INFLUENCE DES HOMMES POLITIQUES
L'Aabitant de cette époque, et pareillement au cours des trente années suivantes, ne comprenait rien au gouvernement, si ce n’est qu'il le concevait comme un apanage de l'aristocratie dont les seigneurs étaient des membres ainsi que les prêtres—les uns contrôlant la terre et les taxes, les autres ayant la direction de la morale et des âmes. Par la suite il s'aperçut de l'existence d’une autre classe, celle des politiciens, ou plutôt les démagogues, qui lui firent croire que le parlement impérial avait accordé aux Canadiens-français une chambre d’assemblée pour qu'ils se gouvernassent eux-mêmes, mais que les
Anglais d'ici ne voulaient pas de cet arrangement. On décrivait avec 228 :
de fortes expressions la tyrannie du conseil exécutif qui inspirait le gouverneur général, et le conseil législatif qui mettait des obstacles aux mesures progressives de l'assemblée.
Naturellement, ce campagnard ne voyait pas les choses avec clarté. 11 commença par s'imaginer que c'était une question d’anglais et de français et que la chambre constituait une arme fournie par la Providence pour châtier les autocrates que le roi d'Angleterre leur avait envoyés. L’habitant ne pouvait guère être blâmé pour ceiz Il n'était pas aussi avancé en fait d'instruction généralement qu'il l'était dans la conception des responsabilities d’une gouvernement. L'électeur de 1800 ou 1820, dans le Bas-Canada, s’entendait aux principes du self-government comme son père ou ses ancêtres du temps de Bigot. Il n'avait pas même la compréhension rudimentaire de l'administration municipale et encore moins l'entente des pratiques assez compliquées du régime parlementaire. Il se trouvait soudainement dans un milieu dont la connaissance avait nécessité, en Angleterre, des siècles de travail, de luttes, d'évolutions lentes, et mêmes de guerres civiles; il n’est donc pas étonnant qu'il ait si peu compris les rouages de cette maçhine. Ne soyons pas davantage surpris qu'il ait prêté l'oreille aux propos des agitateurs ou que les sentiments de race l'aient poussé à se servir de son vote dans le but d'obtenir plus qu'il n'avait et, en même temps, donner libre cours à ses antipathies contre un pouvoir étranger, celui-ci d’ailleurs ayant par maladresse, quoiqu’ avec les meilleures intentions, pris une attitude qui le rendait suspect.