‹ Histoire populaire de saint François d'AssiseChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Charité de Françoins. — Son humilité. — Sa bonté. — Son amour pour toutes les créatures. — Son empire sur la nature.

Chargé de mérites et de gloire, épuisé de pénitences et de travaux, languissant d'amour sur cette terre d'exil, François touchait au moment où sa vie, si pleine de merveilles, allait se couronner par une merveille plus grande que toutes les autres. Avant de gravir avec lui ce mont Alverne où l'attendaient des souffrances et des grâces inouïes, avant de raconter ce qu'on peut appeler en toute vérité sa passion, son crucifiement et sa mort, arrêtons-nous quelques moments à contempler dans ses traits divins cette physionomie vraiment céleste, où la pauvreté, l'humilité, la pénitence, la douceur et l'austérité, la tendresse et la mortification, l'amour de Dieu, des hommes et de toutes les choses créées, s'unissent et se fondent en un tout vraiment angélique et qui n'a point son égale sur la terre.

J'ai déjà dit ce qu'était son amour pour la pauvreté, fondement de tout son édifice spiri-

tuel, sa compagne et son épouse mystique. Il poussait cette vertu jusqu'à pleurer quand il rencontrait un mendiant plus misérablement vêtu que lui, jusqu'à se dépouiller de son unique manteau pour en revêtir les pauvres, jusqu'à donner en aumône, faute d'autres ressources, le Missel usé qui servait à la communauté naissante pour chanter les offices.

Il entendit un jour un frère qui disait à un autre: " Je viens de la cellule de François... ■" Il l'appella aussitôt, et lui dit: "Pourquoi dis-tu la mienne? Dorénavant elle sera à un autre et non plus à moi ; " et il ajouta : " Notre-Seigneur, étant au désert, où il pria et passa quarante jours et quarante nuits, n'édifia ni cellule ni maison, et se tint sur le rocher de la montagne. "

Une autre fois, se rendant à Pérouse, il rencontre un mendiant dont l'aspect trahissait une violente fureur, et lui dit : " Frère, pourquoi es-tu rempli de colère ? " Cet homme s'emporta en imprécations contre son seigneur, qu'il accusait de lui avoir volé tout son bien. Le bienheureux, le voyant persister en cette haine mortelle, eut grande compassion de son âme, et lui dit avec douceur : " Frères, pbur l'amcmr de Dieu, pardonne à

ion seigneur, pour que ton âme soit sauvé : autrement tu perdras, outre le bien qu'il t'a pris, ta pauvre âme qui vaut bien davantage.— Non, reprit l'autre, jfe ne puis du tout lui pardonner, s'il ne me rend ce qu'il m'a dérobé. " Alors François avec un accent angélique : " Tiens, je te donne ce manteau, c'est tout ce que j'ai, et je te prie de pardonner à ton seigneur, pour l'amour de Dieu. " Et se dépouillant de son manteau il le lui donna. Le mendiant le reçut d'un visage adouci, fondit soudain en larmes, et, vaincu par l'amour, il abjura sa haine.

L'esprit de pénitence et de mortification égalait en François l'esprit de pauvreté. Il pleurait tant durant ses longues oraisons, que ses yeux semblaient presque éteints, et qu'il finit par devenir complètement aveugle. Un médecin, prévoyant ce résultat de ses larmes continuelles, lui avait conseillé de les modérer s'il ne voulait perdre la vue. uMon frère le médecin, lui répondit-il, n ous ne devons pas renoncer aux choses célestes par amour pour une lumière matérielle qui nous est commune avec les mouches : car l'esprit n'a pas reçu à cause de la chair, mais la chair à cause de l'esprit, le bienfait de la lumière» "

Il était si mortifié dans le boire et le manger qu'il saupoudrait souvent de cendre son écuelle, alléguant à ses frères, pour excuse de cette pénitence, ^que sœur cendre était chaste. Un jour qu'il était à table, songeant que la Vierge Marie avait parfois été si dénuée qu'elle n'avait rien à donner à l'enfant Jésus, il se mit à pleurer, se retira de table, et mangea son pain à terre : d'autres fois il cessait tout à coup de manger, et demeurait immobile, plongé dans la contemplation des choses célestes.

De son humilité je ne citerai qu'un trait touchant et charmant, après tous ceux que j'ai précédemment racontés. Dans un de ses longs voyages, il avait pris pour compagnon frère Léonard d'Assise, né de parents illustres. Le bienheureux, accablé de fatigue, monta un peu sur un âne. Le frère qui le suivait, bien fatigué aussi, ressentit aussitôt en son cœur quelque chose de l'homme et se prit à dire en lui-même: " Ses parents et les miens tenaient un rang bien différent.

Cependant, aujourd'hui, c'est lui qui se fait porter, et moi je le suis à pied. " A peine cette pensée lui fut-elle venue, que le saint descendit de son âne et lui dit : UI1 ne me convient

pas, mon frère, de voyager ainsi et de te laisser aller pied ; car tu as été dans le siècle plus noble et plus puissant que moi. " Le frère, étonné et cpnfus de sevoir ainsi découvert, se jeta baigné de larmes aux pieds de François, lui confessa la pensée tout hmuaine qu'il avait eue et lui en demanda pardon.

L'austérité de saint François et sa profonde pénitence n'exclutaient pas dans son cœur la joie spirituelle ; il la prêchait sans cesse à ses desciples. Voyant un d'entre eux dont le visage était sombre et affligé, il le reprit doucement et lui dit: "Pourquoi es-tu triste ? Lorsque tu converses seul avec Dieu, contriste toi de tes péchés, et prie-le avec larmes de te faire miséricorde ; puis rends à ton Srae la joie du salut, dont elle est privée par tes iniquités. Mais devant des frères, que ta figure soit joyeuse ; car il n'est pas séant au serviteur de Dieu de montrer un visage mélancolique. "

Sa bonté pour ses frères était admirable, et sa tendre indulgence pour eux n'avait d'égale que sa dureté pour lui-même. Une nuit, un jeune religieux, épuisé de jeûnes, se mit à gémir et dit: "Je meurs de faim." Aussitôt le bienheureux se lève, fait dresser la table ;

et, pour que le pauvre frère ne fût pas humilié de manger seul, il se mit à table avec lui et y fit mettre tous les religieux. Quand ils eurent tous mangé, il leur dit : " Mes frères, je vous dis en vérité que chacun doit tenir compte de ses forces. Les besoins sont divers ; que chacun donne au corps selon sa nécessité, afin que le corps rende loyal service à l'esprit. Gardons-nous à la fois de manger trop, pour ne pas nuire au corps et à l'âme, et de jeûner outre mesure, parce que le Seigneur demande miséricorde, et non sacrifice. Mes frères bien-aimés, c'est par charité pour notre frère que nous avons mangé avec lui, et non par caprice ni nécessité. "

Une autre fois, le doux et bon Père, sachant qu'un de ses frères malade avait un grand désir de manger des raisins, mais qu'il n'osait en demander, le mena dans une vigne voisine, puis il s'assit sur la terre avec lui, et se mit à manger des raisains le premier, pour que le frère n'eût pas de honte de suivre son envie. Touchante et admirable condescendance qui rappelle la bonté divine du Sauveur, s'asseyant à la table des pharisiens et des publicains, conversant avec les pécheurs, et s'ab&isfcunt avefc amour vers tout ce tjui

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souffrait, était petit et humilié en ce monde !

Un dernier trait, plus touchant encore, achèvera de peindre cette charité tout angélique de saint François. Un de ses fils spirituels, le frère Riger, qui mérita le titre de Bienheureux, fut pendant quelque temps, en proie à des tentations si violentes qu'il semblait prêt à tomber dans le désespoir. Un jour, à bout de forces, il se dit en lui-même : 11 Je me lèverai et j'irai trouver mon Père. S'il me reçoit avec douceur et bonté, j'aurai l'espérance que Dieu me sera propice; s'il agit autrement, je comprendrai qu'il m'a abandonné sans retour. " Il partit aussitôt pour Assise, où saint François était alors dans le palais de l'évêque, malade de sa dernière maladie. Le saint connaissant par une révélation du Ciel l'état d'esprit du pauvre frère et la cause de son voyage, envoya à sa rencontre les frères Masseo et Léon. " Allez, leur dit-il, au-devant du frère Riger, qui vient ici pour me voir ; embrassez-le de ma part, saluez-le avec de douces paroles, et dites-lui que je l'aime du plus profond de mon cœur entre tous les frères qui sont répandus dans le monde. "

Léon et Masseo, vrais fils d'obéissance,

s'acquittèrent de cette commission, et le frère Eiger, affermi aussitôt dans la foi, se sentit pénétré d'une joie ineffable. Quand il approcha du lieu où son Père gisait infirme et languissant, le Bienheureux, emporté par l'ardeur de sa charité, se leva, courut à sa rencontre, posa ses bras autour de son cou, et lui dit avec une paternelle tendresse : " Mon fils bien- aimé, je t'aime intimement du fond de mon cœur entre tous les frères qui sont dans le monde. " Puis, traçant sur son front le signe de la croix et collant ses lèvres à cet endroit, il ajouta : " Mon cher fils, cette tentation t'a été donnée pour ton plus grand profit ; mais, puisqu'elle te semble trop dure, tu n'auras désormais ni tentation ni affliction. "

Et, depuis ce moment, le frère Eiger retrouva, en effet, la paix et la joie spirituelles pour ne plus les perdre. Telle était la bonté vraiment céleste de saint François»

Cet amour intarissable et tendre qui remplissait l'âme du Bienheureux, et qui découlait directement de Jésus-Christ, s'épanchait sur tous les hommes et, par delà les hommes, sur toutes les créatures. Remontant, dit saint Bonaventure, jusqu'à la première origine des

choses, il considérait toutes les créatures comme sorties du sein paternel de Dieu, et reconnaissant qu'elles avaient le même principe que lui, il les appelait avec "une ravissante tendresse ses frères et ses sœurs. Il les aimait, les caressait, leur parlait : par un divin privilège, elles semblaient entendre sa voix, et lui obéissaient comme des êtres intelligents et raisonnables. Sa sainteté et sa parfaite union à Jésus-Christ, souverain Maître et Seigneur de toutes choses, lui avaient rendu sur la création l'empire primitivement accordé à Adam, et que le péché originel lui avait fait perdre. Il commandait au fer rougi qu'on promenait sur son front pour ranimer sa vue, de ne pas lui faire mai, et le fer et le feu faisaient leur office sans lui causer aucune souffrance. Il parlait également avec autorité aux créatures animées, et nulle ne résistait au doux commandement de son amour. Les bêtes sauvages lui obéissaient comme les pécheurs, et, de même qu'il réconciliait entre eux les ennemis acharnés, il réconciliait le loup de Grubbio avec le peuple, dont il avait été la terreur.

vParmi les créatures, il aimait de prédilection celles qui, par la douceur, leur innocen-

ce et leurs qualités naturelles, lui rappelaient davantage la bonté et l'humilité du Sauveur. Les oiseaux, qui ont des ailes, comme on représente les anges, et des voix harmonieuses pour chanter les louanges de Dieu, attiraient particulièrement son amour. Voyant un jour des alouettes, à la robe grise et cendrée comme la sienne, s'élever en l'air en chantant, dès qu'elles avaient pris quelques petits grains sur la terre, il s'attendrit, et dit aux frères qui l'entouraient: " Voyez mes frères, ces douces créatures ! Elles nous apprennent à rendre grâces au Père commun qui nous donne la nourriture, à ne manger que pour sa gloire, à méjpriser la terre, et à nous élever au ciel, où doit être notre conversation. "

Un autre jour il rencontra sur la route de Sienne un jeune homme portant des tourterelles vivantes, qu'il avait prises et qu'il allait vendre : " Mon cher fils, lui dit-il, je t'en prie, donne-moi ces oiseaux innocents, qui sont comparés, dans la sainte Ecriture, aux âmes chastes, humble et fidèles, et ne les livre pas à des mains cruelles qui les mettraient à mort. " Le jeune homme les lui ayant données avec joie, le Bienheureux les

réchauffa dans son sein, les caressa, et leur dit : " Tourterelles innocentes et chastes, pourquoi vous êtes-vous laissé prendre ? Mais je veux vous arracher à la mort et vous faire des nids, où vous puissiez vous multiplier, selon l'ordre qui vous en est donné par votre Créateur ! " Aussitôt, de ses mains il leur disposa des nids aux environs du monastère. Les tourterelles s'y fixèrent, y firent des œufs élevèrent leurs petits, et toutes se jouaient avec le saint et les autres frères, confiantes et apprivoisées comme des oiseaux domestiques. Pour le jeune homme qui les avait cédées, le saint lui dit : " Mon fils, tu seras un des frères de notre Ordre, et tu te dévoueras généreusement au service de Jésus-Christ. " La prédiction se réalisa, *et le jeune homme, revêtu de l'habit des Frères-Mineurs, vécut dans la joie, et mourut dans la paix du Seigneur.

Dans les courses apostoliques qui suivirent son voyage en Orient, François, traversant les lagunes de Venise, vit une multitude d'oiseaux qui voltigeaient en chantant. " Nos frères les oiseaux louent Dieu, dit-il au frère qui l'accompagnait ; allons au milieu d'eux réciter l'office divin." Ils le firent en effet;

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mais le gazouillement des oiseaux était si bruyant qu'ils ne pouvaient s'entendre. Le saint se retournant alors vers ses chères créatures leur dit avec douceur: "Mes frères les oiseaux, cessez de chanter, jusqu'à ce que nous ayons payé à Dieu notre dette de prières. " Les oiseaux se turent aussitôt, et ne reprirent leurs chants que lorsqu'il leur en eut donné la permission. En mémoire de ce prodige, François bâtit en ce lieu une pauvre petite chapelle qui devint plus tard un vaste monastère.

Prêchant un autre jour dans le village d'Alviano, et ne pouvant se faire entendre à cause du bruit des hirondelles qui avaient leurs nids près de là, il leur dit : " Hirondelles, mes sœurs, vous avez assez parlé ; il est temps que je parle à mon tour. Ecoutez la parole de Dieu et gardez le silence pendant que je prêcherai. " Elles ne dirent plus un seul petit mot, et restèrent immobiles, sans seulement remuer leurs ailes.

Saint Bonaventure, auquel j'emprunte ce trait charmant, comme la plupart de ceux qui précèdent et qui vont suivre, ajoute qu'un bon étudiant de Paris, troublé dans son travail par le gazouillement d'une hirondelle,

dit à ses condisciples : " En voici une de celles qui troublaient le bienheureux François dans son sermon, et qu'il fît taire. " Et se tournant vers l'hirondelle, il lui dit: u Au nom du serviteur de Dieu, François, je t'ordonne de venir à moi et de te taire " Elle se fait, et vint à lui ; mais l'écolier fut si surpris qu'il demeura immobile, et ne la retint pas : l'hirondelle s'envola et ne le troubla plus. Ces faits merveilleux et touchants ont, ce me semble, un charme indicible, racontés par un saint, contemporain et témoin de ce qu'il raconte.

François, lors de son premier voyage au mont Alverne que j'ai précédemment rappelé, fut accueilli, au sommet de la montagne, par une multitude d'oiseaux de tout plumage qui se posèrent sur sa tête, sur ses épaules, sur ses mains et jusque sur sa poitrine, lui témoignèrent leur allégresse par des battements d'ailes et des cris joyeux: uTu vois, mon frère, dit-il à Léon, que c'est la volonté de Dieu que nous demeurions en ce lieu, puisque nos frères les oiseaux sont si joyeux de notre présence.'* Sur cette môme montagne, qui devait être témoin de plus grands prodiges, un faucon, dont l'aire était proche, prit le saint en

grande amitié. Par son cri, il lui annonçait, comme une vivante horloge, l'heure de la prière : quand le serviteur du Christ était plus accablé que de coutume par ses infirmités, l'oiseau ménageait sa faiblesse, et retardait l'heure de son réveil matinal ; en même temps, dit saint Bonaventure, il modérait l'éclat de sa voix, semblable à la cloche adoucie du monastère. Telles étaient les divines délicatesses de soin et d'amour dont le Seigneur entourait François, son pauvre serviteur.

Après les oiseaux, notre saint chérissait d'une particulière affection les brebis et les agneaux, qui lui rappelaient le bon Sauveur. Quand il passait près des pâturages, il saluait les troupeaux, qui accouraient à lui et lui répondaient par des bêlements et des caresses. Un jour, apercevant dans un pré une pauvre brebis qui paissait seule au milieu d'un troupeau de boucs, il soupira de compassion et dit à ses frères : " Ainsi notre doux Sauveur Jésus était au milieu des Juifs et des pharisiens." Ils résolurent d'acheter la brebis ; mais ils n'avaient pas d'argent, et ne possédaient rien que leurs manteaux. Un marchand qui passait s'émut de leur peine,

paya la brebis et la leur donna. François emmena l'innocente bête, qui lui léchait les mains et le suivait avec amour; quelques jours après, ne pouvant la conduire partout avec lui, il la laissa dans un couvent de pau* vres religieuses qui la gardèrent comme une relique, et, de sa laine, tissèrent une robe pour le Bienheureux.

Le bon saint ne pouvait voir sans une vive douleur amener les agneaux à la boucherie : il pleurait à cette vue, et donnait ses vêtements pour les racheter de la mort. Sa tendre compasion s'étendait aux plus petits animaux et jusqu'aux créatures inanimées. " Pendant l'hiver, dit Thomas de Celano, son premier historien et l'un de ses fils les plus chers, il faisair porter aux abeilles du miel et du vin pour les nourrir et les réchauffer. 0 piété simple ! ô pieuse simplicité ! Parce que le Christ a dit de lui-même par la bouche du Prophète : " Je suis un ver, et non pas un homme, " il portait une tendre pitié aux vers de terre et les posait doucement hors du chemin, de peur qu'ils ne fussent écrasés par les passants. Il recommandait aux frères qui allaient couper le bois dans la montagne de

laisser de forts rejetons, en mémoire de Jésus- 9H

Christ, qui a voulu mourir pour notre salut sur le bois de la croix. C'est ainsi qu'il rapportait tout à Dieu, qu'il aimait tout en Dieu, et qu'il prêtait une voix à toutes les créatures pour rendre hommage et amour à Celui qui a tout fait, de qui tout vient, et à qui tout doit revenir.

Le prophète Daniel raconte que Azarias et ses frères, au milieu de l'ardente fournaise, se promenaient comme sous la brise rafraîchissante du matin, et invitaient toutes les créatures à glorifier Dieu, par ce sublime cantique:

Etoiles du Ciel, bénissez le Seigneur !

Pluie et rosée, bénissez le Seigneur !

Vents et tempêtes, bénissez le Seigneur !

Feux des étés, bénissez le Seigneur !

Froids des hivers, bénissez le Seigneur !

Montagnes et collines, bénissez le Seigneur !

Herbes et plantes qui germez dans la terre, bénissez le Seigneur !

Sources et fontaines, bénissez le Seigneur !

Poissons qui respirez sous les eaux, bénissez le Seigneur !

Oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur !

Animaux domestiques et sauvages, bénissez le Seigneur !

Œuvres de Dieu, bénissez le Créateur, louez-le, exaltez-le dans tous les siècles ! Amen.

Héritier de l'esprit des Prophètes, unissant en son âme séraphique l'enthousiasme, la poésie et l'amour de l'ancien et du nouveau Testament, saint François a laissé, lui aussi, son chant d'action de grâces et de gloire, ce qu'il appelait le cantique du soleil, qui se pourrait plus justement appeler le cantique de la création. Il le redisait souvent, il se le fit redire encore à l'heure de sa mort, et ses disciples allaient le chantant comme lui avec un indicible amour. Le voici, tel qu'il a été conservé et transmis à l'ordre des Frères-Mineurs et à l'Eglise entière dans le récit de ses trois bienheureux compagnons, les frères Léon, Ange et Euffin, témoins de sa vie et de sa mort.

Le chapitre où ils le transcrivirent est intitulé : " Louange des créatures, laquelle proféra le bienheureux François peu avant son trépas. "

" Très-haut, tout-puissant et très-bon Seigneur, à vous est la louange, la gloire, l'hori

neur et toute bénédiction : vous seul en êtes digne, et nul homme n'est capable de vous célébrer.

" Loué soit mon Seigneur avec toutes ses créatures, spécialement mon frère le soleil, lequel nous donne le jour et nous illumine comme son image, beau et rayonnant de vive splendeur. Il rend témoignage de vous, ô Seigneur !

" Loué soit mon Seigneur pour notre sœur la lune et pour les étoiles, qu'il a formées au ciel claires, précieuses et brillantes.

" Loué soit mon Seigneur pour notre frère le vent, et pour l'air, la nue et la sérénité de toute saison, par lesquels, ô Dieu, vous entretenez toutes vos créatures.

" Loué soit mon Seigneur pour notre sœur l'eau, très-utile et humble, pieuse et chaste.

" Loué soit mon Seigneur pour notre frère le feu, par lequel vous illuminez la nuit, beau, gracieux, très-fort et puissant.

" Loué soit mon Seigneur pour notre mère la terre, aimable à nous suppporter et sustententer, produisant fruits divers, herbes et fleurs de joyeuses couleurs. "

Saint François, ayant appris que l'union était brisée entre l'évêque d'Assise et les

magistrats de la ville, ajouta à son cantique le verset suivant, qu'il fit chanter devant eux par ses frères, et qui rétablit aussitôt la concorde

" Loué soit mon Seigneur pour les hommes faciles à pardonner en son amour, et à supporter les infirmités et tribulations. Bienheureux qui les supportera en douce paix ; il sera couronné par vous, ô Très-Haut. "

Enfin, quand il fut assuré par révélation du moment prochain de sa mort, il termina son hymne de gloire et d'amour par ce dernier verset :

11 Loué soit mon Seigneur pour notre sœur la mort corporelle, que nul homme vivant ne peut éviter. Malheur à qui trépasse en péché mortel. Bienheureux qui se conforme aux très-saintes volonté de Dieu, parce que la seconde mort ne l'atteindra pas.

11 Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâces, et le servez en grande humilité. "

Ainsi, après avoir glorifié Dieu et l'avoir aimé en toutes ses créatures, saint François l'aimait et le glorifiait dans la souffrance et dans la mort. Cet amour de la souffrance et de la mort qu'il célébrait avec de si célestes

accents, n'était pas seulement sur ses lèvres, mais au plus profond de son cœur ; la fin de son histoire va nous montrer comment il le mit en pratique dans les gloires et les douleurs de l'Alverne, et jusqu'à son dernier soupir.

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