CHAPITRE PREMIER
LES LEGH8 ET LES PIA8TES Ou la Paiogne primitive, '
Orighie et caractère des Slaves. Symbole historique de la Mo* gne. Signification des traditions mylbiques. — Gharlemagne et les Slaves. — Introdaetion du Cluristianisme chez les Slaves. Son influence sur la nationalité polonaise. Martyre de saint Adalbeii et victoires de Boleslas le Brave. Boleslas le Hardi et saint Stanislas. — Boleslas Bouche-Torse et la défaite des Allemands. Conversion de la Poméranie. » Les Prussiens et fcs LUboaniens. Les Porte-glaives et les Chevaliers-Teutoniqnet. ^ La Pologne divisée. Synode législatif. Branche cadette des Piastes. Ses concessions à la haute noblesse. — La Pologne unie sons Ladislas le Bref. Casimir le Grand ^4>ère des paysansj Louis de Hongrie appelé au trône de Pologne.
La religion des Slaves, telle que qous la trouvons dans .
les bistorieas et dans la tradition, prouve l'antiquité de
ee peuple qui est assurément parti de la Haute-Asie
avant toute révélation. Il est impossible d'assign.er une
date à sa sortie de TAsie; mais il est certain qu'il n'a
afporté aveclui^en Europe, aucune des Idées communes
à tout l'Orient depuis les temps d'Abraham. Sa religion
est primitive f patriarcale » telle encore que nous la
voyons dans le livre de la Genèse, Il y a un Dieu, un mauvais esprit ennemi de Dieu, une âme immortelle; il y à aussi une vague trace d'un crime commis et qu*il faut racheter, puisque la nécessité du sacrifice est admise ; mais à cela se borne tout ce qu'on peut savoir de l'ancienne religion des Slaves. L'absence de révélation se fait sentir, d'ailleurs, dans ce qui manque à leur or* ganisation sociale, ^saas révélation , il n j a pas de sacerdoce ; aussi le sacerdoce, par droit d'hérédité ou d'élection, n'a-t-il jamais existé chez ces peuples. Ne reconnaissant pas la filiation des dieux et des héros^ ainsi que l'acceptaient les Germains, les Celtes et les autres nations, ils n'ont point eu d'aristocratie et ne pouvaient en avoir. L'aristocratie, de tout temps, s'est fondée, s'est appuyée sur la tradition d'une origine supérieure à celle du peuple; partout et toujours l'aristocratie a prétendu à ufie origine divine. Les Slaves n'avaient ni prètie», ni seigneurs, ni rois. N'admettant pas la possibilité d'un pouvoir surnaturel , ils ne pouvaient entreprendre d^expédition danfl le but de réaliser quelque projet vaste et mystérieux : ils n'étaient ni guerriers, ni conquérants.
La race slave apparatt vers le vi* siècle, comme ayant déjà à peu près réalisé l'idéal du bonheur domestiqne et c&mmunai^ grâce à la fertilité du sol^ à la douceur des mœurs du peuple, et à la fidélité avec laquelle il conservait les anciennes traditions qui fixaient la nature et le mode de propriété. Ce peuple était appelé par les contemporains le peuple joyeux par excellence, Slavus sal-' tans. Mais il ne voulait pa3 se développer; il se bornait à
joair de ce boaheur. Or, l*homme n'est pas seulement créé pour la vie domestique et pour la vie communale* Le progrès est continu, incessant; il faut qu'un peuple marche, qu'il s'élève sans cesse. Mille communes pouvaient alors brûler sans que leurs voisins s'intéressassent à leur sort. Afin de tirer les Slaves de leurs retraites inabordables, les étrangers, les enfants d*Odin, les peuples du Caucase arrivent et ils les forcent à se grouper pour se défendre, à devenir citoyens; des principautés, de petits royaumes se forment, et les Slaves sont membres d'un État. Mais la résistance se manifeste de nouveau; l'esprit slave veut rester à jamais enchaîné dans la forme primitive de ces petits États. Tout est morcelé, tout est désordre et confusion. La Providence frappe de nouveau cette race. Les Mongols descendent des hauteurs de l'Asie, ai mettent le feu à ces principautés slaves; ils eobunent les habitants qui se cachent dans les cavernes, ils brûlent les villes, ibdiassent les populations devant eux, et les contraignent à se réunir, à se reconnaître, à chercher un point d'appui contre une épouvantable in* vasion. Aprè^ cette tempête, nous voyons trois grandes imités surgir à la fois : celle des Bohèmes ou Czecht^ celle des Pohnaù et celle des Busses.
Les chefs lechs et czechs n'ayant pas laissé de monumenla écrits, leur souvenir s'est perdu dans le passé où ils ne nous semblent plus jouer qu'un rôle fabuleux. Ce qu'on sait avec certitude, c^est que les Lechs et les Czechs se sont iadlemeot acdimatés parmi les Slaves, qu'ils ont été vite absorbés par la race indigène et qM leors famiiies régnantes ont cédé la piaoa è des familles
nationales. C'est en Bohème et en Pologne que les premiers rois d'origine slave ont été élevés au trône.
L'histoire symbolique de raneienne Pologne est le vrai type de toutes les époques suivantes ; elle se repro* duit dans chacune, quoique dans des proportions de plus en plus larges. De même que l'enfance d'un grand homme fait deviner sa jeunesse, que sa jeunesse est le développement de son enfance, et que sa vieillesse rappelle les périodes précédentes de sa vie, ainsi^ dans chaque nation, la première page mythique de son histoire se retrouve au fond des grandes phases de son existence.
Dans l'histoire mythique de la Pologne, se montrent d'abord les Lechs, qui parcourent les pays slaves depuis la mer Noire Jusqu'à la mer Baltique : c'est un peuple cavalier qui a un roi et une capitale» mais qui n'a pas de territoire fixe. Leur dynastie guerrière se dégrade peu à peu et s'éteint; alors le pays tombe dans une espèce de chaos^ connu dans l'histoire sous le nom de règne des douze woïéwodes (palatins). Après ces douze palatins, une femme, la reine Wanda, se suicide pour ne pas épouser un Allemand, dont elle était pourtant amoureuse. Il surgit ensuite une nouvelle dynastie , moins forte que celle des anciens chevaliers lechs; elle dégénère et son dernier roi passe pour avoir été faible, ilissolu, sans caractère et sans moralité. Ce roi célèbre, que le peuple connaît sou« le nom de Popiel, ayant empoisonné son oncle et trahi ses parents, meurt mangé parles rats. La dynastie disparait; il n^y a plus de roi. Alors les anges descendent et appellent au trône un paysan polonais, Piast. Dans la dynastie de Piast, lliis-
toire primitive des Lechs se répète exactement. Après les Boleslas, ces grands rois qoi rappellent les premiers Lechs, la dynastie faiblit, et arrive l'époque des désordres que l'on désigne sous le nom de Pologne divi-, iéej et 4iai reproduit le règne des douze woïéwodes. Plus tard, une fille héroïque, Hedwige, renonce à un Allemand qu'elle aime, et se sacrifie pour son pays« Après quoi vient une série de rois qui ressemblent à ceux connus sous le nom de Leszek et de Popiel^ et dont le dernier, Stanislas-Augqste^ après avoir trahi sa famiUe, mourut misérablement.
Coïncidences mystérieuses I.*. L'ancêtre de la famille Poniatowski, qui était un pauvre gentilhomme, avait pris pour ses armes les mêmes insignes que l'on dit avoir été portées par le roi Lech? Kosciuszko ne rappelle-t-il pas, d'une manière extraordinaire, le roi Piast? Son nom même fut celui de l'antique famille des Piastes. Le chef de cette famille^ en e£fet, s'appelait Kosciszko.
Les Lechs, vers le vi* siècle, faisaient la conquête des terres qui composent le dudié actuel de Posen, et s'étendaient jusqu'aux bo^ds de l'Elbe. Ils choisissaient leurs rois dans une seule famille. La couronne était souvent la récompense des victoires gagnées dans les courses à cheval. La tradition de ces sortes d'élections est commune à tous les peuples qui descendent des Azes. Les rois fabuleux des Lechs combattent souvent des monstres fantastiques, des dragons; ils font la guerre à Alexandre le Grand, à César : les souvenirs apportés de l'Orient se confondent avec les fables populaires. Les chroniqueurs parlent aussi de diplômes par lesquels
Alexandre le Grand et César auraient abandonné aux Lechs la possession de tous les pays du Nord. Ces diplômes, dît-on, ont été perdus dans une bataille contre les Turcs et doivent se retrouver à Constandnople. Au XVI* siècle, des voyages ont été entrepris à ce sujet par des hommes graves. Quoi qu'il en soit, la tradition exprime ici visiblement le désir de faire la conquête du Nord, le mystérieux espoir de rentrer dans tous les droits concédés par de prétendus diplômes, pure invention des chroniqueurs. Les Lechs sont quelquefois désignés sous le nom de Sarmates ; ce nom, les Polonais, dans leur style poétique, le donnent souvent à leurs ancêtres.
Les Piastes étaient Slaves : le peuple lui-même choisit le premier roi de cette famille qui régna longtemps, et dont le dernier descendant est mort, au xvn* siècle, dans une obscure principauté de Silésie. A une époque reculée, les peuples de TAsie-Mineure s'étaient réunis pour élire un roi, et l'oracle leur ordoiina de choisir celui des habitants qu'ils rencontreraient le premier avant l'aube du jour. Un paysan venant à passer, on le créa roi. Ce fut le roi Gordius. H fit placer dans un tem* pie son char pour conserver le souvenir de son élection. La même tradition se trouve dans les historiens polonais sur le roi Piast. Elle est venue de l'Asie avec les peuples slaves, et probablement l'événement qui y a donné lieu s'est plus d'une fois renouvelé. C'est pourquoi cette tradition n'a cessé de vivre, et, jusqu'aux derniers temps de la République de Pologne , Piast , c'est-à-dire le paysan, signifiait la même chose qu%n roi national. La dynastie des Piastes, sous laquelle la Pologne a'estfocmëe
DE rOLOGNB. 7
et développée, offre mi caractère tout particulier : ses rois sont représeBtés eoiçaie de vrais pères de £iiiiilley ils sont bienveillants et même débonnaires ; la simplicité, la bonté, tel est le type qui les distingue.
Les Allemands s'obstinent à nier l'antiquité des 80u«
▼enîiv pokmais; ils n'adsiettent point la partie mythique
de rbistoire de Pcriogne, a^y trouvas^ ni dates, ni doi^
nées géographiques. Ces savants, qui cherchaient l'im'»
possible en voulant trouver les mythes enregistrés et
arp^ukés, s'étonnaient, à plus forte raison^ de la forme
dos récits mythiques. Hommes de bibliothèque, tels que
LmgBÎch ^ SGhkBt;Der et Voigt , comment auraient-ils
fiée pu comprendre i cette manière d'écrire? La criti^pie'
moderne a rqeté tous ces faits traditionnels* On a voulu
prouver qu'il n'y avait aueun rapport entre les Sarmates
et ks Slaves, et que les Lechs étaient Slaves; on a
tourné en ndtenle la dynastie des Piastes, et cependant
cette histoire, prétendue fabuleuse, a longtemps été le
catéchisme national. Elle seule est vraie peut-être ; car
elle a en une grande influenae sur les idées polonaises;
car, dans les diètes, on en appelait à la f<H générale, à ca
catéchisme dont on citait des articles; car les monar*
ques polonais ont souvent depuis cherché les frontièref
mythiques de l'empire des Lechs ; car, elle seule,* enfin,
n'a pu être oubliée du peuple. C'est en vain que des hia»
torîens s'efforcent de démontrer que l'élection des rois
ée Pologne ne date que du xvi* siècle, nous en trouvons
des traees dans la tradition. En vain, aussi, art-on tenté
ée rabaisser la mémoire des souverains vénérés de la
nation, et de tout temps regardés comme les types anii-
quea du caractère slave ; le peuple polonais persiste à repousser l'histoire qu'on veut lui imposer.
Le génie français apparut aux Slaves avec l'oriilamme (le Gharlemagne : ils ont reçu ses lois et combattu à côté de ses paladins. Plus tard, il les visita sur les ailes des aigles napoléoniennes : ils reçurent son Code et ils l'acr^impagnèrent sur tous les champs de bataille de l'Europe. Gharlemagne , de sa capitale sur les boirds du liliin,^ s'occupait sans relâche des intérêts des populations qui vivaient sur la Yistule et sur TOder. 11 existe des traités conclus entre elles et la France. Il connaissait même les détails de leur administration, et les mystères de leurs querelles : les chroniqueurs du moyen âge en iimi foi. Gharlemagne implanta dans les pays slaves l'idée de la royauté : cette idée produisit une grande révolution. Nous dirons, en son temps, l'influence qu'ont eue sur les Slaves la personne, le génie et l'action de l'empereur Napoléon.
Anciennement des Slaves habitaient Tocddent de l'Europe; mais la race germanique les détruisit peu 4 peu. Ces Slaves n'ont pas d'histoire proprement dite; car l'histoire, est le passé d'un peuple constitué en empire, en royaume, et, ils n'existaient, eux, qu'à l'état 4e colonies éparses. On aurait tort cependant de les considérer comme des Barbares, ainsi que le font souvent les étrangers et surtout les Allen^ands, qui veulent absolument les comparer aux sauvages de l'Amérique pour excuser ou justifier sans doute les violences qu'ils ont commises envers ce peuple. Les écrivains du moyen âge
et ceux de Tantiquité leur rendent un tout autre témoignage ; ils parlent avec éloge .de la douceur de leurs mœurs.
An nord de l'AUemagne, entre TElbe et TOder, après le passage des tribus germaniques des Goths, des Vandales, des Burgundes^ des Hérules, les peuplades ^ves, n'ayant plus d'étrangers parmi elles, parvinrent à l'indépendance. Les hordes militaires des Germains n'essayèrent jamais de s'établir à demeure dans ce pays, à l'exception toutefois des Saxons, qui, seuls fixés au sol et adonnés à Tagriculture, devinrent pour les Slaves des ennemis redoutables. Pépin le Bref demanda le secours de la tribu des Bodryces contre les Saxons ; ils lui envoyèrent cent mille combattants. Charlemagne, après lui, voulant envelopper tout le Nord dans son vaste empire, chercha à étendre sa domination sur les Slaves ; mais ses efforts étaient surtout dirigés contre la Saxe et la Bohème. Il conclut des traités avec les chefs des Bodryces; l'un d'eux, nommé Drazko, lui amena soixante on quatre-vingt mille combattants pour l'aider à conquérir la Saxe. Toutes ces circonstances sont très-peu connues aujourd'hui; le souvenir de ces combats est conservé dans les chroniques du temps ; mais les écrivains actuels de l'Occident s'occupent peu de ces peuplades. Cependant il est certain que, dans les grandes luttes de Charlemagne contre les Saxons, l'intervention des Slaves de l'autre côté de l'Elbe a été décisive. Charlemagne, pour récompenser Drazko, lui conféra quelques-uns des privilèges de la royauté.
La cause des malheurs des Slaves occidentaux fut leur
désunion et leur incapacité politique, attestées par les auteurs grecs et les chroniqueurs des Francs et des Goths. Les Bodryces étaient sans cesse en guerre avec les Lusadens : toutes les fois que les Allemands leur laissaient un repos momentané, ils en profitaient pour courir aux ^rmes et 8*entre-déchirer. Louis le Débonnaire et Louis le Germanique intervenaient souvent dans leurs affaires et jugeaient leurs querelles intestines. Ils donnaient aussi l'investiture à leurs chefs; les titres étrangers étaient en grande estime chez les Slaves. Ces luttes que nous résumons en quelques mots, ont duré deux cents ans. Plusieurs fois des armées de cinquante, de soixante mille hommes se rencontrèrent. Des victoires écfatantes, des défaites terribles se succédaient; pendant ce temps les Allemands s'emparaient lentement du pays.
Les Polonais, ainsi que les Slaves du Midi et de l'Ouest, étaient obligés par leur vie politique même de se convertir au christianisme. Le vaste empire d* Allemagne n'avait pas une très-grande force d'action dans son intérieur; c'était un empire fondé sur la féodalité, modifiée par les privilèges des villes libres et contenue par l'autorité de l'Église. Mais cet empire était tout*puissant lorsqu'il parlait au nom de l'idée de l'époque, au nom du Christianisme.
La lutte était trop inégale pour les Slaves, car les Allemands apportaient avec eux l'organisation militaire féodale, tandis que les Slaves ne pouvaient leur opposer que des armées sans ordre. Les barons ne portaient pas {lux Slaves une haine implacable : ceux-ci, une foiscon-
Tertis, recevaient la même protection que les Allemands. Tootefms, malgré cette protection, lesSlaves se trouvaient malheureux. Os voyaient avec peine s'élever dans leur pays le château féodal. Près de ces châteaux s'étaUissaieot des forges qui &briquaientdes armes pour le seigneur; les ouvriers allemands construisaient ensuite une église et près d'elle se formait bientôt le compagnonnage pour ses besoins et ceux des fidèles. Les Slaves étaient obligés de se soumettre à un régime C4)ntraire à leur nature. Sous le poids de cette atmosphère étraugère, leur langue , leurs moeurs et leurs coutumes s'effaçaient chaque jour. Quelque empressement que missent les seigneurs ou l'Église à leur assurer une vie libre et facile, ils ont diq[Mira partout où s'est établie la féodalité.
Quel était donc le moyen d'arrêter cette invasion allemande? Un historien dit qu'il n'y avait qu'à ériger la croix sur la frontière pour enlever aux empereurs allemands le principe de leur force. En effets l'entrée des Slaves dans la communion chrétienne dépouillait de tout caractère religieux leurs contestations politiques avec l'Empire; et même, dans la suite, les princes slaves, •'assurant l'alliance des barons par des mariages et des traités, devaient influer sur les affaires intérieurs de rÂllemagne et devenir quelquefois redoutables anx «mpereura. Voilà quel fut le service que Je dmstîaiiisme rendit aux Slaves.
En Pol(^pie les progrès du christianisme rencontrèrent des difficultés d'une nature spéciale. Les Lechsformai«nt
one caste armée ; c'était, de même que les ordres de che*talerie, aae sorte de milice aristocratique. Le Christia-
niame leur apparaissait comme quelque chose de meuaçant, d'abord parce qu'il consacrait la royauté et lui donnait une force incompatible avec leurs idées traditionnelles, ensuite parce qu'il renfermait dans ses dogmes une promesse concernant la masse entière du peuple» promesse que cette aristocratie devinait instinctivement. A ces deux obstacles venait s'en ajouter un troisième provenant de la fusion des races différentes. La chevalei^ie léchite se composait d'honmies valeureux et entreprenants, mais inconstants et légers (c'est ainsi du moins que les auteurs byzantins ont dépeint les Lechs du Caucase); en se mêlant aux Slaves, ils avaient joint à leurs propres défauts la rudesse et la sensualité de ces peuples. Le clergé chrétien, entouré d'une telle société, s'imprégnait peu à peu des mœurs nationales et perdait son ascétisme, son autorité morale et surtout cet enthousiasme qui caractérisait le prêtre du moyen âge. ^ L'état moral de la Pologne a été exactement dépeint par un chroniqueur polonais , qui raconte l'ambassade envoyée au pape par le prince polonais Mieczyslas pour demander la couronne royale. Le pape était bien disposé , la couronne était déjà prête , lorsqu'un ange apparut au souverain pontife et lui dit que les Polonais n'étaient pas dignes encore d'avoir pour chef un oint du Seigneur, a Cette noblesse, écrit le chroniqueur, préfère la viuleuce à la justice; ses forêts et ses chasses ont plus de charmes iiour elle que l'agriculture et que l«a soins de la législation ; elle estime plus ses limiers que les hontujdes; elle est plus propre en un mot à se )»^ttre qu'à bktir d«s églises. > Quoi qu'il en soit de cette
DE POLOGNE. iS
légende^ les papes refusèrent lougtemps la couroaue royale aux ducs de Pologne.
Les évèques catholiques de cette nation étaient sou- Tent, en ce temps-là, de grands seigneurs polonais ; dans lears actions ils montraient toutes les qualités et tous les mes de leur caste. Le clergé inférieur, les abbés et les eurés proYenant de la petite noblesse, en avaient le patriotisme, le penchant guerrier, l'hospitalité et la bien-* veiUance sociale, mais ils s'occupaient peu des intérêts de larehgion. Aussi les Polonais ne firent pas assez d'efforts pour gagner au christianisme leurs voisins barbares; ils faillirent ainsi à leur principale mission, car il s'agissait avant tout de propager le christianisme parmi les païens et l'oubli de ce devoir fut pour la nation la source de grands malheurs. Il manquait en Pologne d'apôtres et de martyrs. Les apôtres venaient des pays étrangers, on allait les chercher en Allemagne et en Bohème. Un d'eux, un grand homme, saint Adalbert, est devenu le patron de la Pologne. Il forme à lui seul ^e époque dans l'histoire de ce pays.
Saint Adalbert, naquit en Bohème, sur les confins de la Pologne, d'une grande famille léchite ; son père était comte et sa mère parente du duc régnant ; cette famille avait de nombreuses relations et une grande influence en Pologne. Dès son enfance on le destina à l'état ecclésiastique. Envoyé en Allemagne pour achever ses études, il visita ensuite laFrance et l'Italie ; revenu dans sa patrie, il fat sacré évèque de Prague. Le peuple le reçut avec eatbousiaame^ car il parlait bien le slave (il composait nième des poésies dans cette langue). Les grands aimaient
sa douceur et sa miséricorde. Toutefois un orage formidable éclata sur sa tète ; on invoqua le ^étexte qu'il introduisait des coutumes nouvelles dans le pays ; il invitait à sa table tous les chrétiens indistinctement, sans tenir compte de leur position sociale. Il s'opposait au trafic des esclaves (les juifs de Pologne et de Bohème achetaient et vendaient des honunes). Enfin il s'efiorçait de détruire la polygamie. Tout «lela révoltait les habitants de Prague; ils chassèrent kurëvèque.Rappelé bientôt, il fut de nouveau persécuté et faillit périr dans une émeute* Sa maison fut brûlée, on. massacra quelques-uns de ses frères. Lorsque cette sédition fut apaisée, on s'efforça par des promesses de le faire revenir à son évèehé, mais il demeura inflexible dans la résolution d'abandonner son diocèse. Il se sentait appelé à une mission plus élevée : l'apostolat. C'est dans ce but qu'il vint à Gniezno (Gnésen),à la cour du roi BoleslasP' le Brave et qu'il lui déclara son désir de se livrer à la conversion des peuplades lithuaqo-prussiennes, voisines dangereuses de la Pologne. Reçu avec de grands honneurs par le roi, il consacra plusieurs années à étudier les langues des nations qu'il voulait évangéUser, puis il prit la voie de la Vistule jusqu'à Dantzick et de là dirigea ses pas vers la Prusse orientale. Les Prussiens, d'abord, ne lui opposèrent aucune résistance ; mais une nuit qu'il s'enhardissait à pénétrer dans la forêt sacrée, et, en célébrant la messe, à prendre possession au nom du Christ de ce siège du pi^anisme, les prêtres du lieu tombèrent sur lai et le massacrèrent (977). Bûlealas racheta le corps du martyr et le déposa dans la ville de Gnieino. Le brnit
i«WI
de la mort de réyèqae, la renommée des miracles qui s'opéraient sur son tombean, se propageant dans toute la ehrétienté, attirèrent beaucoup de pèlerins dans la capitale de la . Pologne. L'empereur Othon IIF, homme pieux et bon qui connaissait particulièreflient et aimait saint Adalbert, étant alors en guerre avec la Pologne, conclut exprès un traité pour faire un pèlerinage et honorer les reliques de son saint ami. Il arriva en grande pompe à Posen et de là, pieds nus, il marcha jusqu'à Gniezno. Reçu magnifiquement par Boleslas, il ôta de sa tète la couronne impériale et la déposant sur celle de Bokslas, il le proclama roi (le souverain polonais n'avait encore que le titre de duc). La Pologne comment dès lors à être regardée comme un royaume chrétien. Othon, avec le titre de roi, accorda encore à Boleslas de grands privilèges politiques et religieux. Il lui conféra le droit d'instituer des évêchés et d'administrer son Église, âroitque les papes accordaient difficilement aux empereurs eux-mêmes.
C'est ainsi que le loyer religieux de TÉtat polonais qui était auparavant, en Allemagne, à Magdebourg, fut transporté dans l'iatérieur du pays : la Pologne trouva en même temps un centre politique en acquérant un centre religieux, parce que la capitale religieuse réunissait en elle tous les éléments nationaux. Ainsi saint Adaibert a donné à la Pologne une couronne royale et lui a tracé le ^ai chemin des conquêtes à tenter dans l'avenir.
Il nous a laissé un chant de guerre eomposé par luimême : ce chant, les Polonais l'ont entonné dans leurs batailles jusqu'au xvi« siècle, époque à laquelle s'arrête
le HISTOIRE POPULAIKB
leur expansion. Nous citerons quelques strophes de ce chant célèbre, tant de fois mentionné par les historiens polonais. Il semblera peut-être étrange qu'il ne contienne rien qui rappelle les chants guerriers de notre temps ; c'est plut6t une pieuse et naïve invocation à la sainte Vierge. Il commence ainsi :
« Mère de Dieu, Vierge sanctifiée par Dieu, Marie bienaimée, par ton fils le Seigneur, acoorde-nous, fais descendre sur nous le royaume de ton fils, exauce no&yœux, remplis nos pensées ! »
Puis après quelques strophes il ajoute :
« Adam, toi l'ancien des sigets de Dieu, tu es assis dans l'assemblée délibérante de Dieu. (Cela fait allusion à l'ancien état social des Slaves.) Introduis-nous là où régnent les anges, là où est la joie, Tamour et la vision angélique qui ne finit pas. Ici-bas le règne diabolique s*est réalisé. Ce n'est point par l'or ou par l'argent que Dieu nous a rachetés de la damnation, mais par sa bonté puissante : pour tous les hommes, Dieu se laissa percer les flancs, les mains et les pieds, d
Enfin le chant se termine par ime préparation à la mort, une prière :
a C'est le temps, c'est Theu^ de mériter l'absolution des péchés, de glorifier notre Dieu. Prends-nous, introduis-^ous, 6 Jésus-Christ ! pour que nous soyons avec toi. Amen! Dieu, accorde-nous à tous d'aller dans le paradis où régnent les anges ! »
La voix de la mort est le sentiment -qui prédomine dans les paroles du martyr qui arrosa de son sang la terre de Prusse.
BB POLOGNE. n
Cependant les r^ de Pologne n'ont pas assez compm les enseignements des apàtres slaves. Ceœc-d se diri-ge^ient sans cesse vers les pays païens, vers la Prusse, lalithoanie, la Poméranie; les rois, au contraire, faisaient dans le même temps des expéditions en Rrilhénie et en Bohème, pays déjà convertis, ou bien ils se mêlaient aux affaire» de TAUemagne. Les conquêtes de Boleslas le Brave, quelque brillantes qu'elles fussent, restèrent à peu près stériles ponr la Pologne. Il possédait la Bohème presque entière, une grande partie de la Hon- ^e et tous les pays slaves entre TOder et le Borysthèce ; mais, après sa mort, la Pologne perdit ses conquêtes, tandis que les pays nouvellement convertis de la Prusse et de la Lithuanie devaient faire corps avec elle.
Toutes les libertés politiques des pays slaves du Nord' viennent de rÉgliae d'Occident. Un roi polonais, Boleslas II le Hardi, qui tua Tévêque saint Stanislas (8 mai 1078), perdit sa couronne et dès lors l'évèque fut regardé comme inviolable ; le même privilège s'attacha à la personne des seigneurs laïques qui siégeaient à la Diète à eôté des évêques. Les Ubertés se sont développées dans les conseils des rois, et plus tard dans les Diètes où elles trouvèrent une parole puissante. L'évèque est une personne sacrée ^i Pologne, tandis que chez les chrétiens d'Orient^ malgré la sagesse du clergé souvent supérieur à celui d'Occidmt par l'austérité de sa vie, il est traité durement par les rois et par le peuple. On ne reucontre aucun exemple d'un traitement brutal envers les prêtres dans les pays catholiques du Nord.
Les philosophes, entre autres signes de la mission qu'ils
recoiiaaissent à la Pologne de représenter le obristianisme daos la politique, observent qu'elle a accepté la baptême en masse. Sa couYersion ne fut pas une série de conversions individuelles, mais un fait unique et instan* tané ; ayant accepté le christianisme comme nation^ elle doit le développer par des faits nationaux.
Au commencement du xii*" siècle, vivait en Pologne le chroniqueur Gallus, chapelain de Boleslas Bouche-Torse. Pendant la paix comme pendant la guerre, il menait une vie active auprès du roi; il avait visité les pa]^ étrangers, et même fait le voys^e de Terre^Sainte. Il parle de toutes les choses de la patrie, avec amour, or* gueil et enthousiasme* Le chroniqueur polonais est avant tout patriote. Il rapporte que Ladislas Herman, le père de son héros, a, en mourant, ordonné aux seigneurs d'élire pour roi celui de ses fils qui montrerait le plus d'amour pour TÉgUseet pour le bien de sa patrie. Voici, par exemple, comment il raconte la guerre des Polonais contre les Allemands. Uemp^reur Henri IV était entré en Pologne avec une armée nombreuse, aguerrie, disciplinée; les Polonais ne poiivaient offirir le combat; ils cherchaient seulement à inquiéter cette armée, à la harceler pour la détruire en détail. Gallus trace admirablement ce tableau : e Boleslas , dit-il, s'attachait au César allemand comme s'il eût été son compagnon de voyage* Dès que l'empereur avait étabU son camp quelque pai-t, aussitôt le roi de Pologne se plaçait dans le voisinage. De quelque cAté que l'empereur se tournât, il était sur de se rencontrer face à face
t?ee le roi qot rMait comme qb lovp autour de l'armée d'Henri et lénsrissait chaque jour à attraper quelques Allemands. Ils le craignaient tellement que rien n'était présent à leor pensée que Boleslas, que rien ne se trou- Tait an bout de leur langne que Boleslas. Eu passant à e6té de chaque forêt, à côté presque de chaque buisson, ils se disaient les uns aux autres que sans doute Boleslas était là... L'empereur et son armée, harassés de fatigue, ne Toyant pas le moyen de sortir de cette guerre, engagé au milieu de forêts, de marais et de fondrières, au mitien de mouches qui piquaient, au milieu de flèches aussi nombreuses que les mouches et de gaillards aussi ennuyeux que les mouches et les flè4'.hes, finit par conclure un traité. > (Paix de Bamberg qui suivit la défaite des Allemands, ilOQ, sur un heu qui fut appelé PriepoU on champ des chiens.)
L'aristocratie avait une physionomie particulière ; on ▼oyait sur la scène historique de grandes figures, des gentilshommes qui résistaient au pouvoir royal, qneiquefcis avec succès. L'un d'eux, nommé Sieczech, que le dironiqueur compare à Jugurtha, occupe plusieurs char pitres de son histoire. Gallns est amené ainsi à juger les rapports politiques qui existaient entre le roi et le peuple. D ^t apprécier le caractère des souverains : il flétrit leurs aetions ou il les loue selon ses propres opinions religieuses et politiques. Son héros Boleslas fit tuer un de ses frères naturels, Zbigniew. Ce fr^ soulevait sans cesse des orages dans le pays; vaincu, ezUé plusieurs fois, il rerenait toujours pour conspirer de nouveau. Gallns eef^ndant n'ezcuse pas son prinee. « Dois-je justifier Boi«-
las? Nullement, b Toutefois il veut atténuer ses reproches par rénumération des crimes du rebelle et il ajoute : a Nous avons vu la grande douleur de notre maître ; nous . l'avons vu couvert de cendres se livrer à son désespoir. » Il raconte ensuite les bonnes actions par lesquelles le roi voulait racheter sou crime, ses pénitences, ses pèlerinages, ses fondations pieuses. Cela montre déjà un sentiment moral très-développé dans la nation polonaise et surtout dans la classe régnante, dans l'ordre équestre. De même que le meurtre de l'évëque Stanislas fut dans notre histoire le dernier meurtre politique^ ainsi la mort ordonnée par Boleslas fut la dernière exécution dans un intérêt dynastique.
Une seule des vastes provinces qu'occup aient jadis les Slaves du Nord-Ouest, la Poméranie, a échappé à la destruction, grâce à sa conversion au christianisme sous Boleslas Bouche- Torse. Les rois de Pologne, dans leurs luttes contre l'empire d'Allemagne, envahirent plusieurs fois la Mîlsavie, la Lusace, mais Ains jamais chercher à y établir une domination fondée sur quelque idée religieuse ou politique. Boleslas appela de* toutes parts les évèques et les prêtres de Pologne pour les charger de prêcher le christianisme aux païens de la Poméranie ; mais il ne put trouver de candidat pour le martyre. Les évêques refusèrent, les prêtres trouvèrent des prétextes '^ur s'excuser^ et, après avoir cherché pendant trois ans, le rqi fut obligé de recourir à un Allemand, Otto, évèque de Bamberg (1120). Cet homme, saint et admirable, s'empressa d'apprendre le polonais, puis, ayant quitté sê seigneurie tt son riche évêché, il se dirigea vers sa
missioo. Après pluflienrs aimées d'une prédication opiniâtre, il parvint à convertir ce pays. Ce fut ainai qu'une partfe de la Poméranie resta à la Pologne.
Entre le lac Peypns et la Poméranie, le long de la mer Bdtiqae, habitaient des populations connues sous le nom de Livoniens, de Lethones et de Prussiens, populations peu nonibreuses, qui ne s'élevaient pas au-delà de quelques milliers d'individus, divisées entre elles, opprimées par les Slaves et par les Normands. L'origine de ces populations est \m mystère : elles appartiennent à la race indo-germanique, mais elles ne sont ni allemandes ni slaves. Leur mythologie, très-riche et très-développée, diffère de celle des Gaulois et des Germains : c'est un Ihsu de traditions sur les esprits. Elles considèrent toute la nature comme animée par des esprits qui agissent sous lûille formes, dans les arbres, dans les fontaines, dans les échos et dans tous les phénomènes de la nature. Les peuples étaient régis religieusement par un Ordre qui lessemble beaucoup à celui des Druides, par un Ordre Ae prètres-poètes exerçant un grand pouvoir même sur ks princes, Ordre gouverné à son tour par un grandprëtre, qui résidait en Prusse- sous le nom de Kriwéirnoefto. Ce pape païen était obéi en Livonie et jusque dans la Poméranie et llle de Rûgen.
Les Polonais, voisins de la Prusse^ négligeaient de convertir ces pays malgré les incessantes invitations des papes. Us employaient, il est vrai, comme le dit un chroniqueur, le glaive de la prédication et le glaive de la jugalation; mais ils préféraient celui de la jugulation.
aimant niieuz conquérir ce peuple que le couvertir à la foi cbiékienne. Aussi les Allemands y devancèrent-ils les Slaves dans rapostolat. Un prêtre, Meinhard, vers la fin du zu* siècle (1184), arrive avec des marchands de Brème et débarque sur une plage déserte, aux environs de r^droit où est maintenant la ville de Riga. Il s'y établît, réussit à convertir quelques naturels : les marchands élevait un comptoir. Meinhard est sacré évèque et obtient la protection de la ville de Brème et du roi de IMneflftarit contre les insultes des paysans qui voulaient détruire la colonie chrétienne. Ses successeurs, ne pouvant pas compter .sur ces secours irréguliers, étaUisseiii un Ordre de dievaliers Porte-glaives : les chevaliers, une lois en possession de la forteresse, commencent une lutte avec les indigènes, et un demisiède après, ils sont déjà maîtres d'une grande pro* vinee.
Un antre apôtre, un moine de l'Ordre de Giteaux, péné* tra du oftté de la Poméranie, fit un certain nombre de disciples, pois, avec la protection des ducs polonais, établit im ordre de chevalerie parmi les Polonais. Ces Ordrea étaient imités de rinstituti<m des Templiers. Mais lé dergé polonais, qui résistait alors souvent au pape, et qui toutes les fois qu'il s'agissait d'introduire une discipline plus sévère, défiait même GrégMre VII (ne vou^ lant pas accepter on du moins faisant de grandes difficultés pour accepter le ctiiibat), le clergé n'a pas su inspira au pays une éilergie religieuse suffisante pour créer une institution ausai piôssante que celle des Tem> plier» ou des Pc^te-glaives. Les Polonins se recrutaient
£ffidleiiieiit ; après la perte d'une senle bataille, ils se découragèrent et TOrdre cessa d'exister. Alors ces moines chrétiens appelèrent les Chevaliers Teutoniqnes.
L'Ordre teutonique, établi en Palestine, pnis chassé par les Turcs, avait de grands biens en Europe. Il apporta avec lui le germe d'un royaume. Etabli parmi un penple ennemi, d'une race différente, il finit par fonder uae puissance allemande sur une terre qui jusque-là n'avait pas entendu prononcer un mot d'allemand. Le quatrième grànd-maitre de l'Ordre, Herman-Salza^ homme de génie, devina Fimportance de l'établissement projeté, envoya quelques chevaliers pour reconnaître le pays et pour en prendre possession (1226). Un de ces chevaliers, homme de fer s'il en fat jamais, Herman-Bàlk^ constmisit nn petit fort aux environs de Dantzick : au milieu de combats continuels, gagnant toujours du terrain, ses chevaliers^ au bout de quelques années, formèrent un établissement considérable : les Allemands y accounûent en foule.
La hiérarchie féodale était déjà un danger pour les * Slaves. L'Invasion allemande, de chevaleresque qu'elle était, devint soldatesque^ s'incarna dans une milice régahère , la mieux disciplinée qui fut jamais. Sons ce rapport^ elle surpassait même les légions romaines. Celles-ci se révoltaient quelquefois; les chevaliers-moines donnaient l'exemple d'une patience et d'une cfiscipline à toute épreuve. Leurs besoins étaient à peu près nuls : ils jeûnaient quatre fois par semaine^ couchaient sur la dure, n'avaient pas d'autre couverture que leurs manteaux, passaient leurs soirées à prier, leurs nuits à veîl-
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1er et leurs jours à combattre. Ils se recrutaient parmi la plus haute noblesse allemande, c'est-à-dire parmi ceux qui dès leur enfance apprenaient à manier les armes. Ils périssaient presque tous. Ils étaient rapidement remplacés. Lorsqu'on les faisait prisonniers, on les brûlait ayec leurs chevaux. Parfois on les faisait périr dans les tourments. Les Allemands, de leur côté, épargnaient rarement les Léthones et les Prussiens; ils sévissaient particulièrement contre ceux qui, après avoir été baptisés, retombaient dans Tidolàtrie. Les Prussiens et les Léthones convertis jouissaient de tous les droits de bourgeoisie et même de tons les droits accordés à la noblesse allemande* Néanmoins ils ne pouvaient jamais entrer dans l'Ordre.
Les Chevallers^Teutoniques, après une guerre d'extermination qui dura cinquante années, conquirent la Prusse presque entière. De pauvres moines^ ils devinrent alors seigneurs féodaux; leur grand-maHre prit place comme prince dans la diète impériale ; il osa plus d'une fois défier les excommunications des papes et les menaces des empereurs. L'Ordre disposait de la plus grande puissance . militaire qui eût encore agi dans le nord de l'Europe : il devint conquérant et attaqua la Pologne. Perdant de vue sft destination première, il menaçait les pays catholiques.
Les deux Ordres, celui des Porte-glaives et celui des Chevaliers-Teutoniques , se réunirent; et peu à peu, ayant dévoré une grande partie des populations léthones et prussiennes, ils introduisirent un élément étranger au centre des pays <%laves et donnèrent naissance à la prin-
dpauté de Livonie, à celle de Gonrlande et au royaume de Prusse.
La Pologne, après la mort de Boleslas iffoticAf-TVse (li39)^ fat divisée en quatre principautés; et pourtant cette division même assura son avenir. Les seigneurs, consultés par leur souverain, siégeant toujours dans son conseil, s'attachèrent à la cause nationale. Obligés de décider entre les prétentions des ducs et des princes^ ils prirent l'habitude d'en appeler à l'opinion publique^ à l'opinion de la noblesse. La noblesse entra ainsi dans la vie politique, et une classe nombreuse de guerriers se forma dans le pays; cette classe regarda l'État comme sa chose; chacun fut intéressé à le conserver, à le défendre. — Depuis lors, plusieurs fois, nous voyons les chefs des provinces avec la noblesse entreprendre des guerres, résister aux Mongols et aux Allemands, combattre en leur propre nom, sans en demander la permission aux princes. Cette vie politique, très-lai^ement développée et fortement agitée, sauva la Pologne, parce qu'elle attacha à la cause publique une population considérable ; elle facilita les progrès de la civilisation. Bientôt la Pologne, réunie à la Lithuanie, se trouvera supérieure en lumière, en liberté, à tous les peuples du Nord, et quoique res* serrée dans ses frontières^ elle deviendra maltresse des destinées d'une grande partie des peuples slaves.
La Pologne primitive réagissait par l'Église qui cherchait à conserver l'État ancien et par les* fortes individualités qui s'obstinaient à entraîner la Pologne dans un mouvement européen. L'Église appuyait les atnés de
la faniUe, selon }a coutome reçue dans toute la ehrétisDté. Le priDce aîné^ Ladislas, lié avec les empereurs d'Allemagne, cherchait à introduire le féodalisme, c'est* à-dire à organiser la Pologne en vue de la rendre puissaiKte. Sa femme^ une Allemande de beancoup d'esprit, détestant le désordre slave, conjurait son mari de mettre fin à ces troubles et lui rappelait le beau spectacle de la eour impériale d'Allemagne. Ladislas se décida à chasser ses irères, cherchant à expliquer sa conduite par la raison d'État et comptant sar la sympathie du clergé* Cependant la violenee à laquelle il eut recours offensa le clergé et le peuple ; elle révolta surtout les se^pneurs déji influents* Le prince perdit ses terres et fut obligé de chercher asile chez l'empereur.
Son frère Mieczyslas k F2et/â;(li73)poursuivit le même but ; BAais plus habile et n'osant pins essayer de la violence, il cherchait à gagner les cœurs par la persuasion, en exposant la nécessité où se trouvait le pays d'avoir un seul dief. Quatre fois il s'empara du pouvoir^ quatre fois ses frères réunis le chassèrent de sa capitale. Il ne put réussir à ramener la Pologne au pouvoir nnitaire.
Les seigneurs s'appuyaient sur k testaoïent du roi qui faisait loi^ et c'est en le défendant qu'ils repoussaient là prétention des aînés de la famille ; ils pressentaient d'instinct qne la division de ce pays entre les princes finirait par créer un pouvoir intermédiaire, une e^œ d'oligar^ chie et de sénat. La haute noblesse et le clergé favorisénwt le cadet de la famille. Le temps confirma ce changement de dynastie ; le sceptre de la Pologne passa à la branche cadette, et le prince, pour se gwântenir, fut
DE POLOGNE. 2f7
obligé d'aeconkr des privilèges à la hante noblesse, au elergé et plos tard à la petite noblesse.
Les chroniqueurs polonais expliquent les ressorts politiques qui faisaiAt mouvoir TÉtat. Sous ce rapport^ Vincent Radlubek peut être regardé comme le premier historien pragmatique de la chrétienté. Il trace le portrait du prince Ladislas, il expose ses vues, et il nous donne une idée nette de la lutte entre les princes qui cherchaient à introdaire ou le système féodal ou le pouvoir monarchique pur, et la noblesse et le clergé qui se basaient sur la tradition vivante et qai défendaient la liberté. Ce qui frappe déjà, c'est Kinfiiience de la culture occidentale. L'idée de la patrie grandit et se développe. La patrie pour les Polonais, ce n*est pas une principauté. On discute publiquement les intérêts de TËtat. An sein dn synode, qui n'est point seulement religieux mais législatif, s'élabore la diète qui dirigera la nation.
Les princes, en se détachant de la branche royale^ ne se mettent pas dans des rapports féodaux avec leur souverain ; ils ne lui paient pas d'impôts, ils ne fui obéissent pas, ils ne lui jurent pas fidélité. Quelquefois même ib entrent comme princes féodaux dans des rapports avec les souverains ùbs autres pays. Cependant rofinicm publique les regarde comme appartenant à la Pologne.
La Pologne e^ sur la pente de l'anarchie. t>iviséc et menacée de tous les côtés par les Tartares, par les Allemands et même par les Bohèmes, elle semblait destinée à périr. La chrétienté avait beaucoup à soufifrir des Tartares : elle venait de perdre contre eux la grande bataiUe de Lignitza (43^4).
Le margraviat d'Autriche, autrefois établi pour la défense de l'Empire franc contre les infidèles et les Slaves, était en train de se faire Tunique héritier de toutes les conquêtes des armes chrétiennes sMt celte même terre slave. La Pologne paraissait devoir être réunie à la Bohême. Un roi de Bohème, Wenceslas, fut appelé en opposition à Ladislas le Bref, à gouverner la Pologne (1300).
La Bohème était à Tapogée de sa gloire. Son roi, Charles IV, fut élevé à l'empire auquel il donna la BtiUe d'or. Mais la Bohème, trop tôt éveillée par les questions religieuses, épuisa sa vie dans une lutte prématurée. Combattant avec l'enthousiasme, d'un peuple jeune et presque encore barbare, ils se servirent des discussions théologiques, comme les sauvages se servent des armes de la civilisation et de l'eau-de-vie, c'est-à-dire pour leur mutuelle destruction. L'Autriche, qui représentait alors la vieille Europe, parvint peu à peu à comprimer et à étouffer cette lutte. Les Bohèmes n'avaient pas la puissance d'organisation que possédait l'empire germanique ou cette immense force qui animait la France, la France qui, par une longue pratique des institutions romaines sous la tutelle de l'Ëglise catholique,, a appris à se gouverner et à gouverner. Or les Bohèmes, ne possédant pas cette force, ne purent résister à une crise aussi violente. Leur nationalité est restée victime de leur faiblesse.
• - Le pouyoir royal en Pologne fut consacré de nouveau par l'Église, dans la personne de Ladislas I*' le Bref qui
avait réussi à rappeler à l' imité les membres d'une nation divisée (13^0).
Le peuple polonais n'a donné le nom de grand qu'à un seul de ses rois, et celui-là n'a pas été conquérant; il n'avait aucune des qualités brillantes qui font la gloire du guerrier; mais il était bon, généreux, libéral ; il répoujiait le mieux a l'idéal national. C'était Casimir, fils de Ladislas le Bref. On l'appelait le père des paysam (U régna de 1333 à 1370).
Casimir le Grand accueillit et protégea les Israélites. Ce n*est pas sans une raison providentielle que plusieurs millions d'Israélites existent depuis tant de siècles au milieu des Polonais et que leur sort se lie intimement avec celui de la nation polonaise.
L'idée générale des lois polonaises est facile à saisir : il y a quelques faits principaux d'où découle l'ensemble. Au début on accepte une royauté, qui est dans la amille nationale de Piast; mais le clergé et la noblesse peuvent choisir parmi les membres d'une nombreuse famille. La milice, c'est-à-dire la noblesse, jouit des privilèges qu'elle avait requs des rois : elle lutte, contre le pouvoir souverain pour maintenir ses privilèges* Le clergé est particulièrement appelé à fixer la position respective de la noblesse, de la royauté et du peuple. Les éléments de cette législation si claire sont pourtant mystérieux. On demande d'où vient le pouvoir royal, qui a formé la noblesse, comment se recrute cette no« blesse, d'où elle a pris ses privilèges. Ces questions, le législateur ne s'en occupe pas. Ce sont des faits acceptés par tout le monde, et qui donnent à la monarchie la vie
30 HIStOlRE POPULAIRE
et l'uBité. La lib^té se déyelop{>e à son tour par la manière dont on fixe les relations entre les classes. Or, ta marche des Polonais dans cette voie du développement est très-rapide dans le xm* siècle. Les réunions continuelles en diète, du clergé et de la noblesse, les lois multiples qu'on promulgue, en éclaircissant les rapports mutnels^ affaiblissent l'autorité suprême. La royauté antique est déjà presque détrônée.
Après la mort du roi Casimir, la noblesse élève le roi Louis de Hongrie au trône de Pologne, et impose à ses successeurs des conditions dures (1370). Cette réaction contre le pouvoir royal ne venait pas seulement de eauses locales^ elle était augmentée par l'influence étrangère, de rAUcmagne et de Tancienne Rome^ par l'en» tremise des écnvaîns latins. Le féodalisme allemand a été repoussé pour toujours, et brisé dans la branche aînée de la famille Piast. Mais les idées païennes influaient de plus en plus sur la vie réelle des Slaves. Chose étrange, la renaissance païenne, qui ne commence en Occident que dans le xvi* siècle, on en trouve des traces dans le xni% chez les Polonais î C'est que les pays de l'Occident reçurent un mouvement trop fort et trop violent du moyen âge, pour pouvoir retourner vers le pagentene. Les héros du moyen âge se sentaient trop supérieurs aux César et aux Alexandre pour vouloir seulement les imiter, et les hauts-barons ne cherchaient pas, n^avaient pas besoin de chercher, dans Tite-Iive et CicéroB,rexpIication de leurs droits et de leurs devoirs. La vie occidentale, germanique et chrétienne^ puisait dans sa propre tradition toutela vigueur de la jeunesse. Les Slaves
A'svaieDl pas, dans leur ptsséi) une histoire héroïque aussi nusiTeiUease que les Croisades. Ils çommeDcent à apprendre le latiDj non pas dans leurs chroniques nationales ni dans les livres d'église, comme on le faisait en Occident, mais dans les dassiqnes latins. Déjà Vincent et ses contemporains votent l'histoire de Pologne à travers les idées romaines. Ils retrouvent à Rome leur sénat, ordo senatorha, leur noblesse, orrfo eqnestris; il leur parait que cette noblesse ressemble beaucoup aux chevaliers de Rome; ils traduisent les titres polonais, de façon à leur conserver un cachet romain. Le premier sénateur polonais, le castellan de Gracovie, est princeps senatus. Ils se souirtendpcml, plus tard , qu'An guste était princeps senatus. Les députés, ne trouvant pas dans la latinité de mot qui ez(MÎme leurs devoirs, s-'appellent tribuns, /rtïi^m, et dans Tbistoire de Tite-Live ils ont l'exemple des Grac- ^nes, des Marius, etc. Dans la commune slave, lorsqu'il s'agissait de questions importantes, ou obligeait la minorité à voter avec la majorité : c'était une coutume antique parmi les Slaves. Déjà les politiques savants l'expliquent pai l'intercession des tribuns à Rome, qui avaient le droit d'opposer leur veto aux décisions du Sénat. On raisonne ainsi en latin sur les constitutions poIon«î8e8>et l'on établit légalement le droit des députés de rompre la Diète et de suspendre l'exercice des lois. Cet élément étranger, qui agit encore en théorie dans les xni» et xiv« siècles, entre dès le xv«, dans la vie pratique : ce qui cause ensuite de grands malheurs à la République. Le mot même de république augmentait la eoirftisioD. Le moyen âge n'avait pas d'autre mot pour
désigner l'État que celui de république, res puèlica. On appelait ainsi Tempire germanique, et même l'empire turc. Mais les Polonais, trouvant beaucoup d'analogies entre leurs institutions et celles des anciennes républiques, ont recours jusqu'aux théories d'Aristote pour modifier leurs constitutions nationales d'après les idées antiques.
On avait pris un roi en Hongrie, dans la nécessité dQ s'appuyer sur ime force extérieure quelconque.
Le mot slave YÎent^il de slùfoo (verbe , parole) ou de slawa (gloire)? C'est un point snr lequel on n'est pas d'accord. D'ailleura la gloire est fille de la parole.
- Le mot polonais {poltût] dérive, selon les uns, de pôle, plaine, selon d'autres de po lek, ce qui signifie : venant après les Lecbs.
Les armes de Pologne sont un aigle blanc auquel on joignit un cavalier lors de la réunion de la Lilhuanie. Ses couleurs nationales sont le blanc et le rouge.
MiECZYSLAS ET BoLESLAS LE Brave. — Micczyslas I«r (962-992), en épousant une chrélienne, Dombrowka, princesse de Bohême» accepta le baptême. Sa conversion entraîna celle de son peuple. Ce fut le Glovis des Polonais.
Son fils, Boleslas I*'^ eurnoramé Chrobry, c'est-à-dire le Brave, mort eu 102.*$, eut un règne long et glorieux. Entrant à Kiew en vainqueur, il donna un coup de sabre à la porte d'or (101 S). Ce sabre, surnommé tÉbrécheur, fut conservé depuis avec les autres insignes de la couronne. Boleslas fit jeter des colonnes d'airain dans le Dniepery marquant ainsi les limites de la Pologne.
Saint Stanislas. — L'évèque de Gracovie Stanislas, après avoir vainement reproché au roi Boleslas 11 le Hardi le débordement de ses mœurs, le frappa d'interdit. Le roi, irrité, le tua de sa main pendant qu'il officiait à Tautel. L'indignation que produisit
ee mearlre contraignit le roi à réaigner la conronne. Le pape Grégoire VU VaTait excommunié et avait 6té aux princes polonais le titre de roi qai ne fat rendu qa*en 1321 à Ladtslas Lokietek on I« Bref, lequel fut couronné avee sa femme à GracoTie. Les princes qui avaient régné depuis Boleslas II le Hardi jusqu'à Ladislas le Bref étaient considérés comme sans titre rojal : aussi Ladislas le Bref s*inlitala Ladislas l«> ; et son fils s'intitula Casimir 11 (le premier Casimir ayant été le prédécesseur de Boleslas II). Le premier Jagellon fut Ladislas II ; son fils Ladislas III le Varnéuien, et Casimir Jagelion fut Casimir III ; Ladislas, fils de Sigismond III Wasa, fut Ladislas lY. (Voir la liste des rois de Pologne en tête des Chroniques et annales de PoloignSy par Biaise de Yigenére. Paris, 1573.)
Le même Yigenére, dans les annotations qu'il a mises à sa version de la gderre civile entre Pompée et J. César MDCil, a cité comme une particularité assez rare et peu divulguée» extraite da secret cérémonial du Saint-Siège au temps de Jules 11^ VOrdre des Bois et des Ducs de la Chrestiente :
c L'Empereur. — Le Roy des Romains. — Le Roy de France.
— Le Roy d'Espagne. — Le Roy d'Àrragon. — Le Roy de PorugaL — Le Roy d'Angleterre. (Il débat la précédence avec les
trois derniers des susdits.) — Le Roy de Sicile. (Il la prétend devant le roy de Portugal.) — Le Roy d'Escosse. — Le Roy de Hoiw grie (en différend pour ceste occasion avec le roy d'Escosse.) — Le Roy de Navarre. — Le Roy de Chypre. — Le Roy de Bohême.
— Le Roy de Poloigne. (L'an 1567^ il essaya de remuer je ne scay quoi de la précédence avec le roy de Portugal^ mais les choses pour lors demeurèrent comme elles estaient.)
< Le duc de Bretaigne. — Le duc de Bourgoigne. — Le duc de Bavlères^ comte palatin. Le duc de Saxe. Le marquis de Brandebourg (électeurs de l'Empire) . — Le duc d'Austriche. — Le duc de Savoye. — Le duc de Milan. — Le duc de Venise. — Le duc de Bavières. Le duc de Lorraine. Le duc de Bar. Le duc d'Auxois. (Ces quatre ne prestent pas l'obédience au Saiut-Siége apostolique, parcn qu'ils sont sujets de TEmpereur.) — Le duc de Gennes. Le duc de Ferrare. >
Ladislas lb Bref zt Casimir le Grand. — Ladislas le Bref disait à ses fils à son lit de mort (1333) : « Si vous mettez quelque intérêt à votre honneur et à votre ré-
34 HISTOIKB POPULAIRE
^ntÊ^ùù, preseff garde de fien eéder aux dievaliera de l'Ordre ÎPeéloiiiqoe et an marqnia de Brandebonrg. Prenex la rësolation de ¥e«8 «BsereUr aous lea nibiea de Totre trôno platdt qne de leur abandoDiier cette portion de Totre héritage qu'ils possèdent et dont TOUS èles respons^les envers Totre peuple et envers tos enfants. Ne laisses point à tos successeurs un tel exemple de Ifleheléy qui suffirait pour ternir toutes vos vertus et la splendeur du plus beau règne. Punissez les perfides^ et, plus heureux que TatM père^ sbaaseK-les d*un royaume où la pitié leur ouvrit un asiU^ car ils se sent souillés de IMngratitude la plus noire. »
Son fils Casimir II, somommé le Grande itt prospérer la Pologne» En 1364, il fonda l'Université de Gracovie sur le modèle de celle de Paris. Grand législateur, à la diète de Viética il promulgua en luin un statut célèbre réunissant et coneiliant les lois de la grande et de la petite Pologne. Père de son peuple, les chroniqueurs nappertent que, lorsque des paysans venaient se plaindre de lin» justice de leurs matlres, il avait coutume de leur demander s'ils n'avaient ni pierres ni bâtons. Il ordonna que les biens des paysans mourant saos enfants seraient dév<^us non au seigneur, mais à leurs pKis proches parents; qu'il serait permis à tout paysan de se retirer oA boa lui semblait s'il était molesté, et que le seigneur ne pourrait donner un paysan pour caution.
U protégea les Juifis, étendit, en 1334, les privilèges qu'en 1264 leur avait accordés Boleslea le Chaste. À une époque où l'on persécntait eruellement ce peuple en tous pays, ils Jouissaient dès lors, es Pelogne, d'une véritaMe charte dont voici quelques dlsposi* tions : c Dans tout procès intenté à un juif, aucun chrétien ne sera admis à déposer, à moins qu'il n'y ait on second témpin juif. Le serment du Juif est admis en justice. Si un chrétien viole le cimetière des juiUs, tous ses biens quelconques seront dévolus à la chancellerie royale. Si un chrétien jette des pierres sur la synagogue, il paiera une amende. On ne pourra procéder an jugement contre un juif, si ce n'est dans la synagogue ; le roi et les palatins peuvent eiter les juifii devant leur tribunal. Si un juif appelle du secours, les chrétiens du voisinage qui le M refuseraient seront passibles d'une amende. L'article 31 est ainsi conçu : t Nous défendons très-expressément, conformément aux lois du pape, notre Saint-Père, d'accuser les juib établis dans nos États, de teire usage du sang humain, vu que les juifs, selon les p|réceptes
DE POLOOXB. 3(
de leur Scritiire, s'absUeiuMBi du sBpg é» tow aniouHa ; maii fà u chxétleii iooulpe «a jnif d'avoir taé va «nteat duMexii cm devra l'en eoavaincre par le téB*>igaaga de trois efarètMiit et de trois joiEe, et, smek coftTakica^ il eera puni de U {Mise cammitiée; mis si la lëinoigBage isTo^né étal^Ui sob ioftoeene^, le cfeirétieti snbîra Im même peme qa*aurait strbie le jaif s'il eM été eanTsillea dn crime, et cela en niieoB de ia tialomnie.t Cette cliarte^ ayïst élë détriûte daas ua ineeadle À Poseo, fM proma^oèe deaotiTeaa, ea 1441, par Caeimir JageUoBy et }t etteoceiier de Pelegae' la re« mit ans juifs, à Oacovie, revêtue de la stfnMore r^ryale. * Voir l'ouTrage d« J.-V. Baxtdlkie : Jm poionieum cÊnUcihuM^ veteném manuseriptis et ediiionibus q%tibusqu9 eoUaiis .Ymovlm, 18^1.)
Un écrÎTain polonais, Olfzowski^ a reaJ« à ce roi le \èwai^^à9f^ animant : « Autrefois, Caeimiir le Grand, Idrscfiie la fté^Hibiiqoè D*ét3it pas si puissante (car noos a'avioos paa^aeore la Litthumiey la Mazovie ni la Prusse), fit clore ti« maraltles cent Tilies^ forte* resaes et église*. Ayant trouvé la PeUfgoe de bois, il ki laissa da pierres. Aux iUastrea noces de sa nièce, il rrçut en aoèoie leaijpa à CraeoTÎe l'empereur, ciuq rois et pUtsieors grands sei^aenn, qu'il traita uiagnifiquemeut durant vingt joan. Quand ris ee r«t^ rërent, il les reconduisit avec un train royal jusqu'aux limilcâ du royaume, et laissa après sa mc^rt iub grand trésor. Nous s'en iréns paa chercher bien loin la raose, la Pologne étailt ses eetitfe; lit étaient son nid, sa mai^a, son ecenr et son tfésar^ » [Ctnmrt aai DûcoÊors politique touchant les prétendoftis à la efmrorme d^ Poie^' ffkt. Cologne, 1670, p. iOi«)
OaGANiSATion soaALB. — < La propriété, diaprés Tidée %\»rf^ appartient à cet essaim de Camilks qu'on a|^le coamniBe* hê commnne divise ses terres en deux 3 lea t«rr$s offkciéei à eka^ue imdipidu, puis la terre communale. La terre ^ae chaque indivîdn czplolte ne peut être veadue ni aliénée; elle a toujours one pro<^ portion fixe, selon le terrain de la proTinoe. Le (tien Terme ^e lea B(om*iiM plaçaient sur lea linûtes de leurs champs, le peuple slave le porte dana son Ame. Si un paysan opprimé par le a«gneur a'en<« bât, ancon de ses voisins ne Tondra s'emparer de sa propriété : coutume d'une grande moraWé qui aboUt tonte idée de eeoisaiK tioQ et qui empêche l'homme de profiter du malheur de son voian. La terre communale est exploitée par tous les paysans en eomnrnn poor l'utilité publique. Les devoirs des paysans enTers
la terre communale étaient très-nombreux. Il fallait d*abord aller y traTaiUer pendant eertains jours ; il fallait établir an magaaiD pour approTiaionner et suffire aux besoins des hommes qui gardaient la commune : pour nourrir ces hommes^ il fallait même donner certain imp6t en nalure. Les servitudes étaient donc nombreuses et dures; mais la commune en profitait en entier. Les nobles étaient soldats de la commune et ils entraient par là en possession de tous les droits communaux. Dans les commencements^ les paysans leur founiiseaient touVaTec plaisir, parce que le métier des nobles ou des soldats était excessivement difficile. 11 y a des exemples de bourgeois ei de paysans qui refusaient les privilèges de la noblesse pour ne pas aller combattre, parce qu'il était connu que les hommes de cette classe ne mouraient jamais dans leur Ut, et tous les hommes n'étaient pas avides d'une distinction aussi périlleuse . Les seigneurs, en cessant d*étre soldats, conservèrent les droits communaux. On a partout retranché une partie des senritodes, mais elles sont devenues plus dnres^ puisqu*au lieu de servir à la commune, elles nourrissaient et enricbissaient un individu qui n'avait plus rien de commun avec les paysans. » (Slaves , d'Adam Mickiewict. lY, p. 376-380.)
Loois Di Hongrie et les pactâ convbnta.— On a noté que, }aBqu*à Casimir le Grand, les rois de Pologne n'étaient obligés |Mr serments ni traités : entre les rois et la nation, l'amour suffisait. Mais les grands seigneurs, ayant la puissance et la volonté de participer au pouvoir, profitèrent de l'extinction de la famille des Piastes pour faire leurs conditions au prince étranger qu'ils appelèrent au trône. Louis était de la maison d'Anjou; son père, petitfils d'un frère de saiat Louis, avait été élu roi par les Hongrois, et lui-même lui avait succédé. En recevant une seconde couronne, celle de Pologne, il dut jurer des paeta conventa, espèce de charte qui ihnitait légalement son autorité, et consacrait les prérogatives de la haute noblesse. Plus tard, l'extinction de la dynastie des Jagellons ayant amené également Tavénemeat en Pologne d'un prinoe français, c'est à l'occasion de cet autre duc d'Anjou, qui devint Henri lil, que furent étendus les pacta conventa, en même temps que fut fixé le mode de l'élecUon royale.