‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 17 sur 26 · TEXTE CARTHAGINOIS · texte numérisé non relu

TEXTE CARTHAGINOIS

Ny thalonim valon ath si corathisima consith Chym lach chunyth mumis tyalimctibari iiaischi Lipho canet liyth bimithii ad œdin bynuthii.

Birnarob syllo homalonin uby misyrtoho Bytbiyin mothyn n<NitoCMi nelecbaiiti dsfdnachon issidele brim tyfél yth diylys ohon <tun Upkul Util bioim ysdibur thimo cutli nu Agorastodes Itbe manet ihy chyrsae licoch sytb naso Bynni id cbii iuhiii gubylim lasibit thym Bodi alyt herayn nyn nuy$ lym moncot lusim.

( PLiUTE. PûwiM/tw , act. V , scène I. )

A j^emîère vue» tout philologue sera firappé de la dissemblance qui existe entre cette vocalisation punique et celle de la langue euskarienne. Les consonnes 6, d, h, ite, (fue le basque n'etnploiè jamais à la fin des mots, s'y rencontrent dix-s^t fois. On y compte dix -^Mpt monosyllabes dans un intervalle où^ terme moyen» Teuskarien n'en eût peut - être pas introduit trois. Ajoutons que le basque n'a ni articles ni prépositions ; les modificàtiotts que ces particules représentent dans les sttttres langues» sont plus savamment exp^rmiées m euskarienpar des teiminatives et des inflexions insépa* râbles de la déclinaison et du verbe. Or» il est à remarquer que dans ce fragment cm ne voit aucune des désinences ou des flexions qui auraient du s^ montrer plus de trente fois en dix l%nes. Enfin la voyeDe « ^ qui se'reproduit» terme moyen» vingt fois suriaoizante^sept mois ^ dans xm texte basqiie» ne teimine que .iet mot

- »9 corathisima dans le texte punique : ce qui constitue , en dix lignes , plus de cent différences caractéristiques !

Il ne restait donc plus aux partisans de Forigine punique des Euskariens que la ressource des étymologies. La Bastide n'a pas fait faute d'y recourir. Il &it venir Annibal de deux mots basques , handi bahi ( gage de grandeur) , suivi en ce point de Fleury Léduse ; Adcantuanus de handi- handi (grand -grand) ; Yasco de ghizon (homme) , et Bordeaux de urdendeghi (loge à cochons). Ceci nous remet en mémoire notre La Bastide montagnard» dlharceBidassoet, qui fait venir le mot Versailles de bertzghille, chaudronnier, dépassé de fort loin par le sieur Irizar y Moya , dont les folles , les plates élucubrations feraient de la littérature basque la risée de l'Europe, si la patrie de Quintilien, de Prudence, du fabuliste Iriarté, de notre homérique d'Ercilla, de Moret, de Huarte , d'Oîhenart , de Sponde, Larramendi , Garât et Darrigol, n^avait le droit de se faire pardonner ces productions insensées et faméliques .

Les étymologies métaphysiques et surtout géographiques d'Astarioa et de M. Erro sont d'un ordre plus» élevé et plus séduisant, quoique non moins hasardées dans leur espèce; mais La Bastide est absurde. Sa Dissertation serait à lire par quiconque aurait du temps à perdre ; c'est , à la lettre , le rêve de Don Quichotte , une descente dans la caverne de Montésinos. Ce n'est pas que l'auteur, dans son Avertisiement , ne se mont» d'une grande sévérité de principes. Il invoque la prudence comme un guide précieux qui doit prévenir les écarts de l'imagination. « Les étymologies, dit «il, « lorsqu'on s'y livre sans réserve ,. ressemblent à oes • nuages où le erédulité du vulgaire retrouve tous les

« fantômes conçus par une imagination déréglée. > Or, La Bastide a fait comme le vulgaire ignorant et crédule, et le défaut contre lequel il se prémunit en apparence est précisément son péché originel. Véritablement monomane en philologie » il a réalisé la facétie d'Esope, qui suspendait des architectes au cou dés aigles et les envoyait ainsi dans des paniers vers la moyenne région de Tair ; il a su trouver des matériaux assez vaporeux pour bâtir son système dans le vide , par-delà les nuages. Le principal inconvénient qu'il y ait à prendre pour phéniciens des mots ibériques ou eudmriens , c'est qu'on est mené par cette erreur à attribuer aux Pœnes la fondation d'une foule de villes qui appartiennent aux premiers Ibères. H. Puiggarri , correspondant de l'académie de Toulouse, est assurtoent un savant homme. Il a découvert que i/i est un adjectif phénicien, qui signifie élevé , et qu'il y eut anciennement entre Byblos et Sidon une ville de Beritk, aujourd'hui BenU ou BayrtU. Nous n'avons nulle envie de lui contester ces deux points ; «mais il a tort de conclure, sans autre fondement, que l'antique IlUberis de Pline ^ VllUberris de Strabon , VEliberis de Pomponius Mêla , Vlllibcra de la table théod4)sienne , fut une colonie de son Berith phénicien. C'est là prendre des ressemblances de hasard les plus insignifiantes du monde pour des preuves, et bâtir des systèmes sur la pointe d'une aiguille. U y eut primitivement dans le midi de l'Europe, avant Vllliberri catalan, une autre cité du même nom, qui en euskarien signifie littéralement Villeneuve, aussi bien que celui d'Olite - Erriberri, bâtie en Navarre au septième siècle. Fidèle à son point de départ, M. Puiggari assigne injustement une origine punique à

toutes les villes de la primitiye Espagne dont le nom présente ce radical iri , ili , ilai , ri , erri , qui peut bien signifier élevé en phénicien » puisque H. Puiggari prend sur lui de l'affirmer , mais qui en euriiarien signifie ville, cité» population. Il prétend faire une cité phénicienne de Tantique Irilhurghiz, qui était, à la lettre, pour les Ibères, la ville des sources, ou des fontaines. Par la même raison , Anasthorghiz serait pour H. Puiggari un nom phénicien» tandis qu'en euskarien ce nom désigne la ville située à la source de TAnas, traduction confirmée par la position de cette ville primitive. Enfin» si Illiberis, Ilupa, Ilipula, IrithurghiZs Ilerda, Ilurce, etc., etc., sont des noms puniques, il s'ensuivrait que tous les noms semblables ou équivalents qui existent actuellement dans les Pyrénées basques {Iltmberri, IruriUip Iribia, ïriarte , Iruriri , Irizarri, Iriberri, etc., etc.], seraient phéniciens; ce qui nous rejette dans le songe archéologique et les étymologies saugrenues du bon La Bastide. Attribuer, sans autre preuve, à un petit peuple de navigateurs marchands, des colonies innombrables, n'est -ee pas faire un peu comme Esope» et placer dans le ciel bleu, a l'état de fantasmagorie, l'histoire et la géographie antiques ?

Plus d'un lecteur, qui sait réfléchir, se demandera comment M. Puiggari, et Vélasquez avant lui, se sont aventurés à nous donner tant d'étymologies dans une langue aussi parfaitement inconnue que le phénicien. Ils ont employé Tintermédiaire de l'hébreu , dont le punique était à ce qu'on croit une dérivation ou un dialecte. Le carthaginois pouvait ressembler à la langue hébraïque à peu près comme le français, le portugais, le castillan et la plupart des patois romans ressemblent

au latin. Maintenant» si onze vers d'Horace ou de Virgile composaient tout ce qui nous resterait de leur langue , pense - 1 • on qu'il fût £Mâle de traduire ce fragment poétique à l'aide de la langue de Racine , de Gamoêns, de Cervantes ou de Dante? Voilà pourtant comme Philippe Paréo» Samuel Petit, Jean Seiden et Samuel Bochart ont procédé entre le phénicien et l'hébreu. Nous ne saurions trop nous élever contre cette méthode ; elle ne donne aucun résultat satisfaisant , appliquée à des textes puniques, comme le monologue de la comédie de Plante ; qu'on juge par là si son emploi est rationnel et probant en matière d'étymologies et de noms géographiques. Le plus sage sera donc de s'en référer à l'histoire et à la géographie pour être fixé sur le petit nombre de villes que les Phéniciens fondèrent en Espagne. Mais s'il est question de se jeter dans les systèmes et de leur attribuer, sur la foi d'étymologies 'conjecturales et arbitraires , des possessions étendues et magnifiques , nous répondrons que , pour laire des étymologies à l'aide d'une langue, il fiiut la savoir très à fond , et qu'il est impossible de la ressusciter lorsque, depuis plus de deux mille ans, elle n'existe nulle part, même à Tétat de langue littéraire et morte. L'application de l'hébreu est ici un jeu de folle et de fausse érudition : nous aurions un vocabulaire complet de la langue phénicienne que l'hébreu ne pourrait nous en donner la définition ; bien moins pourrait-il servir à expliquer des noms géographiques dont l'origine est incertaine , et qui d'ailleurs sont la plupart du temps inexplicables, parce qu'au Heu de combiner des idées logiques , ils n'expriment que des circonstances locales sur lesquelles il est très-facile de prendre le change

OU de se faire îUusîon d'aussi loin. Faute d'élémenU comparatifs qui puissent senrk* dans la question, nous ajournerons la discussion des étymologies de Vélaaquez jusqu'au miracle de la résurrection du phénicien. Par-dessus tout, nous nous élèverons contre la manie de faire intervenir Thébreu dans toutes les investigations relatives à l'Espagne ancienne et primitive , par la bonne raison qu'il est aussi étranger que le chinois à la géographie de ce pays. Le rabbin de Bayonne, Isaac de Acosta , a eu beau écrire, dans ses Gonunentaires sur le livre des Rois , que beaucoup de princes et potentats alliés de Nabuchodonosor Taccompi^èrent au siège de Jérusalem ; qu'il y avait dans le monde un roi grec, maître à cette époque de toute l'Espagne , lequel à son tour emmena avçc;, lui un grand nombre de Juifs, qui fondèrent dans la Péninsule une multitude de villes, comme Tolède, Maquéda, Nobes, lepes, Eséalona, lebenes, Soria; Orgaz, Zamora, Tudela, Lucena, etc. : aou& n'aurons garde de croire le plus petit mot de toutes ces belles inventions.

Rien ne prouve donc que les Ibères fussent une colonie de Pœnes établis dans la Péninsule espagnole à une époque indéterminée : l'histoire elle - même ne fournit aucun témoignage que l'on puisse interpréter en faveur de cette conjecture. Les annales primitives dea Ibères n'ont rien à démêler avec les voyages fabuleux de l'Hercule phénicien et de l'Hercule grec guidant leurs colonies à Gadir et dans l'Armorique gauloise. Les Ibères n'étaient ni Grecs ni Phéniciens, et jamaia le mythologique Maguran ne servit de conducteur aux» migrations euskariennes. Reches'choofi s'ils ne deseen- (baient point des Celtes, '^^le Timagène,. le plus ancien

des historiens grecs, et par conséquent le plus mal informé des choses de TOuest, place comme une population indigène dans les Gaules.

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