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LES IROQUOIS ET LES FRANÇAIS

Lorsque les Français s'établissaient le long du Saint-Laurent, au XVII siècle, ils ignoraient quels étaient les Sauvages des profondeurs de l'Amérique qui chassaient le buffle des grandes prairies, ou

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qui se cabanaient au bord des puissants cours d’eau regorgeant de saumon sur la pente des Montagnes Rocheuses qui regarde le Pacifique. Les colons de France avaient assez à faire avec les aborigènes qui les entouraient. Les guerres de surprises, les traits d'héroïsme de part et d'autre, qui se succédèrent après la mort de Champlain constituent une page d'histoire inoubliable. Montréal fut fondé en 1642 par Le Royer de la Dauversière et Jean-Jacques Olier et eut pour gouverneur un homme de courage, une main de fer, le sieur de Maisonneuve. Ce lieu devint un nouveau point d'attaque pour les Iroquois qui en étaient arrivés à accroître leurs forces, à nourrir plus de confiance en leu.’ étoile et que les Hollandais du fort Orange (Albany) armaient de fusils pour la première fois. Les annales des vingt années qui suivirent valent un poème épique par les souffrances, le courage, la constance de la petite population blanche de Ville- Marie—nom qui fut d'abord imposé à Montréal—aussi bien que dans les autres postes de la Nouvelle-France.

Les rivières servaient de routes aux bandes des ennemis montées sur leurs légers canots d’écorce; chaque sentier de la forêt donnait passage à l’Iroquois qui allait commettre un assassinat ou torturer Celui-ci se tenait aux aguets dans les lieux les plus inattendus ; il se cachait silencieux près des dernières maisons de Ville-Marie ou de Québec, et

y attendait avec une patience à toute épreuve, la sortie de quelque

quelqu'un ; chaque arbre se changeait en guerrier sauvage.

colons ou d’une femme qu'il pourrait surprendre. Les partis de Français qui voyageaient avaient besoin d’être nombreux et bien armés ; dans les paroisses, le seul asile était le fort palissadé. Le trafic des fourrures n'allait plus. En 1649 les Hurons furent écrasés, dispersés, les missions des Jésuites anéanties ; les Iroquois atteignaient l'apogée de leur puissance. Ravagés en tous sens par leurs ennemis comme par un cyclone des plaines de l’ouest, les villages

hurons disparurent et leurs habitants s'échappèrent dans toutes les

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directions se rendant jusqu’à Ville-Marie et Québec pour raconter le désastre et les massacres dont ils avaient été témoins.

Cette crise arriva au paroxysme de 1650 à 1660. Les murailles de pierre des couvents ne suffisaient plus à protéger les personnes ; les religieuses cherchèrent un refuge au cœur de la bourgade. Les Iroquois tuaient et scalpaient les gens autour de Québec et de Montréal en toute liberté. La France n'envoyait à peu près aucun secours; une maladie épidémique compliqua la situation. Malgré l'intrépidité de la race française, il n’y avait pas moyen de résister à une pareille série de calamités et l'on vivait sous un nuage noir en attendant la destruction finale. Ceux qui pouvaient s’en retourner en France partaient, laissant les autres accrochés à leur dernière espérance, Dans le ciel même se montraient des signes menaçants. Le gouverneur d’Argenson, reculant à la vue de toutes ces misères, demanda son rappel, parcequ'il se sentait incapable d'y remédier. Enfin, au printemps de 1660, on apprit que les Iroquois avaient combiné un plan général d'attaque destiné à faire disparaître les blancs et rendre prépondérante la puissance des Cinq-Nations. Des centaines de guerriers se donnèrent rendez-vous plus bas que Montréal, d'autres sur l'Ottawa, et l’on comprit que cette coalition, la plus formidable qu'on eut encore vue, allait d’abord frapper coup sur Ville-Marie.

La situation se dessinait dans toute son horreur lorsqu'il survint un événement qui a reçu à juste titre le nom de Thermopyles du Canada et qui brille au premier rang de l’histoire parmi les actes de courage et de sacrifice. Daulac des Ormeaux jeune gentilhomme imbu de l'esprit d'aventure et dévoré du désir de se faire une réputation, commandant la petite garnison de Ville-Marie, s'offrit pour conduire un détachement de jeunes gens sur l'Ottawa afin de briser la chaîne des Iroquois avant qu’elle n'eut entouré la bourgade au désespoir. Il attira à lui seize volontaires recrutés parmi la jeunesse,

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Après avoir fait leurs testaments et communié, les vaillants soldats dirent un adieu solennel à leurs connaissances et prirent la route du Saint-Laurent; au dessus du lac des Deux-Montagnes ils arrivèrent à une espèce de fort abandonné que les Algonquins avaient construit l'année précédente avec des troncs d'arbres pour se défendre contre une attaquz= possible.

sept Français, un chef algonquin, cinq Hurons—et, dans cet état précaire, ils se défendent durant trois semaines contre des centaines d'Iroquois, la fleur des guerriers de cette race, qui livrent assaut sur assaut à leurs faibles retranchements, et s'y acharnent de jour en jour, avec toute l’habileté que l'expérience de ces sortes de guerre

pouvait inspirer.

de la fatigue, de la famine, du manque de sommeil, des blessures et des pertes qu’elle subissait.

des ennemis, et l'heure arriva où la garnison n'avait pour ainsi dire plus aucun abri. Alors, comme il ne restait que cinq hommes vivants pour la défense, tous couverts de blessures, il survint aux Iroquois un puissant renfort, et la place fut emportée.

La leçon était terrible pour les Iroquois. On sait que la bravoure et le courage étaient à leurs yeux des qualitiés suprêmes, aussi furentils de nouveau frappés de respect envers les blancs, comme ils l'avaient été autrefois —un sentiment qui s'était évanoui à mesure que la dictée des Ordres religieux avait supprimé l’ardeur martiale des Français, et en raison aussi de l'absence des troupes qui rendait impossible toute opération offensive de la part de la colonie. Ils se disaient: si

en sus un certain nombre de Hurons—ceux-ci, d’ailleurs, l’abandon-

HEROÏSME DE DAULAC

Les voilà donc arrêtés en ce lieu—dix-

La petite bande se battait en désespérée, en dépit

Graduellement, son nombre diminuait, en même temps que s’empilaient autour de la palissade les corps

Quatre Français périrent dans cette attaque finale; un seul, resté debout, fut pris et réservé aux tourments ordinaires.

dix-sept Français peuvent tenir en échec 700 de nos meilleurs hommes durant près d'un mois et en tuer un grand nombre, que ne ferait pas la population toute entière de Ville-Marie! Cette masse de guerriers reprit le chemin de ses villages et la quiétude reparut parmi les blancs. Six ans plus tard, durant l'hiver de 1666, de Courcelles, gentilhomme hardi mais téméraire, gouverneur de la colonie, entreprit de conduire une expédition jusqu'aux rives Jointaines de la rivière Hudson dans le but de châtier les Agniers (Mohawks) le groupe peut-être les plus brave des Cinq-Nations. Il partit avec 300 soldats et 200 Sauvages alliés. N'ayant pu rejoindre l'ennemi, il revint après un voyage des plus difficiles et des plus durs, sans compter la perte de soixante hommes tués par les Iroquois qui le suivaient dans sa retraite. L'automne de la même année, une autre expédition réussit mieux ; les bourgades des Agniers furent détruites et leurs approvisionnement enlevés ou brûlés. Ce deux campagnes faisaient honneur aux qualités militaires des Français et, en plus, considérant les distances franchies par les troupes, induisirent les Iroquois à respecter leur ennemi traditionnel qui avait le bras si long.

Durant les quatre-vingts ans qui suivirent, l’histoire des Sauvages, en tant que la Nouvelle-France y est concernée, fut une succession d'attaques et de contre-attaques à main armée aussi bien que de complots et de contre-conspirations. Toujours et partout, les Iroquois avaient été les ennemis mortels des Français et ils devinrent, par un calcul de sauvages aussi bien que par un raisonnement naturel, de plus en plus les alliés des Anglais. Leur diplomatie imagina de tenir la balance du pouvoir entre les deux grandes races blanches rivales, pour aider l'une à détruire l’autre et prendre part eux-mêmes à cette dernière partie du programme. Les Français avaient aussi des alliés parmi les nombreuses tribus algonquines et les restes dispersés des Hurons.

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La lutte continuait de la sorte. Le gouverneur Denonville, en 1687, envahit les terres des Senecas avec deux ou trois mille hommes et les ravagea le plus possible. Son expédition est demeurée mémorable par un act de trahison non seulement mauvais en principe et en fait, mais désastreux comme résultat olitique. Il invita plusieurs chefs à une conférence pour fumer le calumet de la paix au fort Frontenac, poste avancé sur le Saint-Laurent. On les captura par surprise et ils furent envoyés en France pour y périr dans une lente et triste agonie sur les galères du roi. Les villages de ces peuples passèrent par le feu; leur bétail, pourceaux, maïs, etc., furent anéantis et la population chassée sans merci à droite et à gauche, de manière qu’elle ne put jamais se rétablir.

C'était un triomphe militaire mais il eut pour résultat d’unir instantanément tous les Iroquois dans un rapide et vigoureux mouvement contre la Nouvelle-France. Ils se glissèrent par petits détachements, comme des ombres vengeresses, autour des habitations qu'ils réduisirent en cendres, après avoir enlevé des victimes et torturé d'autres pauvres captifs, sur tous les points de la calonie. Ces coups furent si rapides que Denonville, incapable de les parer, demanda la paix. On ouvrit des négociations mais elles furent interrompues par l’une des plus habiles et des moins scrupuleuses manœuvres ou intrigues dont parle l’histoire des guerres sauvages. Kondiaronk, appelé aussi Le Rat, était chef d’une petite tribu de Hurons de Michillima. kinac qui avaient aidé Denonville dans son invasion du pays des Senecas. Il se rendait compte du danger de voir ses gens livrés aux Iroquois du moment où, par le cessation des hostilités, l'égide des Français leur manquerait, et il combina un plan pour continuer la guerre, Se mettant en embuscade sur le chemin que les délégués des Cinq-Cantons devaient suivre pour se rendre à Montréal, il tomba sur eux à l'improviste, en tua un et fit le reste prisonniers—au nom du gouverneur! Lorsqu'ils lui dirent qu'ils avaient été convoqués pour

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une mission pacifique, il feignit de prendre en horreur la trahison de Denonville, les renvoya chargés de présents et le cœur rempli de haîne contre cette nouvelle duplicité des Français La première avait été l'enlèvement des chefs au fort Frontenac; Denonville en recevait la punition et ‘la paix était morte” selon le mot de Kondiaronk.

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