COMBATS DANS LES FORETS
Duquesne, qui succéda à de la Galissonnière, affermit la domina-
tion de la France dans l'ouest et fit valoir ses réclamations avec une
égale vigueur. Après l'insuccès d'une commission mixte qui siégea à Paris afin d'essayer à déterminer les limites de la région de l'Ohio, il construisit plusieurs nouveaux forts et renforça les anciens s'assurant en même temps l'alliance de nombreuses tribus indiennes de ouest. Afin de contrecarrer cette politique agressive, les colons au sud de la Nouvelle-Ecosse envoyèrent un protêt remarquable par un jeune homme nommé George Washington. Il fut reçu avec courtoisie mais n'obtint ni satisfaction ni résultats pratiques. Ils organisèrent alors la compagnie de l'Ohio dans le but de faire la traite dans la région contestée—avec ou sans permission—et construisirent un fort au confluent des rivières Monongahéla et Alléghany. Une expédition française l'eut bientôt détruit et en eut bientôt bâti un autre plus solide
nommé d’après le gouverneur de Québec. Le gouverneur Dinwiddie
de la Virginie, avec une égale promptitude, envoya une armée sous le commandement de Washington pour chasser les Français. Elle rencontra un faible contingent qui fut taillé en pièces, mais toute l'expédition se trouva plus tard entourée par l'ennemi en nombre tel qu’elle dut livrer les retranchements construits par Washington. On permit cependant à ce dernier de se retirer avec ses hommes et de retourner chez lui avec les honneurs de la guerre. Le fort Duquesne était toujours sauf entre les mains des Français.
En 1754, deux régiments anglais furent envoyés sous les ordres du général Braddock, tandis que la France envoyait une armée plus considérable sous les ordres du baron Dieskau, à la demande urgente du marquis de Vaudreuil qui était alors gouverneur-général à Québec. Les deux puissances protestaient contre l’idée de la guerre, tandis que Braddock complotait la réduction des forts Duquesne, Pointe-à-la- Chevelure et Niagara. L'été suivant, il conduisit une expédition de 2,000 soldats et miliciens coloniaux à travers les forêts à l’ouest du fort Duquesne. Cependant, dans les défilés de la vallée de la Monongahéla, son armée fut surprise par des Sauvages en embuscade et par
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un détachement d'environ 200 Français, lesquels sans être vus et sans être atteints par les balles tirées par ceux qu'ils attaquaient, firent tomber une terrible grêle de coups de feu sur ieurs ennemis impuissants. Braddock fut tué, Washington eut deux chevaux tués sous lui et ses habits furent criblés de balles. Enfin environ 600 soldats, honteux et battus, s'échappèrent de la scène du désastre. Une expédition projetée par le gouverneur Shirley contre Niagara fut aussitôt abandonnée, bien que le colonel Johnson, fameux parmi les Sauvages, réunit un parti de guerriers mohicans et de volontaires coloniaux et s'avança vers la Pointe-à-la-Chevelure. Le baron Dieskau, avec ses troupes françaises, rencontra les envahisseurs au lac George à quatorze milles de fort Edward—nouvelle fortifications angluise sur l’ Hudson. L’impétueux chef français rua ses hommes contre la barricade provisoire de bûches de bois et de canons anglaise qui barrait la route mais ce fut en vain, et ayant été lui-même grièvement blessé, puis fait prisonnier, son échec se changea en une déroute complète. Ainsi, en quelques années, deux commandants européens, de nationalités diverses, avaient été défaits pour avoir refusé de comprendre ou d'accepter les conditions particulières de la guerre en Amérique. Naturellement, Johnson avait maintenu sa position et, sans avancer plus loin, il se mit en devoir de commémorer la victoire en établissant un poste solide qu’il nomma le fort William Henry. Il fut plus tard eréé baronnet et vécut assez longtemps pour mêler son nom intimement aux relations subséquentes entre les Anglais et les tribus indiennes. Vers la fin de l’année 1755 et au commencement de la guerre de Sept Ans en Europe, les Français étaient donc triomphants dans l'ouest, repoussés en Acadie et tenus en échec sur le lac George. Dans la lutte finale pour la suprématie qui venait de commencer, l'Angleterre avait pour allié Frédéric-le-Grand de Prusse, et pour adversaires la France, la Russie, l'Autriche «et un grand nombre de petits Etats. Elle sortit glorieusement triomphante de ce conflict.
Sur les plaines de l'Indoustan et à travers les solitudes de l'Amérique, son drapeau flotta définitivement victorieux, tandis que l’infatigable
Frédéric soutenait sa lutte mémorable en Europe. Mais les premières années de la guerre en Amérique ne furent pas très brillantes. La défaite de Braddock avait laissé plus d'une colonie anglaise ouverte et plus ou moins sujette aux incessantes incursions des Sauvages. Des difficultés locales et des disputes constitutionelles—qui faisaient présager un avenir peu éloigné--surgirent dans quelques-unes des provinces et la Pennsylvanie, tout en se querellant avec son gouverneur, refusait de protéger sa propre frontière. Vers le mêmetemps, la France avait remporté dès le debut, des succès immédiats en envoyant le brave marquis de Montcalm commander ses troupes ; l'Angleterre avait fait le contraire en envoyant le comte de Loudoun et le général Abercrombie. Le chef et gouverneur français était à peine arrivé à Québec, en 1755, lorsqu'il commença les opérations en prenant et en detruisant le fort Oswego—la base anglaise pour une attaque projetée sur Niagara. Puis, il se hâta de remonter le lac Champlain et se retrancha dans le fort Ticonderoga. Grâce à ces mouvements rapides, il s’assura de l'ouest pour le moment et verrouilla les portes donnant accès à la région connue plus tard sous le nom de Bas-Canada ou province de Québec.
Durant ce temps-là, lord Loudoun parlait et ne faisait rien. En 1757, cependant, il partit pour Halifax en route pour attaquer Louisbourg, mais, contrairement à ce qu'avait fait le brave Pepperell dans une campagne précédente, il perdit des mois d’un temps précieux en préparatifs ostensibles—jusqu'à ce que la place eut reçu de puissants renforts et jusqu’à ce que vingt-deux vaisseaux de guerre fussent alignés pour protéger l'entrée de son port. Voyant que Loudoun était à des centaines de milles de distance, et comparativement inoffensif, s'amusant à jouer-au soldat, Montcalm sortit en toute hâte de Ticonderoga et assiégea le fort William Henry à la tête de 6000
hommes. Grâce à la couardise du commandant anglais du fort voisin (le fort Edward), qui avait 3600 hommes sous ses ordres, la garnison fut plus tard obligée de se rendre, sur promesse qu'elle ne serait pas molestée par les Sauvages, et avec la permission de se diriger sans armes sur le poste britannique qui se trouvait tout près. Mais Montcalm ne pouvait lier ses sauvage alliés, et à son grand regret, la forêt retentit subitement du cri de guerre lancé par les Indiens et le soi fut bientôt teint du sang des Anglais, hommes, femmes et enfants. À l'exception d'ordonner à leurs troupes de fusiller les Sauvages, Montcalm et ses officiers firent tout ce qu'ils purent pour empêcher la boucherie; mais le fait de n'avoir pas défendu ses prisonniers impuissants avec toutes les forces à sa disposition reste comme une tache sur le noble caractère et la belle carrière de ce commandant si estimable sous d’autres rapports.