ANTAGONISME DE RACES ET DE CLASSES
Les Anglais de Québec et de Montréal for:naient la classe dirigeante du pays et tenaient dans leurs mains presque tout le commerce. Les Canadiens-français étaient essentiellement agricultures vivant à la campagne, et par Id même il était facile de leur persuader que les gens des villes étaient leurs ennemis naturels. Ainsi donc, en
dedans du cercle des préjugés de races, il y en avait un autre s’ajustant
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230 UNE EÊRE D'AGITATION
sur la vieille hostilité des castes. (Ces deux impressions trouvaient à s'épancher devant la chambre législative et dans une certaine presse hargneuse, Les appels, les dénonciations et les explications politiques qui s'ensuivaient étant en langues différentes n'atteignaient pas le côté adverse, et donnaient en conséquence plus d'intensité aux animosités de race—-surtout de la part des masses françaises.
Les seigneurs n'étaient plus aussi nombreux qu'avant la conquête, mais ils formaient encore une caste puissante parmi le peuple, et étaient enclins à prêter leur influence aux conseils de la modération. Les gouverneurs, tant avant qu'après la période du régime militaire, firent de leur mieux pour se concilier les notables français ; et la seule chose qui semble avoir empêché ces derniers de prendre une part considérable au gouvernement, est le manque d'énergie, de caractère et de talent politique. Plus d’une dépêche envoyée au bureau colonial durant cette période, atteste la pénurie de Canadiens- Français capables et compétents parmi lesquels on eut pu choisir des membres des Conseils. Le résultat inévitable de tout ceci était que des hommes d'origine britannique tenaient les rênes du pouvoir, et en interdisaient l'accès aux autres avec plus ou moins de succès.
Bien que les administrations de lord Ambherst et du général Murray, du général Carleton et du général Haldimand, de lord Dorchester * et du général Prescott —-de 1760 à 1799,—furent plus ou moins militaires de leur nature, l’Assemblée, organisée en 1792, se montra comparativement à la hauteur des besoins de la situation, et n'était pas encore imbue d’un sens :rop exagéré de son pouvoir et de ses facultés. Cependant, la première réunion de ce corps donnait quelques faibles indices de ce qui devait arriver. Elle adopta une adresse loyale au roi, qui fut la première d’une longue série de résolutions semblables, introduites de temps à autre lorsqu'on était sur
* Guy Carleton, créé baron Dorchester en 1786, et nommé pour la seconde fois governeur-général de l'Amérique:
Britannique,
que:
le point de proposer quelque innovation, ou de renouveler quelque ancienne proposition sur laquelle on insistait avec des degrés de violence assez variables. Elle dévança cette action par le choix très naturel d'un Canadien-Français comme Orateur, et présenta ensuite une résolution demandant l'usage des deux langues française et anglaise dans les débats, et la publication des documents de l’Assemblée II convient d'ajouter que le nombre des membres de la chambre d'Assemblée était alors de cinquante, que l’Assemblée était presque entierement française, tandis que le Conseil Législatif comptait quinze membres, et était presque entièrement composé d’Anglais.
Graduellement, des disputes s’élevèrent entre les deux corps, et vers le commencement du siècle, il était clair qu’elles présageaient un avenir violent. L'Assemblée réclamait le contrôle complet des recettes, sans savoir comment faire les changements constitutionnels nécessaires, et sans proposer rien de practicable en fait de nouveau système. Le gouverneur était réellement responsable à la Couronne--ou au Cabinet britannique—de son administration, des fonds qui provenaient en partie de l’accise et des douanes prélevées en vertu d'une loi impériale, en partie de taxes contrôlées par l’Assemblée et le Conseil réunis, et en partie des deniers fournis par le gouvernement impérial pour le paiement des appointements, et pour des fins spéciales de nécessités militaires.
C'était un problême assez difficile, même s'il n'y eut eu ni animosité de race, ni complications religieuses, ni diversité de langue. Nul parti, à Québec, soit en 1800, soit en 1837, alors que les dissensions avaient amené Ja rebellion, ne comprenait ni ne demandait un système complet de gouvernement ministériel et responsable tel que celui dont jouissent aujourd’hui les provinces et le Dominion. Ce point est de la plus haute importance, et on le met ordinairement en oubli lorsqu'on étudie cette époque. En regardant en arrière, aujourd'hui, il est facile de voir que le Conseil avait pour mission de
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