ÉLOGE SYSTÉMATIQUE DE VESPUCE
de génération. La descendance du Catholique montra la même àpreté de convoitise, les mêmes suspicions ombrageuses. Et qu'on n'essaie pas de nier une tradition orale ou écrite à cet égard, qui se transmettait dans la famille de Ferdinand, car elle se trahit par la marche suivie, et la répétition des moyens adoptés. Parlons seulement du dernier de ceux-ci. Il consiste à exalter Vespuce , et à rabaisser Colomb ; à eflfacer sa gloire pour rendre la spoliation moins affreuse.
Nous avons vu comment Ferdinand vantait Améric Vespuce , le comblait de gratifications , d'emplois , d'honneurs, tandis qu'il faisait mourir d'injustices et de misère Christophe Colomb. N'oublions pas que Philippe P% dans son règne de quatre mois, suivit absolument la même tactique. Pendant qu'il enlevait à Colomb, déjà sur son lit de mort , le gouvernement des Indes, pour en investir don Fernand de Velasco, il comblait d'honneurs Améric Vespuce, et ordonnait de ne pas laisser partir la flotte sans prendre son avis (1). Pareillement Charles-Quint, toujours disposé à rappeler les grands services d' Améric, loin de reconnaître ceux de Christophe Colomb , arrachait son fils à ce gouvernement des Indes, dont il était légalement titulaire à perpétuité.
(1) Carta del rey D. Felipe I, â los oficiales de la contratacion. — Coleccion diplomatica, t. Ill, p. 294, num. v.
Le même Empereur, qui, au mépris du droit , de la justice, de Thonneur, dépouille impitoyablement la postérité du Héros par lequel TEspagne est devenue la plus riche nation du Globe, se montre délicat, timoré jusqu'au scrupule envers la. mémoire du médiocre et plagiaire Améric. Il reporte sur sa veuve l'intérêt que lui témoignait le vieux Catholique, et déclare au Ministère des colonies qu'il est d*acquit de conscience de continuer à prélever sur le traitement du Pilote général la pension de la veuve Vespuce , à cause des services de son mari (1).
Il est à noter que le premier homme de mei** de l'époque, Sébastien Cabbtt, qui succédait à Juan Diaz de Solis, occupait alors cette charge de Pilote général. Naturellement un navigateur de la valeur de Sébastien Cabott n'accordait qu'une mince estime aux talents prétendus de Vespuce. Il n'avait jamais pu découvrir ses éminents services, et trouvait peu équitable de les rétribuer aux dépens du traitement qui formait la
(1) Cédule royale datée de Pampelune le 16 novembre 1623. — Coleccion diplomatica, t. III, p. 308.