de diète; le roi y consentirait à tout; l'argent^ les promesses^ les places, les menaces, l'enlèvement des citoyens, Tun pour Spandan, Tautre pour la Sibérie, le troisième pour la Garinthie ne laisseraient dans cette diète que des gens faibles ou corrompus. » Les trois ambassadeurs exigèrent la réunion de la diète le i9 avril, pour l'accommodement définitif être fait le 8 juin. De nombreuses diélines ou se rompirent sans nommer de nonces, ou dressèrent des protestations : ce qui fut dû surtout & l'énergique initiative de l'évêque de Cracovie, récemment arrivé de Sibérie après un exil de quatre ans. L*ambas3adeur de Russie, baron de Stackelberg, le lui ayant reprocha, il répliqua: c Suivant les lois de la nature, chacun est obligé de défen<lre les droits de sa patrie, s'il ne veut être un monstre ; nous, en qualité de sénateurs, nous serions des parjures, si nous approuvions le partage ; personne ne nous ayant donné le pouvoir de rendre nos frères esclaves, ce serait leur donner le même droit sur nous. Yousm*avez assuré que, connaissant bien mon caractère ot mafaçon de penser, vous n'oseriez me tenter. J'en appelle au témoignage des oificiers qui m*ont gardé dans ma prison ; combien de fois ne leur ai-je pas déclaré que je préférerais passer le reste de ma vie même au Kamtschatka, au pain et à l'eau, plutôt que de recouvrer ma liberté hu prix de ma conscience. Je serais plutôt prêt  me laisser couper le bras ou à perdre la vie que de signer un décret fatal à ma patrie. Ces sentiments patriotiques, qui sont ceux de ma conscience, quoiqu'il vous plaise de les nommer fanatisme, m'ont déterminé à ne jamais approuver le partage. Ne voulant point d'approbation, je ne pouvais vouloir une diète ; ne voulant point de diète, je ne pouvais vouloir de diétines; et par toutes ces raisons, claires comme le soleil, j'ai résolu de les rompre et je me suis donné des peines inimaginables pour y parvenir.» (Lett. du 6 avril 1773.) Les nonces envoyés à la diète se trouvèrent en très-petit nombre. La Prusse polonaise n'en avait pas nommé, et la Lithuanie quelques-uns seulement Trente-six diétines, en s'abstenant, avaient par 1& même prolesté contre tout ce qui se ferait à la diète.
Les Russes, qui avaient maibtenu le iiberum veto et proscrit toute confédération^ exigèrent que cette diète se tint sub nexu
confederationis, Adam Pooinski, Tenda aux Russes, allait se saisir du bâton de maréchal, quand Thadée Hejteu, nonce de Nowogrodek s'y opposa, objectant que les universaux du roi ne parlaient point de confédération, qu'ils convoquaieut une diète ordinaire. Le lendemain Reyten persista, résolu à soutenir son opinion au péril de sa ^ie. Le jeune Korsak, nonce de Minsk, se joignit bravement à lui : < Je ne connais point sur la terre, disait-il, de despote assez riche pour me corrompre, ni assez puissant pour m'épouvanter. » Le 24, la confédération, qui avait constitué son tribunal et fait enregistrer son acte de formation, se déclara en aotivité : il fut en conséquence signifié & Reyten que sa désobéissance pouvait être punie de mort : « Il vaut mieux, répondit-il^ mourir glorieusement pour sa patrie que d'attendre une mort ordinaire avec la honte et les reproches de n'avoir pas rempli les devoirs d'un bon citoyen. » Le 22,1e roi adhéra à la confédération et la séance se tint hors de la salle, parce que Reyten y était toujours. Le 23, au bout de trente-^ix heures, ce nonce énergique fut emporté sans connaissance . Quatre avaient persisté avec lui et Kor • sak jusqu'à la fin; leurs noms sont: Dunin, Jerzmanowaki, Kozuchowski, et Penczkowski. Us furent éloignés de Varsovie sous escorte moskowite. L'admiration arracha ces paroles au général prussien Lentulus : Optime t>t>, çratulor tibi; opiime rem tiuim egisU. Excellent citoyen, je te félicite, tu as bien rempli ton devoir. Reyten souffrait d'un coup qu'on lai avait porté à la tête avec le bâton du maréchalat. Il se retira dans son patrimoine de Gruszowka. Quelques années plus tard, apercevant un général russe qui venait y voir son frère, il voulut sortir ; on le retint ; alors il brisa la vitre, s'en déchira les entrailles et mourut le surlendemain, 8 août 1780. On le surnomma le Caton polonais, puisqu'à l'exemple du dernier Romain de la République, il n'avait pu sorvivre à la liberté de sa patrie. Reyten descendait d'une famille suédoise établie depuis des siècles en Pologne : il avait 42 ans lors de sa protestation ; il s'était battu contre les Russes sous Radziwil et Oginski.
Les trois ministres des puissances, sans même faire connaître toute rétendoe de leurs prétentions, avaient exigé de la diète confédérée la nomination d'une délégation avec pleins pouvoirs pour signer les traités de partage et changer les formes du gouvernement (17 mai 1773). Et ils forcèrent la délégation à souscrire au démembrement, sans même qu'il eût été préalablement dressé une
carte des nouyellea limites. Trois délégués refusèrenl leur ùgoature, L'ua d'eux, Wilczewski, nonoe de YUnai l'éQria: c Si. la si»* gnature d'un seul délégaé manquant, les traités o*out point de yaleur, je suis alors le premier & sacrifier ma vie et tout ce que l'ai de plus cher pour la réintégration de ma patrie, et ]e ne le signe point. » Enfln les trois traités furent séparément ratifiés ou proclamés comiQe tels (18 sept.); car il parait constant que la ratification n*eut pas même la pluralité des voix. Les maréchaux de la confédération de Bar protestèrent, de Lindau en Allemagne (26 nov. 1773).
Les discassions des puissances entre elles relatiTes aux délimit»tioqs des frontières darërent jusqu'en 1775. Alors la diète fut dissoute, après avoir établi un conseil permanent auquel seraient subordonnés tous les pouvoirs de la République, et qui fut Tinstruraent de la Russie. Ce conseil ne fut aboli que le 19 janvier 1789. La diète qui prit cette mesure patriotique, ordonna que Poninski serait conduit par les principales rues avec un crieur qui répéterait à chaque carrefour : « C'est ainsi qu'on punit les traîtres & la patrie i i qu'il serait banni ; que sa sentence "gravée sur le marbre serait placée dans la salle des nonces, qu'à oété on élèverait ua monument en l'honneur du courage déployé par Reyten dans les séances des 19 et 20 avril 1773.
•Rome, Versailles et les philosophes. — « Les ambassadeurs polonais demandaient un jour au pape Pie Y« la dernier des papes morts en odeur de sainteté, des reliques pour leur nation. —Mes enfants, dit le pape, quel besoin avez-vous de reliques 1 Prenez une poignée de votre terre, elle est toute formée d'os d^hommes morts pour la caqse de l'Eglise, parce qu'ils oombattaient les infi* dèles ; elle est toute trempée de sang de martyrs. » (Slaves, Y, p. 85.) Eh bien ! que fit la papauté pour la Pologne à l'heure de son danger suprême ? P'abord Clément XIU écrivil aux princes * catholiques, au roi de France, au roi d'Espagne et à l'empereur, moins toutefois pour qu'ils sauvegardassent la nationalité polonaise que pour qu'ils combattissent les dissidents (30 avril i767). Puis son successeur. Clément XIV, abandonna la Pologne. « Le i^once, qui avi mm du pape animait depuis le conimencement les confédérés de Bar, se trouvait h Gs^nstochowa au moment oC^ elle (ut prise par Pulavrski (août 1770) ; il lui donna la bénédiction d« Sa Sainteté, En même temps, la cour de Rome expédiait une ré*
poDse qui devait calmer la coneoieDoe de Marie-Thérèse et diriger ses démarches contre les confédérés et la Pologne. Le Saint-Père y dit : Qoe l'inrasion et le partage de la Pologne étaient non-seulement poliliqnes, mais dans l'intérêt de la religion ; et que» pour l'aTantage spirituel de l'Eglise^ il était nécessaire que la cour de Vienne étendit sa domination en Pologne aussi loin qu'elle le pourrait. » (Lelewel^ Hi9t, de Pol.^ Il, p. 60.)
Le chef de la maison de Bourbon, Henri IV, méditait de fortifier la Pologne et de reléguer les Moskowites en Asie {Mém, de Suily, \ïr, XXX). Et c'est sous un Bourbon que la Pologne fut partagée. Lorsqu'en 1666 il fut question de rétablir les affaires en Pologne, Ck)lbert disait à Louis XIV : c Je déclare à V. M. qu'un re* pas inutile de trois mille livres me fait une peine incroyable, et lorsqu'il s'agit de millions d*or pour la Pologne, je vendrais tout mon bien, j'engagerais celui de ma femme et de mes enfants et j'irais à pied tonte ma vie pour y fournir, i Un siècle après, les ministres de Louis XV endettaient la nation pour payer les plaisirs dn roi, et n'accordaient à la Pologne qu'un appui indirect et un subside dérisoire. Louis XIV n'avait point voulu recevoir Pierre l^' en France; Louis XV reconnut le titre impérial de Russie, et son ambassadeur, M. de Breteuil, eut & entendre de Catherine II des paroles comme celles^i : « C'est la faiblesse et la fausse politique de mes prédécesseurs qui ont si longtemps laissé à la France quelqu'influence dans les affaires de Pologne. Voyez la position de mon empire et jugez si ce n'est pas à moi seule qu'il appartient de nommer le roi que recevra cette république. » (Ruihière, II, p. 38.) La Pologne n'était pour le duc de Choiseul que d'un intérêt secondaire, et elle cessa d'être intéressante pour le duc d'Aiguillon, t La situation de la Lithuanie, écrivait-il le 6 févr. 1771, ne peut plus intéresser le roi au point de continuer le subside, p On va répétant que le partage de la Pologne doit être attribn^ à ce que la du Barry avait succédé, comme favorite, & la Pompadour, et d*Ai« gnillon à Choiseul, comme ministre. Mais quand même Louis XV n'eût changé ni de maltresse, ni de ministère, la Pologne n'en eût pas moins été abandonnée par la France. « Dans une situation tellement humiliante qu'elle aurait servi d'excuse au langage le plus véhément, M. d'Aiguillon ne parut occupé que du soin de ménager le cabinet de Vienne. » [Etudes diptomai., par Saint-Priest,
La France ne pouvait aider efficacement la Pologne que par
une grande guerre, entreprise directement pour elle ; or le roi ni sa cour ne voulait d'une telle guerre.
Les philosophes du xrui* siècle avaient constamment à la bouche les mots de liberté et d'indépendance ; et pourtant ils applaudirent. Voltaire en tête, au démembrement de la République de Pologne. La cour de Russie avait adopté, il est vrai, le langage de la philosophie. < L'impératrice Catherine, disait Repnin aux Polonais, n'a que le bonheur et l'indépendance du genre humain en vue. L'égalité est le seul fondement de la liberté ; c'est le seul principe auquel se rattachent tous les autres. L'impératrice ne peut faire un meilleur usage de Tautorité qu'elle tient de Dieu,qQ*en réalisant cette égalité dont il a lui-même placé le désir dans le cœur de tous les hommes comme un témoignage de sa volonté. » {La chute de laPoL, par Fréd. Raumer, trad. de Tallem. Paris, 1832.) Or, les princes surtout doivent être jugés sur leurs actes< Le patriarche de Femey a beaucoup écrit contre la Pologne. Nous ne citerons de lui qu'un mot : c On dit que les jésuites polonais ont une grande part aux Saint- Barthélémy continuelles qui désolent ce malheureux pays. Ma seule consolation est d'espérer que ces turpitudes horribles tourneront à votre gloire. Ou je me trompe fort, ou vos ennemis ne seront parvenus qu'à faire graver sur vos médailles : Triomphatrice de l'empire ottoman et pacificatrice de la Pologne. » (Lettre à ditherine, 27 mai 1769.) Comment oser -comparer à la SaintrBarthélemy une héroïque dérense nationale et voir une pacification dans l'extermination d'un peuple ! D'Alembert complimenta le roi de Prusse de sa diatribe en vers contre les confédérés de Bar. El il lui écrivit, entre autres, le 20 novembre 1772 : c Je viens de recevoir la belle médaille que Y. M. m'a fait rhçnneur de m'envoyer et qui a pour objet les nouveaux États qu'elle vient d'acquérir. La légende Regno rèdintegrato prouve que V. M. n*a fait que rentrer dans des possessions qui lui ont appartenu autrefois. La voil&, si je ne me trompe, maîtresse en grande partie du commerce de la Baltique et j'en fais compliment à cette mer qui n'a point,ce me semble, encore eu un maître si couvert de gloire... » {CEuvres posthumes de Frédéric Iff Berlin, i788j XIV, p. 195.) Diderot fut aussi un des iouaugeurs de Catherine (qui acheta sa bibliothèque en lui en laissant la jouissance*). Toutefois il a prononcé le mot : a La Russie est un colosse aux pieds d'argile. » (Rapporté par Henri de Prusse à Ségur, qui le cite dans ses Mémoires, II, p. 148.)
Âjontona cependant qu'il y eut parmi ies philosophes des amis de la Pologne. A rinvitation da comte Wielhoreki, Mably écrivit, en juillet 1771 > un lirre sur le gouyemement et les lois de la Pologne. Il y dit : c Craignez la garantie de la Russie, craignez ses bienfaits, craignez surtout sa protection;... quelque proposition avantageuse qu'on tous fasse, ne la regardez donc que comme un piège ; au lieu d'une paix véritable, vous n'auriez qu'une trêve raudttleuse... Pour rendre la République constamment heureuse, il font avoir le courage de supporter les maux de la guerre et de vous ensevelir sous vos ruines^ plutôt que de consentir à n'avoir qu'une indépendance précaire et soutenue par une protection étrangère. > (CEuvr98 complètes de l'abbé de Mably. Lyon, 1706. VIII, p. 4.) Jean-Jacques Rousseau a consacré à la défense de la Pologne l'un de ses plus beaux livres. La base de son Contrat social se retrouvait dans le gouvernement polonais et son génie devinait que les lois tant décriées de ce pays serviraient un jour de modèle aux nations réellement civilisées. C'est dans ce volume (Considé" rations sur Is gouvernement de Pologne, avril 1772) que se trouve la phrase célèbre adressée par lui aux Polonais : c Vous ne sauriez empêcher que vos voisins ne vous engloutissent , faites au moins qu'ils ne puissent vous digérer. »
Du SEBYAGE EN POLOGNE ET EN R088IE« RÉVOLTE DE POUGAT-
CHSP. — c Le servage a été signalé conmie une des causes de la chute de la Pologne; on a quelquefois même, avec une perfide adresse, employé ce moyen pour affaiblir l'indignation qu'a soulevée le partage. Mais il ne faut pas oublier que les paysans des nations voisines étaient serfîs comme ceux de la Pologne, et qu'entre tous les Etats qu'elle eut à combattre, la Suède est le seul dans lequel le corps des laboureurs fût libre. Les serfs polonais ne se révoltèrent jamais contre leurs seigneurs, ni ne grossirent jamais les troupes des ennemis de leur pays; leur condition n'avait d'au Ire fâcheux résultat que de diminuer la force militaire de l'Etat; elle ne contribua que négativement à sa ruine.» {Précis hist, du partage de la Pologne, par lord Brougham. Marseille,
En Russie, les serfs excitèrent un soulèvement qui devrait porter le nom de guerre servile. Un Kozak, Emilicn Pougatchef, échappé de prison le 19 juin 1773, se donna pour Pierre lILdérobé miraculeusement à la rage de ses assassins. Les paysaas auxquels Pou-
gaUh«f a«oei>(ia fMP un édii U liberté se dèolarèreat aoiôtôt ea sa fcteo» soF un espaee de ploa de mtUe tentée entre dmbourg et l(.asan, et dans les autres proviDcea^iU ratteBdaieDtiaopotiammeBl. Mais Pougatcbef, au lieu de s^vancer au gcbup de l'empire, e'acbar&a an siège de la forteresse d'Orenboorg. Un major qni apportait des dépécbes à flatberine lui dit : « Voire Majesté est beureuse ^il ae se aoit pas jeté dans Moskou qui foprmille de ses partisana. ■ Le prince Wolkonski, gonvemeur dd cette seconde capitale de l'empire, dut Aiire placer des canons dans les mes pour intimida les babitants. En trois ana, près de buit mille bommes en sortmat pour se réunir à Pougatcbef. Ce Koiak^ ignorant et oruel, mais d'une grande bardiesse^ fit trembler Gatberiue et tous les propriétaires depuis le Kouban jusquViux forêts de Mourom, et depuis la Sibérie jusqu'à Moskou. Le général Kbikoff écrirait à Fon-Viiin : € Ce n^t pas Pougatcbef qui est important; ce qui est gruye, c'est le mécontentement général, «—a Les serfe> a écrit un des bistoriograpbee de l'Empire, parlaient sur les places publiques de leur émancipation et du massacre des nobles. Les dispositrons de Pou* gatcbef surprirent étrangement le prince Oalitsin; il ne pouvait s'attendre à rencontrer en lui tant dliabileté et dintelligencedana l'art militaire. Le gouvernement défendit an peuple de s'en entretenir : son nom seul le troublait. Cette mesure a gardé force de loi jusqu'à l'ayénement au trône de l'empereur Alexandre. Ce n'est qu'alors qu'on permit d*écrire et d'imprimer le nom de Pougatcbef. » {Le faux Pierre HI, par Alexandre Poucbkinj, trad. par A. Galittte. Paris, 1858.)
Les propriétaires, partout menacés d'égorgement, appuyèrent les opérations des troupes russes dont la discipline triompha des masses désordonnées de Pougatcbef. Gatberine profita des succès de ses généraux pour entrer en pourparlers arec les Koxaks du Jalk, confirma leurs privilèges et obtint qu'ils lui livrassent leur cbef . Celui-ci, conduit dans une cage à Moskou, y fut écartelé, le 18 janvier 1775. La tsarine crut abolir le souvenir de ces événements en débaptisant le fleuve dont les rives en avaient été las premiers témoins. Les Kosaks du Jalk furent cbangés en Kosaksde l'Oural.
Les foRca çr les Tartaubs de CrimAb. — Les Turcs et les Tartares de Grimée prévoyaient que la chute de la Pologne serait le prélude de leur propre destrucôon. Aussi défendirent-Ils la Ré-
publique eoBtre 1m alUquea des Russes. Mais Grim-Onéray, le khan de Griméty fat empoiaoDDé et les Tares furent battus. Ce quil y a de remarquable^ c'est qu'au moment où la cour de Russie s'appliquait à réerasement de la nationalité polonaise, elle suscitait la question de la nationalité grecque et prenait la défense des Qrecs et des Monténégrins contre Les Turcs, de même qu'elle se posait en protectriee des dissidents en Pologne, alors que le tsarisme est la négation de tonte liberté religieuse.
Voioi les principales dates de cette lutte :
1768. Oetolire : les Turcs déclarent la guerre à la Russie. — iT69. %% et29aoAtet tf septembre: défaite des Turcs près de Chooiim par le prince Alex. Galitiin. Prise de Ghoczim et conquête de la Moldavie par les Russes. » 1770. 5 juillet : combat naval et défaite de4 Turcs dans le canal de Scio; 7 juillet: destruction de la flotte torque dans le port de Tschesmé par le comte Orloff ; 17 juillet et 1«' août : victoires du comte RoumantzoCfsnr les Turcs dans la Moldavie; 26 septembre : prise deBender par le comte Panin. — IT71 . 25 Juin : prise des lignes de Pérékop; conquête de la Crimée par le prince Dolgorouky. Les Russes rentrent dans Azof. — 1772. 36 mai : suspension d'armes entre les Russes et les Turcs ; août et oetolire : eongrès de Pokchany et de Bucharest. — 1773. Mars : rupture dee conférences de Bucharest. — 1774. Mars : le grandviair bloqué par le comte de Roomantzoff près de Choumla. Le général Kamenskol détruit nn grand convoi turc ; 21 juillet : paix de Koutschouk-Kayoardgi entre les Russes et les Tares. Le nom de la Pok>gne n*y est pas prononcé. Les Tartares de Grimée et du Kouban déclarés indépendants. Entière liberté de commerce et de nfrvigation accordée à la Russie. Azof, Yénikalé, Kertsch, Kinburu avec la langue de terre entre le Dnieper et le fioh, cédés à la Russie. Il sera permis aux ministres résidant auprès de la Porte de parler en faveur des principautés de Moldavie et de Valachie . — 1775. 7 mai : traité de cession de la Bukowine par la Porte à TAutriche. — 1^79. 21 mars: convention explicative de Coostantinople entre les Russes et les Turcs. — 1783. 28 juin : abdication du khan de Grimée. La Crimée passe sous la domination de la Russie. —'1784. 8 janvier : convention entre la Russie et la Porte conftrmative de la cession de la Grimée faite à la Rus« sie pat le khan des Tftrtares. — 1792. 9 janvier : traité d'Iassy. Cession à la Russie d'Oczakow et du pays entre le Boh et le Dniester,
La GoKtnTUTioN du 3 mai et leb traitrbs de Tabgowiça. — Les aoavenins qai, en raccusani d*anarchie, avaient dépooillé !& Pologne de ses plue belles provinces, la rayèrent du nombre des nations dès qu'ils la virent se fortifier par une constitution nouvelle. La grande diète on diète constituante se réunit le 6 octobre 1788 et se confédéré le 7 afin d'écbapper au Hbemm veto. Le 5 novembre, Stackelberg déclara que sa souveraine regarderait comme une violation des traités le moindre changement & la constitution de 1775. Stanislas-Auguste ne craignit même pas à cette occasion de parler encore en pleine diète des excellentes dispositions de Catherine et de la nécessité de ne pas lui déplaire. La diète cassa le conseil permanent, et vota un emprunt de treise millions. De même que Gaton terminait ses discours par le delenda est Carihago, ainsi Korsak, nonce de Liihuanie, répétait*il sans cesse : « De l'argent et une armée! voilà les deux seuls objets dont nous devons nous occuper. » Le 30 décembre, la diète s'ijouma jusqu'au 3 février 1790, après avoir voté en huit articles les pritt' cipes pour ramélioration de la constitution, principes qui furent soumis à l'approbation des diétines.
L'ambassadeur de Prusse, Luchesini, au nom du roi son maître, Frédéric-Guillaume, applaudit à la future constitution, proposa une alliance défensive, mais insinua que le roi désirait Thom et Danlzick, en étant prêt à donner une compensation à la République. Luchesini ayant révélé à la diète que la Russie offrait à la Prusse toute la Grande-Pologne en échange de sa neutralité dans la guerre de Turquie,prédpita la conclusion de l'alliance qui fut votée le 15 mars 1790. Le traité, signé le 29 mars, fut ratifié le 5 avril.
L'enthousiasme gagnait toute la République. Le 3 mai 1791, la diète vota à l'unanimité la constitution, le roi la jura; les douie membres qui s'étaient prononcés contre ces réformes suivirent l'exemple général. Les plus grands magnats s'étaient fait inscrire bourgeois de Varsovie . Voici les traits principaux do cette constitution : c L'intégrité territqriale de la Pologne est consacrée ainsi que la liberté de tous les cultes. La sftreté personnelle est garantie aux bourgeois comme aux nobles. Les bourgeois, après deux ans de fonctions publiques, peuvent être anoblis, de même que ceux qui dans les régiments parviennent an rang de capitaine. A chaque dièle, trente bourgeois propriétaires peuvent être anoblis sur la demande de leur ville. Le noble peut commercer sans déroger. Les conventions de gré à gré sont admises entre nobles et paysans.
Toat pouvoir émane essentielleinent de la volonté de la nation. La pouvoir législatif est exercé par la diète composée de deux chambres, celle des nonces élus aux diétines et celle des sénateurs nommés par le roi. La chambre des nonces, à la pluralité des voix, lait les lois et prend les arrêtés. Le sénat, présidé par le roi, peut, à la pluralité des voix aussi, suspendre jusqu'à la diète suivante une loi votée par la chambre des nonces; alors si la chambre persiste, il ne peut refuser de la sanctionner. Les arrêtés de la chambre des nonces sont portés devant le sénat et votés à la pluralité des voix dans les Etats assemblés. La diète se réunit de droit tous les deux ans et de plus extraordinairement en cas de guerre étrangère ou civile, de famine, de mort ou de maladie grave du roi. Le pouvoir exécutif est confié au roi et à son conseil de surveillance formé du primat et des cinq ministres. Le maréchal de la diète assiste au conseil de surveillance et peut en certains cas convoquer la diète extraordinairement. Si les deux tiers des voix des Etats demandent le changement d'un ministre ou d'un fonctionnaire, le roi doit y satisfaire : si aucun des ministres ne consent à eontresigner un arrêté du roi et que le roi ne veuille s'en désister, la diète est convoquée. Le roi nomme les évêques et les ministres, mais il ne peut ni déclarer la guerre ni définitivement faire de traités de paix ou de conventions diplomatiques. Le roi a le droit de grftce, sauf pour les crimes d'Etat. Le pouvoir judiciaire est exercé en première instance et en appel par des juges élus aux diétines. Les ministres sont responsables, et lorsque les deux tiers des voix demandent leur mise en accusation, ils sont traduits devant le tribunal permanent de la diète nommé par elle et seul juge des crimes d'Etat. Le trône de Pologne est électif, mais par familles seulement, la nation conservant le droit imprescriptible de se choisir pour se gouverner une seconde fismille après l'extinction de la première . A la mort du roi régnant, la couronne passera à rélecteur de Saxe et à ses descendants. Chaque nouveau roi prête serment à Dieu et à la nation de se conformer au pacte convenu. Le libemm vêto, toute confédération ou diète fédérative sont suppriraés à jamais. Tous les vingt-cinq ans, il est procédé à la révision et à l'amélioration de la constitution dans une diète convoquée extraordinairement à cet effet. »
La Russie, après s'être hâtée de conclure la paix d'Iassy avec les Turcs et celle de Yerela avec la Suède, se préparait à faire entrer ses troupes en Pologne. Le 18 mai 1792, l'ambassadeur de
Russie, Bottlakoif, présenta à la diète la soiumAUon de Catherine d'abolir la constitation du 3 mAi. Déjà le 14 bial lt9î> Fraiîçoil- XaTier Branicki ou Branéfci (qui n*a rien de commati avec le grand général Jean -Clément Branicki, mort tens postérité), teTèrin Rzewa6ki, Antoine Gsetwertynski, Wlelohurski, ClOtnicki, Mosscsenski, Zagoreki, SucLortewski, Kobylecki, Szl^ejkowski et fiolewîjcE, araient fermé à Targowiça, bous la présidence de Stanislas- Félix Potocki, et avec D-yzma BonefeA tôftiassèeWski eotnme secrétaire, nne confédération pour appnyef llntaftiOn rassé destinée à renverser la constitution du B mtd. Leurs noms en sont restés déshonorés et maudits en Pologne.
t Le maréchal Ignace Potocki fut envoyé à Berlin pour réclamer du roi de Pnisse l'exécution du cùsus fiBderiè. Le roi rougit, pâlit, balbutia «luelques mots inintelligibles ]usqu*à ce que son ministre Schulemberg dit eu comte Potocki : «Sa Majesté a pris d'autres engagements vis à vis de Timpératrice de Russie : posteriora Hgant.h Deui grandes batailles furent livrées, Tune ft Zielince (18 juin 1792) sous les ordres du prince Joseph PoUiatowskl, et l'autre à Dubienka (17 iuillet) sous ceux du général Kosciu»fcko. Dans ces deux batailles, les Russes souEl^irent beaucoup. A Dubienkd, Us ne durent leur salut qu'à la violation des frontières autrichiennes contre lesquelles les Polonais étaient appuyés et que les Russes franchirent pour prendre leurs ennemis en Ûanc... Lé faible Stanislas- Auguste envoya à son neveu Joseph PoniatoWskl» qui commandait eu chef. Tordre de suspendre les hostilités... (fos plus belles espérances furent anéanties. Les chefs de Tarmée, les ministres, les membres les plus distingués dô la diète, se rendirent à l^étranger; l'armée fut disséminée, la Russie devint de nouveau maîtresse de la Pologne. » [Notice sur le général . Kosetuszko, par J. Û. Niemcewic2, dans le journal le Polonais, Paris, novembre 1834.)
Le 21 juin, Stanislas-Auguste proposa à Catherhie d^abdiqner au profit du grand-duc Constantin. Elle répondit par l^ordre d^adhërer à la confédération de Targowiça, ce que le roi eut l'indignité de faire (23 juillet 1792). La confédération de TargoUTiça fut dissoute le 16 septembre. Ses méprisables chefé allèrent tivre à.Péterabonrg, dans le luxe et dans les plaisirs.
Le 16 janvier 1793, les Prussiens entrèrent en ôrande-lPolognè. Le 21 avril, on proclama le rétablissement du conseil permanent. Le roi convoqua une diète à Grodno. Elle s'ouvrit le 17 juin, te nombre des sénateurs ne s'y éleva jamais à plus de dix, et il y
nmiiquA left députés de quime pâlatÎBats. Il t'y ireiiTa det rwL éloquentot. Cktleniowski proposa d'attendre les Russes coibine les sénatears romains avaient attebdn les Gaulels» Grelawski s'êerîàt « Ne nous cenvrons pas d'une honte étemelle dans l'espoir illusoire de saoTer le reste de là patrie. > Kimbav ajouta ; c Les sobfRndiees ne sont rien pomr la vertu; il est de son essenee de les mépriser. On lious menaee de la Sibérie : tdut nous y fttraéera notre dévouement. Eh bien» oui! allons en Sibérie!» La diète fut un moment enlratoée. Alors Tambassadeur de Russie, Slewers^ ehlevi nuitamment quatre des nonces; Le S4 septembre , deui batflllloiis entourèrent la salle > quatre pièces de eanon fuient braquées tuaï les portes et les avenues forent oceupéesi « Les Russes Toîilurent bacer le roi et la diète par la famine. On défendit à tout membre de sortir^ on ne laissa passer aucune nourriture. Le troisième Jour le roi et plusieurs sénateurs et dépurés tombèrent en dé&illanoo. Alors le général russe Rautenfeld, assis à côté du trôné, prit la main du vieux roi, y mit un crayon et signa l'acte du second partage. On ouvrit les portes de la salle, et l'ob en it sortir tous les membres de la diète, s (Niemcewicz, fe Poimûis, III, p. S9é.) La diète de Qrodno fut dissoute le 2S déelimbré IT9B.
La constitution du 8 mai avait tour à tour été iittaqttée OOmmè trop monarchique et comme Jacobine. Pour incriminer là Pologne, tous les arguments étaient bons ; on ne reeuhdt devant auéUn Aoyeb pour l'anéantir.
KosctusÉKo BT l'irscarectiOn 0i 1194.^Thâdée Kbscitiiïsko, d'une famille ancienne, mais peu riche, de Liihoanie, baqnlt dans le palAtinat de Brtésc, le 12 février 1146. Lors de la guerre de l'indépendance américaine, il s'embarqua pour Philadelphie où il fut reçu à bras ouverts par le général Washington. Il se distlngna grandement. A la pafx, revenu en Pologne, il se convrit de gloire dans la cotirte campagne de 1192. Il reçut de l'assemblée nationale le litre ,de citoyen français, avec plusieurs autres ilttillirês étrangers -qui avaient bien mérité de l'humanité. A cette occasion, le député Guadet rappela que les Polonaii avaient olfert ft Jea&- Jacqdeé Rousseau les droils de citoyed dé leur république. (Séatace du 14 aefit 1792.)
Le gébéritl russe Igelétrom ayant exigé dû ebflseil perinèllènt là réduction de rèhnée polonaise 1 15,000 héSinlës (or, e'étAli efevèr lie csur ànt Poldbàis que dé réformer leurs troupes, seloil le
marque du quartieiHSUiltre russe PUtor. Mém, trouvés 'à Berfin, 1 806, p. 7), il arriTa que le général Madalinski^ au lieu de licencier sa brigade, marcha de Pultusk sur Cracovie en enlevant des postes prussiens, et que Kosciusiko, qui était à Dresde, courut à Cracovie, où il fut acdamé généralissime (24 mars 1794). Il prêta serment & la nation et nomma un conseil national pour l'assister. Jl défit Tormansoff à Radawice (4 avril). On vit dans cette bataille les paysans polonais fondre la faux en main sur les batteries russes. Igelstrdm voulait désarmer le 18 avril la garnison polonaise de la capittfe. Mais la veille les patriotes, qui se réunissaient chez le cordonnier Kilinski et qui s'étaient abouchés avec quelquee-uns des officiers des régiments polonais attaquèrent et vainquirent les Russes dans Varsovie. Dans la nuit du 23 au 24 avril, le colonel Jacques Jasinsld chassa également les Russes de Yilna. c L'insurrection lithuanienne eut surtout cela de remarquable, dit Fetrand (liv. xiii), qu'ayant été concertée et préparée pendant pins de trois semaines entre plus de deux cents individus, le secret en fut si religieusement gardé que toute la surveillance russe ne put le découvrir. Ces deux cents individus appartenaient à toutes les classes : professeurs ou étudiants de l'université, chanoines, curés, moines, négociants, juifs, militaires et même quelques femmes. Rien ne transpira, i Les Prussiens se joignirent aux Russes. Kosciuszko, avec 16,000 hommes de troupes et 10,000 paysans, livra aux coalisés deux fois supérieurs en nombre une bataille indécise, le 6 juin à Szcsekociny. Le 15 juin, le général Wieuiawâki laissa les Prussiens entrer à Cracovie. A la vue des dangers de la patrie, le peuple de Varsovie se porta aux prisons : huit traîtres avérés y furent pendus. Kosciusxko, affligé de ces exécutions sans jugement, sévit contre les auteurs. Les Autrichiens, voulant avoir leur part à la curée, pénétrèrent dans la Petite-Pologne, le 30 juin, sous prétexte de mieux préserver les fjrontières de la Galicie. A Vilna aussi, le peuple exécuta des traîtres, notamment les frères Kossekovdû et le prince-évéque Massalski. Le nombre l'emporta sur la valeur, et, après plusieurs combats sanglants, les' Russes reprirent le 12 août la capitale de la Lithuanie.
Le 7 juillet, 40,000 Prussiens, sous les ordres de leur roi, et 10,000 Russes mirent le siège devant Varsovie, éprouvèrent de grandes pertes dans l'attaque et se retirèrent le 6 septenobre à la nouvelle d'une insurrection en Posnauie. Le général Dombrowdki, envoyé pour appuyer cette insurrection, défit le colonel Sxeculy,
et, réuni à Madalinski, 8*empara de Bydgoszci (Bromberg). c Nous apprîmes, dit un témoin oculaire, que le général Sonwaroff^ à la tète de i'élite de Tarmée mise, s'approchait de la Lithnanie ponr se réanir à Fersen qui devait passer la Vistule. Le général Sierakowski fat envoyé pour arrêter Souwaroff. Le général Poninski, avec trois mille hommes, eut ordre de s'opposer au passage de la Vistule par Fersen. Le 7 octobre, nous apprîmes au quartier-général que Ponlnskl n^avait pas eu le talent d'arrêter l'ennemi, et que le général Sierakowski ayant disputé avec habileté à Krupcsyce (18 septembre), le terrain à Souwaroff, se repliait sur Varsovie. Alors le général Kosciuszko, laissant le commandement du camp de Varsovie au général Zajoncsek, monta à cheval, accompagné de son ami Niemcevrics et se hâta d'arriver au corps du général Sierakovrski. Le 9 octobre, nous arrivâmes à Madeiovrice on plutôt à Podsamce, éloigné d'une lieue de ce petit bourg. Kosciussko avait résolu d'empêcher à tout prix la jonction de Fersen et de Souvraroff. Il plaça sa petite armée sur une colline s*élevaut sur les bords d'une rivière, et environnée de bois A quelque distance. L'armée polonaise comptait à peine 6,000 hommes et 20 canons; l'armée russe était forte de 20,000 hommes et 82 canons. Le iO octobre, à six heures du matin, on vint nous annoncer que les Russes marchaient pour nous attaquer. Une vive canonnade s'engagea des deux c6tés. L'artillerie russe, mal servie, nous fit peu de maL La nôtre dégarnissait les rangs moskovrites. Trois fois l'ennemi voulut escalader la hauteur sur laquelle lès Polonais étaient rangés, et trois fois ils forent repousses avec perte. Enfin, vers une heure, le régiment du brave colonel Knysky, impatienté de rester immobile, s'élança sur les Russes et ouvrit par ce mouvement précipité une brèche dans notre carré dont la cavalerie rosse profita aussitôt. On se battit corps à corps, nos soldats disputèrent chaque pouce de terrain . Le petit nombre succomba enfin sous une force presque quadruple. Le colonel Knysky périt; Niemcewici eut le bras droit percé d^outre en outre d'une balle, et le général Kosciussko fut blessé à la tête d'un coup de sabre et d'un coup de pique an cèté. » (Le Polonais, III, p. 296.)
On a prétendu que Kosciuszko se serait écrié en tombant : Finis Poioniœ, Dans une lettre au comte de Ségur, datée de Paris, 20 brumaire an XII (12 nov. 1803], il affirma n'avoir jamais prononcé ce mot. Les prisonniers conduits à Pétersbourg restèrent deux ans et deux mois au secret, jusqu'à la mort de Catherine. On
let traita avec la plus gruide barbarie, t Quand rnii d'eni^ le banr quier kapdata, reproeba au prooarears^éilétill Saitiolloir qne, seloh la eapitolatioa de VaràOTie et d'après la parole d'hounenr de SoQWaroffqul garantisiait au nom de Ha soatefàbd ube amofatie complète aui eitoyeûs de celle capitale, il de 8*<endait jamais à ■e toir saisi et enfermé dans un cacbot, Samollolf, a7ec une fran* cbise vraiment admirable, lui répondit par ces mots : t Les raisons d'Etat ne connaissent ni bonne foi ni Justice, a {Sûtes sut ma cap-' tivitë à Saint'-Péteribourg, par NiemceWicx, 1843, p. 131.)
Catberlne mourut le 16 norembre 1796. Le 27, Paul 1*' se i^odit au palais d«Orlo£r où le général Kosciutzko était gardé et il loi annonça qu'il était libre. Leur conrersation nods a été eonser* ▼ée par M. Oagarin. En Yoici les passages les plus saillants : c Koseiutxko. Je n'ai jamais plaint ma propre destinée, je ne cesserai de gémir sur celle de ma patrie. -<- Paui. Oubliei roite patrie, elle a eu le sort des autres empires dont l'histoire seule nous a conserTé le souyenir, et tous occuperas toujours une belle place dans la mémoire des hommes. ^Kosùiustkd. Que n'al-je pu être oublié et ma patrie rester entière. Bien des empires ont disparu, mais il n'y a pas de chute comparable à celle de la Pologne. -^ Pttui, Pourquoi? Les Grecs et les Romains n'ont-ils pas été partagés? «^ Koêciuètko, Oui, mais yainctis par les armes, ils avalent perdu la liberlé ayant l'existence. La Pologne est tombée au milieu de ton relètement, alors qu'elle atteignait le couronnement de sa liberté et montrait le plus de patriotisme et d'énergie. ^ Paul, C'est la première fois qu'il m'arrite de parler arec un citoyen qui aime traiment sa patrie. 91 la majorité de votre nation eût pensé comme tous, tous l'auriez sauvée. -*- Koêciuizko. Cette majorité a donné dans notre dernière insurrection la preuve de vertus extraordinaires. Si des gens qui ne songent qu'à leur intérêt n*en* touraient le troue pour en fermer l'accès à la vérité et à l'humanité, le cOBur magnanime de Votre Majesté serait ému de pitié en fkveur de mon peuple. » {Pûmientniki z xviii wieku, t. t, p. 307.)
< C'est alors que dix-^euf mille prisonniers polonais furent renvoyés dans leurs foyers. Kosciuszko arriva en Amérique à la fin d'août 1797. Les Polonais réfugiés à Paris le pressaient de s'y rendre. Kosciuszko dit à Niemcewicz : t Je ne sais pourquoi, c malgré la sympathie qui règne entre les Français et les Polo- « nais, les Français nous abandonnent toujours dans les crises las < plus décisives. Louis d'Anjou et Henri III nous furent funestes.
« le {minier en rellcbaiit les reasorU dn gouTeraeménti le second
< par fla ^uitë précipitée. Les êlectiéni des princes de ConU et de « LoDgaeville ne furent pas appuyées par Louis XIY> et sons, le
< ¥dldptuent Louis \V, le due d'Aiguillon ne snt pas n&éme que c le premier démembrement avait été concerté entre les trois m tom, et la laissa s'accomplir. En 1791, lorsque, par notre iusut^ t rection, nous forçâmes le roi de Prusse de se détacher de la coa- € lition contre la France, la République alors, tiaalgré nos pres« « santés sollicitations^ ne Tonlut rien faire- pour nous. Comment t nous fier aujourd'hui à de tagues espérances? • Plus tttrd^ Itosdttszko se déclara hautement contre l'ambition de Napoléon. Il ne Toulut pas même se rendre en Pologne^ lorsque le grandKluché de VarsoYte fut créé. A l'entrée des alliés à Paris^ en 1814, 11 quitta la France et se relira en Suisse à Soleure. Il y mourut le 16 octobre 1817. Ses compatriotes ensevelirent ses dépouilles mortelles dans le tombeau de leurs rois à Gracovie. » {Le Poimûd, III, p. 900.-^ Voy. Th. Kosciuszko, par Gh. Falkensteih^ Paris, 1839, et la Légende de Kosciuszko, par J* Michelet, 1851).
La PfiEMlÈRB PfttSE DB YaRSOYIE KT LE DERmER PARTAOE. «-
A la nouvelle du désastre de Macieiowice, Thomas Wavrrzecki avait été nommé généralissime en remplacement de Kosciussko. Mais le découragement avait gagné l'armée. Les généraux Dom* browski et Madalinski se replièrent sur Varsovie. Soui^aroff, réuni à Fersen et à Denisoff, força, le 26 octobre 1794, les Polonais à rentrer dans leurs retranchements.
« Les Russes parurent devant Praga, faubourg de Varsotie> le 2 novembre, et tirèrent sur le^ Polonais toute la Journée du 3. Le lendemain les généraux Jasînski et Grabowaki furent tués, et Za^ jonczek grièvement blessé. Les habitants du faubourg furent passés au fil de l'épée : femmes, enfants, prêtres, tout fut tué Impitoyablement Les soldats russes, ivres d'eau-de^vie^ n'en ftirent qoè plus barbares et massacrèrent 15,000 de ces vioUmes innocentes* » (HUt, de la Rév. de Pol. en 1794, par un témoin oculaire [le géné^ ralifajonczek]. Paris, 1797, p. 187.)
Varsovie capitula le 6 novembre 1794. Lé 18, les débris de l'armée polonaise déposèrent les armes à Hadostyce. Alors ent lieu le troisième et dernier partage de la Pologne . A 14nverse du pre« mier où la Prusse et la Russie s'étaient accordées d^abord^ eettS fois l'Autriche s'entendit séparément avec la Russie^ et la Prusié
prit ce qn'on lui laissa. M. de Kaonitz avait toléré le second partage, sans que TAutriche y participât : il profita de l'expérience da premier poor consommer le troisième.
Le 25 novembre 1795^ jour anniversaire de son couronnement,
Stanislas-Auguste signa son abdication. H mourut à Pétersbourg
* le 12 février 1788 et y repose dans l'église catholique, où vint
prendre place à côté de lul> en 18) 3, cet autre instrument de la
Russie^ le général Moreau.
Abandon de la Pologmb. — « Ainsi tomba le peuple polonais, a|>rès avoir tenté les plus vertueux efforts pour fondai la liberté et soutenu la lutte la plus héroïque pour la défendre. Sa chale aecuaèra éternellement la scélératesse de la Russie, la perfidie de la Prussa^ la vile accession de l'Autriche et la stiipide inertie de toute l'Europe. Jpsqu'à son premier partage, la sainteté d'une ancienne possession et les droits d'un peuple sur son propre sol avaient été respectés comme inviolables; c*était là un principe conservateur de l'indépendance européenne.... Le partage de la Pologne a donné au monde le spectacle d'une nation dépouillée de son anclan territoire» sans que le moindre tort ait servi de prétexte pour justifier rattaque ; même on ne prit pas le soin de donner & la guerre ces formes qui auraient pu permettre de déguiser celte odieuse rapine sous le nom de conquête.... » {Précis historique du partage de la Poiogne, par Brougham, p. 116.)
M. de Ségur répondit un jour au prince Henri de Prusse : c La Pologue était indépendante, inoffensive; vous n'aviez aucun grief contre elle; son seul tort a été sa faiblesse; ce démembrement est um grand et premier acte d'injustice dont les suites me paraissent iDcalcalables. Que ne doit-on pas craindre pour l'Europe et pour le benheur de l'humanité, si désormais les souverains qui la gouvernent remplacent le droit des gens par le droit de convenance. » {Mémoires, II, p.iSl.)
« Une révolution, a dit Rulhière, s'est opérée dans la politique générale de l'Europe, et par là ce démembrement d'une république si ancienne est devenu une des plus grandes époques de J'histoire de notre continent. » (I, p. 7.)
En racontant comment on avait abandonné la Pologne, « vraie sentinelle de l'Europe, » M.Zenowics a remarqué que < l'harmonie politique du continent tenait à l'existence de l'Etat anéanti. » ( Défense de la Pologne, p. 13.)
« Le joar où des proTocations multiples forcèrent la France à déclarer la guerre à rAulrlche (20 avril 1792) coludde, on peu s'en faat^ avec l'époque (18 mai 1792) d'une déclaration de même nature faite par la Russie à la Pologne. Dans la même année et à peu près dans le même mois les deux peuples furent aux prises avec la coalition. En Tojant rindifférence que les puissances de TEurope montrent sur le sort que la Pologne Tient de subir^ on serait tenté de croire que sa chute n est d'aucune importance. Les exemples de plusieurs puissances que la cause d'une seule ville a mises en mouvement ne sont pas rares daiis l'histoire de l'Europe, tant il paraissait de conséquence qu^une seule cité conservât son existence et ses avantages. Il était donc réservé à la malheureuse Pologne d'être dédaignée au point que son démembrement ne fit qu^une légère sensation ! La Pologne, par sa position, ea population et ses richesses, oCTre le plus d'utilité à la France dans' une alliance avec elle ; elle deviendrait dans le Nord un centre commun où aboutiraient tous les principes de liberté et d'où ils s'étendraient dans le reste de cette partie de l'Europe. Les peuples agricoles se relèvent plus promptement que les antres de leur chute. La dernière insurrection de Pologne a prouvé, malgré son ' issue malheoreuse, tout ce que pouvait cette contrée qu'on a anéantie parce qu'on a craint ce qu'elle deviendrait sous un bon goavemement. La troisième partie de la Pologne, démembrée par le partage de 1793, entièrement désorganisée, couverte d'armées russes, n'a pas laissé, dans cette extrémité, de lever hardiment Tétendard ; elle a su, sans secours étrangers, tenir tête pendant huit mois à presque toutes les forces de la Russie, jointes ft une partie de celles de la Prusse. Transportés pour ainsi* dire de la charrue, qu'ils conduisaient, sur le champ de bataille, il a fallu que nos paysans fissent leurs premières armes contre des troupes quadruples en nombre, et pliées à la discipline. Ils ont appris à vaincre aussitôt qu'à c(»mbattre, et sans l'excessive disproportion de forces, les efforts qu'ils ont faits pour défendre leur tauàe sacrée auraient obtenu des succès décisifs. Nous pouvons encore nous relever, si on nous tend la main. Oui, nous en jurons par tout ce que nous avons fait, et l'on doit en croire notre honneur, <|Ui seul est resté tout entier. [Idées sj^ la Pologne et sur les suites que doit avoir le partage de ce pays, par F. X..D. Warda [Dmochowski]. Paris, 14 mars 1796.)