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Anglais qui se trouvaient frustrés, par là, de l'exercice de ce pouvoir tyrannique dont ils avaient si grandement abusé.
Un motif que les ennemis de l'Angleterre firent, surtout, adroitement valoir pour empêcher les habitants de prendre part à la guerre contre les Américains, fut que, d’après le serment de fidélité qu'ils avaient prêté, ils avaient juré de ne pas prendre les armes contre les Anglais. Or, qu'étaient les Américains à cette époque, sinon des Anglais ? Prendre les armes contre eux, c'était donc violer
leur serment.
Enfin, il y avait la crainte des taxes que les Américains surent faire valoir très-habilement ; et dans les nombreuses lettres qu'ils répandirent d'une extrémité de la province à l’autre, ils ne manquèrent pas de se donner eux-mêmes comme
exemple.
Les nobles et les gens instruits, à peu d’exceptions près, se déclarèrent franchement et ouvertement pour l'Angleterre.
À part le sentiment d’honneur qui dictait naturellement à ces derniers la ligne de conduite qu'ils avaient à suivre, un autre motif, au dire de Sanguinet, ne manqua pas d’exalter leur patriotisme : c'est qu'ils y trouvèrent leur compte. Nommés aux
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postes de colonels, de majors, de capitaines dans la milice, ils reçurent de jolis appointements variant de cent à deux cents louis; ce qui, vu l'époque et la pénurie des temps, équivalait à de fortes sommes.
À Montréal, les chefs des miliciens commirent plusieurs actes d’injustice. Ils commencèrent par favoriser leurs familles et leurs amis, de sorte que des anciens capitaines ils firent dés enseignes, et qu'ils donnèrent les grades de capitaines à des personnes qui n'avaient encore jamais servi : de là, une nouvelle source de mécontentement qui fit murmurer toute la ville de Montréal.
De son côté, le congrès américain, par ses lettres pleines de duperies et de fausses représentations, ne manqua pas de s’aliéner l'esprit de la population.
Pour ces raisons, et pour plusieurs autres, tout ce que put faire l'influence du clergé fut de maintenir dans la neutralité ceux des habitants dont les sympathies pour l'Angleterre n'étaient pas trèsvivaces ; et c'était un grand point de gagné ; car, pour peu que le mouvement des Canadiens- Français en faveur des Américains se fût accentué, l'Angleterre perdait à jamais le Canada.
Tel était l’état des esprits au début des hostilités.
Dans les premiers jours de mai 1775, les Américains s'emparèrent des forts Carillon, Saint-
Frédéric et Saint-Jean ; ce dernier fut repris quel-
ques jours après par 80 volontaires canadiens commandés par Picote de Belestre. Sur les entrefaites, Carleton arrivait à Montréal et s’occupait d'organiser la défense.
Bientôt les Américains, sans presque rencontrer aucune résistance, s’avancèrent jusqu’à la Prairie de la Magdeleine et à Longueuil où ils établirent des postes. Malgré l'invasion des PBastonnais dans outes les côtes du sud, tout paraissait aussi tranquille à Montréal, dit Sanguinet, que si nous eussions été dans une profonde paix.
Le 24 septembre, sur les dix heures du soir, environ 1 50 américains, sous le commandement d’Allen, traversérent de Longueuil en canots, et vinrent aborder au courant Sainte-Marie. Cette nouveile parvint à Montréal de bonne heure le lendemain. Aussitôt, cn ferma les portes de la ville, et on fit appel aux armes. Les citoyens, sans même attendre les ordres de leurs chefs, se rendirent au Champ-de-Mars, prêts à combattre. Pendant ce temps, plusieurs anglais, les colonels Johnson et Claus, en particulier, ainsi que toutes les femmes et les enfants des offiriers anglais, s'embarquaient, avec leurs bagages, dans les navires
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qui étaient mouillés dans le port, prêts à s'enfuir vers Québec.
Les citoyens, dit Sanguinet, sortirent de Montréal au nombre d'environ trois cents canadiens et trente marchands anglais. Le reste des marchands anglais ne voulurent point y aller; c’est là où on reconnut le plus ouvertement les traîtres. Il sortit aussi de la ville environ trente hommes de troupes. Les Bostonnais se replièrent dans une maison et une grange, et commencèrent à tirer. Le feu fut vif de part et d'autre. Les Canadiens cernèrent les Bostonnais du côté du bois, et leur coupèrent le chemin. Il fut fait prisonniers dans cette action environ trente-six bostonnais avec Allen, qui était leur chef. Il y en eut plusieurs de blessés et tués, et le reste prit la fuite.
Le major Carden, commandant des miliciens
de Montréal, fut blessé.
Pendant le combat, le général Guy Carleton et le brigadier Prescott restèrent dans la cour des casernes, avec environ quatre-vingts cet quelques soldats, le sac au dos, les armes à la main, prêts à s'embarquer dans les navires et à se sauver, si la petite armée des citoyens était repoussée.
À la suite de cet engagement, les habitants des campagnes se réveillèrent de leur assoupissement ;
leur instinct militaire se réveilla, et dès le lende-
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