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LE COMTE D'ABERDEEN, G.C.M.G., L.L.D., SON EXCELLENCE LE COMTE DE MiN10O, D.C.L. G.C.M.G.
Gouverneur Général du Canada, 1893-1898 Gouverneur Général du Canada, 1900
LORD STANLEY DE PRESTON, G.C.B., LE MARQUIS DE LANRDONNE, G,C-A.@, 16e Comte de Derby, Gouverneur-Général du Canada,
Gouverneur Général du Canada, 1883-1888 1888-1893
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caractère noble et d'une excellente réputation, celui-ci avait modérément réussi comme premier ministre de la Nouvelle-Ecosse, avait très bien réussi comme juge de la Cour Suprême et venait d'être nommé ministre de la Justice à Ottawa. Virtuellement, la Chambre ne l'avait pas encore entendu. M. Blake était encore le chef libéral. Il avait été défait aux élections de 1882 et utilisait maintenant tout son remarquable sens juridique, sa vive intelligence et sa patiente persévérance dans des recherches pour établir une cause qui, par la logique et la force des arguments, devait, croyait-il, contribuer à amener la victoire sous son drapeau en 1887. A l’edifice chancelant du préjugé et de la passion créé par les sentiments de race et de religion que l’on avait soulevés dans le pays et au parlement, il chercha, dans un discours dont la puissance est incontestable, à donner une base et une fondation solide. Ce fut un effort remarquable par ses arguments serrés, sa science copstitutionnelle et ses vigoureuses invectives. Les précédents, autorités, &c., coulaient de source comme s'ils eussent été créés expressément pour la circonstance et comme si le destin les eut taillés pour les faire ajuster ainsi qui des pierres dans l’edifice politique qu'il cherchait à étayer. La Chambre s'attendait à un grand discours et elle ne fut pas trompée dans son attente.
Il n'en était pas de même de M. Thompson. Les conservateurs les plus enthousiastes ne s’attendaient guères à ce que ce nouveau ministre, qui leur inspirait uné certaine curiosité naturelle, fit plus que présenter une assez bonne défense de sa cause. Quant à lui voir renverser la structure si savamment élaborée par M. Blake, on ne croyait pas que la chose fut possible. Les libéraux eussent ri de bon cœur si quelqu'un eut prétendu que cet homme court, trapu, au teint fleuri, à l'apparence de jeunesse, venu de la Nouvelle-Ecosse, allait se montrer l'égal d'Edward Blake. Etant donnée pareille supposition, un tel succès signifiait la défaite du plus grand logicien et ‘ debater” de la Chambre des Communes et la victoire complète du gouvernement
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dans une question entraînant les points constitutionnels les plus compliqués. Cela signifiait qu'un homme nouveau aurait défait un vétéran dans l'arène parlementaire et constitutionnelle. Cependant, ce fut précisément ce qui arriva, le 12 mars devant une Chambre encombrée écoutant attentivement le discours de M. Thompson. Pendant deux heures, l'orateur, calme et sans prétention, captiva l'attention de son auditoire au point que l’on aurait pu entendre tomber une épingle. De fait, le nouveau ministre était maître de lui-même, maître de son sujet, maître de la loi dans sa théorie, sa pratique et ses précédents, maître de la Chambre. Il transperça la cuirasse de l’argumentation de M. Blake avec l'adresse la plus directe et la plus irrésistible, et tout en s’abstenant de faire appel aux passions, aux préjugés, aux sympathies de son auditoire, il subjugua, par la seule force du raisonnement et de la logique, une réunion d'hommes disposés à la critique et à la censure.
Trois jours après, le gouvernement se trouvait à la tête d'une majorité de 146 contre 42. La sécession de l'élément français du parti qui menaçait de se produire avait été évitée et il avait surgi un nouveau chef dont la stature politique devait grandir jusqu’à ce qu'il devint premier ministre du Canada en 1892. Le gouvernement avait grand besoin de l’aide que lui apporta son discours, et le fait qu’il était luimême catholique romain fut aussi d’une grande utilité pour son parti. Cependant, pour le moment, bien que la majorité conservatrice fut assurée à la Chambre, M. Mercier et M. Laurier semblaient tenir Québec dans le creux de leur main. Les uns après les autres, les journaux passèrent au parti libéral et tous les jours on apprenait la nouvelle d’une défection dans les rangs du parti conservateur. Les élections provinciales, comme nous l'avons dejà dit, avaient tourné en faveur de Mercier et, sur la muraille, la main du destin semblait inscrire la prochaine défaite du gouvernèment fédéral. Mais, en janvier 1887, lorsque vint la lutte, l'éloquence de Chapleau fut
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opposée avec succès à celle de Laurier: l'influence de Langevin, avec l'Eglise, dans son ensemble, fut égale à celle de Mercier avec l'élément ultramontain; l’éloquence de tribun de l’hon. George E. Foster, qui était entré dans le ministère à peu près vers le même temps que M. Thompson, produisit beaucoup d'effet dans les provinces anglaises ; le raisonnement logique de ce dernier porta la conviction dans les cœurs; tandis que pardessus tout, mêlée à toutes les autres influences, était la personnalité magnétique de sir John Macdonald. Le résultat fut une victoire conservatrice, avec égalité de voix à Québec, une majorité écrasante dans les provinces maritimes et du Nord- Ouest, et une assez bonne majorité dans Ontario. Un peu plus tard on annonça l'accession de M. Wilfrid Laurier au poste de chef libéral
‘à la place de M. Biake—le premier chef de parti franco-canadien, pour
les deux races, depuis le temps où le pouvoir nominal avait été entre les mains de sir Etienne Taché ou de sir Narcisse Belleau. ORIGINE DE LA QUESTION DES BIENS DES JESUITES
Une autre question commençait à poindre à l’horizon politique, une question qui finit par soulever plusieurs des mêmes passions et des mêmes préjugés que ceux qui avaient entouré le nom de Rüiel. Les premières phases dans l’histoire de la question des biens des Jésuites ne semblaient pas devoir entraîner de résultats sérieux. Le 3 juillet, 1888, un bill pour le réglement d’un différend très ancien entre la Société de Jésus, la hiérarchie catholique de Québec, et la province elle-même, fut passé sans opposition à la Chambre basse de législature de Québec. Il passa également au conseil sans opposition et en temps et lieu fut sanctionné par le lieutenant-gouverneur et devint loi—sujet, naturellement, durant une certaine période, au désaveu de la part des autorités fedérales, si l’on considérait cette législation comme inconstitutionnelle ou dangereuse pour les interêts généraux de pays. Il n'y eut d'abord ni opposition populaire ni critique sérieuse. À une ou deux exceptions près,
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pas un seul journal dans Québec ne discuta la question à un point de vue hostile et le comité protestant de l'Instruction Publique accepta paisiblement la promesse de $60,000 pour ses écoles qui se trouvait comprise dans la mesure.
Il semblait donc que ce serait un réglement satisfaisant d’une dispute prolongée et d'un problème compliqué. A l’origine, la question avait été assez simple. Durant les travaux héroïques des missionnaires dans l’ancien Canada, les Jésuites avaient acquis des terres et des richesses pour leur Ordre, tout en cueillant la palme du martyre et la renommée personnelle pour eux-mêmes. En 1701, après la suppression générale de l'Ordre par le pape, le roi de la Grande- Bretagne lança une proclamation approuvant sa suppression en Canada, mais laissant aux membres la jouissance viagère des biens et revenus. En 1800, le dernier Jésuite de Québec était mort et les propriétés de l'Ordre, prétendait-on, étaient échues à la Couronne. Mais dans les cas de déshérence une proportion libérale est souvent affectée à la mise en pratique de l'intention des donateurs ou à indemniser ceux qui croient avoir un droit moral à la propriété. En conséquence, bon nombre de gens, parmi lesquels figuraient quelques-uns des chefs de l'Eglise, croyaient que la réhabilitation ultérieure des Jésuites par le Vatican, et leur constitution en corps politique par la province, leur donnaient ce droit moral—quel qu'il fut. La hiérarchie de l'Eglise dans Québec prétendait, d'un autre côté, qu'aux termes de la suppression primitive par le pape, les biens auraient dû passer en entier à l'Eglise et non à la Couronne.
De là une situation politique dans une province catholique qui rendait très difficile aux gouverneurs et gouvernements successifs la tâche de régler la question de manière à satisfaire un parti ou l’autre dans l'Eglise, ou de vendre les terres d’une façon avantageuse pour le public en général. Chaque fois qu’on essayait de le faire il s'élevait de vigoureuses protestations contre tout détournement de ces biens
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pour des fins autres que les fins de charité ou de religion auxquelles ils avaient été primitivement affectés par des donateurs particuliers ou par des concessions de la part du roi de France. Il n'y avait qu’une seule autorité, relativement à ce sujet, que les deux éléments ecclésiastiques reconnaissaient et auraient acceptée sans conteste: mais nul gouvernement provincial n'avait jusqu'alors désiré en appeler au pape. Cela eut pu entrainer des complications politiques plus grandes que tous les maux qui pouvaient résulter du retard apporté au réglement de la question. Malgré ses défauts, M. Mercier ne manquait pas de courage. Il résolut de régler l’affaire—et en même temps de plaire aux ultramontains qui l'avaient appuyé durant les élections—en soumettant la question au pape Léon XIII, qui devait être en quelque sorte arbitre du différend. Sa Sainteté accepta la mission, après que l'on eut donné des explications complètes au Vatican, et nomma l'archevêque de Québec son procureur pour agir dans les négociations subséquentes. Cependant, ce dernier arrangement fut annulé plus tard.
Le premier ministre de Québec réussit sous cette forme à conclure un arrangement en vertu duquel les Jésuites devaient recevoir #400,000 en réglement final de leurs réclamations s’élevant à #2,000,000, ce qui devait apparemment clore une question très débattue. Dans le préambule de sa mesure, néanmoins, il commit l'erreur d'introduire le nom du pape comme étant une espèce d’arbitre suprême entre les partis et les sections dans la province. Que cela ait été fait à dessein ou par ignorance, que cela ait été conçu dans un esprit de bigoterie religieuse, ou que ce fut le résultat de l'oubli que le reste du Dominion était en grande païtie de croyances différentes à celles de sa propre province, cela importe peu quant au résultat. Et quelle qu'ait pu être la signification d'une semblable législation, appliquée avec l'approbation et le concours des autorités de Rome, il
est certain qu'elle passa inaperçue chez toute la population de la
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