PAR LM
capitaine général (c'est-à-dire Cartier), Le second navire, nommé la petite Æermine, était du port d'environ soixante tonneaux ; Je troisième, l'Ewerillon, était du port de quarante tonneaux.”
Afin de vous donner, mes enfants, une idée plus exacte des dimensions de ces bâtiments, et, par là même, de l'intrépidité de ces hardis marins, figurez-vous que le tonnage de la petite Æermine et de l'Emerillon ne dépassait guère celui des goëlettes chargées de bois qui passent tous les jours sous vos yeux, et qui viennent le la baie Saint-Paul ou du Saguenay en route pour Québec.
La traversée fut longue et orageuse. “Nous naviguâmes, dit Cartier, avec bon temps jusqu’au 20 du dit mois, que le temps se tourna en colère et tourmente, avec vents contraires et tempêtes si fortes, que jamais navires qui ont passé la mer n'en ont enduré de pires: tellement que le vingtcinquième jour de juin les trois vaisseaux se perdirent de vue, et n'eurent des nouvelles les uns des autres que lorsqu'ils furent rendus à la terre neuve (c'est-à-dire à Blanc-Sablon), où rendez-vous avait été donné.”
En remontant le fleuve, Cartier donna différents noms aux lieux qu'il découvrit. Parmi ces noms quelques-uns ont été conservés jusqu'à nos jours,
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celui de l'Ile-aux-Coudres en particulier. La plupart, cependant, ont été changés depuis. Ainsi il donna le nom d'Iles-Rondes aux îles corinues aujourd’hui sous le nom de Sept-Iles, celui d’Ilede-Bacchus à l’île d'Orléans, celui d’Ile-de-l’Assomytion à l'île d'Anticosti.
Sur les deux rives du fleuve Cartier vit, dispersées çà et là, quelques huttes ou cabanes d'écorce habitées par des sauvages, dont. l'unique occupation était de faire la pêche. Il fit connaissance avec eux à l’aide de Taignoagny et de Domagaya, qu’il ramenait avec lui, et qui avaient appris la langue française assez bien pour pouvoir servir d'interprètes.
Une fois rendu à l'extrémité orientale de l’Iled'Orléans, c'est-à-dire, vis-à-vis de la pointe nord de Saint-François, et à peu près en face du cap Tourmente, Cartier reçut la première visite de Donnacona, le chef de la bourgade sauvage de Stadaconé ; Stadaconé n'était autre chose que le Québec d'aujourd'hui.
“Le seigneur du Canada, dit Cartier, dont le nom est Donnacona, et dont le titre sauvage est agouhanna (ou chef), vint avec douze barques, accompagné de plusieurs gens, devant nos navires.
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gapprocha de nous avec deux seulement et accom.. pagné de seize hommes ; et le dit agouhanna commença à faire une prédication et un prêchement à leur mode, en démenant son corps et ses membres d’une manière merveilleuse, ce qui est une façon de montrer leur joie et assurance, et lorsqu’il fut arrivé au navire principal où étaient les dits Taignoagny et son compagnon, le dit seigneur leur parla, et eux lui répondirent et commencèrent à lui raconter ce qu'ils avaient vu en France, et le bon traitement qui leur avait été fait ; ce qui le rendit fort joyeux. Puis il pria notre capitaine de lui permettre de baiser ses bras, ce qui est leur manière de temoigner leur amitié.”
Bref, Cartier descendit dans la barque de l’agouhanna, fit venir du pain et du vin pour f.ire manger le dit seigneur et sa bande, dequoi ils furent fort contents. Après cela le dit agouhanna prit congé de Cartier et retourna avec ses barques à Stadaconé.
Cartier ne tarda pas à lever l'ancre. Profitant. de la marée montante, il ordonna à ses navires de remonter le fleuve jusqu'à Stadaconé, afin d'y trouver hâvre et refuge. |
“ Après avoir navigué une dizaine de lieues, dit Cartier, en côtoyant la dite île (l’Ile-d'Orléans)
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nous trouvâmes un affourc d'eau fort beau et plaisant. En ce lieu il y a une petite rivière et un hâvre que nous trouvâmes propice pour mettre nos navires en sûreté.”
Cartier donna à cette rivière le nom de Sainte- Croix. Ce nom a été changé, un siècle plus tard, par les jésuites, en celui de Saint-Charles, en l’honneur du sieur Charles des Boues, un de leuis
bienfaiteurs.
Ce fut donc dans ia rivière Saint-Charles, c’està-dire, dans la Petite-Rivière, comme on l'appelle plus communément aujourd’hui, à l'endroit connu sous le nom de Rivière-Lairet, près du pont Bickell, que Cartier conduisit ses vaisseaux. Mais à peine les Français étaient-ils installés en cet endroit, que Donnacona résolut de leur faire une réception des plus solennelles.
C'était à la date du 17 septembre 1535. Donnacona, accompagné de plus de 500 sauvages, se rendit au campement de Cartier ; et là, tous ces sauvages commencèrent à chanter et à danser suivant leur coutume. Le chant fini, Donnacona fit mettre ses gens d'un côté, traça un grand cercle sur le sable, et demanda à Cartier de vouloir bien
y entrer avec ses compagnons ; ce qui fut fait.
Alors Donnacona, tenant une jeune fille par la main, débita un long discours, après lequel il vint offrir la jeune fille à Cartier comme un présent. Tout aussitôt les sauvages se mirent à pousser trois cris et hurlements en signe de joie et d'alliance. Donnacona fit encore présent à Cartier de deux jeunes garçons, et cette cérémonie fut accompagnée des mêmes hurlements.
Après que Cartier eut remercié le chef sauvage, il fut informé par Taignoagny que la jeune fille qui venait de lui être donnée était la propre fille du seigneur et roi Donnacona.
Les trois enfants furent mis à bord des navires.
En retour de ces présents, Cartier fit don à l'agouhanna de deux épées et de deux bassins d’airain, dont l’un tout uni et l’autre ciselé. L’agouhanna, fort satisfait, commanda à ses gens de chanter et de danser. Finalement, il pria Cartier ” de vouloir bien faire tirer un de ces canons qu'il n'avait encore jamais vus, et au sujet desquels Taignoagny et Domagaya lui avaient conté des merveilles.
Cartier répondit qu'il le voulait bien, et il fit tirer une douzaine de coups avec boulets à travers le bois. Les sauvages furent si étonnés. qu'ils crurent que le ciel s'écroulait sur leurs têtes ; ils
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se mirent à crier et à hurler si fort, dit Cartier, qu'on eût cru que tous les diables étaient sortis de l'enfer.
“ Ce fut là la première fois, dit Ferland, que le bruit du canon retentit sur les eaux de la rade de Québec et fut répété par les échos des Lauren. tides.”
La bourgade de Stadaconé, résidence de ces sauvages, était probablement située entre la rue de la Fabrique et le côteau Sainte-Geneviève près de la côte d'Abraham.
Quelques jours plus tard, Cartier remonta le fleuve jusqu'à Hoc::laga, aujourd'hui Montréal. Ce trajet dura quatorze jours, c'est-à-dire du 19 de septembre jusqu'au 2 d'octobre, Hochelaga était une grosse bourgade renfermant pas moins de 1000 sauvages, et entourée de palissades bien liées les unes aux autres. Une seule porte donnait entrée dans cette espèce de fort qui renfermait 50 cabanes.
Hochelaga, d'après Ferland, était vraisemblablement sur le côteau qui s'étend au pied de la montagne du côté de la ville de Montréal.
Cartier fut très-bien reçu par ces sauvages qui lui apportèrent du poisson et du blé-d’inde, et lui firent toutes sortes de démonstrations d'amitié,
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Il monta sur le sommet de la montagne qui se trouvait au nord de la bourgade, et lui donna le nom de Mont-Royal ; de ce nom est dérivé celui de Montréal, qui a été donné, depuis, à cette grande ville,
Cartier ne demeura que quelques jours à Hochelaga, et revint à Stadaconé où il passa l'hiver.
: Durant cette saison rigoureuse ses hommes eurent beaucoup à souffrir du froid et du scorbut; il
n'en mourut pas moins de 25 dans l'espace de quelques mois. Aussi, dès les premiers jours de mai, c'est-à-dire, aussitôt que ses bâtiments furent dégagés des glaces qui les tenaient emprisonnés, Cartier se rembarqua avec ses gens et fit voile pour la France, emmenant avec lui Donnacona, le chef de Stadaconé.
Avant son départ Cartier avait fait planter sur le bord de la Petite-Rivière une croix haute de trente-cinq pieds, sur laquelle étaient représentées les armes de France avec ces mots en latin:
FRANCISCUS PRIMUS DEI GRATIA FRANCORUM REX REGNAT; Ærançois Premier, par la grâce de Dieu, Roi des Français, règne.
Ce ne fut que quatre années plus tard que Cartier put entreprendre son troisième voyage au Canada, mais sans y ramener Donnacona, qui était
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