UNE LISIERE AGRESSIVE DE COLONIES BRITANNIQUES
Enfin, en 1700, le colonel Nicholson, un officier anglais distingué, organisa une expédition de navires et de troupes coloniales pour la capture de Quebec. Lorsqu'il fut prêt, cependant, la saison était trop avancée et il conduisit son expédition sur les côtes de l’Acadie où pour la dernière fois, le Port-Royal fut pris. On lui donna le nom d'Annapolis Royal. L’Acadie tomba facilement entre ses mains et, lorsque parurent plus tard cinq vaisseaux de guerre sous le commandement de l'amiral sir Hovenden Walker—portant un certain nombre des braves régiments de Marlborough pour la prise de la grande forteresse française du Saint-Laurent—il semblait réellement que le glas de la puissance française avait sonné en Amérique. Le printemps suivant, Walker fit voile de Boston pour Québec et Nicholson s'avança par terre jusqu'au lac Champlain.
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Mais le premier fit preuve d'une incapacité complète comme chef et comme officier, et après une série de mésaventures et de maladresses, il laissa la moitié de ses navires sur les récifs du Saint- ‘ Laurent et remporta en Angleterre les débris d’une réputation naguère enviable, Dégoûté et la rage au cœur, Nicholson retourna à Boston tandis que les églises de la Nouvelle-France retentissaient des chants de reconnaissance pour la délivrance inattendue du peuple en cette heure d’affaiblissement et de suprême détresse. Trois ans après vint la paix d’Utrecht et cette fois l'Angleterre ne rendit rien et reçut beaucoup. L'Acadie, Terreneuve, le territoire de la Baie d'Hudson et Saint-Kitts aux Antilles furent cédés par la France, bien que Île Cap Breton, alors connu sous le nom d'Ile Royale—l'îile Saint-Jean (maintenant île du Prince-Edouard) et autres endroits dans le golfe restèrent aux mains des Français. C'était réellement le commencement de la fin. Au lieu de restreindre et de parquer les colonies
anglaises, la Nouvelle-France était maintenant confrontée au nord, à
l'est et partiellement au sud par une lisière agressive de colonies anglaises dont la force augmentait. Cependant, elle tenait encore les portes des deux grandes routes maritimes et des immenses mers intérieures du continent et gardait précieusement les ressources de l'ouest illimité. L'avenir était loin de paraître désespéré. De là les complots parmi les Acadiens; la construction d'un fort solide à Niagara et d’un fort rival anglais à Oswego; la création des grandes fortifications à Louisbourg et les préparatifs pour défendre l'embouchure du Saint-Laurent contre tout venant et pour reconquérir l'Acadie ; les efforts pour coloniser les lointaines régions de l’ouest et les explorations de de la Vérendrye dans cette direction; la construction d’un fort français à la tête du lac Champlain—fameux plus tard sous le nom de Pointe à la Chevelure. Cependant la paix régna dans une certaine mesure jusqu’en 1749, alors que commença la guerre de la Succession d'Autriche, ce qui donna à l'Angleterre et à la
France l’occasion de se rencontrer de nouveau dans un combat mortel. En théorie, c'était l'accession de Marie-Thérèse au trône d'Autriche : en réalité, c'était un effort de la part de la France et de l'Espagne pour écraser l'empire colonial de l'Angleterre et balayer son commerce de la face du monde. Cet événement affecta immédiament et matériellement les affaires en Amérique.
Le gouverneur français de Louisbourg, dans le Cap Breton, se décida bientôt à s'emparer d'Annapolis, et dans se but il envahit la Nouvelle-Ecosse, prit possession de petits établissements et mit le siège devant la capitale anglaise. Pendant des semaines il maintint ses positions, mais le commandant, Paul Mascarene, était un chef vigoureux et résolu, et l’arrivée opportune de renforts força les Français à se retirer, Pour répondre à cette attaque, le gouverneur Shirley, du Massachusetts, organisa une expédition de 4000 cultivateurs et marchands, avec un petite flotte pour s'emparer de Louisboure— alors l’un des postes les plus puissamment fortifiés du monde entier et défendu par des soldats aguerris et disciplinés sous le commandement de Duchambon, un officier d’une haute réputation. William Pepperell, homme d'un grand courage, doué d'un talent très ingénieux mais dépourvu d'expérience militaire, fut chargé du commandement. Après s'être préparé en toute hâte et avoir marché avec rapidité, il arriva à Canso, un endroit peu éloigné de la forteresse, avec son expédition, et y fut rejoint par le commodore Warren avec quatre vaisseaux de guerre anglais. De bonne heure, le lendemain matin, l’armée de volontaires était devant la place qu’un officier français avait naguère représentée comme pouvant être défendue par une armée de femmes contre un assaut quelconque.
Les détails du siège qui s'ensuivit se composent d'incidents, d'attaques intrépides et vigoureuses, de canonnades incessantes, de sorties de la part de la garnison, lesquelles étaient continuellement repoussées et de l'assaut final couronné par la victoire. La reddition
donna lieu à des acclamations et à des réjouissances enthousiastes dans toute la Nouvelle-Angleterre, à un profond découragement dans la Nouvelle-France, et l’on prit à Paris la résolution de reconquérir cette place importante entre toutes. Deux grosses flottes furent expédiées dans ce but. L'une, composée de trente-neuf vaisseaux de guerre, subit des malheurs presque innombrables et dut s’en retourner avec seulement quelques restes d'hommes et de navires. L'autre, 1747, fut rencontrée au large du cap Finisterre, dans la Baie de Biscaye, et presque complétement anéantie par l'amiral Anson. L'année suivante, la paix fut conclue à Aix-la-Chapelle, et la France, qui en somme avait été victorieuse en Europe et avait enlevé à l'Angleterre les riches plaines de Madras, put recouvrer Louisbourg en échange de sa conquête dans l’Inde——au grand regret de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-York.
La paix, cependant, n'était que nominale. Les frontières de la Nouvelle-Ecosse offraient un sujet fécond de disputes continues en Amérique, tandis que Clive et Dupleix se livraient dans l’Inde à une guerre ouverte dont le résultat fut la victoire du premier. Dela Galissonnière était alors gouverneur-général sur les rives du Saint-Laurent, et toute son adresse et son activité étaient employées à affermir la puissance française. Il réclamait le Nouveau-Brunswick et l'Est du Maine comme territoire franco-canadien, maintenait des forts le long dela frontière de la peninsule néo-écossaise, traçait une ligne-frontièreen descendant la vallée de l'Ohio, et restreignait le commerce anglais dans toute cette immenserégion. Pendant ce temps, les Anglais fondaient Halifax amenaient des colons à la Nouvelle-Ecosse, expulsaientla majeure partie des Acadiens pour avoir intrigué avec les autorités françaises de Québec et s'emparaient du fort Beauséjour, sur la frontière de la province.