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EXPEDITION CONTRE LES IROQUOIS

En septembre il dirigea un fort parti de guerre par la voie de la rivière Trent jusqu'au lac Ontario, traversa ce dernier au poini 1e plus étroit, puis, les Sauvages, abandonnant leurs canots, se glissèrent comme des ombres au milieu des bois colorés des reflets de l'automne, jusqu” à une ville d'Onontagués, palissadée et bien gardée. Une attaque soudaine et furieuse fut repoussée ; les leçons de prudence et

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de savoir-faire que Champlain avait prodiguées à ses guerriers aussi étourdis que braves ne furent point écoutées ; un second assaut eut le nénc résultat. Ayant lui-même reçu des blessures, son prestige se dissipait manifestement et les Hurons se découragèrent. On attendait des renforts qui ne vinrent pas, de sorte que, cinq ou six jours plus tard, l’armée reprit en toute hâte le chemin du retour, portant un chef qui souffrait autant de ses chagrins que des plaies de son corps. On netint pas compte des promesses qu'on lui avait faite de le reconduire à Québec ; il lui fallut hiverner au milieu des tribus. Avec lui, toutefois, il y avait un prêtre récollet le Père LeCaron, et

Champlain occupa ses loisirs À aider l'établissement d’une mission, à

visiter les peuples alliés et à raccommoder les différends qui s’élevaient entre Algonquins et Hurons. Au printemps, il retourna à Québec et fut bien accueilli de ceux qui avaient désespéré de le revoir jamais. Ce fut sa dernière longue course d'exploration ou de guerre. En 1620 les Iroquois se répandirent par bandes autour du fort de Québec et du couvent de pierre des récollets sur la rivière Saint- Charles, mais ils ne purent que semer la terreur, et s'emparer de quelques Hurons dont un fut torturé jusqu'à la mort sous les yeux épouvantés des religieux de Saint-Charles. Un peu plus tard, Champlain eut à étouffer une conspiration ourdie contre Québec parmi les Algonquins Montagnais qu’il avait largement soulagés et aidés mais dont la mauvaise foi le révolta. Bien qu'il ne fit plus de campagne active contre les Iroquois, il se tenait toujours sur le qui-vive à l'égard de ces Sauvages haineux et remuants; personne ne savait, d'un jour à l’autre et d'année en année, à quel moment le cri de guerre ne retentirait pas sur un point quelconque de l’horison. De ce mal, que le brave Français avait fait naître en activant l'esprit hostile des Troquois, il sortit pourtant un avantage : les Hurons se rapprochèrent des Français, subirent l'influence des missionnaires et ceci devait être regardé par Champlain comme le plus grand de tous les succès,

Champlain, durant ses voyages, avait découvert les lacs Cham- | plain, Nipissing, Huron, Ontario, sans compter la rivière Ottawa et | ses tributaires. Il fut par excellence le pionnier de l’idée fräfiigaise dans ces immenses contrées qu’il rangea sous la domination de son | roi. C'était déjà beaucoup pour un seul homme, mais il accomplit À Ë bien davantage. De 1612 à 1629 et de 1633 jusqu'à sa mort arrivée à deux ans après, il gouvernait avec fermeté et sagesse la Nouvelle- France qu'il destinait à former un grand empire pour sa patrie et sa race. Durant son administration les difficultés furent immenses.

Non seulement il y eut les troubles avec les Sauvages et les colons réfractaires, mais de plus la conduit criminelle et le laisser-aller des I marchands de fourrures qui corrompaient les indigènes au moyen de L l’eau-de-vie et leur inculquaient des principes que ceux-ci avaient tou- À jours ignorés. La charge de vice-roi ou premier seigneur du Canada £ passait de main en main. Il n'existait aucune continuité de système ou de gouvernement. Les commerçants associés de Saint-Malo et de Rouen eurent la haute main quelque temps sous l'égide nominale du 34 L prince de Condé et s’efforcèrent, sans succès, de faire disparaître : Fe Champlain. Ensuite les deux frères de Caen, huguenots, obtinrent . 4 le monopole de la traite; il en résulta des chicanes religieuses qui À j tourmentèrent ce commencement de colonie déjà placé sous le casse- lc tête des Iroquois. Le duc de Ventadour qui succéda au titre, ne d tenait ni pour le trafic des castors ni pour la colonisation mais au " salut des âmes. Sous son patronage, les Jésuites envahirent le pays < b et se mirent à la poursuite des Sauvages jusque dans les repaires les 8! plus reculés de ces vastes territoires en grande partie ir connus. à Un autre changement s'imposa lorsque Richelieu fut au pouvoir. le Il renforça pour le moment la position de Champlain, fonda en 1628 fa la compagnie des Cent-Associés, dont Champlain était membre, la munissant d'une charte qui lui accordait le commerce et l'autorité sur : r

la Nouvelle-France, l'Acadie, Terreneuve et la Floride; proclama que

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DECOUVERTES ET EXPLORATIONS 4i

la colonie serait absolument une possession catholique et défendant d'y recevoir des colons protestants; obligea la cornpagnie à envoyer 6000 habitans dans l’espace de quinze ans ; et, comme cadeau spécial de la part du roi, il donna aux Cent-Associés deux petits navires de guerre bien armés. Mais tout cela ne servit à rien durant quelques années. Les hostilitiés s'étaient déclarées entre la France et l’Angleterre, la petite colonie, ne reçevant plus de secours, périssait de faim ou ne vivait que de racines des bois; en 1629 l'amiral Kirke entra dans le Saint-Laurent et prit Québec. Après le traité de Saint- Germain-en-Laye, la Nouvelle-France et l'Acadie furent rendues par l'Angleterre, Champlain rentra en fonction, l'établissement de Québec devint un centre religieux pour la conversion des Sauvages, le vagabondage fut supprimé et l'on soumit la trafic à l’ordre administratif. Tout annonçait une longue durée de paix et de prospérité. LA SALLE ET L'INTÉRIEUR

Le jour de Noël 1635, le seul homme qui pouvait mener à bien le nouvel état de chose mourut soudain en présence d’un horison rempli d'espoir, de promesses et de bonheur. Durant cinq années, antérieurement à cette date, sa brave femme avait vécu avec lui jusqu'à ce qu'il lui eut persuadé de retourner en France. Bien longtemps il était demeuré seul et il commençait à se créer un foyer domestique tranquille dans la colonie qu'il avait fondée, surveillée, soignée, comme fait une mère pour son unique enfant. Il avait combattu les Iroquois, résisté à l’insubordination des premiers immigrants, lutté contre les intrigues de cour et les influences religieuses, réprimé les commerçants de fourrures, avides et cruels, combattu l'invasion anglaise, et des ennemis encore pires: le froid et la faim. Il était resté vainqueur sur toute la ligne, mais, enfin il succombait devant la mort. Sa carrière présente un tableau frappant ; il mérite d’être regardé comme le héros non seulement du Canada français mais de tout le Canada, français ou anglais.

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En ces dernières années, d’autres, à part Champlain avaient pénétré dans les profondeurs du pays et pris connaissance des mers intérieures. Les Jésuites, les trappeurs et chasseurs français parcouraient les rivières, fréquentaient les rivages d'innombrables lacs —au sud, à l’est, à l’ouest du Saint-Laurent. Les uns recherchaient les âmes, les autres la pelleterie—mais tous s’ aventuraient dans les régions nouvelles et rencontraient les forces de la nature sous leurs plus sévères aspects. Nicolet vit le lac Michigan en 1634; le lac Erié fut aperçu par les Pères Chaumonot et Brébeuf en 1640; des coureurs de bois restés inconnus arrivèrent au lac Supérieur en 1659. Le Père Marquette et un commerçant de fourrures nommé Jolliete parcoururent le haut Mississipi pour la première fois en 1673 et se rendirent à la décharge des rivières Illinois, Missouri, Ohio. Nicolas Perrot, un hardi voyageur dont la longue carrière est remplie de scènes émouvantes, fut le premier blanc qui posa le pied sur le terrain où est Chicago, de même que, en 1671,le Père Albanel fut le premier Européen qui se montre. sur les bords de cette mer orageuse où le navigateur Hudson avait péri plus d'un demi siècle auparavant. Sept ans plus tard, le Père Hennepin, sortant des forêts profondes où il entendait des grondements mystérieux, se trouva en face du Niagara dont l'isolement théâtral et la splendeur naturelle l’éblouirent.

On avait ainsi fait de nombreuses découvertes vers la fin de la vie de Champlain et on fit davantage l’espace de cinquante ans après lui, pour apprendre la carte de l'Amérique du Nord. Toutefois c'était un ensemble immense et si vague, les renseignements restaient si diversifiés et éparpillés qu'il n’en résultait qu'une vue embrouillée de ce qu'était la position relative des Grands Lacs avec leurs innombrables satellites ou réseau de rivières dont les ondes tombaient dans le Saint- Laurent pour aboutir à la mer. Le rêve d'une route vers le Cathay ou les pays enchantés de l'Orient, miroitait encore dans l'imagination de plusieurs et même inspirait le vaillant La Salle lorsque, en 1682,

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après bien des courses, des dépenses personnelles pour des expéditions à la recherches des fourrures et autres explorations, il partit pour se rendre compte de l'embouchure du Mississipi, peut-être également des moyens de passer en Chine. Accompagné par Henri de Tonty, qui avait perdu la main droite à la guerre, La Salle traversa du lac Michigan à la rivière des Illinois et de là se rendit au grand fleuve inconnu. Comme ils descendaient le Mississipi, rencontrant les naturels, parfois conciliants, ailleurs hostiles, sur un parcours qui paraissait sans fin, ils passèrent de la saison d'hiver à la floraison du printemps, puis se trouvèrent au milieu des splendeurs de l'été.

Ils arrivèrent en triomphateurs aux bouches du fleuve et y procalmèrent que ces vastes régions appartiendraient à la France sous le nom de Louisiane. Ils reparurent tous joyeux à Québec en 1683. La Salle. un peu plus tard, fut reçu avec honneur à la cour. (Cependant, empoigné comme tous les découvreurs, par la fascination du spectacle grandiose de l'Amérique, il prépara une nouvelle et forte expédition et fit voile de France pour trouver par le golfe du Mexique l'entrée du fleuve, planter une colonie sur ses bords, afin d'en faire réelement un pays français comme il l'était déjà de nom. Ne pouvant s'orienter pour découvrir les passes, il débarqua son monde à quelques centaines de milles à l’ouest et partit à travers la forêt pour atteindre son but. Au milieu des solitudes, des marécages et des horreurs d’une pareille entreprise, ses hommes se mutinèrent, il fut assassiné.

Mais sa carrière prouvait une fois de plus le courage aventureux de sa race et avait contribué à agrandir les travaux de Cartier, de Champlain, des prêtres dévoués, des hardis voyageurs, des traiteurs de pelleteries, des jeunes gentilshommes chevaleresques, pour ouvrir à la France un chemin praticable vers la possession de cette partie du globe, en même temps qu'ils dressaient la carte de tout un continent.

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