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suites sont à-peu-près dans la même situation ; les Anglais y ont, cependant, fait quelques répasations pour y loger des troupes ; ils se sont emparé des maisons de la ville es moins endommagées ; ils chassent même de chez eux les bourgeois qui, à force d'argent, ont fait raccommoder quelque appartement, ou les y mettent si à l'étroit, par le nombre de soldats qu'ils y logent, que presque tous sont obligés d'abandonner cette ville mal-
heureuse. ...
“ Les prêtres du séminaire, les chanoines, ies jésuites, sont dispersés dans le peu de pays qui n'est pas encore sous la domination anglaise ; les particuliers de la ville. sont sans bois pour leur hivernement, sans pain, sans farine, sans viande, et ne vivent qne du peu de biscuit et de lard que le soldat anglais leur vend de sa ration. Telle est l'extrémité où sont réduits les meilleurs bour-
geois.
“ Les campagnes ne fournissent point de res-
sources et sont peut-être aussi à plaindre que la ville même. Toute la côte de Beaupré et l'Ile: d'Orléans ont été détruites avant la fin du siége ; les granges, les maisons des habitants, les presbytères ont été incendiés ; les bestiaux qui restaient enlevés. ... de sorte que le pauvre habitant qui
retourne sur sa ferme avec sa femme et ses en. fants, sera obligé de se cabaner à la façon des sauvages. Leur récolte qu'ils n'ont pu faire qu'en en donnant la moitié, sera exposée aux injures de l'air, ainsi que leurs animaux ; les caches qu'on avait faites dans les bois ont été découvertes par l'ennemi, et, par là, l'habitant est sans hardes, sans meubles, sans charrue et sans outils pour travailler la terre et couper les bois.
“ Les églises, au nombre de dix, ont été conservées ; mais les fenêtres, les portes, les autels, les statues, les tabernacles ont été brisés. La mission des sauvages abénakis de Saint-François a été détruite par un parti d'anglais et de sauvages ; ils y ont volé tous les ornements et les vases sacrés, ont jeté par terre les hosties consacrées, ont égorgé une trentaine de personnes, dont plus de vingt femmes et enfants.
“ De l’autre côté de la rivière, au sud, il y a environ trente-six lieues de pays établi, qui ont été, à-peu-près, également ravagées, et qui comptent dix-neuf paroisses, dont le plus grand nombre a été détruit.”
Ce mémoire de l’évêque de Québec porte la date du 5 novembre 1750.
NEUVIÈME ENTRETIEN à (1760)
Mes chers enfants, vous concevez quel Cécouragement profond s'était emparé de l'esprit de vos pères à la suite de tous ces désastres.
Pendant cinq années consécutives, ils avaient été constamment sous les armes, et la culture de leurs terres avait été tellement négligée qu’elles ne produisaient presque plus rien: aussi, la popu-
lation était-elle en proie à une affreuse misère.
Cependant, ils se résignèrent à leur sort; et, confiants dans l'habileté de Lévis qui leur promettait des secours prochains de France, ils ne perdirent pas tout-à-fait espoir en un avenir meilleur.
De leur côté, les Anglais, enfermés dans Québec, eurent beaucoup à souffrir du froid ; car l'hiver de 1760 fut d’une rigueur exceptionnelle, et le plus grand souci de Murray, commandant de la place, fut d'approvisionner son armée d'une suffisante quantité de bois de chauffage.
Pour cela, des détachements de soldats furent envoyés comme bûcherons d’abord à l’Ile-d'Orléans et à l’Ile-Madame, et plus tard dans les forêts de Sillery et de Sainte-Foye. Les difficultés que présentait le charroi du combustible furent telles, que souvent pas moins de mille soldats étaient employés à ce pénible travail.
L'armée anglaise était loin d’être préparée à affronter les rigueurs excessives de notre climat ; aussi, les hôpitaux furent-ils constamment remplis d'invalides ; la fièvre, la dyssenterie, et surtout le
scorbut, firent, parmi eux, un grand nombre de victimes.
D'après les mémoires du temps, le chiffre de la
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garnison anglaise s'élevait à 5653 hommes ; il n’en mourut pas moins de 682 dans le cours de l'hiver. |
Fait digne de remarque, il paraît que les troupes françaises n'inquiétèrent jamais les Anglais, pendant que ces derniers étaient occupés à couper le bois dans les forêts de Sillery ou de Sainte-Foye. Murray, il est vrai, avait pris pour protéger ses soldats d’excellentes préca tions ; mais à part cela, c'était, dit-on, une opinion généralement répandue dans la garnison anglaise qu’il y avait entre le gouverneur français, M. de Vaudreuil, et le commandant anglais, Murray, une entente secrète en vertu de laquelle les avant-postes français devaient s'abstenir de toute attaque contre les bâcherons. Quelques-uns pensent que de Vaudreuil en vint à cette détermination avec Murray, lorsque de Bougainville, sous pavillon parlementaire, visita la garnison anglaise enfermée dans Québec à la date du 30 septembre 1759. Dans cette occasion, de Bougainville eut plusieurs heures d’entrevue avec les généraux anglais Monkton et Townsend, mais le secret de cette entrevue n’a jamais transpiré. De Bougainville obtint la permission d'aller à l’hôpital-général, où il demeura trois jours, après lesquels il reçut ordre de retourner au milieu des siens.
L’ivrognerie paraît avoir été le vice prédominant des soldats de la garnison anglaise ; et Murray fut obligé d’avoir recours aux mesures les plus rigoureuses—le fouet et la peine capitale—pour supprimer la vente des liqueurs alcooliques.
Malgré cela, les avant-postes du général de Lévis situés au Carouge, à Jacques-Cartier et à la Pointeaux-Trembles, ne cessèrent pas d’être une grande source d'inquiétude pour les Anglais. De Lévis était à Montréal, occupé à organiser une nouvelle attaque contre Québec ; et afin de tromper l’ennemi sur ses intentions réelles, il eut soin de propager, durant l'hiver, toutes sortes de rumeurs, Ainsi, un jour, on apprenait que l’époque choisie par l’armée française pour escalader la ville, était fixée au milieu de décembre, puis en janvier, puis en février, etc., de sorte que la garnison anglaise fut tenue en alertes continuelles, et qu'à plusienrs reprises elle resta sur pied toute la nuit, dans l'attente de quelque surprise.
Cependant, ce ne fut que dans la nuit du 17 avril que le chevalier de Lévis laissa Montréal avec ses troupes, et se mit en marche sur Québec.
De Lévis croyait que son approche était ignorée des Anglais ; mais ces derniers en furent informés, grâce à un incident dont fut victime un pauvre
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artilleur français. Cet infortuné ayant chaviré dans un bateau, avec six de ses compagnons qui s'étaient noyés, parvint à se refugier sur un glaçon. Transporté, sur ce glaçon, par la marée baissante, jusque vis-à-vis l’église de Saint-Laurent, il avait été ramené par le courant, à demi-gelé, en face de la ville, où les Anglais allèrent le chercher. Conduit devant Murray, il fut obligé d’avouer que Lévis, à la tête d’une forte armée, n’était plus qu’à quelques jours de marche de Québec.
Le 28 avril au matin, les troupes. françaises faisaient leur apparition; et sur les neuf heures, l’armée anglaise allait à leur rencontre avec vingt canons, deux pour chaque régiment ; l’armée de Lévis n'avait, en tout, que deux canons. Aussitôt la glorieuse bataille, connue sous le nom de bataille de Sainte-Foye, commença.
Il fut fait, de côté et d'autre, des prodiges de valeur, surtout au moulin Dumont, qui fut pris et repris plusieurs fois par les grenadiers français et par les montagnards écossais. “ Armés de leurs baïonettes, dit Ferland, les grenadiers chassaient par les fenêtres les Ecossais qui, la dague à la main, rentraient par les portes et obligeaient les grenadiers, à leur tour, de s'échapper par le même chemin qu'eux-mêmes avaient suivi. ... La con-
testation aurait duré jusqu’à ce qu'ils fussent tous tombés, si les généraux ne les avaient forcés de se retirer et de laisser le moulin comme un terrain neutre. L'on y avait combattu avec tant d’acharnement, qu’il ne restait plus que quatorze à quinze grenadiers par compagnie et le même nombre de montagnards. ”
A un moment donné, les Anglais durent croire qu'ils allaient remporter la victoire, grâce à un incident que Ferland raconte dans les termes suivants :
“ La gauche de l’armée française se maïntenait dans un lieu bas, à quarante pas des Anglais, quoique écrasée par l'artillerie. Voyant sa mauvaise position, le chevalier de Lévis envoya M. de la Pause, adjudant de Guyenne, pour la faire retirer de quelques pas.... Passant rapidement le long de la ligne, cet officier ordonna à chaque régiment de se retirer un peu, sans donner le motif des ordres de M. de Lévis. À ce moment, les Anglais crurent qu'ils prenaient la fuite, et descendaient de leur terrain élevé pour les poursuivre. M. Dalquier, vieil officier extrêmement brave, se tournant vers ses hommes, leur adressa quelques mots : “Il n'èst pas temps maintenant, mes enfants, leur dit-il, de vous retirer ; vous n'êtes qu’à quarante
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pas de l'ennemi ; avec la baïonette au bout de vos fusils, jetez-vous sur eux ; c'est ce qu'il y a de “mieux à faire.” Aussitôt ils s'élancèrent sur les Anglais, et s'emparèrent de leurs canons. Une balle traversa le corps de Dalquier déjà couvert de blessures, mais ne l’'empêcha pas de continuer à donner ses ordres. ”
Finalement, les Anglais furent mis en déroute complète, et se sauvèrent à qui mieux mieux dans la ville, laissant leur artillerie au pouvoir des Français. Les Anglais, suivant le rapport de Lévis, perdirent quinze cents hommes, et les Français sept cents.
La dernière bataille livrée par les Français au Canada était une belle et grande victoire ; l’honneur du drapeau était vengé !
Durant la nuit même qui suivit cette bataille, les Français commencèrent le siége de Québec, et ouvrirent la tranchée à 600 vertes des murs de la ville ; les Anglais, de leur côté, continuèrent à se fortifier.
Les travaux se poursuivaient ainsi des deux côtés avec ardeur lorsque le 16 mai, sur le soir, deux frégates vinrent jeter l'ancre dans le port de Québec. Les Anglais avaient été prévenus de l'arrivée de ce renfort par une autre frégate, la
Leostaff, qui avait fait son apparition huit jours auparavant. Les Français, paraît-il, furent sous l'impression, jusqu’au dernier moment, que ces navires leur étaient destinés ; on peut juger de
leur découragement lorsqu'ils aperçurent le pavil-
lon anglais qui flottait au haut des mâts.
“ Impossible d'exprimer, dit Knox, l’allégresse qui transporta alors la garnison anglaise ; officiers et soldats montèrent sur les remparts, en face des Français, et poussèrent, pendant près d’une heure, des hourras continuels, en élevant leurs chapeaux
en l'air.
Le lendemain, les frégates anglaises attaquèrent les deux seuls vaisseaux français presque sans artillerie qui se trouvaient dans le port, et qui composaient toutes les forces maritimes de la colonie. “ Elles furent prises, dit Laverdière, après un combat de deux heures. Leur commandant, M. de Vauquelin, et ses officiers refusèrent d'amener pavillon, même lorsqu'ils n’eurent plus ni poudre ni boulets. L'amiral anglais, plein d’admiration pour leur bravoure, les traita avec tous les égards
que méritait leur conduite. ”
Cette même nuit, Lévis abandonna le siége, laissant derrière lui toute son artillerie, et se replia «ir Montréal.
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Bientôt Murray le suivit ; et deux autres armées anglaises, l'une venant du sud, j’autre de l’ouest, ne tardèrent pas à le rejoindre. Ces trois armées opérèrent leur jonction près de Montréal à la date du 8 septem'-re : elles étaient fortes de 20,000 hommes. De Vaudreuil ne pouvait leur opposer que 3500 hommes seulement.
Un conseil fut tenu, présidé par M. de Vaudreuil ; et il fut décidé que le parti le plus sage à adopter était de se rendre, après avoir obtenu les conditions les plus avantageuses possibles.
Tous les articles de la capitulation furent acceptés des Anglais, à l'exception d'un seul : les honneurs de la guerre pour l’armée française. De Lévis, indigné de ce refus, se retira avec 2000 hommes dans l’île de Sainte-Hélène, résolu de ne point remettre honteusement son épée. Mais le salut de la colonie l’exigeait, et M. de Vaudreuil donna à Lévis l’ordre de se rendre. Celui-ci posa les armes, tout en protestant en son nom et au nom de toute l’armée contre l’indigne traitement qu'on lui faisait subir. Cependant, il ne voulut pas livrer ses drapeaux à l’ennemi, et ordonna qu'on les brûlat sur le champ, ce qui fut fait.
Tel fut, mes enfants, dit madame Genest, en
sanglotant, le dernier acte de résistance de vos
pères sur cette glorieuse terre du Canada. ... Le Canada avait cessé d'être français, il devenait
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