LE TRAITE DE PAIX
Le 3 septembre 1783, à la suite de négrtiations prolongées à la
cour de France, qui ont valu aux plénipotentiaires anglais la réprobation
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bien méritée des historiens diplomatiques à cause de leur attitude d’indifférence et de leur politique d'abandon, le traité de Versailles fut duement signé. John Adams, Franklin et John Jay représentaient les Etats-Unis, et leur habileté combinée n'avait rien à craindre des roueries des diplomates les plus renommés. Dans cette circonstance ils n'avaient affaire qu’à une marionnette du monde diplomatique en la personne d'Oswald, homme vain, ignorant, sans connaissance des choses d'Amérique, et à en juger par sa correspondance avec Lord Shelburne, le premier ministre, sans souci du maintien de l'honneur britannique vis-vis des Loyalistes, ou des intérêts territoriaux de la Grande-Bretagne quels qu'ils fussent, était satisfait pourvu que le traité de paix fût conclu. Son collègue de la dernière heure, Vaughan, ne valait pas mieux, et leur successeur, Strathy, arriva à peine assez vite pour empêcher que Québec et l’Acadie fussent sacrifiés. L'opposition du roi Georges aux termes de ce traité et les reproches très vifs qu'il fit à Oswald, devraient assurer au vieux monarque quelque sympathie de la part des Canadiens de nos jours.
La Grande-Bretagne n'était pas à ce moment tant s’en faut à court de ressources ou d'esprit public. La ligue des puissances contre elle avait avivé le sentiment national, et si un homme d'Etat ferme et vigoureux avait été à la tête des affaires, le résultat final de la lutte aurait pu être bien différent, et à tout événement les bornes assignées à la nouvelle république n'auraient pas été celles qui lui furent données par le traité. Mais ses chefs voulaient avoir la paix, et ils entamèrent les négociations sans esprit de marchandage et dans l'espoir évidemment de regagner le cœur des Américains par leur générosité. Franklin demandait que le continent tout entier fut abandonné aux Treize colonies, et il exigeait surtout que Québec, avec son territoire mal défini, leur fut livré. Mais cela parut trop fort, même à lord Shelburne, bien que Oswald se fut déclaré disposé dans
ce sens et eût promis d'user de son influence pour amener son
Dr. ALEXANDRE ANTONIN TACHE Archevêque de Saint-Boniface, 1871-95
LE REVEREND Dr.R. A. FYFE
LE REVEREND Dr. SAMUEL S. NELLES
LE TRES-REVEREND Dr. FRANCIS FULFORD
Evêque de Montréal et métropolitain du Canada
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gouvernement à se rendre aux exigences des plénipotentiaires américains. Finalement, toute la riche vallée de l'Ohio, et la partie méridionale de ce qu'on appelait alors Québec, furent donnés en pur don à la république. On en a formé depuis nombre des Etats les plus prospères de l'Union américaine : le Kentucky, le Tennessee, l'Ohio, l'Indiana, l'Ilinois, l'Alabama, le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota. On commit l’enorme faute d'adopter pour frontière vers l'Est la rivière Sainte-Croix, introduisant ainsi un bloc de territoire étranger entre les provinces actuelles de Québec et de la Nouvelle-Ecosse, et privant le Canada d’un port hivernal par suite des concessions subséquentes de lord Ashburton, digne successeur d'Oswald et de Vaughan.
Il s'ensuivit une ère de paix, mêlée il est vrai d'amers ressentiments chez les Américains, de regrets et de souffrances parmi les Loyalistes’ qui avaient émigré vers le pays du Nord resté sous la domination britannique. Si nous jetons un regard en arrière il n’est pas difficile de trouver quelque excuse pour les hommes d'Etat (je ne dis pas les diplomates) qui abandonnèrent une si grande étendue de riches territoires dans le but dese concilier un esprit que à ce moment ils n'avaient pas encore compris, —rupture complète et finale, bien que même cent ans plus tard leurs successeurs ne s’en rendissent que fort peu compte. De même on conçoit facilement que ces étendues de pays avaient fort peu dé valeur pour l'Angleterre de cette époque, et que abstraction faite du point de vue sentimental du souverain, elles ne valaient pas les énormes dépenses qui avaient été encourues et le sang qui avait été versé à leur occasion. Fort peu d'hommes, grands ou petits, peuvent prévoir les choses un siècle d'avance. Et même, tout en regrettant le résultat en ce qui regarde le Canada, on se rend compte assez facilement du sentiment d'un grand nombre de personnes en dehors des Etats-Unis, qui pensent que ce don de territoires, et l'évolution subséquente de la république dans le sens militaire, ont été pour le mieux.
Le sort en était jeté, dorénavant l'histoire de la république naissante et celle de la future confédération, bien que se faisant côte à côte au point de vue géographique, différèrent du tout au tout au point de vue de l'évolution sociale, des institutions politiques et des sympathies populaires. L’histoire de ce développement au sud de la ligne frontière tient plus de place dans l'histoire du monde et dans Îles œuvres littéraires, mais l’histoire de cette évolution au nord est aussi
pleine d'intérêt, d'enseignements, féconde en mouvements politiques
et en succès nationaux.
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ES ‘“Loyalists de l'Empire Uni” représentent dans les annales de l’histoire une cause perdue et le commencement d’un nouvel état de choses politiques. En tant que fidèles serviteurs
du trône, l'instinct populaire leur a prodigué l'ignominie en Amérique et parfois la plume injustifiable des publicistes anglais a voulu les flétrir. Dans le second cas, ils se trouvent enchâssés parmi les pages où l'on raconte les sacrifices, les travaux, les fatigues et les souffrances des hommes qui ont contribué à la création du Canada, puisque l'historien doit rechercher les origines de tout ce que nous apprécions aujourd'hui.