‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 99 sur 250 · ET DES COLONIES EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

ET DES COLONIES EN ESPAGNE

de retard. Le secrétaire général du Ministère était chargé de ce recouvrement (1).

Mais Taccroissement des relations avec les régions transatlantiques fit sentir, bientôt après, la nécessité d'organiser en dehors et au-dessous de THôtel des Affaires des Indes, une sorte de juridiction distincte pour la solution des différends qui naissaient entre commerçants, par suite du trafic dans ces contrées nouvelles.

On rétablit sous le titre de Consulat de Sévillk. Les notables négociants de ce port choisissaient parmi eux des Consuls pour décider sur les contestations relatives aiux transactions avec les Indes, et maintenir les privilèges accordés à leur commerce, régler avec les membres de LA CoNTRATACiON, Ics uolis et les moyens d'approvisionnement des vaisseaux. Le premier des Consuls était appelé de son nom : le Prior. C'était par le seul intermédiaire des Consuls que pouvait s'obtenir l'autorisation d'aller aux Indes. Us y envoyaient aussi chaque année deux Délégués pour y répartir l'induit ou taxe sur les commerçants. Un siècle après Colomb, cette taxe dépassait déjà sept millions de francs.

L'hôtel des Afi'aires des Indes reçut alors des attributions plus larges et plus nettement définies qu'auparavant. Il avait à la fois une juridiction administrative et une compétence judiciaire. Il formait un -tribunal composé d'un Président et de huit juges, dont quatre étaient hommes de robe , et quatre , hommes

(I) Coleccion diplomatica , tomo II, num clxxi.

d'épée. Les quatre premiers avec le Président connaissaient de toutes les contestations ou délits relatifs aux affaires des Indes. Ils prononçaient en première instance , et on pouvait toujours faire appel de leurs jugements au Suprême Conseil des Indes. Les quatre magistrats d'épée étaient chargés de la partie administrative des affaires des Indes. Ils s'occupaient du gréement, de l'armement et de l'approvisionnement des navires , des galions ainsi que des flottes ; du recrutement des équipages, du contrôle des passagers pourvus de licence ; ils veillaient à la perception des droits royaux, et devaient empêcher la fraude et la contrebande. Us recevaient les soumissions pour les munitions de guerre, les fournitures de la marine royale.

Les membres du Conseil de la Casa de la ContrataciON jouissaient donc d'une inévitable influence, aucune affaire maritime ou commerciale dans le Nouveau Monde ne pouvant se traiter sans leur participation plus ou moins officielle. Néanmoins, Tautorité du Conseil de Séville se trouvait subordonnée à Tautorité suprême du Souverain Conseil des Indes, résidante Madrid. Ce conseil, qui fonctionnait sous la direction personnelle du Roi, réglait, ordonnait et décidait sans appel sur tout ce qui concernait la paix , la guerre , la • navigation , les affaires commerciales , civiles et criminelles des Indes. Il faisait au Roi des propositions pour tous les emplois à créer, les charges à pourvoir, les

magistratures à remplir, les commandements à exercer, rinvestiture des bénéfices, ainsi que pour les Gouvernements et les Vice-Royautés des Indes. Ce Souverain Conseil participait ici à la puissance royale, nommait au commandement des galions , des escadres et des flottes destinées aux Indes. Il encaissait les avances ou cautionnements exigés des capitaines et amiraux, pour obtenir leur commission. Ceux-ci devaient s'y prendre deux ans d'avance, et accompagner leur demande d'emploi d'un versement immédiat au trésor du Roi , de soixante mille livres , s'il s'agissait d'un simple galion; et en outre compter trente-six mille livres au Provéditeur de la marine. Un contreamiral était tenu de verser cent cinquante mille livrés; un vice-amiral deux cent quarante mille , et un amiral trois cent mille.

Ce Souverain Conseil, par ses attributions, ses influences, sur la richesse de l'État et la fortune des particuliers, jouissait d'un prestige très grand. L'empereur Charles-Quint l'accrut encore en étendant ses pouvoirs jusqu'à connaître des choses de la Religion dans les Indes. Et il le constitua définitivement de la manière suivante :

Ce Conseil, présidé de droit par le Grand Chancelier, avait en outre : — un président ordinaire , — douze conseillers, dont huit de robe et quatre d'épée, — un lieutenant du Chancelier, — un Procureur général du Roi sous le nom de Fiscal , — cinq Rapporteurs des

Affaires, — un Grand Alguazil, — deux Secrétaires généraux, ayant sous leurs ordres vingt-quatre commis ou expéditionnaires, — deux délégués du Fiscal, — quatre agents comptables, — un Historiographe, — un Géographe , — un chapelain , — un sacristain , — un avocat, — un Procureur des pauvres, — un écrivain rédacteur, — un conseiller membre de la contratacion de Séville, spécialement chargé du recueil et de la garde des lois et ordonnances relatives aux Indes. — En outre dix huissiers ou appariteurs étaient préposés au service intérieur des bureaux du Souverain Conseil.

C'est devant cet imposant aréopage que les Gouverneurs et tous les grands fonctionnaires des Indes étaient tenus de venir, à Texpiration de leurs pouvoirs, rendre compte de leur administration et du bon emploi de leur charge. On comprend quel était, en Espagne, Tascendant moral de ce Souverain Conseil.

Sous la présidence inamovible de Tévèque Ordonnateur de la marine, les premiers conseillers au Souverain Conseil des Indes sont les favoris de Ferdinand ou ses créatures, telles que l'insatiable Lombard, Pierre Martyr d'Anghierra, qui non content de ses émoluments de chapelain du Roi , de doyen du chapitre de Grenade et d'abbé de la Jamaïque, voulut aussi cumuler ceux de membre du Souverain Conseil des Indes.

La charge si importante de Secrétaire du Souverain

Conseil parait dévolue ainsi qu'un légitime patrimoine aux secrétaires de Ferdinand. Ils Toccupent successivement. Quatre d'entre eux en sont, Tun après Tautre, immédiatement investis : on dirait d'un héritage.

Après le vieux serviteur Juan de Goloma , vient le secrétaire du Roi, Miguel Ferez de Àlmazan, autrefois témoin des combats secrets d'Isabelle , et de sa répugnance à délivrer au commissaire Bobadilla la lettre de créance dont il abusa, pour destituer et jeter ignominieusement dans les fers le Révélateur du Globe. Àlmazan avait contresigné et expédié cette lettre laconiquement sinistre ; Ferdinand lui devait une récompense.

Son successeur fut Gaspar de Gricio, qui, jeune alors, assista aux conférences de Salamanque. Secrétaire intime du Roi, il avait été par le Catholique pourvu» en 1501, de l'intendance des droits royaux dans les Indes.

Celui qui le remplaça occupait un lieu privilégié dans l'estime de Ferdinand : c'était Tancien secrétaire, Lopez de Conchillos, ce vertueux inventeur de l'alphabet en chiffres dont se servait son correspondant occulte, Miguel de Passamonte.

Sa succession administrative revint naturellement à François de Cobos, qui par intervalles avait servi de secrétaire au Roi. Bureaucrate d'instinct, paperassier par vocation, Cobos se perpétua aux Affaires des Indes.

Ce fut lui qui contresigna les lettres patentes qui donnaient à Vincent Yaîiez Pinzon les armes usurpatrices dont nous avons parlé. Les plus grands honneurs vinrent le trouver au milieu de ses cartons : sans sortir de son bureau, il chemina si loin qu'il atteignit la suprême dignité de grand Commandeur de Léon.

Après lui , arriva le plus zélé des plumitifs , l'infatigable travailleur Juan de Samaiio , Félève favori de Fonseca. Entré dans son cabinet au sortir du collège, il possédait la confiance du prélat Ordonnateur de la Marine et connaissait tout le personnel des Affaires des Indes ainsi que des employés d'outre-mer. Par lui se continuaient au Souverain Conseil des Indes, dont il était l'actif moteur, lés traditions et les intentions du Roi Ferdinand. La pensée secrète du Catholique était ainsi représentée longtemps après sa mort, dans ce haut tribunal qui décidait souverainement des affaires du Nouveau Monde.

Nous ne voulons pas suivre ici la trace de cette influence dans la personne du Commandeur François de Errazu, qui le remplaça, et chez les successeurs de celui-ci. Il est certain que le Souverain Conseil des Indes, dès son origine, fut surtout composé de personnes qui par leur attenance avec la Cour ou les bureaux de la CoNTRATACiON, se trouvaient imbues de préventions contre Colomb et sa descendance. Leurs familles n'étaient guère disposées à s'indigner d'une spoliation qui leur profitait grandement.

Si les traités passés par la Gastille avec Christophe Colomb eussent été fidèlement observés, le Vice-Roi des Indes et ses successeurs auraient eu seuls le droit de présentation pour les hautes fonctions et de nomination directe aux emplois ordinaires dans le Nouveau Monde. Ils eussent ainsi disposé d'une foule d'existences et de situations. Au contraire, l'annulation violente des obhgations de la Castille envers Colomb donnait désormais au Roi seul la disposition des dignités et des offices dans les Indes. Il y eut ainsi au lieu d'une VICE-ROYAUTÉ uuique, dans le Nouveau Continent, trois Vice-Rois et huit Gouvernements distincts, qui par leur étendue et la richesse simulaient de petites royautés véritables.

D'année en année s'étendait le domaine de la Couronne de Castille , par conséquent s'accroissait le nombre des emplois. La colonisation se propageait avec une force d'expansion et une rapidité dont il est difficile aujourd'hui de se faire une idée, en l'état de nos mœurs. Bientôt on put compter dans les régions soumises à la Monarchie espagnole :

Cinq archevêchés , vingt-sept évèchés ;

Deux académies;

Plus de quatre cents monastères ou missions appartenant aux divers ordres des Franciscains , des Dominicains, des Jésuites, des Augustîns, etc., sans parler des couvents de femmes, des écoles et des collèges.

La Justice fut établie dans ces contrées d'ime ma-

ti

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nière complète. Des tribunaux à différents degrés de compétence furent institués dans les diverses circonscriptions, et Ton créa successivement dix Cours royales d'appel, dont le siège fut fixé au chef-lieu des principaux districts. On les désignait du nom d'Audience Royale. 11 y eut ainsi les Audiences royales de Saint- Domingue, de Mexico, de Los Reyes, de Saint-Jacques de Guatemala, de Santa-Fé de Rogota, de Guadalajara, de la Plata, de Panama, de Quito, de Saint-Jacques du Chili.

L'Espagne semblait se doubler et revivre tout entière par fac-similé, dans le Nouveau Monde. Elle donnait le nom de ses provinces aux nouvelles contrées, et de ses villes aux cités qui s'y élevaient avec une rapidité prodigieuse. Rientôt on vit, sur le nouveau continent, la Castille d'Or, la Nouvelle-Grenade, la Nouvelle-Galice , etc. On y trouvait des chefs-lieux qui s'appelaient Saint-Jacques de Compostelle , Tolède , Séville , Léon , Guipuscoa, Larez, etc.

L'érection et le développement de chaque petite capitale entraînait la création d'un grand nombre d'emplois, et multipliait celui des agents de Tautorité royale. Chaque port, assuré par des fortifications, nécessitait un personnel maritime , militaire , administratif et judiciaire. Depuis le succès des frères Pizarre et d'Almagro, plus d'un honnête Hidalgo, en mangeant ses garbanzos ou son olla podrida dans une écuelle ébréchée, songeait à la vaisselle d'or de Montezuma, et

l'eSPAGNE en AMÉRIQUE. 163

rêvait la conquête de quelque royaume inconnu. Parmi les cadets de famille , beaucoup laissaient leurs aînés ambitionner la gloire de Gonzalve de Cordoue, le grand Capitaine resté pauvre, et préféraient les lauriers des Conquistadores moins purs mais poudrés d'or. Nombre de Fernand Cortez adolescentspullulaient alors dans plus d'un coin de l'Andalousie. La nouvelle génération, sans se soucier du passé, jouissait avec ardeur du présent et s'abandonnait à des songes de grandeur fabuleuse.

Maintenant, la jeune Espagne bâtissait ses châteaux en Amérique. L'arrivée de galions chargés d'or enflammait rimagination des Caballeros en guenilles des Sierras, comme de ceux du Mançanarès et du Guadalquivir. Il n'était question que des mines d'or et d'argent d'Oruro, des mines d'or de Caylloma, de celles de Jaraca, des mines de Chichapoyas, des veines aurifères de Caxamarca, des mines d'or de Huantaja, et de celles de Carangas, non moins riches. De temps à autre la curiosité publique se réveillait par l'annonce de quelque découverte heureuse.

Après tant de mines d'or et d'argent, il y eut aussi des mines de cuivre et de mercure. La richesse minéralogique du Pérou était déjà proverbiale, lorsque dans la province de Charcas furent découvertes, en 1545, les fameuses mines de Potosi, dont la renommée retentit par toute l'Europe. Cent ans après, elle se répercutait encore dans les comparaisons et les hyperboles de nos

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