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L'HON. SIR NARCISSE F. BELLEAU, K.CM.G L'HON. THOMAS WHITE. M.P

Lieutenant-gouverneur de (Québec, 1867-73

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de la prospérité de leur familie aux jours dorés de la Réciprocité. Outre l'influence de la guerre sur le prix des denrées, il faut noter aussi que les provinces canadiennes passaient en ce moment par une de ces périodes de développement et d'expansion qui jettent un vif éclat sur tous les événements contemporains. Une ère très active d'entreprises de constructions publiques s'ouvrit en même temps que le traité fut signé. Le chemin de fer du Grand Tronc fut construit sur un parcours de 1,100 milles, moyennant une dépense de $6,000,000 pour les autorités coloniales, et une dépense approximative de #44,000,000 en capitaux anglais Le pont Victoria, à Montréal, décrit par le consul américain de cette ville, comme “ la grande entreprise du siècle,” coûta près de $7,000,000.

Sur tous les points les capitaux étaient appliqués sans épargne à des travaux et des entreprises publiques. Le pays cessait d'être uniquement un pays neuf n'exportant que du bois sur les marchés européens ; il s'ouvrait au commerce et à la finance et s'adaptait peu à peu aux conditions qui allaient rendre possible et nécessaire une union nationale et un organisme politique commun. Au point de vue des provinces canadiennes, le résultat clair du traité fut apparemment l'augmentation du commerce —augmentation qui se serait produite quand même; de plus grandes facilités pour l'échange des denrées ; la construction et le développement des chemins de fer, des canaux et des entreprises de navigation des Etats-Unis au dépens des voies de transport canadiennes ; la disparition de la faveur, assez faible du reste, qu'on était porté à accorder autrefois au commerce interprovincial, et qui fit place à l'habitude chez les Canadiens d'exporter leurs produits, et d'acheter les denrées qui leur manquaient aux Etats- Unis, leur marché le plus proche et le plus commode d'accès. Durant les premières années qui suivirent la signature du traité, les importa-

tions et les exportations du Canada par voie du Saint-Laurent étaient tombées de #33,60c,000 à $#18,000,000, et continuèrent à décroître au

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grand avantage des voies de transport des Etats-Unis. La condition prospère du pays n'était pas véritablement l'effet de la réciprocité, mais des causes déjà énumérées. Et pourtant le traité n'en eut pas moins pour résultat de resserrer beaucoup les liens qui unissaient les deux pays, et ce fut un sujet de grande inquiétude pour les intérêts agricoles, commerciaux et pécuniaires des provinces canadiennes que le développement de ce sentiment d’hostilité contre l'Angleterre, suscité par la guerre civile, et menaçant d'amener l'abrogation du traité.

C'étaient assurément les Etats-Unis qui profitaient le plus des dispositions de ce traité. Les Américains jouissaient de ia libre navigation du Saint-Laurent et avaient le privilège de se servir de la chaîne de canaux dispendieux qu’on était à creuser au moyen des deniers des provinces. Les pêcheries anglo-américaines étaient ouvertes aux pêcheurs des Etats-Unis, et M. E. H. Derby, dans son rapport au Congrès sur les résultats du traité, constatait que le nombre des bateaux de pêche des Etats-Unis faisant la pêche dans les eaux canadiennes en 1862 étaient au nombre de 3,815. Six cents embarca‘ions durant une seule saison avaient fait la pêche du maquereau dar, Île golfe Saint-Laurent, et le produit de leur pêche s'était élevé à $4,500,000. Pendant ce temps, à peine un bateau anglais se hasardaitil dans les eaux des Etats-Unis. Le développement du commerce fut une bénédiction pour les intérêts américains avant la guerre civile aussi bien qu'après. Durant les douze années que le traité fut en force, il fut expédié pour $112,000,000 de céréales aux provinces canadiennes—surtout entre 1854 et 1860,—et pour #88,000,000 d'articles de fabrication. Dès le nr's de janvier 1856, une commission spéciale de la chambre de commerce de New-York fit rappcrt que : “Le résultat ne peut qu’en être avantageux aux deux pays. Tandis que les échanges avec Angleterre par voie du Saint-Laurent ont diminué, ceux avec les Etats-Unis ont ausmenté; nos canaux et nos chemins de fer ont été enrichis par le transport de leur excédent de productions ;

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nos voisins sont venus nous acheter en grande quantité nos articles de fabrication, et nos navires ont eu l'avantage d'un commerce extérieur plus considérable.”

Deux ans plus tard, la même association composée de princes du commerce et de la finance, proclamait que cette convention était “une des plus importantes que le gouvernement eût jamais conclues.” Le 10 février 1862, la chambre de commerce de Chicago déclara que “Je traité a eu une grande importance au point de vue des entreprises de production du Nord-Ouest (aux Etats-Unis)” Le 8 mars 1864, la chambre de commerce de Boston déclare que sa continuation “est requise au point de vue des intérêts du commerce des Etats-Unis,” et le 9 décembre de la même année, la chambre de commerce de Détroit affirme que les intérêts agricoles et commerciaux du Nord-Ouest sont À peu près unanimes à demander son renouvellement ; “ de quelque manière dit-elle, que nous envisagions le traité, il faut admettre qu’il a été d’une grande importance pour nous comme pour les colonies britanniques.” Voilà qui établit clairement l'opinion des hommes d’affaires des Etats-Unis, par opposition au sentiment politique et aux animosités internationales facilement avivées. De même si l'on s’en rapporte aux statistiques du gouvernement des Etats-Unis (c=lles du bureau des statistiques du département du Trésor) nous voyons que la balance du commerce était nettement en faveur des Etats- Unis durant cette période, au montant de $54,000,000. Les exportations aux provinces canadieanes étaient portées à $#350,570,000 et les importations de ces provinces à $295,766,000.

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