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DEUXIEME VOYAGE DE CARTIER

Tout ainsi que Cabot et Colomb, il n'avait qu'une idée mal définie des terres qu'il venait de visiter. Pour lui et pour les gens d'imagination qui le reçurent en triomphe à Saint-Malo, ou ceux qui

écoutèrent avec empressement les récits des marins allant toujours en grossissant et devenant de plus en plus vagues en passant, de bouche en bouche, jusqu’à l’intérieur du royaume, ils avaient découvert une île

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de grande fertilité, isolée sur les mers, et le golfe immense dont ils avaient en partie relevé les côtes n'était guères que la porte du fameux passage vers la Chine ou Cathay depuis si longtemps l'objet des poursuites du commerce européen—le pays de l'or, du roman et des rêves. Le roi fut absorbé par de nouvelles visions d’empire et de richesses. Le clergé s'émut à la perspective de peuples à convertir. Les marchands se sentirent captivés par les chances du trafic et du négoce. Par conséquent, le 19 mai 1535, Cartier reprit la mer avec trois navires de petite dimension, une compagnie aristocratique de passagers, emportant les vœux, les prières et les espérances d’un grand nombre de leurs compatriotes.

De nouveau il est en face des rives d’Anticosti qu'il nomme l'Assomption, puis il a connaissance d'une baie à la côte du nord à laquelle il impose le nom mémorable de Saint-Laurent à cause qu’il y entra le jour de la fête de ce saint. Alors il pénètre dans le grand fleuve, émerveillé, avec tout son monde, des proportions colossales de la nature et des lieux; il touche au portail grandiose et attristant du Saguenay, passe l’île aux Coudres chargée d'arbres verdoyants, s'écarte des ombres noires du Cap Tourmente, se réjouit en présence des vignes sauvages et de la végétation luxuriante de l’île d'Orléans. En ce lieu, les voyageurs reçurent les nombreux sauvages qui arrivaient de tous les points de cette vaste nappe d'eau, montés sur leurs frêles et rapides canots d'écorce pour voir ce que ces étranges hommes blancs, avec leurs monstrueuses embarcations portant des aîles blanches, venaient faire sur la petit île à laquelle les Français venaient de donner le nom de Bacchus.

Partant de cet endroit après avoir eu des explications assez difficiles, quoique amicales, avec Donnacona, le chef du pays, la petite escadre de Cartier continua de s’avancer et jeta l'ancre à l'embouchure de la rivière Saint-Charles, d'où l'on apercevait le village indien de Stadacona, placé comme un nid d'aigle sur les rochers farouches qui

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surplombent la plaine et qui devaient un jour être cor : ‘: par les remparts de Québec. Après quoi, les explorateurs ravis remontèrent le fleuve géant, jusqu’au lac Saint-Pierre, et plus loin, s’arrêtant à la ville d'Hochelaga bâtie au pied des hauteurs couvertes de fôrets et qui furent nommées Mont Royal par Cartier. Jusque là, le voyage n'avait pas été autre chose qu'un rêve prolongé de plaisir. L'aspect et les paysages du fleuve incomparable ; les grands bois empourprés et mêlés de panaches multicolores par la morsure des premiers froids de l’automne, bordant ces allées ou chemins qui marchent qu'on appelle les rivières; la suite ininterrompue des scènes sauvages et, par place, la sombre beauté des falaises, des pics et des promontoires ; le panorama de la vie des aborigènes et de la naïve, cordiale hospitalité de ceux qui étaient venus les admirer à l’île d'Orléans, à Stadacona, et maintenant à Hochelaga, s'étaient bien assez pour leur inspirer une forte confiance dans l'avenir. Quelques jours plus tard, ils revoyaient Stadacona, comblés des présents des naturels—canots chargés de poisson et de blé d'inde—la mémoire remplie d’un sorte de respect, de considération et de confiance en la droiture et la bonté des ces gens—sentiments qui n'auraient jamais dû être ébranlés.

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