‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 11 sur 250 · PRÉJUDICE PORTE PAR OVANDO · texte numérisé non relu

PRÉJUDICE PORTE PAR OVANDO

formaient un frappant contraste avec le modeste état de maison accordé au Vice-roi à titre perpétuel et héréditaire. A côté des instructions officielles qu'il avait reçues de la reine, Ovando gardait les recommandations secrètes des bureaux au sujet de Colomb. Il oublia les premières pour se conformer uniquement aux secondes. Et voulant trop bien servir les vues du roi, il faillit se compromettre tout à fait et se perdre auprès de la Reine, car son animosité contre Colomb se marqua si clairement dans les actes, qu'il en fut plus d'une fois repris et réprimandé.

Tant que le Vice-roi des Indes se trouvait en Espagne , ou en mer, poursuivant le cours de ses explorations, Ovando, ne pouvant rien tenter contre sa personne, était obligé de se borner à l'atteindre dans sa fortune. Il s'employait à le frauder de mille façons, et à le frustrer ensuite sur le montant de ses droits. Les fonds qui lui étaient destinés ne lui parvenaient point; on les faisait disparaître sans qu'on pût les retrouver. Isabelle, instruite du tort que subissaient les intérêts de l'amiral, fit écrire à Ovando pour lui rappeler son devoir. Mais, craignant beaucoup plus de déplaire à Ferdinand qu'à la Reine, il ne tint guère compte de cet avertissement. L'oubli du gouverneur mécontenta sérieusement la grande Isabelle. Elle lui écrivit, le 27 novembre 1503, qu'elle savait que malgré l'ordre donné relativement aux intérêts de Cliristophe Colomb, il les négligeait; qu'il n'accomplissait nullement les instructions reçues.

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En conséquence elle lui commandait de les lire , de les exécuter article par article, et de se garder de faire autrement.

L'intention de la Reine était si expresse, que le même jour, quoique déjà souffrante des premiers symptômes du mal qui devait l'emporter, elle nomma pour veiller aux droits de Colomb, et pour ainsi dire en qualité de curateur aux biens de l'absent, le garde du corps Alonzo Sanchez de Carvajal. Celui-ci, homme d'honneur, brave militaire, fut mal reçu des bureaux et du gouverneur. Malgré la haute protection qui appuyait son mandat, il eut une peine incroyable à toucher une faible partie des droits qui revenaient à l'amiral. On lui présentait des comptes faux ou irréguliers, des états incomplets. On exigeait qu'il les reconnût exacts, et les certifiât tels par sa signature. A mesure que la maladie de la Reine faisait des progrès, l'audace du gouverneur grandissait, et les revenus de Tamiral diminuaient d'autant. Enfin, après la mort d'Isabelle, la position de celui qu'elle avait constitué le représentant de Colomb, devint intolérable. Il ne pouvait obtenir aucun compte, percevoir aucun revenu. A son insistance on répondait par des affronts et même des menaces. On finit par user ouvertement d'intimidation.

Carvajal, se sentant abandonné, livré à la discrétion d'un gouverneur qui avait tout pouvoir à Hispaniola, craignant pour sa liberté et peut-être sa vie, ne put faire parvenir à l'amiral, alors malade à Séville, les soixante

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