‹ Histoire populaire du Canada ou Entretiens de Madame Genest à ses petits-enfants [microforme] (volume 2)Chapitre 36 sur 43 · C AR · texte numérisé non relu

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main et les jours suivants, ils commencèrent à arriver en grand nombre, et vinrent offrir généreu-

sement leurs services.

Tel était leur zèle que de la paroisse de Sainte- Anne, à quelques lieues de Québec, il n'arriva pas moins de quafante-deux hommes au secours de

Montréal. La paroisse de Varennes seule envoya 300 habitants, tous animés de la meilleure volonté du monde ; de sorte qu'au commencement d'octobre, il y avait dans la ville de Montréal plus de [200 habitants des campagnes qui, joints aux 600 de la ville, formaient une petite armée respectable.

Les Canadiens ne demandaient qu’une faveur : qu’on voulût bien les traverser à Longueuil, et les mener droit à l'ennemi, dont ils étaient sûrs d’avoir bon marché. Mais toutes leurs demandes, toutes leurs sollicitations furent faites en vain ; rien ne put déterminer Carleton à traverser le fleuve et à aller attaquer les Américains. A la fin, les habitants commencèrent à se fatiguer de ces lenteurs et demandèrent à retourner dans leurs foyers : pertnission qui fut facilement accordée à un grand nombre.

Cependant, l’armée américaine avait fini par s'emparer de tous les forts en deçà de la frontière, et Montgomery en personne se dirigea sur Mont-

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réal. Carleton, se croyant incapable de défendre la place, s'enfuit précipitamment, et la ville capitula le lendemain, c’est-à-dire, le 12 novembre.

Ce ne fut qu'avec beaucoup de difficultés que Carleton put se rendre jusqu'à Québec, où il arriva dans une petite chaloupe, après avoir abandonné, dans les environs de Sorel, onze navires chargés de provisions, d'artillerie et de munitions, dont les Américains ne tardèrent pas à s'emparer. Sur ces mêmes navires Montgomery descendait à Québec, quelques jours plus tard, avec 4 ou 500 hommes. “Il est certain, dit Sanguinet, que si ces onze navires n'avaient point été pris; Montgomery n'aurait point pu aller à Québec, parce qu'il aurait manqué de tout. ...”

“En ce moment, dit Laverdière, la cause métropolitaine en Canada était dans un état désespéré. Le territoire renfermé dans'l’enceinte de Québec était à peu près tout ce qui reconnaissait la suprématie de l’Angleterre. ”

Montgomery, ayant opéré sa jonction ‘avec Arnold, mit le siége devant Québec. Ce siége mémorable de 1775 a été le quatrième et le dernier de ceux que la vieille capitale ait eu à soutenir depuis sa fondation en 1608. Ici, mes enfants, ma tâche sera des plus faciles, vu que je n'aurai que

la peine de vous lire, à peu près mot à mot, des

extraitsd'un journal très-précieux tenu, jour par jour,

par un contemporain de ces événements : ce chro-

niqueur fut M. Simon Sanguinet, dont je vous ai

souvent cité le nom, et auquel j'ai déjà emprunté la

narration des faits que je viens de vous raconter. Le mémoire de Sanguinet est intitulé :

IEGE DES BASTONNOIS DEVANT LA VILLE DE QUÉBEC, ET TOUT CE QUI S’Y EST PASSÉ DE PLUS REMARQUABLE PENDANT LE SIÉGE.

Dans le mois d'octobre 1775, le colonel Arnold arriva à la Pointe de Lévy avec environ quatre cent cinquant® hommes ; .. ensuite il se répandit dans les campagnes du sud avec son monde pour les faire rafraîchir et les laisser reposer des fatigues qu'ils avaient essuyées pendant la route. Il fit ramasser, pendant ce temps, les bateaux et les canots qu'il put trouver, pour traverser au nord du côté de Québec. Il traversa avec sa petite armée à quelque distance au-dessus de la ville. Le 14 novembre, Arnold parut avec sa petite armée, à une heure après-midi, sur la hauteur près de la porte Saint-Louis, et sur les côtes d'Abraham où les citoyens de Québec eurent le temps de les examiner à loisir, sans penser à fermer les portes. Si Arnold eût été assez hardi pour entrer dans la

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ville, ou plutôt, s’il n'avait pas eu ordre d'attendre Montgomery, il y a tout lieu de croire qu'il n'y aurait point trouvé d'opposition. ... Mais Arnold se retira et se replia jusqu’à la Pointe-aux- Trembles, parce que ses soldats n'avaient pour toutes munitions qu'un coup de fusil à tirer chacun. D'ailleurs, tous ces soldats n'avaient plus que des haïllons, ayant usé leurs hardes à passer dans les bois pendant leur route de Boston à Québec.

Québec renfermait dix-neuf cents soldats, matelots et miliciens. Il y avait dans la ville deux cents grosses pièces de canon, cinquante pièces de campagne, huit mortiers, quinze obusiers, et assez de bombes et de boulets, et surtout de poudre, pour tirer sans ménagement pendant huit mois. La ville était fortifiée par des murs de trente pieds de haut.... Il n’y avait que le Saut-au-Matelot et Près-de-Ville qui pouvaient fournir à l'ennemi un passage très étroit; mais l’on fit faire plusieurs barrières dans ces deux postes, et l’on y braqua une grande quantité de canons.

L'artillerie des Bostonnais ne se montait qu’à cinq ou six pièces de canon et quelques obusiers ; ils n'avaient que très peu de poudre. On craignait si peu leur artillerie que les femmes et les enfants restèrent en ville et se promenèrent dans les rues

et sur les remparts comme à l'ordinaire. Voyant

que Carleton était bien résolu de ne pas sortir de ses retranchements, les Américains canonnèrent et bombardèrent Ia ville avec de petites bombes pendant sept jours. Mais Montgomery, s'apercevant qu'il dépensait sa poudre inutilement, et qu'il était au moment d'en manquer, prit la résolution de faire une escalade pendant une nuit obscure. On fut averti de son dessein par un déserteur, et l’on fit bonne garde ce jour là ; mais l'attaque n'ayant

pas eu. lieu au temps fixé par le déserteur, l'on

se douta que les Bostonnais attaqueraient le jour suivant, et l’on ne se trompa point ; car le trenteun de décembre 1775, à cinq heures du matin, les Bostonnais, au nombre d'environ 350, sous le commandement de Montgomery, vinrent pour escalader Près-de-Ville par les foulons, en même temps que 550 autres, conduits par Arnold, venaient, par Saint-Roch, attaquer le Saut-au-Matelot.

Le capitaine McLeod, qui avait la garde de ce dernier poste, reçut information de l'avance des Américains, mais il feignit de n’y pas croire. Ses hommes voulurent prendre les armes, il s'y opposa ; de sorte que les Américains n’eurent que le trouble de franchir les palissades pour aller s'emparer des canons qui étaient sur un quai. Toute la garde commandée par McLeod fut faite prisonnière, sans avoir échangé un seul coup de fusil ; les

Américains prirent possession ensuite de toutes les maisons du Saut-au-Matelot.

Heureusement que quelques écoliers, qui étaient de garde quelque part à la basse-ville, vinrent donner l'alarme. L'on fit sonner toutes les cloches et battre le tambour ; tout le monde 5e réveilla et chacun courut à la place d'armes. Les écoliers et plusieurs citoyens furent les premiers rendus au Saut-au-Matelot. Ils ne croyaient pas que les Américains fussent parvenus jusque là ; grande fut leur surprise quand ils se trouvèrent au milieu des Bostonnais qui vinrent leur présenter la main, en disant: VIVE LA LIBERTÉ !

À ces mots, les écoliers, s'apercevant qu'ils étaient au milieu de leurs ennemis, se trouvèr®ênt dans un grand embarras. Plusieurs commencèrent à fuir, mais les Bostonnais, voyant leur dessein, les désarmèrent. Quelques-uns, cependant, réussirent à s'évader, et coururent en toute hâte jusque sur la place d'armes à la haute-ville où toute la garnison était assemblée, criant de toutes leurs forces que les ennemis étaient dans le Saut-au- Matelot, qu'ils avaient pris la garde, etc., etc.

Comme ce rapport était fait par des jeunes gens, on eut peine à y croire. Néanmoins, Carleton ordonna de courir à la basse-ville afin de connaître la vérité. McLean revint un instant après

en criant : “ Oui, par Dieu ! les ennemis sont dans le Saut-au-Matelot. ”

Alors, le général Carleton, s'adressant aux citoyens, leur dit que c'était le temps pour eux de se signaler et de montrer leur courage, et il donna ordre à deux cents hommes d'aller au Saut-au- Matelot. Quand ces derniers furent près de l’ennemi, ils furent saisis de crainte et surpris du grand progrès que les Bostonnais avaient fait, puisqu'ils avaient déjà trois échelles sur la troisième barrière qui était la dernière à franchir et la plus faible. L'alarme augmenta et tout devint confusion. Le désordre régnait partout, et ceux qui devaient commander ne se pressaient pas d'avancer. La crainte s'empara encore plus des esprits lorsqu'ils entendirent les Bostonnais crier: “ Mes amis” en nommant plusieurs citoyens de la ville, “ #esvous là ?”

Ces paroles firent comprendre qu'il y avait plusieurs traîtres dans l’enceinte des murs, ce qui fit trembler les bons citoyens.

Qu'importe !.... ajoute Sanguinet ; un nommé Charland, canadien aussi fort qu'intrépide, tira pardessus la barrière les échelles de son côté.... Il y avait alors plusieurs ‘bostonnais tués le long de

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la barrière, parce que l’on commençait à se fusiller de part et d'autre.

Les Bostonnais avaient sur le sommet de la tête, pour se distinguer, un papier cacheté sur lequel

étaient écrits les mots: Vive la liberté ! ou Mors aut Victoria !

Alors, les Bostonnais abandonnèrent le dessein d’escalader cette dernière barrière, et se retirèrent dans les maisons ; ils ouvrirent les fenêtres et tirèrent de tous côtés, s'emparant des maisons, et gagnant de proche en proche la basse-ville. S'ils n'eussent été arrêtés, dans leur marche, ils seraient

parvenus facilement jusqu’à la maison qui faisait le coin de la barrière.

Ce fut alors que le capitaine Dumas ordonna à ses hommes de s'emparer de cette maison dans laquelle étaient logés les Américains. Sans perdre un instant, le sieur Dambourgès, à l'aide d’une des échelles enlevées à l’ennemi, monte par une fenêtre, la défonce, et tombe, avec quelques Canadiens qui l’avaient suivi, au milieu des Bostonnais. Après avoir tiré son coup de fusil, il s'élance sur eux à la baïonnette.... Les Américains effrayés se constituèrent prisonniers. ...

Pendant ce temps-là, le général Guy Carleton

fit sortir deux cents hommes par la porte du Palais, sous les ordres de M. Lawse, avec instruction de couper le chemin aux Bostonnais, et de les mettre entre deux feux.

M. Lawse, avec son détachement, sortit par la porte du Palais, se rendit à l’autre bout du Sautau-Matelot, et entra dans une maison où étaient un grand nombre d'officiers bostonnais qui tenaient conseil sur le parti qu'ils avaient à prendre. À cette apparition subite, plusieurs officiers ennemis tirèrent leurs é,ces pour le tuer. Lawse se contenta de leur répondre qu'il avait douze cents hommes sous ses ordres, et que, s’ils ne se rendaient

à l'instant, ils seraient tous tués sans miséricorde.

Alors, quelques-uns des officiers américains vinrent regarder par la fenêtre, et effectivement, ils trouvèrent qu'il y avait beaucoup de monde au dehors, bien qu'en réalité, il n’y eût que deux cents hommes. Sur cela, ils se radoucirent et se

rendirent prisonniers. Cette ruse sauva la vie du

brave Lawse.

Arnold, qui commandait ce détachement, fut blessé à la jambe, et transporté à l'Hôpital-Général. Le nombre des prisonniers faits à ce poste s’éleva à près de trois cents, y compris trente-deux officiers.

En même temps que ce combat se livrait au Saut-au-Matelot, un autre avait lieu à Près-de- Ville, pour repousser l'attaque dirigée par Montgomery.

Montgomery avait sous ses ordres environ 350 hommes ; le chemin qu'il avait à suivre était extrêmement étroit.

La garde canadienne qui était établie à Prèsde-Ville comptait quarante-cinq hommes. Elle avait charge d’une batterie masquée de neuf pièces de canon érigée dans le pignon d’une maison. La garde vit les Bostonnais escalader la première barrière, et se ranger en ordre de bataille sur un quai ; elle la laissa s'avancer jusqu’à une distance de quarante pieds.

Alors, le sieur Chabot et le sieur Picard-—com-

donnèrent ordre

mandants de la garde ce jour-là de mettre le feu aux canons chargés à mitraille ; ce qui fut fait.

Aussitôt les Bostonnais prirent la fuite, et, chose singulière ! les Canadiens en firent autant de leur côté, et se sauvèrent jusqu’à la basse-ville. Pendant ce temps, le poste ne fut pas gardé.

Bientôt, quelques uns des gardes eurent honte de leur fuite, et proposèrent aux autres de retourner,

n'ayant entendu aucun bruit.....

Ils retournèrent donc à leur poste, et trouvèrent les Bostonnais décampés ....Ce fut alors qu'ils s'aperçurent que plusieurs des ennemis avaient été tués par la décharge des neuf coups de canon.... ils trouvèrent trente-six hommes tués, au nombre desquels était Montgomery. ... Aucun canadien n'avait été tué ni blessé.

“ Si Montgomery, dit Sanguinet, n'eut point été tué, et M. Arnold blessé, il est certain que la ville de Québec aurait été prise.”

Après ces deux échecs, les Américains furent obligés de s: retirer à Sainte-Foye, à l’'Hôpital- Général, et aux environs. Ils croyaient, à tout moment, que le général Carleton ferait une sortie avec les deux mille hommes qu'il avait dans la ville; ils furent très surpris de voir qu'on les laissait tranquilles.

Bientôt, le manque de vivres se fit cruellement sentir parmi les Américains, et les maladies commencèrent à les décimer ; de jour en jour, aussi, ils perdirent les sympathies de ceux des Canadiens qui avaient épousé leur cause.

Finalement, l’arrivée du général Burgoyne au printemps, avec sept à huit mille hommes, vint sortir Carleton de son embarras. Burgoyne se mit en campagne, et, après des succès variables, finit par chasser les Américains du Canada.

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