‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 107 sur 250 · INSUFFISANCE DE RENSEIGNEMENTS · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE RENSEIGNEMENTS

On doit avouer que, durant une assez longue période, il fut souvent difficile de bien savoir la vérité sur Colomb, moins à cause de la divergence d'opinions à son sujet, que du manque de notions biographiques concernant sa personne ou ses entreprises.

Pour ne parler d'abord que des historiens qui avaient eu la bonne fortune de le voir et le connaître personnellement. Las Casas acheva son Histoire des Indes, seulement cinquante-trois ans après la mort de Colomb. Il laissa s'écouler un intervalle de trente-deux ans entre le premier et le dernier chapitre ; d'ailleurs son ouvrage était resté manuscrit. L'Histoire des Rois Catholiques du bon curé de Palaccios, André Bernaldez, était manuscrite aussi. Les trois permières Décades Océaniques de Pierre Martyr d'Anghierra rédigées en latin, ne parurent à Alcala de Hénarez qu'en 1516, vingt-quatre ans après la Découverte. Neuf ans plus tard, fut publiée à Tolède la première partie de l'ouvrage officiel d'Oviedo y Valdez, intitulé : Sommaire de Vhistoire générale et naturelle des Indes. La seconde partie parut dix ans après à Madrid. Le reste de l'histoire n'a été livré à la presse que deux cent cinquante ans après la publication du Sommaire.

Lorsqu'en 1596 le Roi Philippe II ordonna au docte Antonio de Herrera de composer l'Histoire générale des faits des Castillans dans les Indes , il y avait alors cent quatre ans que le Nouveau Monde était connu , et son Inventeur oublié.

Divers auteurs, Alonzo de Mata, Andres de San Martin , Pedro de Zieza, Francisco de Xérès, parlaient d'une façon plus ou moins explicite du Nouveau Continent. Girolamo Benzoni, Gabriel Tasso de la Vega, Alvar Nunez, disgracieusement surnommé Tête de vache ^ Diego Fernandez de Palencia , le doyen Cervantes , Bernai Diaz del Castillo, et quelques autres, avaient aussi parlé des Indes. Mais presque tous leurs écrits demeuraient inédits; et réellement, en Espagne, l'opinion relative à Colomb n'était absolument que l'écho de la Cour et du Souverain Conseil des Indes. Nul d'ailleurs ne songeait au Révélateur du Globe. Chacun savait que la conquête du Mexique était due à Fernand Cortez , que l'océan Pacifique avait été reconnu par Vasco Nuôez de Balboa, et le Pérou soumis par Pizarre. Quant aux questions de date et de priorité dans les découvertes , le public laissait les savants les débattre et les résoudre à leur gré , se bornant uniquement pour lui à tirer profit de ces Contrées nouvelles.

A l'étranger, les premières erreurs répandues sur Christophe Colomb allaient s'accréditant. On les adoptait de bonne foi comme des éléments d'histoire. Ceux qui voyaient dans Améric Vespuce le légitime auteur de la Découverte, ayant par conséquent le droit de lui donner son nom, ne faisaient aucune difficulté d'attribuer aussi au Roi Ferdinand une grande part dans la réussite. Personne n'avait songé à contredire Sébastien Munster, quand il écrivait en i5M que Vespuce fut envoyé avec Colomb , par le Roi Ferdinand , pour découvrir des terres inconnues.

Le Milanais Jérôme Renzoni vantait les délicats procédés du Roi Ferdinand , qui choya , dit-il , pendant trois ans (1), à sa Cour, l'Amiral Christophe Colomb.

Parmi les géographes, les cosmographes et les chroniqueurs les plus renommés, les uns présentent Ferdinand comme le protecteur de Christophe Colomb, et le promoteur de son entreprise ; les autres accordent simplement à Colomb la découverte des Antilles, et at-

(1) « Ammirante Colombo, il quale stettetre anni nella corte accarezzato molto dal Re. » — Girolamo Benzoni, la Historia del Nuovo Mondo, liv. I, p. 27.

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