‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 60 sur 289 · PREUVES DE L'AGRANDISSEMENT DE L'INFLUENCE ANGLAISE · texte numérisé non relu

PREUVES DE L'AGRANDISSEMENT DE L'INFLUENCE ANGLAISE

L'expédition d’Argall en Acadie, en 1612, et sa conquête de Port-Royal, sont déjà des preuves évidentes de cet agrandissement,

et un premier pas dans la nouvelle direction. Puis survinrent l'octroi de toute l'Acadie par le roi Jacques I" à sir William Alexander, en 1621 ; les tentatives de ce dernier pour y établir une colonie deux ans plus tard; l’insuccès qu'il subit à cause des établissements français. En 1628, Charles [°° avait confirmé cet octroi. La guerre venant d'éclater contre la France, en faveur des huguenots, il envoya une expédition s'emparer de la Nouvelle-France ; l'on croyait que dans le vaste territoire de celle-ci, aux délimitations douteuses et de grande étendue, l’'Acadie était comprise. L'amiral Kirke et sa flotte arrivèrent dans le Saint-Laurent, et pour la première fois le pavillon anglais flotta au grand mât d’un bâtiment sur les eaux de ce fleuve géant. La situation de Champlain dans son poste fortifié sur les falaises de Québec, était déplorable. Il n'avait pas d'approvisionnements ; peu ou point de soldats à :a disposition, et une bien faible espérance d'avoir du renfort d'outre-mer; toutefois il refusa de se rendre à la sommation qui avait été envoyée de Tadoussac. L'amiral anglais rencontre à l'embouchure du Saguenay, urie flotte française envoyée au secours de Champlain. Il en captura une partie et détruisit l’autre. Satisfait de ce succès, il retourna en Angleterre, puis revint l'année suivante, alors qu'il trouva Québec épuisé par la famine dans la nécessité de se rendre. Durant les trois années qui suivirent la Nouvelle- France resta entre les mains des Anglais et ils tirèrent avantageusement partie du commerce des fourrures ; en même temps, la colonie écossaisse de Port-Royal en Acadie faisait des progrès satisfaisants. Finalement le traité de Saint-Germain-en-Laye, en 1632, rendit ce grand domaine de l’Acadie à la France, en échange d’une île à sucre, dans le Pacifique, et en payement de la balance due sur la dot de l'épouse du roi d'Angleterre. C'était le commencement d’une série d'événements variés: guerres, paix simulées, rivalités, concurrence, intrigues, cabals, massacres et politiques des Sauvages. L'ambition des chefs français--Champlain, Frontenac, Vaudreuil, Montcalm—

perçait a travers ces nuages de guerres, de troubles et de corruption dans la Nouvelle-France ; leurs but commun était de créer un grand empire français en Amérique. Ce fut une longue lutte entre les colonies de l'Angleterre et celles de la France, mais ceci ne marchait pas toujours d'accord avec les relations que les deux couronnes entretenaient ensemble. Cependant, il y eut une assimilation en ce genre lors des guerres européennes, telles que celles de 1666, du roi Guillaume en 1689-97, de la succession d'Espagne en 1702-03, de la succession d'Autriche en 1742-48, ou la guerre de Sept Ans, 1755-63.

Mais avant et après ce que l’on peut appeler guerres orthodoxes, il y eut plusieurs soulèvements dus à des différends locaux et à l’implacable rivalité de races. Le premier de ces troubles fut celui de l'Acedie dont nous avons déjà parlé et qui fit ressortir les dispssitions naturelles des divers groupes. Après les luttes de la Tour et Charnisay, en Acadie, et les incidents pittoresques et dramatiques qui s’y rattachent, le gouverneur Winthrop, du Massachusetts, éclaire la situation, en appuyant un des partis engagés dans la lutte. Répondant à quelqu'un qui s’opposait à son intervention sur le terrain religieux, il dit: “Est-il plus certain, juste et honorable d'oublier la Providence qui nous procure les moyens de secourir un voisin infortuné, ex même lemps que nous affaiblissons un ennemi dangereux. qu’il ne l’est de permettre à cet ennemi d'atteindre son but?” En 1644, un traité d'amitié et de paix, de peu de durée, fut conclu entre l’Acadie et la Nouvelle-Angleterre ; dix ans plus tard, l'expédition de Cromwell destinée contre Québec, expulsait avec l'aide reçu du Massa-hussetts, les Français de Saint-Jean et de Port-Royal. C'était une période de complications déplorables dans le royaume de F-ance ; on dit que les trappeurs et les chasseurs des forêts de l’'Acadie reconnaissaient pour leur souverain tantôt le lord Protecteur d'Angleterre, tantôt le futur Charles IT., ou Louis XIV. de France—quelques fois tous les trois,

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Jusqu'à. présent les hostilités entre les colons anglais et les colons français, n'avaient pas atteint ce haut degré d’acharnement très remarquable vers la fin du siècle, et intensifié par les guerres impitoyables contre les Sauvages, si même ces dernières n'en furent pas la cause première. En 1664les Anglais enlevèrent la Nouvelle- Hollande aux Hollandais, et la ville fondée par ceux-ci porta un nouveau nom: New-York. La Salle et le Père Hennepin avaient expluré la région du Mississipi et fortifié les droits des Français sur ce vaste territoire traversant le centre du continent. En même temps, les deux nations et leurs colonies s’efforçaient d'obtenir et de conserver l'alliance avec les Sauvages ainsi que de maintenir leur suprématie dans le grand commerce de fourrures de l’intérieur. En ce moment rappelons-nous que la puissance française rejetait dans l'ombre les Anglais en Amérique et faisait passer sous la domination de Louis XIV. la majeure partie de la région de la baie d'Hudson, l’Acadie, le Canada proprement dit, ou la Nouvelle-France, comme on appelait ordinairement cette contrée qui se contractait ou s’entendait curieusement de temps à autres, un bonne partie du Maine, des morceaux du Vermont et de la Nouvelle-York et toute la vallée du Mississipi. Il n'est donc pas étonnant que les habitants de la Nouvelle - Angleterre aient vu avec terreur l'expansion menaçante de ceux qu'ils considéraicnt sinon comme des ennemis naturels, du moins comme des ennemis héréditaires.

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