‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 8 sur 250 · DIFFAMATEURS DE COLOMB · texte numérisé non relu

DIFFAMATEURS DE COLOMB

entendre un clin d'oeil. Il pressent, il devine le désir du maître, et ne s'épargne pas. Mais aussi sa peine n'est point perdue. L'archidiacre devient Évêque de Badajoz, puis occupe le siège plus lucratif de Cordoue, ensuite celui de Palencia, mieux à sa convenance. Après , il préfère l'évèché de Burgos ; il Tabandonne encore pour celui de Carthagène, et délaisse bientôt ce dernier, afin de monter à rArcheyèché de Rosano. De là, sous peu, il aspire à un titra plus élevé. Et le roi, toujours gracieux à son égard, demande pour ce bureaucrate qui a déjà changé de diocèse six fois, sans quitter une seule son fauteuil au bureau de la marine, le titre de Patriarche universel des Indes, comme acheminement vers la pourpre romaine. Ferdinand se rend garant de la piété, de la science ecclésiastique, et du zèle pastoral de ce singulier apôtre, qui a prouvé son attachement à l'Église en persécutant son messager dans le Nouveau Monde, en contrariant, tracassant et au besoin punissant tous ceux qui prenaient la défense des Indiens, et en s'adjugeant comme esclaves deux cents de ces malheureux, dont plus tard l'illustre cardinal ministre, Ximenès, l'obligea de se dessaisir.

Après le deuxième voyage de Christophe Colomb^ ses détracteurs trouvaient un retentissant écho dans les familles des hidalgos, dont il avait gourmande la paresse, refréné la débauche, et empêché les rapines. Sa personne était devenue insupportable aux hommes de Cour, et son entreprise se trouvait décriée, au point qu'on la lui imputait à crime. On lui faisait le reproche d'avoir dilapidé le trésor de la Castille, déjà épuisé par les guerres. Il ne rencontrait que des fronts mécontents, n'entendait que de blessantes allusions à son œuvre. On le laissait à l'écart. Au lieu d'exalter son génie, ses découvertes, les nouveaux horizons ouverts à l'esprit humain, on maudissait ses entreprises ; on regrettait les dépenses qu'elles avaient entraînées ; on suspectait ses intentions ; on insultait ses fils. Ils entendaient souvent railler leur père qu'on surnommait V Amiral des moucherons. Aussi eut-il toute les peines du monde à obtenir les moyens d'entreprendre sa troisième expédition, pendant laquelle il découvrit le Nouveau Continent.

Et cette Découverte à jamais glorieuse ne le releva point dans l'opinion. Le public n'y prit aucun intérêt.

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