LE POUVOIR ET LE PROGRES
Durant ce temps, des établissements français se formèrent graduellement dans cette partie du Canada à présent appelée Ontatario et arrosée du sang des Jésuites des missions huronnes. Vers la fin du dix-huitième siècle, un certain nombre de colons écossais et de loyalistes se dirigèrent dans ses endroits. À Sandwich, qui n'est pas loin de la ville de Détroit, un certain nombre de Français s’établirent
après la conquête; quarante ans plus tard, des Highlanders catholiques se postèrent dans le comté de Glengarry, sur les rives du Saint-Laurent. En 1803, ils furent rejoints par Alexandre Macdonell, le père de l'Eglise catholique dans le Haut-Canada. De même que son prototype Mgr. de Laval, et son collègue Mgr. Edmund Burke qui s'en alla de Sandwich à la Nouvelle-Ecosse, le père Macdoneil ne craignait ni fatigues, privations ou travail, dans l’œuvre des missions de l'Eglise. Consacré évêque du Haut-Canada en 1820, il vécut encore 19 ans, aidant toujours au progrès de son église dans cette province, continuant à déployer le même intérêt et le même zèle qu'il avait manifestés dès le début des établissements religieux. En 1836, il écrivait à sir Francis Bond Head, gouverneur de la colonie, lui montrant avec orgueuil ce qui avait été accompli durant son épiscopat de pionnier. Cette œuvre comprenait trente-trois églises et chapelles, l'avancement de l'éducation—en grande partie à ses propres frais—vingt-deux prêtres en exercice, et une dépense de 13,000 louis sterling de ses revenus, ainsi que d’autres montants reçus d'amis à l'étranger. L’extrait qui suit est en réponse aux attaques portées contre Mgr. Macdonell, devant l'assemblée législative, et donne un aperçu des affaires de ce temps: “ En entrant dans mes devoirs épiscopaux, j'eus toute la province sous ma charge, sans aucun aide pendant dix ans. Durant cette période je voyageai par tout le pays, depuis le lac Supérieur jusqu'aux lignes provinciales du Bas-Canada, portant
les vêtements sacrés sur mon dos et quelques fois faisant usage du
canot d’écorce des sauvages. Je vécus avec ceux-ci, sans autre abri ni confort que leurs cambuses, leurs fourrures et les branches d'arbres que nous pouvions trouver. Je traversai les grands lacs et les rivières, descendant même les rapides du Saint-Laurent, dans l'embarcation frèle et dangereuse des aborigènes. Ces misères ne sont pas les seules que j'endurai parmi ces colons et ces immigrants. Que dire de mes rencontres avec les sauvages ; que dire de leurs misérables huttes,
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exposées de tous côtés aux intempéries des saisons et n'offrant pas le moindre confort au voyageur harassé !”
Durant les 160 années, comprises entre l’arrivée de Mgr. de Laval et la mort de l'évêque Macdonell en 1839, le progrès de l'Eglise romaine se manifestait aussi dans d’autres parties du pays. Des prêtres voyageaient par tout le grand nord-ouest administrant les sauvages ; mais ce n'est qu’en 1818, lorsque l'abbé N. B. Provencher fut consacré évêque et se dirigea vers les bords de la Rivière-Rouge, qu’un travail organisé commença dans ces régions. De là, l’œuvre des missionnaires fut continuée au milieu de fatigues pénibles, d'un froid intense et de privations de toutes sortes. Dans les provinces maritimes ou “Ja belle Acadie,” les Jésuites arivèrent très tôt. Le révérend Nicolas Aubrey fut le premier; il s’y rendit cinquante ans avant l'arivée de Mgr. de Laval à Québec. Les pères Quentin et Du Thet, Biard et Massé s’y rendirent après. Ensuite vinrent les Récollets et les pères franciscains ; en 1676 le père Petit fut le premier vicaire-général de l'Acadie. Sous le régime britannique l'abbé Edmund Burke qui avait travaillé avec un grand enthousiasme durant plusieurs années, fut fait évêque et vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse, en 1818. La population dans les premières années du siècle ayant été fortement augmentée par les Ecossais catholiques, l'Eglise agrandit son influence et son état numérique. Ce fut le fruit tardif du travail des Jésuites dans l'Amérique du Nord. Dans l’espace d’un siècle et demi une Eglise avait été finalement établie à Québec au milieu d’une nombreuse population toujours croissante ; ailleurs la religion se trouvait
dans les conditions les plus favorables pour son agrandissement futur.