‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 105 sur 289 · PAPINEAU ORATEUR POPULAIRE ET AGITATEUR · texte numérisé non relu

PAPINEAU ORATEUR POPULAIRE ET AGITATEUR

Le héros populaire d'alors était Louis-Joseph Papineau. Brillant orateur, entre tous ceux que le Canada français avait produits, doué d'un physique imposant et de manières affables, démocrate d'instinct et aristocrate d'aspect et de naïssance, inconsidéré dans ses paroles et dans son programme, il était éminemment doué pour soulever les passions et les préjugés français, pour les chauffer à blanc, et pour se jouer de l'ignorance et des lubies du peuple comme un grand musicien joue avec les cœurs de ceux qui l'écoutent. En 1820, il devint Orateur

de l'Assemblée. Il était alors à l'apogée de sa grande influence per-

sonnelle. Vers le même temps arriva à Québec le comte de Dalhousie en qualité de gouverneur-général. C'était un homme dont l’hospitalité et la bienveillance étaient illimitées. Il était peut-être le plus populaire des gouverneurs néo-écossais de cette époque, le fondateur du collège Dalhousie à Halifax et le protecteur bien reconnu de l'agriculture et des arts. Dans le Bas-Canada, il établit bientôt une association agricole, ainsi que la Société Littéraire et Historique de Québec ; il fit tout en son pouvoir pour encourager continuellement les modes de culture améliorés, et un meilleur système d'éducation, et il essaya de se procurer l'appui de l’Assemblée pour ces œuvres. Il recevait les Français et les Anglais, et s’efforçait de les réunir dans les relations sociales. Il érigea, en grande partie à ses propres frais, le fameux monument de Québec. en l'honneur de Wolfe et de Montcalm. Bref, Dalhousie était l’un des meilleurs gouverneurs que la province eut jamais eu. Cependant, c'est peut-être lui qui a été le plus haï.

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Il comprit que jusqu'à ce que l’on eut consenti à voter un liste civile permanente et à mettre les fonctionnaires permanents de la Couronne en dehors de l'arène politique, il ne pouvait y avoir de paix, et ce réglement, il le demanda à l’Assemblée comme un droit—en vue de l'entente de 1800. Il est inutile de donner ici les détails de la dispute dans ses phases variées. Qu'il nous suffise de dire que l’Assemblée rejeta formellement la proposition et que durant les huit années suivantes de la vice-royauté de lord Dalhousie, les rancunes et l'hostilité croissante remplirent l'air de clameurs et de plaintes Papineau dirigea l'agitation contre le gouverneur dans la Chambre et dans le pays avec une violence toujours croissante d'idées et de langage jusqu’à ce que le gouverneur (agissant dans les limites de sa prérogative légale et mécontent de certaines attaques personnelles dirigées contre lui par l'Orateur) refusa de l'accepter lorsqu'il fut réélu à cette position.

La crise était arrivée, il y eut des réunions de la foule et de volumineuses pétitions furent envoyées en Angleterre. Le parlement anglais nomma un comité pour s'enquérir de la situation générale au Canada, et, en 1828, ce comité fit rapport que les désirs de l’Assemblée française au sujet du contrôle des droits de la Couronne prélevés en vertue de l'Acte de 1774 devaient être accordés en retour d'une liste civile permanente; que les juges et les évêques dans toutes les provinces devaient renoncer à leurs sièges dans ‘les Conseils Législatifs; que le: deux Conseils, dans chaque province devaient être augmentés en nombre par la nomination de membres indépendants—surtout des Canadiens-Français dans le Bas-Canada; que les receveurs-généraux devaient donner des cautions et que les comptes du gouvernement devaient être vérifiés par les auditeurs de l’Assemblée,

Dalhousie démissionna aussitôt et fut remplacé par sir James Kempt, chargé d'une mission spéciale de conciliation dans le

Bas-Canada. En dépit d'une législation dans le sens du rapport, il ne réussit pas, cependant à concilier la majorité qui continua ses clameurs ; son successeur, lord Aylmer, ne fut pas plus heureux. La révolte

était dans l'air, et Papineau rêvait l'établissement d'une grande répub-

lique franco-canadienne, préconisant les avantages et les bienfaits du système américain. De son fauteuil d'Orateur, sa voix tonnante faisait entendre des récriminations contre la monarchie et la domination britannique. Le 1er mars, 1834, l’Assemblée adopta les fameuses 92 résolutions. Naturellement, ces résolutions exprimaient l'opinion du parti franco-canadien que tous ses chefs les plus modérés avaient alors abandonné, et réitéraient toutes sortes d’accusations non-fondées de corruption, de fraude et de tyrannie de la part des gouverneurs et conseillers anglais ; elles demandaient virtuellement que la province, avec son gouvernement, sa minorité anglaise, ses deniers et son commerce lui fut livrée ; enfin elles demandaient le contrôle immédiat de toutes les terres et de toutes les recettes. Ce document, avec la volurineuse réponse de la Montréal Constitutional Association et autres organisations anglaises, arriva bientôt à Londres. Lord Gosford, un homme d’un esprit conciliateur mais faible, fut envoyé en qualité de gouverneur-général et de président de la Commission d'Enquête. Le rapport de la Commission fut dûment fait en 1837, mais en attendant, Papineau avait réussi à l'empêcher de produire le moindre effet et avait produit sur l'esprit de ses nationaux une impression de plus en plus profonde. De fait, la rebellion était devenue inévitable.

Vers le même temps, les événements s'étaient également précipités dans le Haut-Canada à travers une longue suite de conflits politiques et de confusion dans les idées. Les gens combattaient pour l'égalité des avantages là où il n’y avait ni égalité de conditions, ni égalité de services rendus à l'Etat, ni égalité de sentiments britanniques—en un temps où ce dernier principe était tout aux yeux du colon primitif,

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