CHAPITRE
LES TA.RTA.R£S Et la formation de rtmpire motkowite
Oomment les Normands, arrivés aa miUeu des Slayea^ y fondèrent une principauté. — Par quels moyens les Rosses brisèrent le joug des Tartares- Mongols. ^Inflnence qui en est résultée sur le caFsctère des Russes et de leur gouYeroement.
Nous allons raconter de quelle manière naquit et se forma l'empire moskowlte, puisque c'est de ce côté que le plus grand danger devait venir pour la Pologne.
Les chroniqueurs slaves sont très-avares de détails; ila se contentent de dire que les Slaves, ne pouvant plus se gouverner, appelèrent les Normands, ces hoDunei du Nord, que nous nommons aussi Varègues. Ceux-ci, aynnt conquis, au nord^ plusieurs villes slaves, jetèrent les fondements de quelques duchés. Leur marche conquérante coQunendb avec le iv^ siècle après Jésus-Christ. Dans le v*, on les voit au milieu des Slaves; dans le vi^ et le vu^, ils s'y sont assis d'une manière stable.
et sont géuéralement connus sous le nom de Russes, Peu importe ici que leur séjour primitif ait été la Suède ou la Lithuanie, toujours est-il que leur origine n'a rien de commun avec celle des Slaves. Ils étaient guerriers par leurs institutions et poussés aux conquêtes par leur religion; sous la direction suprême d'un autocrate, ils eurent bientôt soumis toute la contrée.
Leurs rapports avec les Slaves furent d'abord basés sur des traités et non sur le droit de conquête. L'état politique de ces pays, à cette époque, ressemble parfaitement à celui de TApulie et autres contrées méridionales de l'Italie au moment où elles ont été subjuguées par les Normands. Mais les chefs varègues s'emparèrent peu à peu du pouvoir absolu en s'approprianttous les droits jusqu'ici réservés aux communes. Ils devinrent maîtres. Leur histoire^ du reste, rappelle en tout l'histoire des princes normands d'Angleterre. C'est le même sang et le même caractère ; c'est la même violence, la même ambition, la même astuce; les guerres civiles succèdent aux meurtres et aux trahisons, et le plus heureux est toujours accepté par le peuple comme le véritable représentant d'une race qui semblait condamnée par Dieu à se haïr et à se dévorer (4).
Au XI* siècle, le vaste empire russe était divisé entre les nombreux enfants de laroslaw. Cette famille princière augmenta d'une manière effrayante, et, à la troisième génération, ont comptait déjà plus de soixante princes, qui tons possédaient une partie du territoire. L'empire était
(1) Paroles d'un prince de la &miUe dea Plantageneta. — A. M.
censé résider à Kiew et représenté par le grand-duc, mais l'idée unitaire ne trouvait pas d'élément sur lequel elle pût s'établir. Les princes perdirent le souvenir de la Scan^* dinavie et cette foi qu'ils avaient dans leur sang divin, comme descendants d'Odin, ne conservant de leur origine étrangère qu'une tenace et forte idée de domination. Ds avaient oublié leur langue, ils étaient devenus Slaves. Or les peuples slaves avaient sur l'hérédité une opinion particulière, qui influait constamment sur l'organisation ott plutôt sur la désorganisation de l'Etat.
Chez les Slaves, d'après une coutume très-ancienne, on accordait toujours la meilleure part au plus jeune des enfants comme ayant besoin d'une protection particulière. Les souverains slaves finirent par adopter cette coutume comme loi d'Etat ; et, de même qu'à la mort de chaque paysan slave, on donnait sa terre à celui de ses parents qui, plus que les autres, en avait besoin, ainsi après la mort d'un des princes, le grand-duc disposait le plus souvent de son héritage en faveur de celui d'entre eux qui se trouvait le moins heureusement partagé, sans avoir aucun égard au degré de parenté. De là vint un désordre épouvantable, le grand-duc continuant à distribuer les terres, et les parents ne voulant pas toujours se soumettre à ses volontés. Et toutes les fois que la branche cadette conspirait contre la branche ainée, elle était sûre de trouver appui dans les idées slaves.
Dans la Russie du Nord, sur le territoire voisin des pays normands d'où découlent les sources des grands fleuves par lesquels la race normande est descendue dans les pays slaves, les communes de Novogorod, de Polotsk,
(le P^kow maintenaient une espèce d'indé[ieudance sous le gouvernement des chefis militaires. L'organisation de ces villes ne ressemblait pas à celle des républiques d'Italie, ni à celle des villes impériales. En Italie et même en France^ elle reposait tout entière sur les anciennes institutions romaines; c'étaient des municipes avec leurs curies, leurs magistratures. Les villes impériales étaient fondées sur les corporations : ces corporations^ composées d'artisans et d'artistes, devaient leur origine au catholicisme ; leur but mystique était de construire l'Eglise, et Ton sait que les métiers qui fournissaient seulement aux besoins physiques étaient exclus des grandes corporations. Cette idée était étrangère aux Slaves, les corporations n'y avaient aucun g^me religieux. Une seule classe existait dans les villes slaves , celle des marchands, qu'on pouvait appeler bourgeois et qui jouissaient de quelques privilèges; quant aux paysans de la banlieue, simples spectateurs des troubles intérieurs, ils n'influaient en rien sur le gouvernement. En Allemagne, les villes impériales envoyaient des députés a la diète ; les villes slaves, au contraire^ n*agissaient comme corps politique que par l'entremise des ducs : d'où il suit que leurs libertés devaient être bientôt absorbées dans la puissance souveraine de ceux-ci.
Vers le midi, la ville de Kiew, la plus riche et la plus peuplée des villes slaves, et avec ses 150,000 habitants Tune des plus grandes d'Europe, restait toujours la «apitale de la Russie. C'était, pour les Russes, comme ime ville sainte, à cause des monastères au milieu desquels elle s'était élevée et des corps de martyrs qui y reposaient. Dç-
mearée sous la main immédiate des ducs, malgré ses fré* qnentes révoltes, elle n'avait pu développer aucune vie intérieure. D'ailleurs, comme capitale, elle se trouvait continuellement assaillie par tous les prétendants et troublée par les factions.
Entre Novogorod et Kiew, un peu vers le nord, habitait une race différente des Slaves, la race finnoise-ouralieone, séparée de ces derniers par le Dnieper, et coupée par la grande forêt qui existe encore sous le nom de forêt de Mourom, Cette race déchue, attaquée par les Slaves, cédait des terres, ou était'réduite en esclavage. C'est dans ces contrées éloignées, vers le fleuve du Wolga, aux environs de Klazma, que quelques princes commencèrent à établir des colonies et à organiser un régime nouveau qui n'avait rien de commun avec la constitution primitive des populations slaves. Ces colonies, composées de débris du peuple slave et du peuple finnois, qui n'avaient entre eux aucun rapport politique, étaient administrées, régies militairement par les princes ; et c'est là, dans cette région écartée, que l'idée du duché de Moskowie commença à poindre. Les ducs de Souzdal, de Wladimir, souverains de cette contrée slavo -finnoise, faisaient aux villes qui leur résistaient une guerre d'extermination ; on n'épargnait plus les prisonniers ; on rasait les villes, on enlevait les populations, on les entraînait vers le nord, et l'on poussait les Finnois pour occuper les pays slaves.
Quelle a été la pensée intime de tous ces mouvements ? Quel en est le résultat? Cette pensée, on la saisit dans les cris de détresse que jettent les poètes russes d'alors
sur 168 divisions des princes et dans les appels des chroniqueurs à la concorde et à l'unité.
SI l'on fait attention au caractère des Slaves de la Serbie, à celui des Monténégrins, par exemple, à cet esprit de désordre qui leur est inné (les Monténégrins disent eux-mêmes qu'ils sont trop pécheurs pour être gouver* nables), comme on peut croire que les anciens Slaves leur ressemblaient, on devine par quels malheurs épouvantables devait passer une telle race, destinée à devenir un jour un grand empire ; on conçoit qu'il fallait des révolutions, des guerres d'invasion et une domination étrangère pour en détruire les éléments anciens et la préparer à recevoir une vie nouvelle.
Déjà les Russes avaient eu à repousser les incursions des peuplades de TEst et du Nord, et notamment des Polovces. Survint un danger plus terrible.
Les Mongols arrivaient sous le commandement de Battou-Khan, neveu de Gengis-Rhan, s'avançant vers le pays du Midi, à la poursuite des hordes de Polovces, et voulant habilement persuader aux Russes qu'ils n'avaient affaire qu'aux peuples des steppes. Cependant les ducs de Russie, prévoyant le danger, se réunirent aux Polovces; mais ils livrèrent aux Mongols une bataille malheureuse. Les princes de la Russie centrale et finnoise, située derrière les forêts, ne prirent aucune part à cette lutte. Les Mongols, côtoyant le Dnieper, descendirent vers la mer Noire, et, selon leur haute stratégie, coupèrent par cette marche toutes les hordes des steppes, les envelo|)pèrent et les détruisirent complètement ; après quoi ils se
retirèrent vers TAsie. Mais plus tard Batton revint et marcha sur les grandes villes^ ruinant Riazan^ Kostroma, Sotudaly Wladimir, Moskou et Torjok ; il vint jusqu'à NoYogorod. Une troisième expédition, enfin, fut dirigée contre la Hongrie et la Pologne ; le royaume hongrois fut écrasé, et le roi fut obligé de chercher son salut dans une ile de l'Adriatique. Dans le même temps^ un autre roi, on souverain de FAsie, le puissant sultan de Korassan, se réfugiait également dans une ile de la mer Caspienne, poursuivi par les troupes du même souverain mongol.
Les princes russes, après avoir perdu deux grandes batailles, se soumirent aux Mougols; les princes de la Russie finnoise cherchèrent les premiers à se sauver par les traités. Ils se rendirent dans le camp desTartares ; ils prirent l'investiture des mains du khan, et commencèrent à régner en son nom. Ils trouvèrent ainsi leur point d'ap' poi ; dans leur tendance vers l'unité, ils s'attachèrent à la puissance mongole et exploitèrent cette puissance dans leur intérêt. Désormais rien ne peut plus résister à leur marche régulière : il ne s'agit plus d'en appeler, ni à l'opinion du peuple, ni aux assemblées des villes ; pour gouverner, il faut obtenir la permission du khan. La tente du khan devient le cabinet politique où se traitent toutes les affaires du nord de l'Europe, comme s'y traitaient déjà toutes les affaires de l'Asie.
Les princes russes, d'abord humbles et obéissants, entrevoient peu à peu la possibilité de briser le joug, et pendant cent ans ils méditent leur délivrance et emploient, avec beaucoup d'adresse, tous les moyens pour diviser la
puissance des hordes et pour profiter de chaque malheur qui arrive aux Mongols.
Le prince Georges (Youry), surnommé Dolgorouki, ou Longue-Main^ fut le créateur de la nouvelle Russie, ou plutôt du duché de Hoskowie; s'étaut séparé de la race slave et de son territoire, à l'aide de la race finnoise^ il commença à réagir contre le Midi et contre le Nord.
Nous voyons la lutte, d'abord entre les princes et leur dynastie^ ensuite entre la dynastie de ces princes et toutes les dynasties slaves du Midi et du Nord. La dynastie de Georges fait une guerre de destruction à ses compatriotes. Cette guerre commence par le sac de la grande ville de Kiew, v^rs le milieu du xn* siècle, et elle finit par le mas* sacre de Novogorod et la destruction complète des répùbUques du Nord.
Au XV' siècle, ce nouvel empire de Moskowie se trouvera constitué sur les ruines de tous les éléments slaves.
Après le prince Georges, son fils André, homme doué d'une énergie rare, guerrier vaillant et qui savait employer la ruse là où la force ne pouvait vaincre, fixa la politique des princes russo-finnois. «L'an il62, dit un chroniqueur (le continuateur de Nestor), le prince André.^ voulant rester maître absolu, expulse l'évèque Léo, ainsi que ses trois propres firères, puis ses deux neveux, ainsi que les principaux courtisans qui avaient servi sous son père. » Et en réalité toute l'histoire de la Moskowie d'alors est contenue dans ces lignes.
Les descendants d'André transportèrent leur capitale à Moskou, et, sous la protection des Mongols, consommèrent la politique de leurs ancêtres. Mais cette tendance
oonvelle des princes de Moskou rencontra de fortes résistances dans la religion, dans ]es coutumes, dans les constitutions des villes, et même dans quelques individualités puissantes.
Il est facile maintenant de savoir pourquoi les patriarches et les évèques luttaient contre ce mouvement, que
nous appellerons déjà moskowite,etqui part du pays forestier, de Wladimîr. L'Eglise orientale était subjuguée par les princes normands; cependant on respectait la vie et les personnes du clergé. Or, les princes de Wladimir, lorsqu'ils rencontraient une résistance quelconque de la part des évèques, les accusaient d'hérésie et les chassaient de leur territoire. Un évèque, qui s'opposait aux envahissements du prince André, fut déposé et chassé comme hérétique. On l'avait convaincu d'avoir mangé de la viande aux vigiles de Noël et de Pâques.
Jusqu'alors on donnait des apanages aux cadets de la famille; les princes dépossédés cherchaient à se réconcilier avec le grand -duc et obtenaient de lui de nouvelles terres ou quelques pensions. Maintenant, les ducs du pays forestier changent de système: ils chassent leiu* famille, ils la repoussent de Russie^ et l'on ne parle plus d'apanage. La coutume des pays slaves voulait que toutes les fois qu'on consultait les guerriers, après la mort du prince, sur le choix de son successeur, on commençât par demander Topiuion des communes, pour lesquelles on avait un certain respect, à cause de leur ancienneté. Ainsi, sur le territoire même des ducs de Moskovie, certains petits villages jouissaient de ce privilège d'ancienneté. Les Slaves n'attachaient pas d'importance légale à
une opinion partie deWladimir, de Souzdal^ de Kos* troma, et plus tard deMoskou, villes dont les noms mêmes sont étrangers au slave. Mais cette résistance fut vaincue par l'habileté des princes régnants et par la force. Quelques descendants de la famille de Rurik se mirent A la tète du mouvement national pour défendre la pensée des pays slaves. Le plus brillant, le plus célèbre de ces princes de l'antique Russie normande, est un certain Mstislaw Mstislawicz, surnommé le Brave, dont la carrière commence une quinzaine d'années avant l'invasion des Tartares et finit à la bataille de la Ralka. Ce prince, vrai chevalier errant, possédait quelques terres dans le nord de la Russie, aux environs de Polotsk et de Ëmolensk, dans cette contrée où les anciennes coutumes se sont conservées le plus longtemps. Il sut inspirer la con* fiance aux guerriers, et, suivi d'une troupe de cavaliers, il parcourait toute la Russie, défendant les villes contre les usurpations des princes. 11 combattait et humiliait le pouvoir des princes du pays forestier. Il punissait aussi les villes rebelles : nous le voyons à Novogorod occupé à organiser le pays; un mois plus tard, on le retrouve aux environs de Wladimir. Appelé en Galicie, et chargé de la tutelle du jeune prince de ce pays, il y dirigea pendant quelque temps le gouvernement. Enfin, sur le bruit de l'arrivée des Tartares, il courut vers le Don, où il finit sa carrière. Cependant l'histoire l'accuse d'avoir compromis les intérêts de la Russie par son orgueil ; il négligea, à ce qu'il parait, d'attendre plusieurs princes, et livra le combat de la Kalka avec des force% iusufiOsantes, et fut, dit* on, cause de cette épouvantable déroute (3i mai i223).
Pourtant il est plus probable qae les princes de Moskowie, comprenant tout d'abord les avantages qu'ils pourraient tirer des Mongols, n'avaient aucune envie de prendre part à la guerre des Slaves contre Tinvasion de Battou. Avec Mstîslaw finit la Russie normande.
L'esprit normand une fois étouffé, nous voyons s'élever un empire nouveau, où les Slaves, jadis dominateurs des Finnois^ et plus tard compagnons et sujets des Normands, sont subjugués en même temps que les Normands, non par une race nouvelle, mais par un esprit nouveau, par une principauté qui représente l'esprit finnois et l'esprit slave confondus ensemble.
On ne doit pas, comme le font quelquefois les historiens, accuser les ducs de Moskou de tous les malheurs qui arrivent à cette époque. Leur politique, toute d'égolsme et d'envahissement, ne venait pas de leur seule volonté. L'esprit finnois, après la désorganisation de cette race, subsistait toujours. Or, souvent un peuple cessant d'exister politiquement s'infiltre dans celui qui le remplace et donne naissance à une société nouvelle. Ainsi l'esprit du peuple breton influa puissamment sur les Saxons, et plus tard sur les Normands. De même, dans ces pays du Nord, qui devinrent le siège de l'empire nouveau, le Finnois- Ouralien (i), par ses rapports continuels avec les Slaves, agit puissamment contre eux; et si l'on considère le ca-
(!) Non» comprenons sous ce nom : les Mordwan», les TchérévÔMe», les Tchuwaches, les Tungous.Xes Finnois do la Scandina- ▼ie, quoique appartenant à la même race, en diflôrenl par le caractère. — A. M.
ractère de oe peuple, on comprendra facilement ce que peut devenir un empire où il entre comme élément. L'Ouralien sombre et malheureux, né pour l'obéissance ou la destruction, rencontra dans le Slave un être supérieur, qn*il dégrada par son contact. L'Onralien, pris indivî-* duellement, est toigours esclave; employé comme instrument par une force supérieure^ il devient despote et destructeur.
C'est une grande perte pour Thistoire que celle des chansoQB des Finnois du Nord ; les seuls de leur race, ils cultivent la poésie. Le Mongol^ c'est-à-dire le Finnois cavalier, n'en connaissait pas. Quelques restes des chansons de ces Finnois du Nord, conservées par la tradition populaire, nous donnent une idée de ce que devait être ce peuple à une époque reculée. Je parîe des quelques chansons de la Grande-Russie qui portent un caractère évidemment finnois. Dans l'une d'elles, il est question d'une amante trahie et délaissée qui propose une espèce d'énigme à ses amies. Elle leur dit : — a Je suis trahie dans mon amour, je suis abandonnée, et cependant j'ai trouvé le secret de me reposer sur mon amour. Je me revêts de mon amour, je m'orne de mon amour, et je m'éclaire de mon amour. »
Pour comprendre cette énigme^ il faut savoir l'usage que font du renne les Finnois de Textrème Nord. Ces peu* pies mangent la chair de ces animaux; ils font de leur peau des habits et en emploient la graisse pour leur éclairage. La femme finnoise avait égorgé son amant, et traité son corps comme les Lapons traitent celui des rennes. Elle avait préparé sa lampe avec l'huile qu'elle
avait tirée da cadavre de son amant ! C'est le sens de cette espèce d'énigme de cannibale.
Si Ton compare cette poésie afiBreuse, qni sent rAméii* que et le pays des Caraïbes, avec les chansons si tendres et si gracieuses des Serbes^ on verra toute la diflférence qu'il y a entre la race onralienne et les Slaves. C'est cette race qui agissait et avait la prépondérance dans le nouveau duché établi sur son territoire.
Les ducs de Russie, Geoi^es et André, n'ont fait qu'é* voquer Tesprit enchaîné des nations ouraliennes et s'en sont servis contre les Slaves.
Cette politique fut suivie par leurs successeurs déjà soumis aux Mongols. La ville de Moskou devînt capitale; Iwan ou Jéan^ surnommé RaKta, c'est-à-dire la Besace^ et ses descendants prennent le titre de ducs de Moskou. Ces princes passent leur vie dans le camp des Mongols ; ils y étudient les secrets politiques de la horde. Le fils d'iwan, homme habile et rusé, se fait intermédiaire entre les Mongols et les Slaves ; il se charge de prélever le tribut de tous les pays russes et de le porter aux Mongols. Il se constitue ainsi le percepteur général de toute la Russie. Le premier pas est fait vers la puissance unitaire et despotique. Ses successeurs marchent dans la même voie ; ils s'attribuent bientôt le droit de surveiller les princes leurs parents ; ils punissent ceux qui conspirent contre le khan, lui dénoncent les suspects : ils se font les grands justiciers de la horde. Enfin ils finissent par se substituer au khan.
Après trois cents ans de cette lutte tantôt, ouverte, tantôt sourde, le souverain de Moskou, îwan III, prend
50 HÏSTQIRE POPULAIRE
le titre de roi, de tzar y qu'il emprunte aux Tartares (c'est ainsi que les Slaves appelaient le khan tartare). Une nouvelle époque commence.
Voici les dates les plus importantes de l'histoire que nous venons d'esquisser : en 1150, nous voyons Georges, surnommé I/mgue'Main^ former sa principauté et se séparer des pays slaves. Cent ans plus tard, pour prendre des nombres ronds, vers 1250, les Tartares occupent toute la Russie : c'est l'époque des travaux de la dynastie de Georges, doublement occupée à tromper les Tartares et à subjuguer les Russes. En 1350^ la dynastie est établie à Moskou et essaie déjà ses forces contre les Tartares : quelquee années après, le prince Dimitri remporta sur eux une victoire ; il ne chercha pourtant pas à pouN suivre ses avantages ; de nouveau il se soumit et paya le tribut, attendant une circonstance plus favorable. Enfin, un siècle encore plus tard, vers 1450, les princes de Moskou prennent le titre de roi, et l'empire moskowite est constitué. Après cet immense changement, nous ver* rons le centre de la Russie se développant, d'un côté, vers rOurai^ et réagissant contre les Mongols, cherchant à les diviser et à les détruire, les forçant à s'enfuir vers leurs steppes asiatiques, et les poursuivant avec toute l'ardeur d'une haine longtemps comprimée; d'un autre côté, écrasant avec une haine encore plus grande la Russie du midi de Kiew, enfin s'achamant contre les républiques de Novogorod, de Pskow, pour former de ces conquêtes uu empire nouveau.