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L'IDEE RENCONTRE DE NOMBREUX ADHERENTS

Jusqu'ici, cette idée était essentiellement entretenue par les tories et traitée avec dédain par les Canadiens-français, de même que par les chefs libéraux, mais un jour vint où elle fut acceptée, théoriquement et à titre d'essai, par Robert Goulay et W. L. Mackenzie; en 1837-38 elle reparut devant la chambre des Communes et la législature du Haut-Canada sous la forme plus ou moins académique de résolutions. Ensuite arriva la recommandation de lord Durham et l'union des Canadas. En 1849 le conseil législatif canadien se déclara en faveur de la fédération, alors que les troubles de Montréal et d’ailleurs, à propos de la législation sur les pertes subies durant la rebellion, les lois anglaises sur le libre échange et le mouvement annexioniste la même année, induisirent la Ligue de l'Amérique Britannique du Nord à inciure la confédération en tête de son programme. Ilest digne de remarque que les avocats de cette mesure appartenant à ce corps populaire étaient surtout de jeunes tories sous la direction d’un politicien qui se dessinait de plus en plus—l’honorable John A. Macdonald. En 1851, ce dernier prit part à une grande assemblée populaire à Montréal et appuya une résolution en faveur du principe; vers ce temps, l'honorable Henry Sherwood, un loyalist

de v'sille souche et chef tory, publia dans le même sens une forte brochure.

Au cours des quelques années qui suivirent l'honorable James W. Johnston, le chef des conservateurs à la Nouvelle-Ecosse, M. Pierce S. Hamilton, publiciste habile et écrivain de la même province, et l'honorable J. H. Gray, dans le Nouveau-Brunswick, se firent tous les défenseurs de l'idée dans leurs discours et leurs écrits. M. Johnston et l'honorable A. G. Archibald soumirent la mesure officiellement en 1857, et vers le même temps son adoption fut prévonisée pour la première fois par un Canadien-français, en une série de lettres dues à la plume de M. J.-C. Taché dans le Courrier du Canada. Durant l’année 1858, l'honorable A. T. Galt, en divers discours, et l'honorable T. d'Arcy McGee devant l’Assemblée législative du Canada, se montrèrent favorable à cette politique, et elle reçut une première approbation officielle au Canada de la part du gouverneur-général, sir Edmund W. Head, qui annonça à la fin de la session qu'il avait l'intention de se mettre en rapport à ce sujet avec le gouvernement impérial et avec les gouvernements des autres colonies, et qu'il désirait “les inviter à discuter avec nous les principes

. sur lesquels un lien fédératif entre les provinces de l’Amérique-Britan-

nique du Nord pourrait être établi.”

La même année son gouvernement députa MM. Cartier, Galt et John Rose en Angleterre avec mission de prier le gouvernement impérial de nommer des délégués de toutes les provinces pour discuter la question d'une fédération. Naturellement et à bon droit, les autorités impériales ne voulurent point prendre cette responsabilité, et aimèrent mieux laisser la semence germer d'elle-même sur son propre terrain et y produire sur place un arbre dont tous les rameaux tierdraient fortement au tronc.

Vers le temps où cette délégation partit pour l'Angleterre, M.

Alexander Morris—qui longtemps plus tard devint successivement

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lieutenant-gouverneur et juge en chef de la province de Manitoba— donna une conférence qui eut un certain retentissement à Montréal, et la publia sous le titre de Nova Britannia. Il y prédisait la fusion des races dans l’Amérique-Britannique, l'union de toutes les provinces et de tous les territoires d’un océan à l’autre et la construction d'un chemin de fer jusqu'au Pacifique. Cette même année, dans la Mont.

real Gazette, parut une lettre, signée par James Anderson, pré-

conisant fortement l'union et bien significative en ce qu’elle désignait John A. Macdonald comme étant “l'esprit dominant de l'assemblée législative du Canada,” et préparé denuis longtemps à mettre cette politique à exécution, A la suite de l’insuccès de la délégation canadienne dont il a été question, les provinces maritimes en députèrent une seconde, à laquelle l'assurance fût donnée qu'aucun obstacle ne serait opposé à l'union des provinces—M. Labouchère, secrétaire des colonies et plus tard lord Taunton, allant jusqu’à dire qu’à son ais une union entre les provinces maritimes mêmes serait très avantageuse. La question fut de ce moment de plus en plus à l’ordre du jour. Les matières de tarif douanier et de chemins de fer attirèrent de temps à autre l'attention du public anglais sur les provinces, e. d'autre part l’idée elle-même pénétrait, petit à petit, dans l'esprit de la population coloniale et s’en emparait.

[En 1850, un congrès de marchands de Bristol signala l’importance du chemin de fer intercolonial qui était projeté comme préparation à l'union, et un peu plus tard, dans un de ces contre-courants de l'opinion politique à cette époque de luttes, une convention libérale à Toronto exprima un vœu hostile à l'union fédérale. L'année suivante le Xeporter de Halifax défendit l'idée avec vigueur, et un de ses articles reçut l'approbation particulière du prince de Galles au moment où il quittait Halifax pour visiter les provinces. Le docteur Tupper, vers le même temps fit une conférence en faveur du projet à Saint-John, et l’année suivante, M. John A. Macdonald déclara dans

un discours aux électeurs de Kingston que le ‘gouvernement ne se ralentirait pas de son zèle en vue de l'union des provinces de l’'Amérique-Britannique du Nord.” Vers le même temps également, M. Joseph Howe dans la chambre d'assemblée de la Nouvelle-Ecosse, émit le vœu que le lieutenant-gouverneur s'enquiît des vues du secrétaire des colonies, du gouverneur en chef et des lieutenants-gouverneurs à cet égard. La réponse du duc de Newcastle, secrétaire des colonies, fut que si les provinces prenaient quelque initiative en la matière, le gouvernement impérial n'aborderait la question qu'avec une préoccupation ‘celle de discerner et d'accepter la solution qui serait le plus de nature à promouvoir la prospérité, le force et l'harmonie ” des groupes britanniques de l'Amérique du Nord. CAUSES DE LA CONFEDERATION

Finalement, en 1864, M. George Brown, au nom d'une commission de la chambre législative du Canada, fit rapport en faveur de la Confédération. À ce moment même une proposition nommant des délégués pour la discussion à Charlottetown de l'union des provinces maritimes, avait été adoptée par ia chambre de la Nouvelle-Ecosse, grâce surtout à l'initiative du docteur Tupper, dans celle du Nouveau- Brunswick, grâce aux efforts de M. S. L. Tilley, et dans celle de l’île de Prince-Edouard par l'influence de M. W. H. Pope. Les délégués se réunirent et reçurent une députation de la province du Canada, composée de John A. Macdonald, George Brown, George-E. Cartier, A. T. Galt, T. d'Arcy McGee, Alexander Campbell et H.-L. Langevin. Le résultat des répresentations faites par les Canadiens fut la résolution que l'on prit d'étendre le programme et les attributions de la convention de manière à lui faire comprendre toutes les provinces, et de s'ajourner en vue d’une réunion prochaine plus vaste et munie de pouvoirs plus grands pour la formation d’une union fédérale plus générale.

Il est intéressant de noter comment le mouvement en était venu

à ce point. Comme nous l'avons dit précédemment, il n'y avait pas

ee ME ———— ——@— 1l | 382 CONFEDERATION DES PROVINCES de cause qui à elle seule fût suffisante pour amener ce résultat. Mais il se produisit de nombreuses influences qui toutes agirent dans le | même sens pour produire cet effet. En premier lieu et en première | ligne par l'importance, mentionnons l'hostilité grandissante des Etats- Unis, manifestée dans l'affaire du 77ren£, s'exhibant dans les articles | de journaux contre l'Angleterre, et vivement révélée aux provinces \UE par l’abrogation prochaine du traité de réciprocité dont on les men- | açait. Puis, certains esprits réfléchis voyaient dans cet état de sépasi HI ration des provinces vis-à-vis des Etats-Unis au point de vue commercial et financier, un danger plus grand que dans une attitude us qi franchement et constamment hostile de la part de la république. Dans l'opinion de ces penseurs, si les choses avaient dû continuer dans l’état où elles étaient, et si le traité de réciprocité avait dû être renouvelé, les liens unissant les provinces et les divers Etats au sud seraient devenus forts au point de distendre ceux qui unissaient ces provinces l’une à l'autre, et par là même il serait devenu impossible | virtuellement de fonder à l'avenir un pays britannique fortement lié. Le bureau des Colonies commença de son côté à s'intéresser à

la question. Le rejet d’une loi de milice à la chambre canadienne,

du 7yrent, où l'Angleterre envoyait des milliers de soldats en Amérique, avait attiré l'attention sur la faiblesse des provinces canadiennes

| 1 Il due à de simples menées de partis, au moment critique de l'incident | | Le résultant de conceptions politiques vraiment provinciales par leur |

| | ; au point de vue de la défense et sur la faiblesse plus grande encore ï

étioitesse et pourtant dommageables à cause de leur intensité. On

comprit que pour arriver à s'organiser militairement, il faudrait commencer par s'organiser politiquement et, à partir de 1860 ou peu après, le gouvernement impérial tranquillement mais constamment

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se servit de son influence pour promouvoir l’idée d'union et de fédération. Lord Monck, qui devint gouverneur en 1861, employa toute son habileté et la pression muette mais très effective émanant de

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l'entourage vice-royal pour faire accepter le principe ; les lieutenantsgouverneurs furent nommés avec des instructions très précises en ce sens, quoique données privément ; ou tout au moins, un de ces gouverneurs fut démis pour s'être déclaré hostile à cette politique. Ce fut là un facteur qui contribua dans une grande mesure, il ne faut pas l'oublier, à amener la confédération.

Un fait qui eut une influence toute aussi considérable, et pourtant pas décisive sur l'évolution politique à cette époque, ce fut l'arrêt de la machine gouvernementale qui se produisit à Ottawa. Les éléments en lutte à cette occasion sont presque innombrables ; quelquesuns, toutefois, méritent une mention spéciale. L'esprit nationaliste était demeuré très fort dans le Bas-Canada, et se manñestait à la chambre législative, dans le choix des chefs politiques, par les difficultés presque insurmontables qui entravaient la formation d’un ministère, L'absence d'un premier ministre dans le sens vraiment constitutionnel du mot, l'existence de deux chefs dans le cabinet, chacun avec sa province et sa race distinctes (les procureurs généraux du Canada-Est et du Canada-Ouest) étaient des causes d’interminables et inévitables de confusion. La désorganisation lente mais continue du parti libéral par suite de la formation de la faction anti-française et anti-catholique de George Brown, et les articles violentes et agressifs du Globe sous la direction de ce même Brown, étaient des facteurs qui naturellement compliquaient encore d'avantage la situation. D'autre part, le nouveau parti de M. Macdonald fut lent à prendre forme ; et les Canadiens-français restèrent longtemps unis de pensée et d’astion, répugnant à se diviser en partis hostiles, en dépit des attaques incessantes de George Brown au sujet de la représentation basée sur la population. Ils s'étaient pendant si longtemps et avec une telle unanimité, dénommés radicaux, ou libéraux ou ‘“ Reformers” ; ils avaient fait aux tories ou conservateurs une guerre tellement opiniâtre dans les premières quarante années du siècle; ils

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