‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 120 sur 250 · PRÉVENTIONS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

PRÉVENTIONS FRANÇAISES

Cette œuvre fit son entrée en France sous le règne de M. de Voltaire, pendant la vogue des Esprits forts, Diderot, d'Alembert, Lamétrie, Helvétius collaborant, et en pleine floraison de la fameuse Encyclopédie ; durant cette fermentation du philosophisme d'où allait bientôt sortir la Révolution Française. Les conséquences du livre de Robertson devaient se prolonger jusqu'à nos jours.

Nous avons dit autre part, et il convient de le répéter ici : « On sait que depuis l'ère de la Réforme, l'histoire (suivant la courageuse affirmation du grand Joseph de Maistre) n'est plus qu'une conspiration contre la vérité. » Aucun ouvrage ne justifie mieux cette observation que celui de Robertson, en ce qui touche l'auteur de la Découverte.

Une fois admis le principe qu'on pouvait se passer de Colomb, que la Découverte était un fait logique, la conséquence naturelle et obligée du progrès humain, la personne du Découvreur n'était plus que de médiocre importance. Aussi l'abbé Genty, « Censeur royal, Correspondant de l'Académie des Sciences de Paris, et de celle de Toulouse », publait-il avec une naïve satisfaction un volume intitulé : « L'influence de la Découverte DE l'Amérique sur le bonheur du Genre humain. » Dans la partie qui a pour titre : la Découverte de V Amérique a-t-elle été utile à ses nouveaux habitants? l'excellent abbé commence ainsi :

« Parmi les Européens qui ont quitté leur patrie,

œNTRE CHRISTOPHE COLOMB. 201

pour en aller chercher une autre, en Amérique, Timmortel Colomb et les vainqueurs du Mexique et du Pérou attirent principalement nos regards et doivent fixer d'abord notre attention, etc. » Plus loin, le bon abbé ajoute que « Colomb paya cher quelques moments de gloire et d'ivresse! que d'amertumes son triomphe même répandit sur sa vie et de combien de larmes il arrosa ses sanglants lauriers (1)! »

L'idée ne vmt à personne de s'enquérir du sang dans lequel Colomb avait trempé ses lauriers et « ses mains victorieuses ». L'envoyé du Salut, le Messager de la paix, resta, depar Tabbé Genty, transformé en guerrier sanguinaire. Pas un bibliographe ne s'émut. Aucune indignation n'éclata. L'abbé Genty parut si peu inconvenant ou ridicule aux yeux de l'Académie des sciences, que tout aussitôt, un autre abbé, mais celui-ci expulsé du sanctuaire, l'abbé Raynal, ouvertement apostat, proposa, sans rire, à l'Académie de Lyon, un prix sur cette inepte question : « la Découverte de l'Amérique est- elle nuisible ou utile au genre humain? » D'ailleurs l'ex-abbé Raynal faisait assez bon marché de Colomb, et sans gène aucune plaçait bien au-dessus de lui Vasco de Gama, en considérant le passage du Cap comme la plus grande époque de l'histoire.

Vers la même époque; l'auteur d'un voyage à Saint- Ci) Abbé Genty, VInfluence de la découverte de VÂmérique, p. 120. — Paris, 1788.

Page 1