‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 113 sur 250 · SYMPATHIES DE ROME · texte numérisé non relu

SYMPATHIES DE ROME

Sanchez , que le Révélateur du Globe écrivit au milieu du tumulte des flots, pendant qu'il revenait en Europe, et dont une copie avait été adressée à Rome , fut tout aussitôt traduite dans la langue de l'Église par Aliander de Cosco, et imprimée chez Eucharius Argentinus. La curiosité publique ayant promptement épuisé cette édition , il fallut en tirer une autre. On se disputait ce précieux document. De l'enthousiasme universel jaillit bientôt la poésie. Les premiers vers publiés en l'honneur de Colomb naquirent de l'admiration d'un prélat, M^"" de Corbaria, évèque. de Montepulciano.

Dès le premier instant, le Sacré Collège avait pris un vif intérêt aux travaux de Colomb. On dirait que déjà il entrevoyait l'infinité de leurs conséquences, au profit de la Chrétienté. Ce n'était pas uniquement l'attrait de la nouveauté qui tenait en éveil les plus nobles intelligences de la Cour Romaine. Elles semblaient deviner, dans cet événement, quelque chose d'aussi vaste qu'heureux pour l'extension du Cathohcisme. Toute nouvelle concernant les explorations du Maître des navigateurs était avidement recueillie et colportée dans la Ville Éternelle. Il y eut même émulation de renseignements maritimes , parmi les toges pourprées. Une sorte de concurrence s'y formait pour obtenir la primeur des nouvelles de l'Océan.

Le cardinal Ascanio Sforza s'attachait à recevoir, avant tous, des détails sur ces pays nouveaux, et s'empressait d'en régaler son entourage. Stimulé d'un

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pareil désir, le cardinal Bernardin Carjaval ouvrait un commerce épistolaire avec le Lombard Pierre Martyr d'Anghierra, qui s'était, disait-il, fixé en Espagne, uniquement dans l'espérance de s'y faire une renommée , en racontant les Découvertes de Christophe Colomb. Jaloux de puiser ses renseignements aux meilleures sources, le cardinal Luiz d'Aragon fit mieux encore, il établit en Castille un de ses secrétaires, afin d'y recueillir de la propre bouche de Pierre Martyr ce que celui-ci tenait de Colomb lui-même.

A peine intronisé, le Pape Jules II voulut être en rapport direct avec l'intrépide Chrétien qui le premier porta la Croix dans des régions ignorées du Vieux Monde. Nous savons que ce Grand Pontife se plaignait de ne pas recevoir de Colomb d'assez fréquentes lettres. On devine aussi par quels motifs de prudence le Révélateur du Globe évitait d'éveiller les ombrageuses susceptibilités du Roi Ferdinand, qui aurait peut-être assimilé à un crime de haute trahison une correspondance assidue avec Rome.

Le successeur de Jules II prit, à son tour, un si vif intérêt aux travaux accompUs par Colomb , qu'il en solennisait le simple récit. Léon X avait organisé des soirées, où en grand apparat au miUeu de sa Cour, entouré de ses Cardinaux , et en présence de sa sœur, il faisait lire les Décades Océaniques de Pierre Martyr d'Anghierra.

Ayant respiré dans cette atmosphère de louanges, l'il-

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