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LES SAUVAGES D'AUTREFOIS ET CEUX D'AUJOURD'HUI

Autant qu'il est possible d'en juger à présent, le Sauvage d'avant Cartier n’était pas naturellement enclin à se montrer hostile envers les nouveaux venus et se sentait plutôt porté à les recevoir avec hospitalité. Il était très curieux et rempli de superstitions—deux traits de caractère que l'on aurait pu utiliser en faveur de la paix et d’une éducation meilleure. Hakluyt, dans sa narration du premier voyage de Cartier, attache beaucoup d'importance à cette complaisante générosité des naturels. Turnbull, dans son ouvrage sur le Connecticut, leur rend un hommage peu ordinaire chez les Américains en disant que les Sauvages sauvèrent la vie des premiers colons en leur fournissant du maïs et autres provisions de bouche. La même chose a été racontée d’autres parts, et en retour, l'homme civilisé pratiqua l'enlèvement, comme nous l’avons montré, Champlain usa d'agression, les habitants de la Nouvelle-Angieterre agirent avec dureté, les Espagnols exercèrent leurs cruautés dans le sud, Cortez et Pizarre commirent des horreurs sans non dans leurs courses militaires.

La nature de l’Indien, au temps où tout le continent lui appartenant, différait tellement de ce qu’elle est devenue au contact de notre civilisation qu'il est impossible de la reconnaître dans les apparences actuelles. S'il est vrai de dire que la question de leur origine n'a jamais été résolue, il existait des indices d'une descendance probable des tribus tartares émigrées des steppes de l'Asie centrale. Règle générale, ils étaient grands, minces, sveltes, de forme agile, avec la figure bronzée par le soleil, le vent, la pluie. L'expression était sévère, sombre, sans presque aucun sourire, Les pommettes des joues saillantes, les yeux petits, enfoncés, le regard tranchant comme l'éclair ; le front étroit, les lèvres épaisses, le nez presque écrasé, les

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cheveux raides et gros. Chez eux, les sens de la vue, de loue, de l'odorat, du toucher étaient développés comme une sorte d’instinct sauvage qui parut surnaturel aux premiers voyageurs blancs, et que l'on retrouve décrit avec vivacité dans les admirables romans de Fenimore Cooper. Leur costume consistait en peau de chevreuil, avec moccasins, colliers de wampun et coquillage, ornements de plumes, griffes d'animaux ou chevelures ennemies ; ils aimaient à se barbouiiler la figure et le corps de vermillon. Leurs flèches, leurs haches de guerre, leurs couteaux à scalper semèrent bientôt la terreur parmi les Européens, mais ceux-ciles enveloppaient graduellement et, d’un siècle à l’autre, parvinrent à les repousser, à les déposséder du sol ainsi que eux-mêmes, longtemps auparavant, avaient dû chasser des races plus anciennes dont les tumulus et villages enterrés nous révèlent ce curieux passé, sur tous les points de l'Amérique.

La chasse et la pêche étaient les occupations de ces Arabes de nos déserts ; la bataille leur passe-temps. A cause de cela, des résidences fixes et permanentes n'étaient pas en usage, excepté chez les Hurons et les Iroquois, de sorte qu'ils menaient une continuelle vie errante. En fait de croyance religieuse il n'y avait qu’un mélange de choses douteuses. Champlain nous informe que les Micmacs de l'Acadie n’avaient aucune idée de dévotion ni des cérémonies superstitieuses. Certaines tribus des bords du Saint-Laurent lui assurèrent que chaque homme porte son dieu en lui-même auquel il rend ses devoirs en silence. Toutefois, ils semblent avoir adoré un être quelconque, soit l'esprit du mal, soit le génie du bien, la divinité des tempêtes, le dieu de la guerre, le démon de la montagne ou celui des eaux.

Selon eux l'air qui les environnait était peuplé de génies favorables ou malfaisants; de là leurs sorciers, qui exploitaient ces croyances pour contrôler les génies des vents, de la famine, des épidémies, ou de la mort que leur imagination ardente avait seule crées. À ces

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prêtres étranges, dont la foi variait sans cesse, ils confiaient le soin des malades, mais on ne saurait douter que grâce à l'expérience, et à la nécessité qui est la mère des inventions, des remèdes efficaces étaient entrés dans la pratique dès avant l’arrivée des blancs. On avait une confiance extrême dans les songes. L'art oratoire valait presque autant que la bravoure; les harangues qui nous sont parvenues renferment souvent des modèles de précision, de brièveté et de force, avec, ici et là, une note provenant d’une chaleur factice. Le moral de nos Sauvages était bien supérieur à celui de la plupart des peuples indigènes. Ils n'avaient qu’une femme, qui faisait presque tout l'ouvrage et prenait sa grande part des misères et des souffrances de la vie, mais ils ne la maltraitaient pas mal à propos: tous deux restaient fidèles l’un à l’autre. Après l’arrivée des blancs ceci changea, par malheur; néanmoins, dans toutes les guerres qui suivirent, les femmes de race blanche qui tombèrent aux mains des Sauvages n'avaient à craindre que l'enlèvement de la chevelure; en pareils cas, l’histoire nous dit que ni les femmes ni les enfants ne subissaient d'autres tortures.

Les coutumes et le caractère des aborigènes étaient surtout dirigés dans le sens de la guerre. Un conflit entre deux tribus ou nations rivales éclatait sous les prétextes les plus futiles, ou naissait de l'ambition d’un individu remuant. Lorsque la hache était déterrée, il y avait des manifestations de folle joie, des danses extraordinaires, des harangues éloquentes, des invocations multiples, des sacrifices, des festins, des défis sans fin, des bravades étourdissantes. Après cela, calme absolu, préparatifs secrets, départ de nuit, laissant les femmes, les enfants, les vieillards attendre avec patience, ennuis et longueur de temps, le retour des braves. Parfois, l'expédition ne revenait pas, mais à sa rentrée avec des chevelures et des prisonniers, es clameurs reprenaient avec accompagnement de tambours, de chants

hurlés qui formaient comme un enfer de bruits. Alors venaient les

épouvantables tortures des captifs, imposées avec plus ou moins de rigueur, selon la qualité des sujets, mais toujours supportées avec une fierté et une fortitude stoïque. Tels étaient les Sauvages que Champlain rencontra et que ies Français combattirent durant plus de cent ans de luttes intermittentes.

Ainsi étaient également ceux qui, tout en variant quelque peu, se trouvaient répandus depuis le lac Supérieur à travers l'extrême ouest et au nord jusqu’à l'océan Pacifique, et dont nous connaissons peu de chose. lis étaient grands chasseurs et devinrent d'excellents cavaliers par la suite. Les Dacotahs ou Sioux, étaient une nation d’alliés, ressemblant aux Iroquois sous plusieurs rapports et couvrant ia région sud du Manitoba et de l’Assiniboine. Avec eux et aux environs, se trouvaient les Cris, les Assiniboines; au nord les Chippewayans ; autour de la baie d'Hudson et des lacs du nord étaient éparpnillés d’autres Chippewas. A l’exception des Sioux, ces tribus n'étaient pas apparemment aussi guerrières que celles de la partie la plus centrale du continent, et lorsque la colonisation les envahit, elles se montrèrent beaucoup plus dociles et, graduellement, se mêlèrent avec les blancs comme le prouvent les métis du nord-ouest. Dans la Colombie Britannique et l'extrême nord, les Sauvages étaient décidemment une race inférieure aux autres—ce qui dépendait peut-être de l’influence du climat et des conditions diverses de la vie dans ces milieux différents. Au contact des Européens, ils ne firent que se dégrader, quoique, par la suite, on soit parvenu à les christianiser. Les Têtes- Plattes, les Haïdas, les Mitkas et les Chinooks à présent éteints, formaient les principales divisions et la plupart de ces peuples etaient parents des Chippewayans des plaines de l'Est.

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