DEUXIÈME ENTRETIEN
Mes enfants, dit madame Genest, je vous ai fait, en peu de mots, hier, le récit des trois voyages de Jacques-Cartier au Canada ; ce soir, je vais vous parler de Champlain. . .. Champlain, le fondateur de Québec et le père de la Nouvelle-France!
Après le troisième voyage de Cartier, quelques tentatives furent faites par les rois de France pour coloniser le Canada. Au nombre de ces tentatives fut celle de Roberval, qui passa tout un hiver au
Carouge avec quelques centaines de colons, dont un grand nombre sortaient des prisons de France. Heureusement pour le Canada, Roberval et ses repris de justice furent bientôt forcés, par le terrible mal de terre ou scorbut, de reprendre le chemin de leur pays.
À Samuei de Champlain, gentilhomme français né à Brouages, province de Saint-Onge, était réservé l’insigne honneur de fonder Québec et de poser les bases de cette belle colonie qui, si longtemps, a porté le nom glorieux de “ Nouvelle- France,” et qui, depuis, a été le noyau de ce vaste empire connu du monde entier aujourd’hui sous le nom de “ Confédération Canadienne.”
C'amplain quitta la France au mois d'avril 1608, et arriva à Tadoussac, à l'embouchure de la riviere Saguenay, six semaines après. Il ne
s'arrêta à cet endroit que fort peu de temps, et remonta aussitôt le fleuve. |
Après avoir passé un grand nombre d'îles, parmi lesquelles il signale plus spécialement l’Ileaux-Lièvres et l’Ile-aux-Coudres, il arriva au pied d'un cap où le vent était très fort et la mer bien grosse ; il lui donna le nom de Cap-Tourmente. “ En cet endroit, dit Champlain, la mer commence à être douce.”
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Passant par la rive sud du fleuve, il côtoya l’Iled'Orléans, au -bout de laquelle il aperçut une grande chûte d’eau, du côté du nord : c'était la chûte Montmorency. ’ Ë
Enfin, le 3 juillet, il s'arrêta au pied d'un cap situé entre une petite rivière et le fleuve ; ce. lieu portait le nom sauvage de Québec ; le vieux nom de Stadaconé avait disparu. RU
On a beaucoup discuté sur l’origine de ce nom de Québec, donné à la plus ancienne ville du Canada. Suivant les meilleures autorités, ce nom vient du mot sauvage Æebek ou K epac qui signifie rétrécissement des eaux.
À peine Champlain eut-il mis pied à terre, qu'il s’occupa. de construire. un logement ou habitation pour lui et les siens ; pour cela, il fit choix du lieu qu’il appelle, dans. ses écrits, la pointe de Québec, lieu occupé aujourd’hui par l’église de la basse-ville et par les maisons avoisinantes, et qui était alors couvert d’une épaisse forêt de vignes et de noyers.
Les fondements de cette habitation venaient à peine d’être posés, lorsqu'une odieuse conspiration fut tramée contre la vie du père de la Nouvelle-
France. “ Quelques jours après que je fus au dit
Québec, dit Champlain, il y eut un serrurier qui conspira contre le service du roi; son dessein était
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de me faire mourir. Pour cela, il suborna quatre de ceux qu'il croyait être des plus mauvais garçons, leur faisant entendre mille faussetés et espérances d'acquérir du bien.”
Le dessein des conjurés était de saisir Champlain au dépourvu et de l’étrangler ; ou bien de donner une fausse alarme et de tirer sur lui au moment où il sortirait de sa demeure,
Heureusement que le jour même où cet assassinat devait avoir lieu, Têtu, pilote d'une des barques de Champlain, dévoila toute l'affaire.
Têtu, ayant appris d’un serrurier du nom de Natel, les secrets de la conspiration, alla trouver Champlain pendant que celui-ci était occupé à préparer son jardin; ce jardin était situé auprès de l'habitation, Comme la chose devait être dévoilée secrètement, “ nous allâmes dans le bois, dit Champlain, où Têtu me raconta toute l affaire.”
Aussitôt Champlain fit fabriquer six paires de menottes avec lesquelles il fit enchaîner les principaux séditieux, et, entre autres, un chirurgien du nom de Bonnerme. Mais l’innocence de Bonnerme fut bientôt reconnue, et il fut libéré. Une espèce de cour fut ensuite organisée pour entendre les témoignages des coupables et pour les juger ; et le résultat de ce procès criminelle premier de ce
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genre, peut-être, qu'on aît vu au Canada—fut que le chef de la conspiration serait pendu. L’exécution eut lieu ; la tête de du Val fut coupée, mise au bout d’une pique, et plantée au lieu le
plus éminent du fort.
Le premier octobre de la même année, Champlain sema du blé dans son jardin, le 15, du seigle ; ce furent, suivant toutes les apparences, les premiers grains de blé et de seigle qui furent confiés a la terre du Canada.
Durant ce premier hivernement les hommes de Champlain eurent beaucoup à souffrir de la même maladie qui avait fait périr un si grand nombre des hommes de Cartier, maladie qui n'était autre que le terrible scorbut. |
Certes, mes chers enfants, vous devez trouve que Champlain a montré beaucoup de courage en consentant à passer ce premier hiver dans un pays tout-à-fait inconnu, au milieu de sauvages téroces et perfides contre lesquels il fallait se tenir constamment en garde. Vous aimerez, sans doute, à connaître la peinture que Champlain fait lui-même du caractère, des mœurs et des coutumes des peuplades qui habitaient alors Québec et les alentours de cette ville ; écoutez ce qu'il dit:
“Quantité de sauvages étaient cabanés près de
nous et se livraient à la pêche de l'anguillé, qui
commence vers le 15 de septembre et finit au 15 octobre, En ce temps, tous les sauvages se nourrissent de ce poisson, et en font sécher pour
l'hiver.
“Tous ces peuples pâtissent beaucoup, au point que quelquefois ils sont contraints de se nourrir de certains coquillages et de manger leurs chiens, ainsi que les peaux de ces animaux, dont ils se servent ordinairement comme vêtements pour se garantir du froid. Ils sont très vindicatifs, grands menteurs, et on ne peut guère être en sûreté avec eux que quand on a la force en mains. Ils promettent beaucoup, mais tiennent peu à leurs promesses. Ils n’ont ni foi ni loi, et sont remplis d'une foule de superstitions. Ils ne savent ce que c'est que prier Dieu et vivent comme des bêtes brutes. Ils ont parmi eux un certain nombre de devins ou sorciers qu'ils appellent pillotois. Ces pillotois croient parler au diable en personne, et ils le consultent pour savoir ce qu’il leur faut faire en temps de guerre comme en d’autres temps. Ils croient aussi que tous les songes qu'ils ont sont véritables, et que les choses qu’ils ont vues en songe doivent arriver.
“ Ces sauvages sont bien proportionnés de corps,