EVENEMENT PATHETIQUE
Arrive maintenant l'événement pathétique et si longuement discuté que nous donne la version charmante et populaire de Longfellow. Les vertus des Acadiens se prêtent naturellement à une description poétique et le triste sort de ces gens leur attire une sympathie très large que le temps fait naître si souvent après les grandes infortunes. Si, d'un côté, le caractère attrayant, courtois et industrieux des Acadiens mérite d'être admiré, de l’autre on doit le condamner dans sa tendance en essayant d'épouser deux causes tout à fait opposées l’une à l’autre. Si donc nous rêvons avec un sentiment sympathique aux beaux villages du bassin des Mines et de la Grande Prée et leur jolies petites habitations, nous apprécions également les efforts continuels des soldats anglais qui les protégeaient et ceux du gouverneur britannique qui voulait partout y implanter l’allégeance à l'Angleterre. Néanmoins, il était visible que le nœud gordien devait être coupé : que l’on devait agir contre l'ennemi secret. Un dernier et vigoureux avertissement fut donné disant que l’on devait prêter serment, c'était une demande finale de se conformer aux exigences de la Couronne. On fit distinctement comprendre aux Acadiens qu'ils avaient à choisir entre l’allégeance à l'Angleterre ou l'exil. Ils acceptèrent cette dernière alternative, ne croyant pas que ces mesures seraient mises à exécution; de plus, ils se figuraient être exemptés de punition. De suite le gouverneur Lawrence avec fermeté et en secret, compléta ses arrangements. Le colonel Winslow et des troupes de la Nouvelle-Angleterre surveillèrent les opérations, lesquelles furent exécutées soudainement dans l'été de 1755. Peu de mois après au delà de 6000 Acadiens avaient été transportés des Mines, Piziquid, Annapolis et Chignecto, à divers endroits dans les colonies britanniques
du sud—quelques uns avaient pris la direction de l'Angleterre et des Indes Occidentales, On s'efforca de ne point diviser les familles et de leur conserver ce qui leur appartenait. Nécessairement ils éprouvèr-
ent de grandes privations et des souffrances ; il y eut des épisodes romantiques et pénibles ; des scènes de regrets amers Le joli et
historique village de la Grande Prée devint la proie des flammes; la Nouvelle-Ecosse était finalement britannique dans toutes ses parties Le gouverneur Lawrence, dans sa lettre aux gouverneurs des autres colonies, parlant de cette expulsion, expliqua assez raisonnablement ce qu'il a fait, dans les termes suivants :
“ À ceux qui n'avaient pas ouvertement pris les armes contre nous j'offris de les laisser en possession de leurs terres pourvu qu'ils prétassent le serment d’alléceance sans restriction aucune. Presque unanimement, et avec audace, ils refusèrent cette offre. En agissant ainsi, alors que nous avions une grande flotte de vaisseaux de guerre dans le port, et des troupes nombreuses dans la province à quoi s'attendre, voyant l'hiver à notre porte qui nous enlèverait l'usage de ces vaisseaux et des troupes, lesquelles étaient de la Nouvelle- Angleterre engagées pour peu de temps, à quoi s'attendre après qu'elles seraient retournées chez elles.”
Cependant le fait existait et il parait avoir été un des incidents d'un vaste projet l'expansion de l’empire—qu'un gouverneur isolé, exécuta au meilleur de ses connaissance dans une situation difficile.
Les années se passèrent et les événements qu'elles apportèrent mirent le pouvoir britannique à l'abri de tout complot ou toute attaque des Français. On laissa revenir tranquillement les Acadiens à leurs demeures, et rebâtir les autels de leurs pères. Aussi, d'après le recensement de 1891, dans les provinces canadiennes de l'Atlantique,
on comptait au delà de cent mille Acadiens, de loyaux, gais et prosnères sujets britanniques.
UELLE vaste et splendide mise en scène la nature avait disposée pour servir de panorama aux guerres de la France et de l'Angleterre dans l'Amérique du Nord! Au milieu
des sombres massifs d'arbres qui formaient comme une forêt sans fin sur des espaces de plusieurs centaines de lieues en largeur et en longueur, à la rencontre de myriades de lacs et de rivières, autour des mers intérieures qui se déversent dans le Saint-Laurent pour atteindre l'Atlantique, des troupes d'hommes armés marchaient en tous sens et le bruit du canon se répercutait dans ces immensités, domaine exclusif jusque là des animaux sauvages et des tribus errantes en liberté.