HUITIÈME ENTRETIEN
Pour remplacer le baron Dieskau au commandement de l’armée du Canada, la France envoya le marquis de Montcalm avec quelques bataillons de ses meilleures troupes, notamment un bataillon du régiment de la Sarre et un autre de celui de Royal-Roussillon. Avec Montcalm arrivèrent des chefs de la plus haute capacité, entre autres, le chevalier de Lévis, de Bougainville et Bourla-
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M. de Vaudreuil, né et élevé à Québec, était gouverneur de la colonie depuis un an : il était fils
de l’ancien gouverneur du même nom.
De Montcalm était à peine arrivé au Canada
qu'on apprit la nouvelle que les Anglais voulaient
tenter encore un dernier et suprême effort pour s'emparer de la colonie. Sans perdre de temps, il fut décidé de prendre l'offensive, et de s'emparer
du fort Chouaguen ou Oswego. Dans l’espace de
deux ou trois jours le fort fut obligé de capituler,
et les Anglais, au nombre de 1600, furent faits
prisonniers après avoir perdu 150 hommes seulement. Ils furent forcés de remettre aux Français cinq drapeaux, 1 13 canons, 5 bâtiments de guerre, et une énorme quantité d’approvisionnements de
tous genres. Les Français ne perdirent que trente hommes tués ou blessés.
Le succès de cette belle victoire fut due, en grande partie, à l’intrépidité de Rigaud de Vaudreuil qui, un matin, sous le feu de l'ennemi, ne
craignit pas de traverser à la nage la rivière Oswego avec les Canadiens et les Sauvages, et alla s’emparer des hauteurs qui dominaient le fort.
Après la prise d'Oswégo, les Anglais furent démoralisés ; et des bandes de flibustiers canadiens et sauvages purent ravager impunément,
pendant plusieurs mois, les deux états de la Virginie et de la Pensylvanie. Telle était la terreur des colons de la Nouvelle-Angleterre, qu'à l'approche de leurs ennemis, ils se sauvaient jusqu'à quarante lieues de distance, abandonnant au pillage leurs maisons, leurs récoltes et leurs bestiaux. Le chevalier de Villiers, à la tête de 55 hommes, put s'avancer jusqu'à vingt lieues de Philadelphie où il prit le fort Grenville sans presque aucune résistance.
Quelques mois plus tard, Montcalm prit le fort George ou William Henry, et fit prisonniers 2300 anglais ; ne pouvant les nourir à cause de leur nombre, Montcalm les renvoya à condition qu'ils ne serviraient pas contre la France avant dix-huit mois.
Après la prise de ces deux forts, les sauvages se portèrent encore, malheureusement, à des actes de vengeance que réprouvent également la religion catholique et la civilisation chrétienne. De là, les reproches sanglants de cruauté adressés aux Français et aux Canadiens par les historiens ang'ais et par ceux des Etats-Unis. (Cependant, il est varfaitement avéré que ces actes de barbarie furent toujours commis contre les ordres formels des chefs qui commandaient les troupes françaises,
et, comme preuve, je vais vous donner les extraits de quatre autographes originaux que j'ai relus encore ces jours derniers. Ces quatre documents sont des ordres militaires donnés aux frères Baby, officiers dans les milices canadiennes à cette époque; deux de ces ordres sont de la main de Lignr :s, un de celle de Contrecœur, et le quatrième est signé par Dumas.
L'un des ordres de Ligneris se termine par ces mots :
‘“,...supposé qu'il fasse des prisonniers, il fera tous ses efforts pour empêcher les sauvages d’exercer à leur égard aucune cruauté. ”
L'autre :
“,... ils engageront de tout leur pouvoir les sauvages à les traiter avec beaucoup d’humanité et à n’exercer à leur égard aucune cruauté.” -
L'ordre de Contrecœur se termine comme suit :
“,....et d'empêcl.er les sauvages d’user d’au- “ cune cruauté à l'égard des prisonniers qu’ils pour-
raient faire. ”
Enfin celui de Dumas :
“,.,. .il emploiera surtout tous ses talents et le crédit qu'il a sur les sauvages qu'il conduit pour
ces
fera ’ex-
les empêcher d’user d'aucune cruauté sur ceux qui pourront tomber entre leurs mains, ”
Cependant, malgré les deux beaux faits-d'armes de Chouaguen et du Fort George, la colonie était toujours dans un état de grande souffrance ; nonseulement elle manquait d'hommes pour soutenir la lutte avec avantage, mais encore la population était en proie à une affreuse disette.
On était à la ration, et le peuple ne recevait que deux onces de pain par jour. Bientôt il n'y eut presque plus ni pain ni viande : la livre de bœuf ne coûtait pas moins de vingt-cinq sous ; la livre de farine autant. Il est bien vrai que la France envoya des provisions ; mais ces secours tardifs
furent facilement interceptés par les flottes anglaises.
Une arte de ces malheurs était due aux exactions d’un infâme intendant arrivé dans la colonie en 1748, et dont le nom, voué à jamais à l’exécration dans notre histoire, était Bigot.
Ce misérable, concussionnaire effronté, alla jusqu’à faire partie d’une société dont l’objet était de monopoliser les grains et la farine. Cette société achetait tout le blé qu’elle pouvait trouver dans les campagnes, et ensuite Bigot fixait, par des ordonnances, le prix auquel il devait être vendu.
Pour donner une idée de l’état de démoralisation des fonctionnaires publics à cette époque, je me
contenterai de citer l'extrait suivant de Laverdière :
“ Au milieu de cet état de souffrance et de gêne, certains fonctionnaires et employés du gouverne-
ment trouvaient moyen de passer le temps fort
agréablement. Des bals et des repas se donnaient
au palais de l'intendant. “ On y jouait, dit M.
Doreil, un jeu à faire trembler les plus déterminés
joueurs. Heureusement pour ceux de nos officiers
qui ont joué, que M. Bigot, qui est en état de
perdre, a bien fait les honneurs de cette partie ;
il lui en a coûté environ 200,008 livres. ” On
jouait aussi à Montréal chez M. de Vaudreuil. Le
roi avait, cependant, défendu les jeux de hasard,
mais ses ordres étaient honteusement violés. ”
+ Dans cet état de chose, le Canada était bien peu
préparé pour la lutte gigantesque qui allait s’enga-
ger entre les deux nations les plus nuissantes du
monde, et dont le plus glorieux théâtre d'action
et le prix de la victoire devait être la Nouvelle.
France elle-même.
L'Angleterre et ses colonies mirent sous les ordres du général Abercromby 50,000 hommes, auxquels la Nouvelle-France n'avait à opposer que 6,000 hommes seulement.
NT
Cependant, avec cet esprit chevaleresque qui ne
n à leur a jamais fait défaut, vos pères ne reculèrent s pas devant les dangers de cette lutte suprême ; et
l'héroïque Montcalm écrivait au ministre de la LE, «6
guerre en France : “ Nous combattrons, nous nous ” ensevelirons, s'il le faut, sous les ruines de la Dr ;
colonie. ...” nt M. Dès le mois de juin 1758, les Anglais envahirent és le Canada par trois points différents : Louisbourg, ers Carillon, et le fort Duquesne. Louisbourg, dont la de garnison, composée de 7000 hommes, était dénuée je ; de toutes ressourees, fut obligé de capituler devant On une armée anglaise de 12,600 hommes parfaite- Le ment approvisionnée. Pour la première fois, durant ard, ce siége, on voit figurer le nom du général Wolfe.
L'Angleterre et ses colonies américaines éprouvèrent un sentiment de satisfaction inexprimable à la nouvelle de cette conquête. La Nouvelle- Angleterre, surtout, peu habituée à célébrer des victoires, ne mit pas de bornes à ses transports de joie : elle crut devoir consacrer plusieurs jours à des fêtes et à des réjouissances publiques.
Cependant, toute médaille a son revers ; et les Anglais ne devaient pas triompher longtemps; Carillon allait bientôt mettre un terme à leurs réjouissances et abattre leur orgueil.
Le général Abercromby commandait en personne l’armée dirigée contre le fort de Carillon. Cette armée était forte de 16,000 hommes, auxquels Montcalm, secondé par Lévis et Bourlamaque, ne put opposer que 3000 soldats et miliciens.
Le 8 juillet, sur le midi, (Laverdière), Abercromby marcha contre les retranchements français avec beaucoup de vivacité ; son armée était divisée en quatre colonnes, dont les intervalles étaient occupés par des troupes légères. On laissa l'ennemi s'approcher jusqu’à quarante-cinq pas ; là, on l’arrêta tout court, par un feu aussi juste que bien nourri. Pendant sept heures, les colonnes anglaises s’'acharnèrent à enlever le retranchement, et firent six attaques consécutives. Enthousiasmée par le courage héroïque de Montcalm, sa petite armée se battait avec joie et avec un entrain admirable. Une attaque sur le flanc gauche de l’armée ennemie fut vigoureusement exécutée par M. de Lévis ; tandis que du côté opposé la flottille anglaise de la rivière de la Chûte fut repoussée par le canon de Carillon. Enfin Abercromby, après un combat opiniâtre, battit en retraite ; il avait perdu 5000 hommes. Les Français eurent 377 hommes tués ou blessés, dont 37 officiers. Les Canadiens, partagés en quatre corps, sous M. Raymond, de Saint-
Ours, Lanaudière et de Gaspé, se distinguèrent beaucoup pendant cette mémorable journée. Le soir de la victoire, l’heureux général écrivait, sur le champ de bataille même, à M. Doreil, son ami: “ Ah ! quelles troupes, mon cher Doreil, que les nôtres! je n’en ai jamais vu de pareilles. ”
M de Ligneris, chargé de la défense du fort Duquesne, crut devoir l’abandonner à l'approche d’une armée anglaise de 6000 hommes.
Ainsi se termina la campagne de 1758. La pelle victoire de Carillon avait, pour cette année, sauvé la colonie, et retardé d'un an la prise du Canada par les Anglais.
Cependant, le pays se trouvait toujours dans un état de pénurie extrême. La récolte avait été mauvaise ; les habitants appelés sous les drapeaux pour la défense de leurs foyers, et dispersés aux quatre coins de cet immense territoire, avaient laissé aux femmes et aux enfants le soin de cultiver la terre.
Ajoutez à cela les exactions toujours croissantes de l’infâme Bigot qui avait taxé le blé jusqu’à trente-six et quarante livres le minot, ajoutez l’esprit de jalousie et de désunion qui existait entre les chefs, et surtout entre M. de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle-France, et le Marquis de
Montcalm, général en chef des armées du Canada ; ajoutez enfin le manque absolu de secours du côté de la mère-patrie qui gémissait alors sous le gouvernement faible et corrompu de Louis XV, et vous aurez une idée de la sombre perspective qui s'offrait pour la campagne de 1750.
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Enfin, le dénouemeut de ce drame terrible touchait à sa fin : et le temps était arrivé où l’Angleterre et la Nouvelle-Angleterre, combinant leurs efforts, allaient pouvoir, après un siècle et demi d’humiliantes défaites, triompher de l'héroïque résistance de cette petite colonie française, complètement épuisée de ressources, et abandonnée à ses propres forces.
Craignant, cette fois encore, que sa prise si longtemps convoitée ne vint à lui échapper, l'Angleterre mit sur pied trois armées dont l'effectif n'était pas de moins de 60,000 hommes. 60,000 hommes ! c'était plus que le chiffre total de la population du Canada, y compris les vieillards, les femmes et les enfants. La Nouvelle-France n'avait à opposer à cette armée formidable qu'une vingtaine de mille hommes, dont 5000 réguliers, 15,000 miliciens et quelques bandes de sauvages. Cependant, avec des forces aussi inégales, les Ca-
nadiens jurèrent de défendre leurs foyers jusqu'à la dernière extrémité ou de s’ensevelir sous les ruines de la patrie.
Les 60,000 soldats anglais étaient divisés en trois armées chargées d'attaquer le pays par trois endroits différents. La première, sous le commandement du général Wolfe, avait ordre de remonter le fleuve et de mettre le siége devant Québec ; la seconde devait venir par le lac Champlain pour opérer sa jonction avec celle de Wolfe; la troisième devait se diriger vers les lacs. '
Ce fut à la date du 27 juin 1759 que la flotte de Wolfe fit son apparition devant Québec. Le célèbre navigateur Cook était à bord en qualité d'ingénieur hydrographe. Cette flotte comprenait 20 vaisseaux, dix frégates et 18 bâtiments inférieurs ; elle était montée par 18,000 marins. Wolfe débarqua une partie de ses troupes sur l'Tle-d'Orléans.
Après avoir reconnu la place, il fit ériger quelques batteries à la Pointe-Lévis, d’où il commença à bombarder la ville. Ce bombardement continua presque sans relâche pendant l'espace de deux mois, et réduisit en cendres ou démolit une partie des maisons de Québec.
Le 31 juillet, il y eut rencontre entre les Anglais et les Français au saut Montmorency. Les Anglais y furent si maltraités qu'ils finirent par prendre la fuite. En quelques heures ils perdirent 600 hommes, et, en se retirant, ils furent obligés de mettre le feu à deux de leurs frégates qui s'étaient échouées à la côte. Ce fait d'armes est connu sous le nom de bataille de Montmorency. Durant cette bataille, les Anglais ne tirèrent pas moins de trois mille coups de canon. |
Vers le commencement d'août, Wolfe envoya plusieurs expéditions pour ravager les paroisses du bas du fleuve au nord et au sud. Les habitants les recevaient chaudement, faisant hardiment le coup de fusil aussi longtemns que leurs forces le leur permettaient, et ensuite se sauvaient sagement dans les bois, afin de se mettre à l'abri. Alors les Anglais restaient maîtres des places qu'ils pillaient et incendiaient. Ainsi furent brûlées les paroisses de la Baie Saint-Paul, de la Malbaie, et toutes celles de la côte de Beaupré, depuis Saint-. Joachim jusqu'au Saut Montmorency. L’Ile-d’Orléans et les paroisses de la côte du sud subirent le. même sort.
Cependant, Wolfe s’aperçut bientôt que la ville de Québec ne serait pas de sitôt en sa possession ;
om lle, ille
roya [SSeS ants it le es le agelors qu’ils s les e, et aint-.
’Orrent
ville ion ;
ce fut alors qu'il imagina une ruse pleine de hardiesse, et même de témérité, qui lui réussit à merveille.
Dans la nuit du 12 septembre, il remonta avec sa flotte jusqu'au Carouge. De Bougainville était chargé d'observer. ses mouvements ; mais Wolfe réussit à le tromper, au moyen d’allées et. venues qui durèrent toute la nuit. Voici comment un témoin. oculaire, le colonel Malcolm Fraser, qui commandait un régiment dans l’armée de Wolfe, raconte le débarquement des troupes anglaises, et leur ascension sur les plaines d'Abraham :
“Sur les neuf heures du soir, dit le colonel Fraser, dans la nuit du 12, nous nous embarquâmes dans les chaloupes, suivant l'ordre que nous avions reçu. Au point du jour (13 septembre) toute l’armée mettait pied à terre à l'endroit appelé “ Le foulon, ” à environ un mille et demi au-dessus de Québec. Le corps principal de notre armée eut bientôt gravi une côte, ou plutôt un précipice d'environ trois cents verges, très abrupt et couvert de bois et de broussailles. Vers dix heures, l'armée était rangée en bataille ; nous avions à notre droite le grand fleuve Saint-Laurent et le précipice que nous venions de gravir; à notre gauche, quelques maisons, et dans le luintain, les savanes et les bois
au-dessus de l’hôpital-général, et la rivière Saint- Charles ; en face, à environ ua mille de distance, était la ville de Québec... .”
Grande fut la surprise des Français lorsqu'ils apprirent cette nouvelle. Sans perdre un instant, Montcalm se dirigea contre eux avec quatre mille cinq cents hommes. Il rangea son armée en une seule ligne de trois hommes de profondeur ; cette ligne s’étendait depuis le chemin de Sainte-Foy, jusqu'au chemin Saint-Louis.
Le feu s'ouvrit vers dix hèures et demie ; c'était le commencement de la célèbre bataille des plaines d'Abraïam.
Aux Anglais, dans la position qu'ils occupaient, et avec la crainte des sauvages devant les yeux, il
ne restait qu'une alternative : vaincre ou mourir.
Wolfe parcourait sans cesse les rangs de ses soldats pour soutenir leur courage et leur rappeler que toute retraite était désormais impossible. ïl fit mettre deux balles dans chaque fusil, et ordonna de ne tirer que quand l'ennemi serait à une distance de vingt pas.
On se fusillait ainsi, des deux côtés, avec des succès variables, lorsque Wolfe, qui ne ménageait pas sa personne, entreprit de faire une charge à la
baïonnette à la tête de ses grenadiers ; ce fut alors
qu'il reçut en pleine poitrine une balle qui le renversa.
Cependant, les troupes anglaises, ignorant la blessure de leur général, continuaient à combattre avec une vigueur sans égale ; et bientôt, les soldats et les miliciens de Montcalm commencèrent à fuir. — En ce moment Wolfe entendit quelqu'un s’écrier: “ Ils fuient ! ”—“ Qui ? ” demanda Wolf. — “ Les Français ” lui répondit-on.—“Alors je meurs con-
tent,” répliqua le héros, qui ne tarda pas à expirer.
Montcalm, déjà blessé, voyant ses troupes en désordre, entreprit de les rallier.... Au même moment il reçut une blessure mortelle. Il eut assez de force, cependant, pour se tenir sur son cheval,
et rentra dans la ville, soutenu par deux grenadiers.
Comme il entrait, qnelques femmes, voyant le sang couler de ses blessures, s'écrièrent : “ O4 / mon Dieu, mon Dieu ! le marquis est tué!" Montcalm leur répondit : “ Ce n'est rien, ce v'est rien ! ne vous afiges pas pour moi, mes bonnes amies. ”
Montcalm mourut le landemain sur les cinq heures du matin.
Il y avait tant de désordre.et de confusion dans
la ville qu'on ne put trouver ni bois ni charpentier pour confectionner un cercueil décent. A la fin, un des employés du couvent des Ursulines parvint à découvrir quelques vieilles planches avec lesquelles il put construire à la hâte une boîte grossière dans laquelle le corps fut mis, puis enterré dans l’église des Ursulines. Il y a quelques années, on a découvert les restes de Montcalm ; le crâne du héros, parfaitement conservé, est aujourd’hui en la poscession du chapelain des Ursulines.
La perte des Français, durant cette célèbre journée, s’éleva à près de mille hommes, y compris les deux premiers lieutenants de Montcalm, M. de Saint-Ours qui mourut sur le champ de bataille même, et M. de Senezergues qui mourut de ses blessures quelques jours plus tard.
Québec continua à se défendre encore pendant quelques jours, et finalement se rendit, au moment même où de Lévis, qui venait en toute hâte au secours de la place, n'était plus qu'à quelques heures des remparts. L'armée française se replia sur la rivière Jacques-Cartier.
” Québec eut beaucoup à souffrir pendant ce siége mémorable : et dans un mémoire adressé au ministre de France par l’évêque du Canada, on lit les détails suivants :
it les
‘# Québec a été bombardé et canonné pendant l'espace de deux mois ; cent quatre-vingts maisons ont été incendiées par des pots à feu ; toutes les autres criblées par le canon et les bombes.
“Les murs de six pieds d'épaisseur n'ont pas résisté ; les voûtes dans lesquelles les particuliers avaient mis leurs effets ont été brûlées, écrasées et pillées, pendant et après le siége. L'église cathédrale a été entièrement consumée. Dans le séminaire il ne reste de logeable que la cuisine, où se retire le curé de Québec avec son vicaire, Cette communauté a souffert des pertes encore plus grandes hors de la ville, où l'ennemi lui à brûlé quatre fermes et trois moulins considérables, qui faisaient presque tout son revenu. L'église de la basse-ville est entièrement détruite ; celles des Récollets, des Jésuites et du séminaire sont hors d'état de servir, sans de très grosses réparations. Il n'y a que celle des Ursulines où l'on peut faire l'office avec quelque décence, quoique les Anglais s'en servent pour quelques cérémonies extraordinaires.... L'Hôtel-Dieu est infiniment resserré parce que les malades anglais y sont..,..Le palais épiscopal est presque détruit, et ne fournit pas un seul appartement logeable ; les voûtes ont été pillées. Les maisons des Récollets et des Jé-