‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 14 sur 26 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Enskariens ne sont pas un peuple d*orighie grecque.

f L'Ittstoire étudiée dans ses sources les plus pures, « dans ses monuments les plus auth^o^ques , démontre «qu'à des époques très -reculées plusieurs pationa» « parmi lesquelles il faut sans doute comprendre celles « qui habitèrent primitivement les côtes de l'Afrique, « vinrent s'établir en Espagne i c'étaient leis Pélasges , « les Grecs de Zacinthe^ ceux de Samos» les Meisé^ «niens, les Dorions, les Phocéens^ les Laowieonw

« les Tyriens ou les Phéniciens, les Pœnes ou le» « Carthaginois» les Celtes ou Gaulois, et les Ibères « orientaux. > (Du Mége» Statistique Générale.)

Rien n'est plus facile que d'étourdir le lecteur avec ces noms retentissants de Messéniens , de Phocéens , de Doriens , de Laconiens : mais les hommes du métier ne se paient pffs si facilement ; la confusion des dates , les noms groupés au hasard, sans le moindre soupçon de leur véritable importance dans la question» trahissent bientôt le fmble d'un compilateur. Rien que sur les lignes reproduites , nous déclarons que M. Du Mége connaît assez mal les monuments les plus vénérables de l'antiquité ; et que , s'il a puisé , comme il s'en vante , aux sources les plus pures de l'histoire, il s'est servi d'un vase ïèlé. Il ne suffit pas de ressasser au hasard les noms de vingt peuples différents , et de lancer ses décisions frivoles, comme des fusées volantes, au mépris de la chronologie historique. Des questions aussi complexes que celles - là , qui embrassent un champ aussi vaste , ne peuvent être résolues explicitement en quelques lignes. Il faudrait une érudition exacte et un esprit de critique presque infaillible, c'est-à-dire dix années d'études spéciales faites par un homme doué d'une intelligence du premier ordre , pour répandre la lumière sur un sujet que tant d'ambitieases médioerités ont 2d)brdé résolument, sims autre résultat que d'en épaissir les ténèbres. A ne parler ici que de M. Du Mége, les auteurs qui savent leurs matières , qui ont du talent à défaut de génie, ou une érudition exacte à défaut d'idées et de talent , n'écrivent pas, ne font pas de la battologie comme lui. Ce genre, supportable à peine dans une critique superficielle de feuilleton oa de

Revue , n'a pas droit de se produire dans de gros livres où Tofi attaque les titres de la nationalité d'un peuple; titres qui établissent ses droits politiques, €t sont exposés à être contestés et défendus les armes i la main. C'est là un débat terrible et sanglant qu'il ne faut jamais perdre de vue , et dont l'imminence journalière impose aux écrivains la missioif sainte de rechercher la vérité impartialement, de la dire avec courage, sans obéir aux misérables préoccupations de ia gloriole académique et des jalousies provinciales. Retranchons d'abord de la nomenclature de M. Du Mége, tous ces Grecs dont il fait si beau bruit. U fellait à ce petit nombre de colonies , ou plutôt d^ Êunilles fugitives, le prestige de leurs noms euphoniques et l'imagination de M. Du Mége pour se voir transformées en nations. Mayans en convient , et Larramendi constate avec force que les Grecs ne firent point d'établissements au centre, au nord, et sur la cAte occidentale de la Péninsule ; ils s'arrêtèrent de préférence sûr le littoral de la Méditerranée : encore , dît Larramendi , l'idée qu'ils eussent introduit et conservé leur langue dans cette première Espagne , n'est-elle fondée que sur une conjecture bénévole. Nul peuple ne fut aussi mal venu eil Espagne que les' Grecs ; ils inspiraient tant d'aversion aux Geltibériens , qu'à Ampurias , quoique dans l'enceinte d'une même ville , les naturels voulurent être séparés d'eux par une haute muraille (1). Il ne faut pas juger les Grecs de ce temps-là, presque aussi barbares que les autres tribus galliques, sur les

(1) lisdem cam Grfeeis Tolnernnt includi mœnibas , maro tamen, intus, ab lift iitUacIi, Sraâsom L. VL

'^ 84 - Athéniens du siècle de Périclés ou de Socrate. Il est même fort douteux qu'ils eussent peuplé seuls et d'origine » les villes d'Espagne dont on leur attribue la fondation, cM>nune Ampurias en Catalogne , Sagonte en Cellibérie» liabonne et Tuyd chez les Lusitains, Amphiloque en Galice. Asclépiade» il est vrai, écrivit qu'Anténoret ses enEsmts^ amenés d'Italie par Opsicella, auraient fondé une ville chez les Cantabres. Et que prouverait la fondation d'une petite ville à la frontière d'un peuple hospitalier sans doute, mais celin de tous dont la nationalité est la plus altière et la pins répulsive pour les étrangers ? Pour quiconque , d'ailleurs , connaît rimagination fertile et la vanité des Grecs , ce serait une question de savoir si aucun >de ces personnages si fiftmeux dans leurs poètes a réellemml existé. Mais , n'm déplaise au docte Gasaubon , il ^'appartenait peutrétre qu'à des rapsodes grecs de damner aux Ibères une origine homérique et de faire fonder les villes de la fédération euskarienne par dés héros échappés du sac de Tfoye , comme Teucer , Ulysse ^ Ménélas , OpticeHa , Amphiloque, Ménesthée et Dioméde. Nous sommes fort éloigné d'accepter les fablep greecpies , ou aucune espèce de fables , pour des autorités historiques ; l'histoire elle-même et la philologie comparée sont , à notre sens, les seules autorités à invoquer en matière d'origines et d'archéologie. Par exemple, nous ne croyona.paa qu'un Alcide grée soit venu ea Espagne, ni qu'il ait aBS(Hnmé un roi celtibérien,, pour loi voler un troupeau de b(Bufs ; ni qu'un neveu de ce Géryon ait conduit en Sicile une colonie d'Ibériens. Ce qu'il y a de bien avéré, c'est que les Romains eux-mêmes ne commencèrent a connaître la Gantabrie

qu'après le siège de Numance. Velleius Paterculiis dit que Brutus se signala par des yictoires'* contre les Lusitains » et mérita le surnom de Gallaîque ou Galicien» en abordant des populations et des villes dont à peine les Romains avaient encore oui parler. Il est peu probable qu'avant eux les Grecs se fussent hasardés sur cette cftte redoutée » où les Hellènes plaçaient les bornes du monde alors connu et les frontières de la Nuit fantastique et du Gahos.

L'opinion de Casaubon trouva néanmoins des partisans. Il est encore des archéologues qui, sur quelques homonymies géographiques, verraient volontiers dans les Basques une colonie grecque. L'abus qu'on a fait depuis le moyen -âge de ces ressemblances phoniques, pour établir les origines des peuples, à l'aide tantôt du syriaque , du chaldéen , de l'hébreu , du grec , du gallique, de l'euskarien, prouve bien que, dans toute cette période, l'archéologie était moins une science guidée par des principes fixes, qu'une divagation arbitraire et savantissime, fondée en dépit du bon sens et de toutes les règles d'analise qui constituent la cerUtude en pareille matière. Qu'fl y ait, entre les langues des difiërents peuples de la terre , des mots semblables quant à l'orthographe et à la prononciation , rien de plus naturel, puisque les éléments sonores dont se compose le vocabulaire polyglotte se réduisent à une douzaine de modifications fondamentales, et que, dans tout l'univers, la combinaison de ces notes parlées a produit la multiplicité des mots. Mais il faut avant tout tenir compte de la signification, quand elle est difierente , et qu'elle exprime des idées dissemblables ou contraires. U y a tant de méchants philologues

dont le bonheur, comme -celui de Procusle, est de mettre les mots à la torture , et qui , sur la moindre ressemblance ainsi obtenue, sont prêts à proclamer leur parenté , sans égard à leur véritable signification. M. Du Mége, par exemple» aidé de H. Forest, autre antiquaire de même force , prend pour grecs tous les mots terminés en os, absolument comme M. Puiggari que nous verrons bientôt prendre pour phéniciens tous les noms qui commencent en il. Le hasard veut qu'il y ait un ancien village de Soûle , agrégé à la Basse- Navarre, dont le nom est en oz^ Mwrote. Cenom, en langue euskarienne , signifie parfaitement et à la lettre Fonfrède, ou Fontaine-Froide; M. Du Mége ne le fait pas moins venir da grec, itharross qu'il traduit par vox itvcitantis ! Sur quoi nous dirons à nos amis, pour rimer : Risum tenealis ?

Les rapports de Teuskarien, assez marqués avec le latin, sont imaginaires quant au grec : leurs ressemblances de vocalisation appartiennent à Tordre onomato- ' péique. El quoique le séjour des Ibères dans TAttique , avant Tirruption des Helléno- Celtes, soit admissible comme fait primitif de Thistoire grecque , on n'est pas assez fondé à conclure que Tinfluence mourante de la civilisation patriarcale eût modifié, d'une manière aujourd'hui reconnaissable , la nouvelle civilisation de la Grèce historique. Rien , surtout dans l'examen comparé du basque et du grec, n'autorise à croire que les Ibères et les Vasco-Gantabres aient pu descendre de la race pélasgique. La communauté d'origine qui unissait les Gaulois de l'ère ancienne, les Italiens, les Grecs', les Phéniciens et les Celtes, nous permettrait d'étendre notre exclusion jusqu'à ces deux derniers peuples;

-^ 87 -^ mieux vaut leur consacrer un aperçu particulier, afin de ne laisser aucun vide dans le cadre de cet inves* tigations.

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