‹ Histoire populaire de PologneChapitre 4 sur 24 · XII . INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII . INTRODUCTION

derne de ce mot. On pourrait même affirmer qu'ils étaient ciYilisés, s'il est TTai de dire que la civilisation consiste seulement dans l'habileté à devenir riche et puissant. Ils devanoèrent, sous ce rap* port, les économistes modernes. Ils protégeaient l'industrie et le commerce. LorsquMls prenaient une ville d'assaut, ils en massacraient les habitants, à l'exception des ouvriers, oomme n'appartenant à aucune nation. Ils créèrent aussi le service des courriers; les postes de Gengis-Khan s'étendaient de la Chine à la Pologne. Il voulut établir un système uniforme de mesures et de monnaies. Selon un historien anglais, il avait déjà eu Tidée des lettres de change et des billets de banque. Son œuvre fut la réalisation la plus complète du système matérialiste conçu' par une haute capacité instinctive et servi par une grande puissance de moyens.

Reste à savoir quel était le motif réel de cette osnvre et quel intérêt les hordes pouvaient avoir à la réaliser.

Les philosophes modernes n'y voient que des vues tout indi* viduelles d'ambition et de conquête. Quant aux immenses mou* ▼ements des Barbares, ils les attribuent à la faim et à la misère. Or, il suffit de consulter les monuments de la poésie des Barbares pour voir que ces expéditions étaient entreprises au nom de quelque prophétie qui indiquait aux peuples des terres lointaines à soumettre, de nouveaux royaumes à conquérir; qu'elles avaient toujours leur point de départ dans des idées d'un ordre élevé.

M. Quinet a fait observer avec raison que la guerre des Persans contre les Grecs, la fameuse guerre de Xercès contre les peuples du Péloponèse et de l'Attique, ne peut être expliquée si on ne lui suppose pas une cause religieuse : c'était une espèce de croisade que les adorateurs d'Ormu%d avaient entreprise contra les peuples qu'ils traitaient d'idolâtres. Les Tartares mêmes, race pillardei par excellence, n'avaient pas, dans leurs excursions^ le projet de s'enrichir. Ils arrivaient du fond de l'Asie, vainqueurs déjà de Royaumes riches et civilisés; ce n'était pas pour chercher du butûi

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qa'ils s'enfonçaient an milieu des foréU et des marais du Nord : ils y Tenaient po«r détruire^ ils se croyaient envoyés par le ciel ponr pmiir les eoupables.

Gengis-Kban,qai résnme ponr nous l'histoire de tous les chefs ouraliena,Gengis-Khan lui-même, avant d'entreprendre la dévastation d*ane partie du globe, se retire sur le sommet des montagnes et y reste j^usieurs jours séparé de tout commerce avec les hommes ; puis il descend de sa solitnde; ii proclame, qu'appelé par la divinité à exercer ses vengeances, il va frapper le monde : il se donne comme le grand justicier de Dieu. Lorsque la population de Bonkhara, population de 200,000 ftmes, prosternée à ses pieds, lui demande pourquoi il veut la détruire, il répond qu'il n'en sait rien lui-même, mais qu'elle a probablement péché, qu'elle a mérité le cfa&timent céleste, puisque Dieu a lancé Gengis-Khan sur Boukhanu

Et tous ses descendants furent animés du même esprit destruoteur : l'un d^euz, étant malade pendant une grande chasse, vit un loup que des chasseurs avaient pris vif. Au grand étonnement de sa suite, ii ordonna de laisser libre ce loup. Bientôt l'animal est tué par une antre partie de chasseurs. Le khan tarlare retourne chez lui triste et pensif, et il annonce qu*il va bientôt mourir. Cet homme venait d'ioterroger la Providence : il laissait le loup libre pour voir s'il lui était permis d'épargner un individu quelconque ; dans ce cas, il pourrait espérer de recommencer une autre existence, de rajeunir, de revivre. Mais, apercevant l'arrêt de la Providence dans la mort de cet animal, il juge que, ne pouvant plus détruire, n'ayant plus la force de combattre, il devait absolument mourir, parce qu'il n'avtit pas le droit de faire grâce.

On peut apprécier quels dangers courut l'humanité en présence des innombrables armées des Tartares.

Les Slaves eurent à lutter pendant des siècles contre cette race formidable. Le peuple russe, le plus voisin de l'Oural, le plus

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longtemps en lutte avec elle^ prépara sa fatnre grandenr en gé* missant sous le joug ayec une patience pleine de eourage. Aussi sa littérature la plus ancienne porte-t-elle un cachet de tristesse, comme frappée déjà d*nn pressentiment terrible.

La Rassie, vaincue et écrasée, ne cessa d'opposer aux Tailares une résistance passive; tout en reconnaissant leur souveraineté; elle conserva sa dynastie nationale et sa religion^ germes précieux d'unité future. La religion fut le seul lien entre ces populations subjuguées, et les individualités s'effacèrent en vue de l'indépendance : le prince s'appropriait tous les grands mobiles de ces peuples en travail. Le vaincu subissait d'affreux traitements de la part du vainqueur : il était écorcbé vif ou jeté dans l'eau bouillante. Cependant, Tespoir de s'affranchir n'abandonna jamais la Russie : elle usa peu à peu ses chaines, et sans avoir eu à les secouer par UD violent effort, elle se releva enfin libre et victorieuse. La Russie est aujourd'hui maîtresse d'çne grande partie de la Mongolie.

A la politique russe revient l'honneur d'avoir vaincu les Mongols, en employant habilement les armes de ces peuples contre eux-mêmes. La Russie se servait, par exemple, de la puissance des khans de la Grimée pour contenir les hordes des Tartares ; plus tard, elle les a détruits les uns et les autres. Ce sont les grandsducs de Moskou qui ont renversé la Horde d'or, le royaume de Sibérie, le khanat de Crimée. La Russie seule a vaincu ces peuples en les divisant sans cesse. Elle a même réussi à se les assimiler ; de nos jours, elle les emploie à son service. Les nomades ont été par elle absorbés ou chassés : la séparation de l'Europe et de l'Asie s'est accomplie.

Mais ce n'était point là le seul danger qui menaçât la chrétienté, elle avait aussi à combattre les progrès de l'islamisme, à repousser les Arabes et les Turcs, qui cherchaient à pénétrer en Europe. Les peuples slaves se partagèrent la grande tâche de défendre la chré-

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tientô : la Rttisie Intta contrd le* Mongols^ la Pologne contre les Tares. Dans cette résistance simultanée, rien de commun pourtant ne s'établit entre les Russes et les Polonais : la Russie résistait et souifrait; la Pologne attaqYiaît, succombait, triomphait tour à tour. Autre était Tennemi, autre le but, autres les moyens, autres les résultats.

De tons les peuples d'origine ouralienne, les tribus turques sont celles qui se rapprochent le plus de la souche connue Sous le nom d'Indo-Germanique. Mêlés aux belles races des pays conquis, les Turcs perdirent bientôt leur laideur primitive. Leurs manières sont empreintes de noblesse et de majesté. Doués d'une énergie prodigieuse, bien qu'un peu mous de corps, ils n'offrent, sous le rapport moral, aucune ressemblance avec les Mongols . Tandis que ceuxci sont privés de tout gentiment religieux^ les Turcs se distinguent par un tempérament ardent et prompt au fanatisme. L'esprit des Mongols est froid ; le leur est doué d'une imagination Tive. Plutôt passive qu'active, cette imagination n'enfante pas d'œuYres originales, mais elle s'approprie, elle imite volontiers les produits de la poésie et de l'art étranger. Les Mongols ne comptent pas un poète, pas un artiste; en fait d'arts, ils n'ont créé qu'un seul genre d'architecture : je parle de ces tours construites de chaux et d'hommes vivants ou de têtes coupées. Les Turcs ne se sont jamais montrés si cruels ; ils ne combattaient ordinairement que dans un esprit de prosélytisme religieux; ils mettaient leur bonheur dans la domination et les jouissances, mais Jamais dans la destruction. On demandait un jour, dans le conseil des sages mongols, en quoi consistait la félicité terrestre ; le monarque répondit que c'était à vaincre son ennemi, à déshonorer sa femme, à égorger ses enfants. Et le conseU applaudit, car c'était là une idée nationale.

Le Turc cbérlt le repos ; il aime & s'enfoncer dons une douce réTerie. n exprime cet état dans lequel il se complaît par des mots

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iniradaÎBibles, qoi ressemblent an far niente des peuples méridio» nanz. Le Turc est avide de conquêtes, de richesses, de pillage; mais il ne s'est jamais montré aussi habile que le Mongol à tirer parti des inventions de la civilisation qu'il trouvait chez les peuples vaincu». Il déteste l'étranger, et cetta haine lui fait dédaigner ce qu'il y a d'utile chez les antres nations; tandis que les Mongols savaient profiter des avantages que certains peuples avaient sur eux; c*est ainsi par exemple qu'ils se servirent des artilleurs chinois pour leurs canons.

Les Turcs ne répandaient pas une terreur aussi grande que les Tartares; mais ils n^étaieot pas moins dangereux. Une fois établis quelque part, il était difficile de les en déloger : ce qni fait qu*nn chroniqueur polonais les comparait à une mer qui absorbe les eaux et ne les rend pas. Les invasions tartares, au contraire, disparaissaient de suite.

Le récit de la guerre des Polonais contre les musulmans est une série de grandes victoires et de défaites terribles. La bataille malheureuse sous les murs de Varna, la mort de Ladislas et de l'élite de la Doblesse polonaiâe, furent le signal de la perte de l'Illyrie et de la Serbie pour la chrétienté, perte qui fut suivie de la destruction de Tempire d'Orient et de nouvelles invasions de la part des Turcs. Ils furent enfin repoussés dans une grande bataille; Jean III Sobieski, grâce à son génie militaire, parvint à renverser leur puissance dans le midi de la Pologne ; il lui porta les derniers coups sous les murs de Vienne. C'est ainsi que les Osmanlis furent arrêtés au centre de l'Europe, après une lutte longue et sanglante.

La grandeur des Turcs menaçant la Pologne, l'irritant conti* nuellement, éveilla toutes les forces de ce peuple, et les concentra dans un seul foyer. Cette lutte produisit chez les Polonais l'élaboration d'un sentiment national, leur donna Tidée de leur mission. Ils comprirent de bonne heure qu'ils étaient appelés à défendre la chrétienté et la civilisation contre l'islamisme et la barbarie. Ut

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anÎTèrent bien vite à mesnrer, à apprécier leurs force» et leurs moyens. La conscience de ce bat et de ces moyens était enfermée dans la'nationalité; il s'exprimait parle senl mot : patrie. Le patriotisme est denc le dogme générateur de tout le développement spirituel et intellectuel de la Pologne, comme Tantocratie celui de la Russie.

Entre les Mongols et les Turcs, entre les Polonais et les Russes, Q y a un territoire très-intéressant pour l'histoire slave. Ce territoire commence vers la partie inférieure du Danube à la ville de Belgrade; d^m côté, il côtoie les Carpathes; de l'antre, le long de la mer Noire, il étend ses plaines aunlelà du Borysthène (Dnieper) et du Don, vers le Caucase. 11 eet impossible de désigner par un seul nom cette vaste contrée. Autrefois elle s'appelait Petite-Scythie; elle touche à la Petite-Pologne (aux palatinats méridionaux) et à la Petite-Russie (aux pays de Kiew et de Czemiechovr) < Une grande partie de ce territoire forme l'Ukraine, mot qui veut dire : pays de frontières. Ce territtnre vaste et désert, mais riche en végétation, servai.t de pftturage aux chevaux des peuples barbares. Il est la grande artère qui rattache l'Europe au plateau de l'Asie cen- . traie. C'est par là que la vie asiatique entrait en Europe; c'est par là que les deux parties du monde se heurtaient l'une contre l'autre. Les peuples qui voulaient arrêter l'invasion des Barbares, ou vider leurs querelles par le combat, descendaient dans ces steppes, pays neutres, champs de bataille par excellence. Là, toutes les armées du monde se donnèrent rendez-vous : les armées de Darius et les armées de Cyrus, celles de la Russie et celles de la Pologne. Là naquit un peuple connu sous le nom de Kozaks, mélange de Slaves, de Tartares, de Turcs. Ils parlent un langage intermédiaire entre le polonais et le russe; ils ont passé tour à tour sous la domination de la Pologne et de la Russie.

Le Danube, le fleuve sacré des Slaves, traverse ces steppes mystérieux, ces pays sévères, aux destinées hisaisissables.

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Selon les paroles d*an poète ancien : « Sur cette terre, labourée par les pieds des chevaux^ engraissée de cadavres humains, parsemée d'ossements blanchis^ arrosée d'une pluie de sang, croissent les moissons de la tristesse, d

Si, maintenant, nous embrassons dans son ensemble tout le territoire slave^ nous le voyons divisé en trois zones.

La zone du milieu, à partir de l'Oder, et dans toute sa longueur, n'était composée que de forêts. Ces forêts s'avançaient vers la Vistule, puis au-delà du Niémen ; d'un côté, débouchant dans la vallée du Prypee, elles couvraient tout le pays; de l'autre^ au-delà du Borysthène, elles touchaient aux forêts de la Moskovtrie, et par ces dernières, aux forêts de l'Oural. Il paraît que toutes les bêtes fauves descendirent de l'Asie par cette voie de verdure, et, que pinsieurs des animaux très-rares aujourd'hui en Europe, tels que les ours, les loups et les élans, y résident encore en grand nombre; dans la forêt de Bialowiez, on voit encore le bison, dernier échantillon d^une race qui a complètement disparu du continent.

C'est du milieu de ces forêts que les Lithuaniens 8*élançaient sur les Slaves.

Au nord, s'étend une longue ligne de quatre à cinq cents lacs, depuis le lac Goplo jusqu'à celui de Peypus, immenses nappes d'eau presque partout reliées entre elles par des canaux et des rivières. Entre cette ligne de lacé et la mer Baltique, habitaient les Finnois. Là règne entre tous l'arbre à Técorce blanche, aux feuilles délicates, aux fleurs en chaton : le bouleau, si souvent chanté par les poètes lithuaniens et finnois. Par là aussi passaient les oiseaux aquatiques qui se dirigeaient vers l'Europe ; le renne était un des antiques habitants de ces contrées, et, plus anciennement encore, le rat voyageur, qui s'aventurait quelquefois jusqu'au Niémen; mais il n'existe plus aujourd'hui que dans les traditions populaires, comme un symbole des incursions des Finnois.

Au sud de la zone des forêts s'étendent des champs immenses de

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la plus grande fertilité : c'est le midi du royaume de Pologne^ la Wolhynie^ la Podolie et one partie de l'Ukraine. La végétation y change peu à pea de nature; le sapin disparatt^le chêne commence. C'est par ces contrées que passait la sauterelle, lorsque, après ayoir qnitté les plaines de l'Asie, elle fondait sur l'Europe. Cet insecte, symbole historique des invasions mongoles, semble par moment avoir disparu du monde; on n'en entend plus parier durant des siècles; tout A coup, il se lève : il couvre l'horizon et voile le ciel ; il dévore toute végétation. La Pologne est son quartier d'hiver : de là, en légions rampantes, il s'avance brûlant partout la terre ,encombrant les lacs et les rivières ; puis, lorsque les ailes lui sont venues, il s'envole et va s'abattre en nuage destructeur jusqu'au-delà de l'Elbe et sur les rives du Rhin. Mais la culture en Pologne, de plus en plus active et soignée, le combattant et le génani sans cesse dan§ sa reproduction, a fini par l'empêcher de s'établir en Europe.

Dans les chants populaires, la sauterelle est demeurée toujours l'emblème da Tartare. Sauterelle et Tartare, c'était la même chose pour les Polonais. Ecrasons la sauterelle l tel était leur cri de guerre. Le peuple dit qu'il y a sur les ailes de cet insecte un caractère mystérieux qui signifie fléau de Dieu, Il est à remarquer que tous les chefé de la race ouralienne, depuis Attila jusqu'à Tamerlan, avouaient et proclamaient hautement ce titre de fléau de Dieu. Un grand poète de l'Occident, lord Byron, qui devinait si bien une nature qu'il n'avait jamais vue, a aussi comparé à la sauterelle un général russe (Potemkin), qui s'est souvent coudait en Mongol : c II est mort» s'écrie-t-il, et semblable à la sauterelle, il s'est lui-même enterré dans le sol qu'il a si longtemps ravagé!;!

Dès le commencement, nous retrouvons la Russie et la Pologne en lutte. Maïs il est très-difficile de déterminer le centre d'action de ces deux puissances rivales : leurs capitales semblent se dé-

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placer continuellement. Les Polonais eurent d'abord leur foyer central prèa des Carpathes ; plus tard^ lear trône s'éleya^ yera le Nord, dans les plaines de la Grande-Pologne, pnis ils revinrent le fixer de nonveau sur les bords de la Vislnle. Les Russes descendirent avec le cours du Dnieper jusqu'à Kiew, ensuite ils remontèrent vers le Nord. Nulle part, on ne trouve de capitale définitiyement établie; il n'y a de stable que les deux principes de vie politique qui animent les deux peuples hostiles et qui, par eux, agissent constamment sur les niasses slaves. On pourrait cependant placer le point principal de l'activité russe entre Novogorodla-Grande et les sources du Dnieper et de la Dvrina, comme aussi établir pour la Pologne une capitale idéale entre les Carpathes et la Yistule. Il est singulier que le lieu où, suivant la tradition mythique, un dragon à trois têtes assiégea le berceau de la royauté léchite, se trouve précisément celui où se sont conservés le plus longtemps les vestiges de l'indépendance polonaise : je veux parler de la ville libre de Gracovie.

Le vaste espace qui sépare ces deux centres d'action comprend les pays situés entre le Dnieper, le Boh et le Niémen; jamais les différentes tribus qui s'y sont fixées n'ont pu former une unité politique distincte; cette contrée porte le nom de terres russiennes : longtemps contestée entre la Pologne et la Russie, elle fut le théâtre de leurs guerres acharnées. C'est là que l'Eglise catholique combattit l'Eglise orientale, que la république nobiliaire lutta contre le système autocratique.

Les circonstances au milieu desquelles le christianisme s'introduisit, le caractère du clergé, les rapports politiques entre l'Eglise et la souveraineté nationale : tout est différent dans les deux Etats. Le catholicisme romain a prévalu en Pologne, le schisme oriental en Russie .

Dans les iv« et v« siècles il y avait déjà des apôtres travaillant à propager le culte chrétien parmi les Slaves. Le grand docteur de

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l'Elise, saint Jérôme^ était Slave de luûaaaiice; un peu plus tard, nous rencontrons beaucoup de Slaves parmi les patriarches de Gonatantinople. Ce n*est qu'an ix* siècle que les trayaux apostoliqaes acquièrent^ par les résultats, une réelle importance ; mais l'apostolat semble ici se diviser en deux branches , marcher par une double Toie^ revêtir enfin le caractère de la dualité slave.

Saint Cyrille et saint Méthode étaient envoyés par la cour de Rome, munis des instructions du pape> à Tautorité duquel ils en référaient. L'on et l'autre sont morts dans la capitale du monde catholique. Us évangélisèrent les Slaves vers Tan 860, c'est-à-dire aTant le grand schisme d'Orient, qui n'eut lieu qu'en 880* Ces deux docteurs n'eurent, pendant leur apostolat, aucun rapport avec l'Elise d'Oriant. Ce n'est qu'après le schisme qu'on peut suivre la double action du christiamame à travers les pays slaves.

La cour de Rome avait accordé aux Slaves le privilège de célébrer la messe dans leur langue. Le privilège fut, plus tard, retiré; puis, après des explications, concédé de nouveau. Rome a con* aervé, pour langue sacramentelle, le latin, le grec et le syriaque ; mais elle ordonnait aux prêtres d'enseigner les peuples dans leur propre langue, d'apprendre l'idiome des nations au sein desquelles ils allaient porter la parole évangélique. Les formules sacramentelles, en une langue ancienne ou moderne, sont également comprises des savants, mais restent inaccessibles au peuple. L'introduction du latin dans le culte religieux a eu pour la nationalité polonaise des résultats importants. La connaissance du latin donnait la clef des antiquités romaines et de la littérature du moyen ige. Le clergé s'initiait ainsi à la civilisation de l'Occident.

Cest le christianisme qui a complété l'organisation des royaumes iicves et assuré leur indépendance. En premier lieu, il a fondé la famille par l'établissement du mariage : réforme immense qui a rapproché les nations slaves des races occidentales. Puis il a cou* le pouvoff; il est probable que chez les Slaves jamais on

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poayoir durable n'aurait pu «'établir saos l'influence chrétienne, tant lenr organisation était contraire à toute idée politique : du moment qu^ lea rois de Pologne fiîrent sacrés par les papes, ils devinrent l^s \r«^s représentants de la n«^tioQalité. Ainai le christianisme a réformé la vie domestique et la vie politique di^ns les pays slaves. 11 a établi entre eux un Uen intima en leur montrant un même but h. atteindre. L'unité y a pour premier oigane la docbe de l'égUae. Cette voiz^ qui rejtentit dans tous les pays slavesii leur fait sentir qu'ils sont membres d'une même eoramunauté* Plus tard, cette cloche chrétienne devint le symbole de l'indépendance politique, car c'est elle qui appelle les citoyens à la diôte. Les églises sont les première édifices en pierre et leurs seids cheffr-d'œnvie d'arohiteoture. L*institution de fôtes pendant lesquelles le peuple doit s'abstenir de travail devient un puiseant moyen d'éducation. Alors> au milieu d« ses amusements, il peut méditer et vivre d'une vie spirituelle détachée de la terre- Enfin l'introduction de l'enseignement par les prêtres fait époque chez les Slaves; jusqu'alors il n'y avait pas eu de dogmes prêches parmi eux. — Toutes ces réformes, rétablisMmenl de la royauté, de la paroisse, du mariage, des fêtes et de l'enseignement transforment la société slave ; elle devient européeani, elle commence & appartenir à la communion des peuples de l'Occident.

L'unité est construite par l'Église. L'idée 4fi l'unité, si simple en apparence, est pourtant difficile à créer. L'£glise, en couronnant le prince polonais, résume déjà TEtat dans sa personne. Le w>i, en devenant membre de la famille des princes ehrétiens, se considérait comme représentant d*un pays dont U commençait à comprendre runUé ; pendant les divisions, les évêques n'ont cessé de se réunir pour former le synode., Au milieu des querelles des princes, de leurs luttes, de leurs guerres, les évêques et les seigneurs se réunissaient et entraînaient même les princes pour former le synode. Ge synode devenait une représentation de la Polognei qui n'ezis-

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tait pas comme goQvememeDtj mais <loDt tout le monde seolait l'existence comme d'une personne morale. Ainsi les évoques de Poméranie, après la révolte des princes poméraniens, Tenaient toojoars siéger sous la présidence des princes polonais pour discoter les afiaires polonaiseB, comme le firent plus tard les évéques de la Siléaie et même les éjéqnes de plusieurs provinces de Prusse^ sous la primauté de l'évéque de Gniezno. C'est ainsi que s'est formée ridée indestructible d'une nation polonaise.

Des dQux formes de FÉgUse clirétieQne la pins terrestre a tout natoreUement prévalu en Russie. La tradition ^apporte que Wladimir^ le dernier des souverains russes qui ait appelé de nouvelles bandes de Suède et de Norwége, après avoir hésité à ranimer le paganisme, puis longtemps examiné les deux rites chrétiens, opta enfin pour le rite grec, et que c'est un religieux grec qui le décida en lui dépeignant le jugement dernier.

Que pouvait l'Eglise grecque pour les libertés du pays, puis» qu'elle-même perdait la sienne. Elle croyait trouver son indé« pendance en s'émancipant du pouvoir papal, .et elle ne fit que tomber sous rautorité du pouvoir laïque, qui d'abord supprima les synodes pour éviter les dispptes théologiques que nulle autorité suprême ne pouvait plus résoudre, et ensidte interdit la prédication, puisqu'il n'avait lui-même autorité pour contrôler partout et toujours le clergé. L'Église gréco-russe fat ainsi réduite au mutisme et à rinaction.

Tandis que les ordonnances russes organisent les rapports sociaux entre le maître et l'esclave, entre le maître et le prince, les lois polonaises organisent les rapports entre les Etats : les Russes n'ont qu'une législation civile et criminelle ; les Polonais ont une législation politique. Le synode polonais prend sous sa protection Tagricultenr ; il défend aux courtisan», aux serviteurs du prinsc de lever des impôts arbitraires; il régularise les jugements, et chacune de ses lois fini! par la formule religieuse : Que celui qui

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violera cette loi soU frappé cTanathème, Ces lois obligent tonte la Pologne; elles aont censées obliger les princes indépendants de la Poméranie, les princes de la Silésie plus tard, et enfin la noblesse de la province de Galicie qui entre de plus en plus en rapport avec la Pologne .

La juridiction passe, en Russie^ des communes entre les mains des administrateurs nommés par les princes : au contraire, en Pologne la justice est toujours rendue par une espèce de comice od les guerriers s'assemblent et devant lesquels on évoque chaque cause de haute gravité, soit criminelle, soit civile; le magistrat préside seulement ce comice sans avoir une voix décisive.

Dèa Torigine^ tout marche en Pologne vers la liberté ; en Russie vers le despotisme.

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