‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 2 sur 250 · G ENVIE ET DÉFIANCE DU ROI FERDINAND · texte numérisé non relu

G ENVIE ET DÉFIANCE DU ROI FERDINAND

à Tépoque où Christophe Colomb, encore inconnu, roulant dans son cœur son projet, et bégayant à peine l'espagnol , osa, vêtu de pauvres habits , paraître à la cour et offrir aux rois son plan de découvertes. Devant la reine catholique ce grand chrétien ne put contenir son intime pensée; et il lui proposa d'employer d'abord au rachat du Saint Sépulcre les profits qu'on retirerait de ses expéditions (1). Ferdinand rit beaucoup de la naïveté de ce marin; l'idée lui parut bouffonne. Ne croyant pas d'ailleurs à la réussite de l'entreprise , il ne voulut entrer pour rien dans la dépense ; et si , vu l'épuisement des finances de la Castille , il consentit à faire à la reine l'avance des fonds nécessaires , il eut grand soin d'en exiger plus tard le remboursement au trésor de l' Aragon.

Après la Découverte, la nouvelle du succès de cet étranger le surprit beaucoup plus qu'elle ne l'intéressa. Au premier moment, pendant que le retour de Colomb excitait un enthousiasme universel, et tandis que le Révélateur du Globe servait de mire à la curiosité publique, Ferdinand sembla vouloir se l'approprier et tira vanité de sa personne comme d'un ornement nouveau. Il s'en parait, en faisait montre dans ses cavalcades, ayant à sa droite l'héritier présomptif de la couronne , et à sa gauche le Vice-roi des Indes. Mais voyant les regards se porter plutôt sur ce dernier que

(1) Journal de Colomb, Collection de Nayarrete, t. 1, p. 117.

A l'Égard de Christophe colomb. 7

sur lui-même , et les salutations de la foule s'adresser de préférence au héros du jour, il mit bientôt fin à cette exhibition.

Son naturel jaloux et défiant ne pouvait endurer l'éclat d'une renommée qui promettait d'éclipser si fort la sienne. Il se rappelait l'arrivée triomphale de Colomb à Barcelone; l'indescriptible concours des populations sur sa route, l'admiration des riccos hombres, la déférence des ministres, l'empressement respectueux de la reii^. pour le messager de l'Évangile, le grand cardinal d'Espagne donnant en son honneur un splendide banquet où il était traité en souverain, assis sous un dais , chaque plat étant apporté couvert et dégusté en sa présence , d'après toutes les règles de l'étiquette royale ; puis les premiers seigneurs de la cour s'honorant de le traiter à leur tour, en se conformant strictement à l'exemple du troisième roi, ( C'est ainsi qu'était surnommé l'illustre Pierre Gonzalès de Mendoza, chancelier, archevêque de Tolède et cardinal. ) Dès lors , il résolut de diminuer, jusqu'à la faire disparaître, l'importance de cet étranger, en mettant à néant sa viceroyauté des Indes , et les avantages que lui assuraient ses traités avec la Castille.

On sait que Ferdinand et Isabelle régnant ensemble avec leurs deux noms unis étaient appelés « les deux rois » et s'assistaient mutuellement, tout en gouvernant directement chacun ses États particuliers. Ferdinand qui aidait toujours de ses conseils et parfois de ses

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