LES INCURSIONS DES FENIENS
Il nous faut, ici, dire un mot des incursions des Féniens. Nous en avons déjà parlé, maïs leur but et leur caractère sont d’une nature telle que nous croyons devoir les étudier de nouveau d'une manière spéciale. Comineles incursions des rebelles de 1837 et des flibustiers
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furent tous engendrés par les sentiments de haine que les Irlandais, demeurant aux Etats-Unis, entretenaient, comme un devoir et un plaisir, envers l'Angleterre. Quand, en 1866, les Etats-Unis, commencèrent à presser la Grande-Bretagne, pour le paiement d'une indemnité dans l'affaire de l'Alabama, et à développer les vifs sentiments d'animosité qui se firent jour dans le rejet du traité Reverdy- Johnson et l'abrogation du traité de Réciprocité canadien, la fraternité révolutionnaire irlandaise de New-York et autres villes trouva une occasion de s'affirmer et de faire des exploits. L'ignorance populaire sur la condition, la population, les sentiments et le système constitutionnel de l'Amérique-Britannique, ainsi que la croyance parmi le peuple que la tyrannie anglaise et le drapeau anglais étaient des termes synonimes et d'application similaire en Irlande et au Canada, contribuèrent beaucoup à l'enrôlement prompt et considérable qui se fit en réponse à l'appel aux armes des organisateurs ; pendant que
l'existence d’un nombre considérable d'hommes accoutumés à la vie
libre et belliqueuse des soldats de la guerre civile, non enclins à se remettre à une tâche laborieuse, était une source de force pour le mouvement.
Plusieurs mois s'écoulèrent durant lesquels on s’armait et on faisait l'exercice publiquement dans les villes de la frontière américaine, lorsque soudain on apprit, en mars 1866, qu'une invasion se préparait pour le jour de la Saint-Patrice. Dix mille hommes de milice furent promptement appelés sous les armes par le major-général Sir P. L.McDougall, alors commandant des forces de l'Amérique-Britannique. Le lendemain, 14,000 hommes répondaient à l'appel. Après quelque semaines, comme nulle action hostile n'avait eu lieu, si ce n’est une tentative de s'emparer d’une île sur la côte du Nouveau-Brunswick, laquelle fut promptement repoussée par la milice de cette province appelée sous les armes, on permit à la plupart des miliciens de s'en retourner chez eux. Ce fut le 1st juin 1866 que
Laon
commença l'invasion—1000 Féniens de Buffalo débarquèrent sur les rives de la rivière Niagara, près de Fort Erié et s'emparèrent de cette p'ace. Le colonel Peacocke, du 16ième régiment fut nommé commandant des forces sur la frontière lesquelles se composèrent bientôt de 500 hommes de troupes régulières, d'une batterie de l'Artillerie Royale, du 13ième bataillon de milice sous le colonel Booker, de compagnies de volontaires de York et de Caledonia, des Dunnville Naval Volunteers, des gardes-du-corps du gouverneur-général, de Toronto, sous le lieutenant-colonel G. T. Denison, du 19ième bataillon de Sainte- Catherine, des Queen's Own et des Grenadiers royaux, de Toronto— les premiers sous le commandement du lieutenant-colonel Stoughton Dennis—et de l'artillerie de Welland. Le tout comprenant environ 2,300 hommes.
Les Féniens avaient l'intention de détruire le canal Wella ., mais ils furent rencontrés à Ridgeway par 840 miliciens conduits par le colonel Booker. Un officier subordonné n'ayant pas exécuté certains ordres qu’il avait reçus, les forces de Booker et de Peacocke ne purent co-opérer, et le premier dut, après un court combat, se retirer avec une perte de neuf hommes tués et trente blessés. La bataille de Ridgeway était une défaite insignifiante, mais regrettable surtout parce qu'elle empêcha la capture de l’armée fénienne qui aurait pu être accomplie si le plan d'opèration original eut été suivi. Cependant, elle sauva le canal et parait avoir suffisamment épeuré les envahisseurs. Ni le colonel Booker ni le colonel Peacocke ne sont à blâmer pour ce résultat quoique tous deux aient beaucoup souffert d'une critique injuste et ignorante. Peu après la bataille les Féniens retraversaient la rivière sous la protection d’une canonnière américaine. Pendant plusieures semaines, cependant, plus de sept mille d’entre eux demeurèrent à Buffalo, menaçant de faire une autre attaque et une forte troupe fut en conséquence maintenue à Fort Erié. Cependant, un grand nombre de flibustiers s'étaient réunis à Ogdensburgh,
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N.Y., mais la présence de 2,000 réguliers et volontaires réunis à la hâte à Prescott, et une canonnière croisant sur le Saint-Laurent empécha une attaque. Le 7 juin, l'ennemi, au nombre d'environ dixhuit cents traversa la frontière et entra dans les cantons de l'Est, dans Québec, mais en apprenant la concentration de 1,100 régumers et miliciens à Huntingdon, plus une réserve de 5,000 hommes + Wontréal, ils se retirèrent prudemment et bientôt après se dispersèrent. Ce fut la fin de l'incursion de 1866.
Quatre ans plus tard un grand nombre de Féniens se réunirent sur les frontières de la province de Québec et la milice dût être appelée de nouveau sous les armes Trois jours après l'appel, 13,489 hommes et dix-huit pièces de campagne étaient postés aux endroits désignés et, le 25 mai 1870, une escarmouche eut lieu à Eccles’ Hill, dans le comté de Missisquoi, dans laquelle 200 Féniens furent repoussés, d'une forte position, de l'autre côté de la frontière par quarante hommes du 6oième bataillon et trente-sept cultivateurs du voisinage, commandés par le lieutenant-colonel Brown Chamberlin. On repoussa aussi une autre invasion dans les environs de Huntingdon. Dans la province d'Ontario, il y eut encore d'autres alertes et des menaces d'invasion, mais rien ne s'en suivit. Un an plus tard, en octobre 1871, un petit nombre de Féniens passèrent la frontière du Manitoba, mais ils furent rejoints par des troupes américaines qui les ramenèrent avant qu'ils aient eu le temps de causer aucun dégât. Ce fut la fin des incursions féniennes, lesquelles coûtèrent à la province un million et quart de dollars de dépenses directes et
une perte encore plus grande au commerce et aux affaire”
Elles démontrent abondamment la contradiction extraordinaire, visible parfois, de la politique et de la diplomatie américaines. Tout en demandant de grosses compensations à l'Angleterre pour avoir laissé s'échapper l'A/adama d'un port anglais, le même gouvernement, le même peuple, permettait ouvertement aux Féniens d'envahir
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un pays présumé ami, de s’armer et de s'exercer sur le territoire américain de sortir de ce territoire pour une mission avouée de guerre et d'effusion de sang, puis de revenir ensuite sans crainte et sans punition. Ils les laissèrent faire durant des années; même pendant qu’ils répudiaient toute responsabilité durant les négociations de part et d'autre. Et, finalement, ils refusèrent une indemnité aux victimes canadiennes de ce système “neutre” et ne voulurent même pas s'occuper de la question. Ces incursions sont encore intéressantes en ce qu'elles montrent l'attitude de l'Angleterre envers les Etats- Unis, son intense désir d'éviter les sujets irritants de discussion, sa décision de payer elle-même les réclamations du Canada, plutôt que d'appuyer la demande de compensation faite aux Etats-Unis. De cette façon et pour ces raisons les pertes du Canada ne furent pas prises en considération dans le traité de Washington, et les Etats-Unis échappèrent à toute responsabilité pour la part pratique, sinon technique, qu’ils avaient eue à l'invasion.