LEURS PRINCIPES, TRADITIONS ET SITUATION EN GENERAL
L'esprit des Cavaliers e: soldats, des gentilshommes et des paysans qui s'étaient ralliés autour des aimables faiblesses de Charles I. et les vertus, les vices de Charles II., vivait encore sur la terre d’Amérique ; il trouvait sa place parmi les gentilshommes de la Virginie comme aussi au milieu des robustes fils de la Nouvelle-Angleterre. Pour ces hommes, et rappelons-nous qu'ils formaient la majorité au début de la révolution, le nom du roi comprenait également fidélité
envers l'Etat comme le voulait la fidélité au drapeau et aux institu-
tions de 1eurs pères. En elle-même, cette loyauté constituait une
qualité admirable, qui prouva de quelle force elle jouissait lorsque les
privations et les épreuves s’abattirent sur ceux qui la professaient.
Ils donnaient sans compter, bravaient tous les périls. Abandons, trahisons s’attiraient leur mépris.
Ils avaient en horreur le sac et le pillage,
Servaient Dieu, le craignaient avec l'amour d’un fils Et, sans jamais rougir, au roi rendaient hommage.
Après tout, la cause de George II. n'était pas tout à fait indigne d'un pareil sentiment—abstraction faite du principe de la loyauté personnelle I] y avait assez de grandeur dans le caractère des chefs
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américains de ce temps; suffisamment de raisons pour justifier les plaintes des politiciens et du peuple des colonies ; de bons sujets d’excuses pour les erreurs et l'ignorance des administrateurs britanniques, pour que nous soyons surpris du manque de magnanimité que nous montrent les écrivains et les orateurs de la république 4 l'égard de l'honnêteté des intentions et la pureté des principes de ce roi tant troublé. Ce fut le malheur de George : IT. de représenter un système d'administration qui n'allait plus à la taille des Treize colonies ; niluini ses conseillers n'avaient pour les guider de précédents en fait de gouvernement colonial autonome ; ses m'nistres étaient souvent des hommes de peu de talent, à l'esprit étroit, et celui qui était chargé des affaires coloniales —lord George © rmaine—le personnage le plus criminellement incompétent, le plus vaniteux et le plus égoïste qui ait jamais été au pouvoir à un moment critique ; les chefs libéraux de l'époque étaient sérieusement soupçonnés ; l’un d'eux, du moins, Charles James Fox, était un allié reconnu des ennemis français de l’Angleterre; les accès périodiques d’aveuglement mental du roi rendaient très difficile la mise en application d’un programme continu et efficace. En ce qui concerne la personne du roi, ces complications—pour ne rien dire d’un fils méchant, à la conduite désordonnée, qui prenait tous les moyens de faire souffrir le roi dans ses sentiments et sa réputation—semblent mériter quelque sympathie plutôt qu'une condamnation implacable. De plus, il y a ceci à l'honneur du roi, c'est qu'il n'a jamais vacillé dans son désir et son intention de conserver l'intégrité de l'empire—comme il était de son devoir de le faire ; que sur ce point, son parlement était en grande majorité avec lui; que la masse du peuple anglais lui était dévouée et que c'était ceux qui le connaissaient le mieux qui l'admiraient le plus ; que lors qu'il écrivit à lord North, le 15 juin 1791: “nous avons les meilleures raisons de nous montrer zélés dans la poursuite de notre but, car nous luttons pour tout ce que nous sommes, la question est de savoir si nous
devons compter parmi les grandes puissances ou être réduits à prendre rang parmi les moins considérables,” il exprimait le sentiment de tout gouvernant qui a conscience de ses devoirs envers son pays et son peuple; que bien qu'il ne comprit pas, pas plus que les colons eux-mêmes, le principe moderne des parlements constitutionnels en pays éloignés administrés par un représentant de la Couronne, il consentit cependant à offrir des sièges dans le parlement impérial aux délégués coloniaux et à abroger l'Acte du Timbre, (lequel n'était pas tout à fait injuste,) dès qu'il eut découvert que ie peuple ne voulait pas se soumettre même à cette mesure de taxation pour couvrir l'immense dette contractée par l'Angleterre pour sa défense contre la France.
Lorsque nous examinons avec calme et attention ce tableau du roi luttant contre des ministres incompétents et des poiiticiens qui tenaient plus à leurs partis qu’à l'empire, contre d’inévitables périodes d'aberration personnelle, bataillant contre dés ennemis étrangers qui bientôt comprenaient la France, l'Espagne et la Hollande, en même temps que contre les colonies révoltées, il est impossible de ne pas être convaincu que George III., malgré toutes ses erreurs et son peu de talent, était tout aussi patriote dans son opposition à la révolution que Lincoln le fut plus tard dans son antagonisme contre ja rebellion. L'histoire, lorsqu'elle sera soustraite aux influences des hostilités nationales plus ou moins naturelles, rendra plus tard justice à la mémoire du monarque qui passa une vie si triste et combattit dans une lutte malheureuse, animé de l'esprit qui : sssort de sa lettre à lord North, le 3 novembre 1781 : “ J: suis convaincu de la justice de notre cause; j'ai la plus grande confiance en la valeur de notre armée et de notre marine, et pardessus tout, en l'aide de la Divine Providence."
Cependant, ces considérations ne se présentaient guère à l'esprit
d'hommes d'un caractère démocratique qui avaient été éprouvés au creuset de la guerre, des privations, et des rudes travaux du pionnier
—pour ne rien dire des affiliations héréditaires, dans bien des cas, aux Roundheads et aux républicains d’une époque antérieure en Angleterre. Ces hommes rongeaient le frein des restrictions commerciales, et des lois relatives à la navigation ; ils se révoltaient contre les insultes assez fréquentes d'une soldatesque grossière et d'officiers arrogants, contre les tentatives faites pour prévenir la contrebande, et pour percevoir les taxes à la pointe de la baïonnette. Il ne faut donc pas trop s'étonner si une forte majorité d’entre eux finit par se révolter contre toutes les complications provenant de cette ignorante tentative faite par un parlement libre et par son roi pour gouverner un peuple libre à trois mille milles de distance. 11 manquait aux autorités britanniques les rouages d’une administration convenable qui aurait pu assurer le succès à leurs efforts pour gouverner ; il leur manquait la connaisance des conditions locales, qui eut pu assurer la communauté de sentiment entre le souverain éloigné, ses ministres et les masses coloniales ; il manquait au roi lui-même les lumières nécessaires pour choisir de sages gouverneurs et de bons commandants des forces. L'erreur du roi George, celle pour laquelle il doit être condamné au tribunal de l’histoire, était dans le choix de ses subordonnés et dans son refus de suivre, dès le début, les conseils de Pitt. Il n'a absolument aucune excuse pour avoir placé lord George Germaine à la tête des affaires coloniales, ni pour la nomination d'officiers tels que Graves, Howe et Burgoyne, ainsi que d’autres qu'il nomma à des positions responsables dans les colonies de temps à autre, SITUATION DES LOYALISTES
La cause des Loyalistes était basée cependant sur quelque chose de plus que leur loyauté envers le roi, leurs foyers et leur pays. C'était d’abord le produit d'opinions politiques auxquelles ils semblaient avoir tous les droits dans uns pays libre. Si les agitateurs avaient le privilège inné d'appuyer un changement constitutionnel et d'insister
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sur des actes que les tories d'alors considéraient comme subversifs, de tout ce qui leur paraissait digne d’allégeance et de respect, ceux-ci avaient certainement également droit de s'apposer à de semblables propositions. Si ce droit d'opposition leur appartenait aux temps où Washington, Franklin, Jefferson, Jay et Madison, déclamaient tous contre la possibilité de la séparation de la mère-patrie comme résultat probable de leur agitation, à plus forte raison les tories avaient ce droit lorsque la rebellion aboutit et que l'Indépendance fut proclamée. Animés de ce sentiment la résistance à la rebellion devint pour eux un devoir sacré, et fut certainement une question de principe tout autant que la lutte des troupes continentales pour ce qu’elles considéraient être ‘la vie, la liberté, et la recherche du bonheur.”
Mais comme il arrive si souvent dans l'Histoire, la force finit par primer le droit ; la loyauté envers le roi devint de la déloyauté envers le nouvel Etat qui avait surgi des conditions coloniales restreintes de l'époque précédente. N'ayant pu réussir à conserver le pays à l'Angleterre, il s'ensuivit qu'ils ne purent rien conserver pour eux-mêmes. Cependant les Loyalistes combattirent vaillamment en faveur de leurs convictions. La légion britannique, les Royal Fencible Americains,
les Queen's Rangers, les Volontaires de New-Ycrk, les régiments
américains du roi, les Volontaires du Prince de Gah:3, les Loyalistes du Maryland, les bataillons De Lancey, le 2ième régiment américain, les King's Rangers, les Royalistr; de la Caroline du Sud, le régiment des Montagnards de la Caroline du Nord, les Dragons américains du Roi, le régiment Loyal Américain, la Légion américaine, les Forestiers Loyaux, les Orange Rangers, les Loyalistes de la Pennsylvanie, les Guides et Pionniers, les Volontaires de la Caroline du Nord, les Loyalistes de la Géorgie, les Volontaires de West Chester étaient parmi Îles régiments coloniaux combattant du côté du roi. Après la guerre, leurs propriétés furent confisquées, de même que dans bien des cas durant la lutte, et même avant la prise d'armes,
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