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augmenté dans toutes les provinces. En 1791 elle était d'environ 20,000 dans le Haut-Canada, de 150,000 dans le Bas-Canada, et de 50,000 dans les provinces Maritimes. En 1806, ces chiffres s’etaient augmentés à environ 70,000 dans le Haut-Carada, à 250,000 dans le Bas-Canada, et à plus de 100,000 dans les provinces de l'Atlantique.
L'expansion de la population, l’affluence de nouveaux colons, avec des idées neuves ou de vieux principes, et les froissements provenant de discussions plus étendues amenèrent des différends d’une importance sérieuse, et créèrent une situation qui devait plus tard produire la destruction de l’Acte de 1741 et l’établisiement de nouvelles constitutions dans toutes les provinces. En somme, l’Acte Constitutionnel avait donné des résultats assez satisfaisants dans les deux Canadas jusqu’à la fin du siècle. Pendant les dix années qui suivirent, il ne out être appliqué qu'au prix de nombreux froissements, et à partir de là, son efficacité échoua complètement. Le pivot de sa création et de son application était l’ensemble des trois pouvoirs représentés par le gouverneur,* le Conseil Législatif et la Chambre d'Assemblée. Ces pouvoirs correspondaient, dans une certaine mesure au Roi, aux Lords et aux Communes d'Angleterre. Il y avait le Conseil Exécutif qui, de simple corps consultatif d'hommes marquants, devint un Cabinet puissant resemblant quelque peu au Cabinet anglais, mais sans les particularités vitales de la responsabilité à la® Législature et du caractère d’un système ministériel.
Le gouverneur ou le lieutenant-gouverneur était, naturellement, nommé par la Couronne. Le Conseil Législatif était nommé par le gouverneur, ainsi que le Conseil Exécutif. Il arriva un temps où les deux Conseils furent tellement mélés dans leur composition, et si fortement unanimes dans les questions de programme, qu'ils ne formaient plus qu’un seul et même corps—le plus petit étant réellement un comité du plus grand. D’un autre côté, l’Assemblée était élue par
* Le gouverneur-général semble avoir été le véritable gouverneur du Bas-Canada, tandis que dans les autres pro vinces, il intervenait rarement dans l'exercice des fonc! ions des lieutenants-gouverneurs.
le peuple pour un terme fixe d'années et, naturellement, elle vint bientôt en conflit avec la Chambre Haute. Telle était la forme du gouvernement dans toutes les provinces, mais son fonctionnement était tout-à-fait différent dans les sections anglaise et française et les raisons alléguées pour son maintien ou sa modification étaient également dissemblables.
Dans le Bas-Canada, ies gouverneurs arrivaient généralement imbus de l’idée qu'il fallait concilier les Franco-Canadiens et entretenir leur fidélité, mais qu'aucune parcelle de la suprématie impériale ne devait être cédée. A leur arrivée, ils constataient que la minorité anglaise était entreprenante, riche, et indubitablement loyale envers les intérêts et les idées britanniques, mais en antagonisme continuel et acerbe avec une majorité française dont les chefs devenaient chaque année plus anti-britanniques et plus étrangers aux principes appuyés ‘par les représentants de la Couronne, et, comme ils le découvrirent bientôt, par les membres des deux Conseils de langue anglaise. En suivant leurs instructions pour préserver le lien britannique, ils devaient, conséquemment, renoncer à l'espoir de concilier les Français, ou se placer eux-mêmes dans une attitude d'antagonisme direct vis-à-vis des Anglais. Parfois, ils se hasardaient à entreprendre cette dernière alternative, et les intérêts, ou les intérêts supposés, de l’Angleterre et de l'élément britannique dans la colonie étaient sacrifiés au désir de rechercher une popularité français peu durable. Alors la confusion fut à son comble.
Dans le Haut-Canada, la question prit une forme quelque peu différente. Durant les premières années, il y eut peu de difficultés, vu que toute la population était loyaliste, n'ayant qu’une seule pensée et qu'un seul esprit politique, et se proposant surtout de s'établir et d'assurer la prospérité de ses foyers lointains. Plus tard, lorsque la population augmenta, et que des radicaux arrivèrent d’Eccsse et du Lancashire, des libéraux, de diverses parties de l'Angleterre, des
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198 PREMIERES TENTAIIVES CONSTITUTIONNELLES
Américains des Etats-Unis, qui songeaient aux avantages commerciaux et qui étaient pénétrés d'idées républicaines, la situation se modifia considérablement. Naturellement, ces gens ne connaissaient rien des conditions primitives, et étaient hostiles au gouvernement de castes qu'ils trouvèrent en existence. Que ce gouvernement fut le meilleur en fait d’habileté et de connaissances administratives que la colo-
onie—avec sa faible population et son grand territoire—put produire ; que les Conseils fussent composés d'hommes qui avaient affronté les périls et les privations de la vie du pionnier, sans avoir eu d’abord l'espoir d'arriver au pouvoir, et qui croyaient fermement à leur droit de gouverner la province qu'ils avaient fondée: qu'il fut désirable de procéder lentement et prudement à la confection d’une constitution ; vout cela importait peu au nouveaux venus. Des conflits d'opinion étaient inévitables dans ces conditions, et étant donné cet état de choses, le gouverneur et les loyalistes devaient nécessairement être d'accord.
Dans les provinces maritimes, les affaires restèrent sans modification ou sans agitation sérieuse en faveur d’un changement, longtemps après cette période. La plupart des colons étaient ou loyalistes ou Acadiens, et dans les deux cas, peu enclins à une agitation active contre les hommes au pouvoir. Les gouverneurs étaient en général, de bons administrateurs, résolus à développer les ressources coloniales. Il s'ensuivit que, bien que la majeure partie des pouvoirs des gouvernements fut entre les mains du gouverneur et du Conseil dans chacune des provinces de l'Atlantique, les gens ne se trouvaient pas placés dans une attitude d’antagonisme aigu, ni dans la necessité apparente d'une agitation énergique. Il n’en est pas moins vrai cependant, que la longue lutte qui devait être entreprise ici comme ailleurs entre le gouverneur et l’Assemblée, n'était que retardée. Ce conflit commença sérieusement dans les provinces maritimes après la guerre de 1812, et dura à travers des variations infinies, jusqu'en 1848.