DISCUSSION DE LA QUESTION DES PECHERIES
La discussion avait lieu sur l'interprétation des traités existants et semble avoir été en réalité très claire. En 1783 le traité de Versailles ou de Paris reconnaissait certains privilèges aux citoyens américains faisant la pêche dans les eaux canadiennes et britanniques. Lorsque les pêcheries de l'Atlantique furent mieux connues, il s’éleva des différends et le traité de Gand, après la gnerre de 1812, n'essaya pas de régler ces contestations quant à l'interprétation du traité précédent. Plus tard la Grande-Bretagne prétendit que la guerre avait
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annulé tous les droits américains excepté ceux de la courtoisie inter-
nationale, et durant les années 1815-1817 un certain nombre de navires américains furent saisis pour avoir tenté d'affirmer leurs droits aux privilèges accordés par le traité primitif.
Il y eut diverses négociations et finalement, la convention de 1818 fut signée à Londres le 20 octobre. En vertu de cette convention, la Grande-Bretagne accordait la liberté de pêcher dans certaines eaux définies, et de faire sécher et de saler le poisson à certains endroits spécifiés, en retour, pour une renonciation ‘à jamais” par les Etats-Unis aux droits de pêcher en deça de trois milles marins de toutes côtes, baies, anses, havres non compris dans les eaux spécifiées. Nul langage n'aurait pu être plus clair que les termes de ce traité, cependant, durant les années suivantes, de fréquentes tentatives furent faites—les unes par la violence—pour enfreindre ces conditions et pour user librement des pêcheries. Divers navires furent saisis et il s’en suivit bec ‘coup d’agitation. Puis vint le traité de réciprocité de 1854, en vertu duquel les pêcheries intérieures furent ouvertes aux Américains en retour pour le libre-échange des produits naturels des provinces et de la république. L’abrogation du traité en 1866, rejeta le gouvernement britannique sur l’arrangement de 1818, rendit nécessaire l'équipement d’une force navale protectrice et renouvela la condition d’irritation préalable—en dépit d'un effort pour amener un compromis en donnant des licences sous la juridiction du nouveau Dominion, lequel effort échoua grâce au refus des pêcheurs américains d’ accepter des permis ou des licences, et grâce à leur évidente détermination de pêcher en employant la force.
La seule chose que le Canada pouvait faire alors, était d'affirmer ses droits en vertu de la convention de 1818, et, en conséquence, le système de licences fut abandonné après consultation avec le gouvernement impérial, et une petite flotte de croiseurs fut organisée et affrétée en 1870 pour la défense des pêcheries, 11 s’ensuivit des
collisions, d’autres navires américains furent saisis, des notes diplomatiques acerbes furent envoyées de Washington à Londres, la presse américaine ragea contre le Canada, et lors de la réunion de la Haute Commission, les événements semblaient se précipiter vers une solution belliqueuse. Durant toutes les délibérations qui s’ensuivirent, il y eut de la part des commissaires britanniques des preuves qu'ils craignaient, si la question n'était pas réglée au moyen d’un traité, qu'il s'ensuivrait quelque résultat de ce genre. Les lettres particulières de sir John * Macdonald, à sir Charles Tupper, à sir John Rose, et à sir George Cartier, fourmillent d’allusions à la situation ainsi créée, et au manque de nerf de ses collègues britanniques. En une certaine occasion, lord de Grey, l’informa qu'il ‘croyait que l’impression générale en Angleterre et surtout chez le gouvernement, était que le danger était grand et imminent.” Quelques jours plus tard, il
écrit que lord de Grey lui a dit plusieurs fois que ‘si cette tentative échoue, aucune solution paisible n’est possible.”
L'attitude des commissaires était excusable jusqu'à un certain point. Ils répresentaient le gouvernement Gladstone, qui en ce moment même, permettait à la Russie de déchirer le traité de la Mer Noire, et de détruire les principaux fruits de la guerre de Crimée— un gouvernement qui était notoire pour sa crainte de toute guerre, et qui était la personnification des théories de la paix à tout prix, et de l'école de Manchester. Il représentait un sentiment qui prévalait alors en Angleterre, et qui ne comprenait pas la valeur des colonies
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pour la Grande-Bretagne, et avait en horreur toutes les responsabilités d’une nature impériale. Ils ne comprenaient ni les méthodes américaines, ni le caractère américain, et, lorsque le président Grant, en décembre 1870, écrivit un message au Congrès qui menaçait virtuellement de déclarer la guerre si les questions en litige n'étaient
pas réglées, ils prirent ce message au sérieux, tout comme ils l’auraient * Memoirs of Sir John A. Macdonald, by Joseph Pope, Ottawa, 1894.
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