PROTÉGEANT LE SOUVENIR DE COLOMB
de trouver dans Fauteur presque un compatriote , à cause de son Origine, quoique Stella fût incontestablement né à Tombre du Capitole.
Les accords de la lyre n'eurent pas seuls Thonneur de faire résonner en Italie le nom de l'inventeur du Nouveau Monde. Un ascète au regard profond, synthétique, s'élevant au-dessus de la poésie humaine, entrevit lumineusement la destination providentielle de Christophe Colomb. Bien assuré d'avance des sympathies du Souverain Pontife pour la mémoire du Chrétien Incomparable, Thomas Bozius dédia au Pape Grégoire XIV son Ouvrage aux horizons prophétiques, où il signale l'étonnante Entreprise de ce Messager de l'Évangile, ainsi que le Caractère surnaturel de son mandat.
Dès lors commence à se dessiner dans l'opinion Romaine une conception plus haute et plus vraie du rôle de Colomb. Aux cruelles épreuves, aux drames maritimes qui avaient jusque-là formé pour le public Tunique tableau de ses Entreprises , apparaît maintenant rinfluence d'une assistance supérieure, et presque l'intervention visible de la Divinité.
Georginide Jessi, pubUant en 1596, chez Farri, son poème , le Nouveau Monde , composé de vingt-quatre chants, se croyait obligé, suivant le goût mythologique de l'époque, à mettre en scène le Destin, le uoir Pluton, et ses hideux acolytes; mais ne manquait pas de faire une grande part à la très sainte Trinité , à la vierge
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Marie, et aux saints habitants des célestes demeures. Nonobstant la bizarrerie des mélanges et la médiocrité des rimes , l'imagination de l'Auteur se donna si libre carrière qu'il eut, par ses témérités, un succès relatif, et acquit pour un temps, à son œuvre, une renommée contestable.
Peu après, à Savone , l'admiration pour les travaux de Colomb suscita un poète. Ambroise Salinero ébau- ' cha quatre chants, en l'honneur du Héros des Mers. Surpris par la mort dans la force de l'âge , il ne put achever son poème, qui resta inédit.
Presque en même temps, un trépas imprévu enlevait Jean Villifranchi, Auteur d'un poème héroïque à peine terminé, sur Christophe Colomb.
Un autre poète , le Florentin Jean-Baptiste Strozzi, fort dédaigneux de Colomb, avait hardiment commencé un poème à la gloire de Vespuce , qu'il jugeait le véritable Découvreur du Nouveau Monde. La Cécité dont Strozzi fut frappé , durant ce labeur impie , porta un coup funeste à son espoir d'effacer du souvenir des vivants le nom du Génois Colomb, cet effronté plagiaire de son compatriote, le célèbre Améric. Le premier chant de Strozzi fut aussi le dernier, au grand déplaisir de Florence.
Un autre Florentin ne tarda pas à célébrer le Nouveau Monde. Raphaël Gualterotti eut la joie d'enfanter un poème héroïque , sous ce titre suffisamment expressif : L'Amérique. Ce seul nom donné à son (Euvre , comme
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personnifiant la découverte de son compatriote, ravit ses concitoyens. Le patriotisme de Cosimo Giuntî fit paraître en 1611 cette production plus civique qu'harmonieuse, et non moins creuse que sonore.
L'équivoque faveur du public pour ces tentatives d'Épopée ne retint pas cependant le chevalier Thomas Stigliani. Se sentant l'escarcelle bien garnie de rimes, en 1617, il lança de Plaisance, sur l'Italie, son poème du Nouveau Monde, qu'édita dans le format in-12 le libraire Alexandre Bazacchi. Ce poème se composait alors seulement de vingt-quatre chants. L'Œuvre, d'une ^^aleur fort controversée, causa grande rumeur parmi les nourrissons des Muses. A Florence, les membres de la Crusca firent rage contre F Auteur, et surtout démembrèrent sa versification. Les défauts de style étaient d'aïQeurs compensés par de réelles beautés en maints passages. Mais avec un parfait sans-gène, et sans prendre souci des discussions académiques, l'Auteur, poursuivant l'entreprise, poussa jusqu'au Trente-Quatrième Chant le déroulement de son Épopée. Cette fois ce fut à Rome que parut le poème complet, édité par les soins de Jacques Mascardi, en 1628.
A Rome encore, cette hospitalière protectrice de la renommée de Colomb, le poète Calabrais Agazio était venu peu auparavant imprimer chez Barthélémy Zanetti son poème en cinq chants , ï Amérique,
Également ce fut à Rome qu'Alexandre Tassoni, secrétaire du Cardinal Ascanio Colonna, vivant auprès
de ce Prince deTÉglise, conçut une haute idée de Colomb, et y puisa son inspiration du poème l'Océan, qui fit sa célébrité.
Ensuite, un fervent admirateur de Vespuce , le Comte Fulvio Testi, publia en son honneur un ensemble de poésies, sous ce titre : VInde conquise. Elles parurent à Modène, en 1633. Le talent de FAuteur n'avait pas l'envergure de l'Épopée. Fulvio Testi aurait dû se borner à la simple poésie lyrique où il eût excellé par la pureté du goût et la perfection du rythme.
Dans le même temps, à la Cour du Duc de Parme demeurait un penseur natif de Gubbio, nommé Guidobald Benamati , qui avait, durant ses loisirs , imaginé un poème sous ce titre : les Gloires des inconnus j dont, en 1647, l'éditeur Vénitien, François Val vaseuse hasarda la publication.
A Trévise , l'abbé Jean-Marie Vanti , abordant à son tour les hauteurs du Parnasse, composa un poème aujourd'hui oublié. On n'en a guère retenu que le titre : le Nouveau Monde.
La gloire de Colomb offrit aussi ses tentations à la verve d'un jeune littérateur de Vérone, Jérôme Tortoletti. Mais, enlevé prématurément à l'affection des siens, il laissa inachevée son œuvre.
D'autres essais poétiques en l'honneur de Vespuce se produisirent dans plus d'une Cité de la Péninsule.
Comme ces enfantements de la lyre Italienne ne satisfaisaient complètement ni la justice, ni la vérité, ni
le génie catholique , un illustre Prince de TÉglise , le Cardinal Benoit Pamphili, invita le Père jésuite Ubertino Carrara, professeur de littérature au Collège Romain, à célébrer Colomb dans ses chants. Ce docte religieux, né à Sora, dans le Royaume de Naples, était cité pour l'élégance de sa versification latine. Le zélé Cardinal fut non seulement le Mécène , mais encore l'inspirateur, le guide, et presque le Collaborateur du poète. Grâce à sa munificence, l'œuvre du Père Carrara, divisée en douze chants, et noblement intitulée : CoLUMBUs, parut à Rome en 1715, imprimée par Roch Bernabo.
Ainsi de loin à loin , en se manifestant, les sympathies du Sacré -Collège ramenaient vers la grande image de Colomb l'admiration de l'ItaUe, que les Uttérateurs Florentins cherchaient à diriger sur Vespuce. L'influence Romaine se fit sentir à Venise, où le patricien Louis Quirini pubha son poème : t'Amiraï des Indes. Un jeune poète de Vérone, ravi trop tôt aux éloges ou à l'envie de ses concitoyens, Rosa-Morando, laissa interrompue, avant sa vingt-cinquième année, son œuvre, qui aurait eu pour titre : la Conquête de l'Amérique.
Grâce à l'action parfois indirecte ou latente , mais toujours réelle, de divers membres du Sacré-Collège, la gloire de Christophe Colomb ne fut pas entièrement submergée dans la renommée envahissante de Vespuce, que l'orgueil patriotique des Florentins s'efforçait d'élargir démesurément.