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RECLAMATIONS ANGLAISES ET FRANÇAISES

Il est vrai que l'Angleterre n'a jamais abandonné les prétentions étendues et assez nuageuses qu’elle basait sur les découvertes de Cabot, de même que la France persistait à s'appuyer sur les explorations de Verrazano, mais dans le premier cas les réclamations servirent comme d'expédient pour mettre un frein à l'ambition de l'ennemi, ou pour se procurer des équivalents ailleurs, au cours de certaines négociations, plutôt qu'on ne les employa parceque la Grande-Bretagne désirait réellement se créer un empire dans le Nouveau-Monde. De là vient que la colonisation a eu pour pivot le colon lui-même,

selon qu'il se trouvait apte à la dure existence du pionnier, ou qu'il était porté vers les aventures, entrainé par le jeu et les incertitudes

au commerce, ou la course dans les solitudes de l'intérieur du continent. À cet égard, la France prit de suite la têteet, à travers les pro fondeurs de ces territoires dont personne ne connaissait le bout, ses voyageurs, trappeurs, coureurs de bois, traiteurs, s’ éparpillèrent autour des lacs, des rivières, des forêts quasi impénétrables, vivant de chasse à l'instar du Sauvage, et portant toujours en avant le drapeau de la France.

Du nord, au sud du Saint-Laurent, remontant jusqu'à la Baie d'Hudson, descendant aux tributaires du Mississipi, ils ont pénétré partout, aidés plus ou moins par les grandes compagnies de la traite des fourrures dont la fortune variait suivant l’état de la politique et de la ville de Paris et le hasard de la guerre en Amérique. La compagnie de Saint-Malo, en 1599, puis de Monts et Champlain après 1603; la compagnie de Rouen formée par Champlain en 1614, et sa rivale, celle de de Caen, en 1620; celle de Montmorency, fusion de ces deux dernières en 1622; la fameuse compagnie des Cent-Associés, qui gouverna la Nouvelle-France de 1627 à 1663; la compagnie des Habitants, en 1645; celle du Nord, établie à Québec en 1682, surtout pour le commerce de la baie d'Hudson, et quantité d’autres compagnies, toutes imbues d'un esprit d'ambition et d'aventure sans bornes, fournissaient l'occasion favorable à certaines gens de s'enrichir, à d’autres le moyen d'étendre leur puissance.

Parmi ces chasseurs et ces traiteurs—dont plusieurs de familles nobles et de haut rang—on peut aussi mentionner les Jésuites, dont l'occupation était de travailler au salut des âmes et à l'expansion de la France dans les forêts de l'Amérique. Ils étaient les devanciers de l'empire, en même temps que les pionniers de la religion; ils contribuèrent beaucoup à l'avancement des intérêts du roi Très-Chrétien, Ils auraient fait d'avantage, s'ils n'eussent introduit dans leurs

conseils séculiers l'esprit sectaire, toujours si désastreux lorsqu'il s'agit d'une union de forces vers un même but.

Vu le manque de zèle, d'énergie et d’ardeur, les établissements s'agrandirent avec lenteur sur les côtes de l'Atlantique, et sur celles de Terreneuve les affaires des pêcheries sc développèrent aussi lentement. Cependait dans le sud, l'Espagne s'emparait de la Floride, du Mexique, de Cuba, de certaines îles des Indes Occidentales, et des Bermudes. De plus, il y avait absence d'unité d'esprit et de caractère entre les puritains du Massachusetts et les cavaliers de la Virginie, sans oublier les établissements hollandais de New-York, qui devaient finalement devenir anglais d’allégeance et de nom. Mais le peuple anglais était doué d’un esprit colonisateur naturel, et voyait l’importance toute-puissante du commerce. Ce n'était pas là les principes qui eussent rendu possible une migration vers la Nouvelle- France, tant que se présenteraient les occasions de guerroyer et la perspective d'une vie d'aventure, Les anglais envoyaient fermement des colons désireux de se créer des foyers ; ils étaient parfaitement disposés à courir les chances de la guerre ou les risques d’une vie de frontière. Les Français construisaient des forts, entraînaient des soldats ; ils excellaient dans l’art de la chasse et poussaient très loin l'esprit de sacrifice au sentiment religieux. Les anglais construisaient des demeures, créaient des villages et développaient le commerce ; quant au reste, il ne s’en occupaient guère, sachant que le temps leur assurerait un te .itoire pacifique et des établissements libres. Le résultat sous de telles conditions, quoique caché pour le moment, devenait inévitable, lorsque la ligne des colons anglais aurait une bonne fois poussé ses jalons au nord, à l’est et au sud.

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