‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 75 sur 289 · ANCIEN POST DE LA COMPAGNIE DE LA BAIE D' HUDSON PRES MONTREAL · texte numérisé non relu

ANCIEN POST DE LA COMPAGNIE DE LA BAIE D' HUDSON PRES MONTREAL

LES PIONNIERS LOVALISTS 165

ils avaient subi des outrages et des indignités de la part de cette partie de la population que toutes les guerres déchaînent et qui, dans le cas dont il s’agit, était malheureusement trop encouragée par des chefs politiques ayant d’autres objets en vue que ceux du patriotisme. A part cet élément agressif, dans la partie loyale de la population, il y avait beaucoup de citoyens paisibles et inoffensifs qui désiraient tout simplement le maintien de la loi telle qu’elle était et qui voulaient rester neutres dans la lutte qui se faisait autour d'eux. Ils n’appartenaient pas à un type digne d’admiration spéciale, mais ils souffrirent beaucoup de leur erreur, de leur fausse idée de la situation. Se laisser conduire ou hésiter durant une rebellion, c'est courir au devant du danger et de la destruction. Beaucoup de ces gens, de même que les Royalistes reconnus, furent enduits de goudron et roulés dans la plume. Leurs propriétés furent détruites ou confisquées, leurs créances, rentes ou intérêts furent répudiés, leurs maisons incendiées. Beaucoup de ces choses arrivèrent avant que la guerre civile ne fut réellement commencée. Après 1775, on imposa toutes sortes de châtiments—la mort, la confiscation ou l’emprisonnement—à ceux qui refusaient de soutenir la cause républicaine. Des deux côtés, à mesure que les passions devenaient plus intenses, la manière de traiter les noncombattants devint plus cruelle, et naturellement, l'élément loyaliste souffrit le plus. L’intensité de la haine de leurs adversaires peut être jugée par la déclaration de John Adams, plus tard président des Etats-Unis, disant qu'il aurait pendu son propre frère si celui-ci eut aidé les Anglais dans la lutte. Lorsqu'on était à négocier le traité de Versailles, des efforts furent faits pour obtenir des garanties suffisantes pour la sécurité future de ceux qui avaient adhéré au parti vaincu, et les mots suivants furent écrits dans un document :

‘Il est convenu que le Congrès recommandera instamment aux Législatures des divers Etats, de pourvoir à la restitution de tout héritage, de tous droits et de toutes propriétés qui ont été cofisqués

apartenant à de véritables sujets britanniques, ainsi que des successions, droits et propriétés de personnes demeurant dans les districts sous le contrôle de Sa Majesté et qui n’ont pas porté les armes contre les dits Etats-Unis ... et que le Congrès devrait aussi recommander avec instances au divers Etats la reconsidération et la révision de tous les actes ou lois en l'espèce, afin de rendre les dites lois ou actes parfaitement conformes, non seulement à la justice et à l'équité, mais à l'esprit de conciliation qui avec le retour des avantages de la paix, devrait prévaloir universellement.”

Dire qu'aucun effort n’a été fait pour mettre cette convention à exécution, c’est tout simplement relater un fait historique. La persécution régnait sous diverses formes, des milliers de personnes étaient chassées du pays et étaient heureuses d'avoir la vie sauve ; tandis que, le 12 mai, 1784, la Législature de New-York passa un acte qui récapitulait toutes les manières possibles dont un loyaliste avait pu prendre part à la guerre, et décrétait que tous les loyalistes que l’on trouverait dans les limites de l'Etat, devraient être réputés coupables de haute trahison. En même temps sir Guy Carleton était à New- York, et avant d'évacuer la place, il fit tout son possible pour transporter les malheureux Loyalistes sur les territoires britanniques. Sir Frederick Haldimand, gouverneur de Québec, et John Parr, de la Nouvelle-Ecosse, firent de leur mieux pour les recevoir, et les établirent sur les vastes terres inhabitées du futur Dominion. Ils affluèrent par milliers dans la contrée septentrionnale où flottait encore le drapeau qu'ils aimaient tant—dans des navires et dans des bateaux, dans des wagons couverts de bâches ou à pied—au point que leur nombre atteignit environ 4,500 établis le long des rives du Saint- Laurent, 28,000 dans le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse de l’avenir, quelques uns dans l’île du Prince-Edouard, quelques milliers dans ce que nous appelons aujourd’hui les Cantons de l'Est de

Québec, et probablement 10,000 dans l'Ontario de nos jours, Ils

vinrent sans argent avec peu de nourriture et peu de ressources, sans expérience en fait d'agriculture, et avec peu de connaissances des dures misères qu'ils devaient endurer.

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